Don Juan. Acte V, scène a
dire contre elle. Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure..., mais l'hypocrisie est un vice privilégié qui, de sa main, ferme la Louche à tout le monde et jouit en repos d'une impunité souveraine. On lie, à force de grimaces, une société étroite avec tous les gens du parti. Qui en choque un se les attire tous sur les bras; et ceux que l'on sait même agir de bonne foi là-dessus... sont toujours les dupes des autres; ils donnent bonnement dans le panneau des grimaciers, et appuient aveuglément les singes de leurs actions. Combien crois-tu que j'en connaisse qui, parce stratagème, ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse, se font un bouclier du manteau de la religion, et, sous cet habit respecté, ont la permission d'être les plus méchants hommes du monde?... Quelques baissements de tète, un soupir mortifié, et deux roulements d'yeux rajustent dans le monde tout ce qu'ils peuvent faire.... Je ferai le vengeur des intérêts du Ciel; et, sous ce prétexte, je pousserai mes ennemis, je les accuserai d'impiété, et saurai déchaîner contre eux des zélés indiscrets, qui, sans connaissance de cause, crieront en public contre eux, les accableront d'injures et les damneront hautement de leur autorité privée. » Ces représailles étaient d'autant plus habiles que l'auteur de Don Juan semblait faire ici la contre-partie du Tartuffe. Dans son héros, ne condamnait-il pas l'incrédulité brutale, le double libertinage do l'esprit et des mreurs? N'avail-il pas eu soin de lancer la ioudre sur la tète de l'athée*? C'était donc se défendre contre ceux qui le traitaient d'imi)io. Mais ce calcul, s'il le lit, ne réussit guère; car les mêmes imputations se renouvelèrent. On l'accusa de faire de la Majesté divine « le jouet d'un valet de théâtre. » « Oui, s'écria-t-on, l'athée est foudroyé en apparence; mais, en réalité, c'est lui qui foudroie les fondements de la religion. » On vit un scandale dans la mise en scène d'une religieuse qui avait viold SCS vœux, dans le spectacle d'un débauché raillant les
1. La statue du CommanHciir disait expressément: « Don Juan, IVndurrissomenl au pcclié traîne une mort func^ite; el les grâces du ciel que l'on renvoie ouvrent ua ciiemin :i sa foudre. >>
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mystères, dans la « fusée ridicule qui s'érigeoit en ministre de la vengeance céleste ^ » Bref, au bout de quinze jours, cette apologie dut, elle aussi, rentrer dans l'ombre. La Ti'oupe «le Molh-re devient celle du Roi. — Il y eut
cependant une lueur d'espérance pour le vaillant poète qui ne désarmait, pas : car, le 14 août 1665, Louis XIV gratifia sa Troupe d'une pension de six mille livres : dès lors, elle prit congé de Monsieur à qui elle appartenait, et reçut ce titre : La Troupe du Roi, au Palais-Royal -. A cette distinction éclatante s'ajoutèrent les sympathies d'un esprit sage, d'un honnête homme, dont la raison accourut cordialement au secours d'un ami. Dans son Discours au Roi (1665), démasquant ces gens,
Qui, tous blancs au dehors, sont tous noirs au dedans,
Boileau censure ainsi ceux qui font le procès à quiconque ose rire :
Ce sont eux que l'on voit, d'un discours insensé,
Publier dans Paris que tout est renversé,
Au moindre bruit qui court qu'un auteur les menace
Déjouer des bigots la trompeuse grimace.
Pour eux un tel ouvrage est un monstre odieux :
C'est offenser les lois, c'est s'attaquer aux Cieux.
Mais, bien que d'un faux zèle ils masquent leur loiblesse.
Chacun voit qu'en effet la vérité les blesse.
En vain d'un lâche orgueil leur esprit revêtu
Se couvre du manteau d'une honnête vertu;
Leur cœur qui se connoît et qui fuit la lumière,
S'il se moque de t)ieu, craint Tartuffe et Molière.
En retour, la ligne adverse recrutait de nouveaux alliés. Au mois de janvier 1666, les ]^isionnaires du Janséniste Nicole traitèrent les auteurs dramatiques d'empoisonneurs publics ; et Molière eut indirectement sa part dans ces excommunications trop familières à Port-Royal ^.
1. Observations sur le Festin de Pierre, par le sieur de Rochemont.
2. Il faut bien dire qu'alors Louis XIV en voulait fort aux personnes austères qui, à la Cour, prétendaient gêner les caprices de son cœur. 11 était dans tout le feu d'une jeunesse qui dura trop longtemps. Les Navailles furent bannis du Palais pour s'être p.ièlés de ce qui ne les regardait pas.
3. L'Avertissement qui précède les Sentiments des Pères de l'Église, par le prince de Conty, dénonce le Festin de Pierre comme une école d'athéisme.
La guerre se poursuivait même en dehors de nos frontières; et, quand la reine Christine, établie à Rome, fit demander à M. de Lionne la faveur de représenter Tartuffe sur son théâtre particulier, ce d^sir ne put obtenir l'agrément officiel. Mais, en dépit de ces apparences, le Roi ne demandait qu'à lever un interdit auquel il n'avait consenti qu'à regret : et. en 1667, à la veille de partir pour la campagne de Flandre, il permit à Molière de produire enfin sa pièce au grand jour. C'est du moins ce que déclare le second Placet qui n'aurait point affirmé ce fait, si des paroles récentes n'avaient pas eu l'autorité d'un engagement'.
Prcinii-re roprt'Senfation publique de l'inipostpur, 5 angi t I<>4i7. Iiitertiit pronoiier par ITI. de I.aiiioijs:iioii. Ser4>ii«l l'iaoct. 4>fd4>iiiiaii<'e de i Ai'elieTèqiic de l'aris.
— Toujours est-il que, le 5 août 1667, la comédie fut jouée, sous ce titre : l'Imposteur, Devenu M. Panulphe, Tartuffe ne portait plus qu'un costume laïque-. Certains passages avaient été adoucis, de manière » à ne pas fournir l'ombre d'un prétexte aux célèbres originaux du portrait', >> Le lendemain, samedi, Robinet écrivait :
D'';.s hier, en foule on le vil,
El je crois que longtemps on le verra de même ;
On se fait éloiilTer pour ouïr ce qu'il dil,
Kl l'on le i)ayc mieux ([uun prêcheur de carême.
— Vaine prédiction !car,àriicure où paraissait son journal, un huissier du Parlement vint, de la part de M. de Lamoignon chargé de la 2)olice en l'absence du Roi, signifier l'ordre de suspendre toute représentation, La porte du
1. « Voirc Majesté, dil-il, avoit ou la bonté de m'en pcrtnotiro la n'priscnlalioii. r>
2. Un pplit chapeau, de grands clieveux, un grpnd ccilliM. une éi'éc el des denlelleh, un .'iju.ilcirn'nt d'humnie du mnnde.