‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 175 sur 411 · Acte IV, scène m · texte numérisé non relu

Acte IV, scène m

ÉTUDKS LlTTliRAlRF.S. I. — 27

Bref, les rôles finissent par être renversés : c'est elle qui daigne faire grâce, et encore ce pardon il faut l'implorer humblement; plus elle fut coupable, plus elle paraît clémente. Ici le souvenir de Tartufl'e nous viendrait tout naturellement, si l'on ne craignait l'injure d'un si laid voisinage. Une des ressources de Célimène n'est-elle pas d'atténuer les accusations en les exagérant, d'aller au-devant du danger, et de se charger de tous les crimes?

Oui, vous pouvez tout dire;

Vous en êtes en droit, lorsque vous vous plaindrez. Et de nie reprocher tout ce que vous vous voudrez,... Oui, toute cliose dit que j'ai pu vous trahir, El qu'enfin vous avez sujet de me haïr '.

Mais ne poussons pas trop un parallèle ofiensant. Elle est d'ailleurs assez punie par l'abandon qui la menace. Car les coquettes ont beau croire que « les années auront pour elles moins de douze mois ^ », ce désert qui effraye Célimène se fora tôt ou tard autour d'elle, quand il ne lui restera plus que son esprit, mais désenchanté par les amertumes de l'isolement. Alors sa fin sera triste. Si nous voulons nous en assurer, regardons Arsinoé qui, dans sa jeunesse, dut être, elle aussi, une Célimène \ mais d'ordre inférieur.

Arsinoé, ses sœurs. I>c la pruderie ; ses variétés. — Dans la Critique de VEcole des femmes, Molière disait de la marquise Aramintc : « Bien qu'elle ait de l'esprit, clic a suivi le mauvais exemple de celles qui, étant sur le retour de Tàgc, veulent remplacer de quelque chose ce qu'elles ont perdu, et prétendent que les grimaces d'une pruderie scrupuleuse leur tiendront lieu de jeunesse et de beauté''. » C'est qu'en effet les prudes et les coquettes sont de même

Page 1