‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 178 sur 411 · C'est le titre d'une comédie de Mme de Girardin · texte numérisé non relu

C'est le titre d'une comédie de Mme de Girardin

(. C'est ainsi que Tartuffe accompagne l'exempt chez Orf^on.

magea sur Arsinoé de la quarantaine imposée par des ennemis dont le duc de Grammont disait alors : « Toute la pruderie est déchaînée*? »

Éliante. Sa raison, sa bonté. — Les travers d'une coquette et les ridicules d'une prude font ici d'autant plus valoir les mérites de la « sincère Êliante », dont la douceur, le naturel , la raison et la franchise discrète no.us charment par un contraste qui rappelle Henriette, la fille de Chrysale. C'est la même solidité, la même bonne foi, la même aisance, mais plus posée, plus mûrie par l'expérience et la reflexion. En elle aussi nous aimons le tact, la réserve, le don instinctif de s'accommoder à tous et de ne se préférer à personne, l'art d'écouter et de se taire, l'aménité d'un esprit délicat et modeste qui se laisse voir sans se mettre en vue, et ne s'exerce jamais aux dépens du prochain. Loin d'encourager les médisances, elle corrige et atténue celles qu'applaudit le cercle frivole où elle glisse à propos, tout en s'effaçant, le mot judicieux qui conseille les ménagements. Prompte à tempérer les excès d'humeur que blâme son silence ou que pacifie sa bienveillance, elle sait, à l'occasion, donner à l'entretien ce tour général qui prévient de périlleux écarts, ou garder la parole pour iàire cesser une gêne pénible, et amortir des chocs trop brusques. Mais, sans détailler ces nuances, résumons-les en disant qu'Eliante est bonne : car toutes ses qualités, ce mot les contient. Bien qu'elle ait du penchant pour Alceste, ne s'oublie-t-elle pas au point de défendre auprès de lui Gélimène par générosité toute désintéressée ? Aussi mériterait-elle sa récompense; je ne serais pas même étonné que, plus tard, elle réussît à guérir son cher Misanthrope, sinon par l'amour, du moins par l'amitié^.

Philintv) l'optimiste. I/ami. — Philinte, lui aussi,

1. An dix-septième siècle, le mot de jirude n"était pas toujours pris dans un rr.auvais sens. — Ajoutons que le rôle d'Arsinoé venant rontriMcr la conscience (le Gélimène n'eut rien d'invraisemblable, dans un temps où l'on rencontrait reaucoiip de directeurs la'iqiies.

V. Chez Éliante, la marque du temps est le goût de la dissertation de mélai'hysique galante: témoin le passage sur les illusions de l'amour. Les prccituses de noble parage aimaient alors à trouver de fines distinctions sur ces

est un modéré, mais par scepticisme plus que parxharité. Cet optimiste à outrance s'empresse trop de « rendre offre pour offre, ou serments pour serments » ; et sous la tolérance de son « flegme philosophe » qui « ne s'échauffe de rien 3), mais prend tout doucement les hommes comme ils sont, se cache une insouciance plus misanthropique peutêtre que le courroux d'Alceste. Sa morale, qui semble se réduire aux dehors civils de la bienséance et aux lois capri- •ieuses de l'usage, n'est donc point un modèle proposé par Molière. L'intention de son rôle serait plutôt d'impatienter l'ami qu'il contredit, de le mettre hors des gonds, de le provoquer ainsi à forcer ses propres sentiments, et par là même à devenir comique. Nous nous garderons pourtant de donner raison aux diatribes de Fabre d'Eglantine qui diffame ce galant homme par ses déclamations *. Car si Philinte a le tort de prodiguer ses complaisances, il garde le droit de se moquer des originaux auxquels il fait bon visage, sans en être jamais dupe. Dans la scène du sonnet, les éloges dont il gratifie Oronte ne sont pas seulement dictés par l'habitude où. il est de ne jamais heurter les gens de front, mais aussi par une politesse bienveillante qui, prévoyant les rudesses d'Alceste, voudrait prévenir le péril d'une situation fausse. Ajoutons que, s'il ferme les yeux sur les défauts des indifférents, il ne se tait pas sur ceux d'Alceste auquel il est vraiment dévoué. Car il l'avertit des ridicules qu'il se donne, et des malheurs qu'il se prépare. Il cherche à le décider en faveur d'Êliante, et s'emploie pour arrêter les suites d'une querelle qu'il n'a pu

menus problèmes de psychologie, sur les sympathies soudaines, ou les mouvements secrets des cœurs. On en voit des traces non-seulement dans les mémoires intimes, mais jusque dans le théâtre de Corneille:

Quand les ordres du ciel nous ont faits l'un pour l'autre, Lyse, c'est un amour bientôt fait que le nôtre : Sa main entre les cœurs, par un secret pouvoir, Sème l'intelligence avant que de se voir....

{Suite du Menteur, IV.)

1. Il lança un pamphlet outrageant contre l'Optimiste de Collin d'Harleville. Il y a dans cette pièce un personnage, nommé Plainville, d'un caractère vraiment heureux, et dont l'humeur accommodante n'est qu'une des formes de la bonté.

désarmer. Tous ces services, il les rend sans faste à un ami maussade qu'il reprend sans aigreur, et dont il ménage les faiblesses sans les flatter jamais. Voilà donc ce qui le recommande à notre estime, et même à nos sympathies.

Les personnages secondaires : Oronte, Acaste, Clitandre. Les beaux-esprits et les marquis. Vérité des mœurs. — Quant aux personnages dont nous tracerons seulement le profil, ne les regardons pas comme simples figures de fantaisie. En un temps où la dispute des Jobistes et des Uranistes fut aussi retentissante que celle du Cid * ; lorsque les plus grands seigneurs, se piquant de bel-esprit, croyaient exceller par droit de naissance dans un art où la qualité les dispensait de talent, Oronte est peint d'après nature. Mlle de Scudéry ne louait-elle pas Montausier do « savoir écrire en vers aussi bien qu'en prose? » Un abbé do cour, Fléchier, ne s'attribuait-il point les mêmes avantages dans un portrait où il se regarde coquettement, comme en un miroir*? Chez La Rochefoucauld, cette préoccupation n'est pas moins vive. Alceste lui-même ne blâme pas tant la manie de faire des vers que celle de les imprimer. — Nous en dirons autant « des affables donneurs d'embrassades frivoles. » Cette fureur porte sa date ', tout aussi bien que la

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