CÉLIMÈNE
Demeurez.
Je ne puis.
ALCESTE
ci:limi;ne.
Je le veux ...
ALCESTE
Point d'affaire.
Ces conversations ne font que m'eniiuyer, Et c'est trop que vouloir me les faire essuyer.
CÉLIMÈNB.
.le le veux, je le veux.
ALCESIE.
Non, il m'est impossible.
Cia IMKNE.
Eh Lieu! allez, soitez, il vous est tout h-isililo.
(Acte II, scèae iv.)
bien Gélimène. Pour elle, la difficulté ne commence que dans le têle-à-tête. Mais dès que sa ruelle se peuple, quelle souveraine aisance I Voyez comme son sourire va de l'un à l'autre : chacun peut le prendre pour soi. Nul ne se croira moins favorisé que ses concurrents. Alceste seul déconcerte cet équilibre par ses emportements; mais les ripostes qu'il s'attire, il ne pas le droit de s'en plaindre. Car la faute n'en est qu'à lui. N'a-t-il pas mis Gélimène en cas de légitime défense?
Elle n'est, du reste, pas moins savante, quand elle se trouve seule avec un de ses prétendants. Gomme elle mesure alors ses paroles aux caractères! quel à propos! quelle adresse à profiter du moindre hasard pour se dérober, et rompre la partie ! On reconnaît ici les manœuvres de celle qui, dans sa lettre à Oronte, s'est arrangée de telle sorte qu'on peut la croire écrite à une femme *.
Cependant, malgré ses faux-fuyants, elle ne réussit pas à conjurer des scènes de plus en plus graves. Mais ce péril sera le sublime de sa politique. Se donner raison dans la forme, simuler une rupture, prendre l'oflensive, accuser au lieu de se défendre , opposer aux brusqueries des mots évasifs, le persiflage, l'indignation feinte, et se donner des airs de victime, voilà son secret. Quant aux arguments précis, péremptoires, elle n'en a pas besoin; elle se contente de dire d'un certain ton à qui veut des preuves : Il ne me plaît pas ^ moi! C'est la seule apologie dont elle use, et elle manque rarement son effet. Jugez-en par la crise du quatrième acte^. Elle sent bien alors qu'elle est perdue si elle discute. Aussi avec quelle confiante témérité ne joue-t-elle pas le tout pour le tout! Et, dès qu'elle a repris ses avantages, quelle attitude de dignité froissée, de pitié, de condescendance! Puis, sous prétexte de consentir enfin à une explication, la voici qui récrimine au lieu de se justifier ;
Allez, de tels soupçons méritent ma colère, Et vous ne valez pas que Ion vous considère.