Second Flacel. Il na supprima pourtant pas ce vers
0 ciel! pardon iic-lui, comme je lui pardonne. On crut y voir une parodie sacrilège, el depuis il fui ilocilemcnt sacrifié.
théâtre fut même fermée, et ne se rouvrit que le 25 du mois suivant, cinquante jours après '.
Sous ce coup inattendu, Molière ne courba point la tête. 11 se rendit avec Boileau chez le premier président, qui le reçut très courtoisement, mais demeura inébranlable. Impuissant de ce côté, il s'empressa, dès le 8 août, de députer, en poste, vers le camp de Louis XIV qui assiégeait Lille, deux de ses camarades, La Thorillière et La Grange, munis du second Placet où il osait dire que tout Paris s'était scandalisé non de sa comédie, mais de l'interdiction qu'on en avait faite. Il s'étonnait que « des personnes d'une probité si counue eussent une si grande déférence pour des gens qui devroient être l'horreur du monde. » Il menaçait même de briser sa plume'. La bonne volonté du Roi n'était pas douteuse ; mais elle se trouvait entravée par l'initiative d'un magistrat souverain^, et l'Ordonnance que l'archevêque de Paris se hâta de publier, le 11 août, six jours après la soirée du Palais-Royal. On y lisait : c< Considérant que, dans un temps où notre grand Monarque expose si librement sa vie pour le bien de son Etat, et où notre principal soin est d'exhorter tous les gens de bien à faire des prières continuelles pour la conservation de sa Personne sacrée et le succès de ses armes, il y auroit de l'impiété de s'occuper à des spectacles capables d'attirer la colère du Ciel : avons fait et faisons très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes de notre diocèse de représenter, lire ou entendre réciter la susdite comédie, soit publiquement, soit en particulier, sous quelque nom et prétexte que ce soit, et ce sous peine d'excommunication. 3)
Lettre sur l'imposteur ; le misanthrope , Amphîtr;^on, Georges Dandin et l'Avare. — Il y avait là dc quoi désespérer le plus fier courage ; et l'on put redouter la retraite définitive du poète : car, pendant sept semaines, son
1. La cause ea fut peut-être le départ subit de La Grange et La Thorillière.
2. « Il est très assuré, Sire, qu'il ne faut plus que je songe à faire de comédie si les Tartuffes ont lavanlage. »
3. Le premier prrsidcnt jugeait qu'il « ne convient pas au théâtre de prêcher l'iivangile, que ces matières religieuses ne relèvent pas de son ressort. »
RTUDES LlTibRAIBES. " î. -S
théâtre chôma. Toutefois, ces vacances ne furent pas perdues pour la causeen péril : témoin la Lcllresur la comédie de l'I))ipo-'<teur datée du 2û août 1667. Si cette habile délense n'est pas de sa main, elle fut au moins rédigée sous son inspiration. Le premier accès de mélancolie une ibis passé, il se releva d'un abattement qui ne paralysait point son génie ' ; car, R.Tpvhs le Misanthrope, V Ampliil ri/oii ]oi\é devant la Cour, le 16 janvier 1668, ne fit qu'affermir le crédit d'une gloire avec laquelle il fallait compter; et, si Louis XIV eut l'oreille fine, il dut entendre cette doléancc secrète du poète qui disait par la bouche de Sosie :
Vers la rctrailc en vain la raison nons appelle ; En vain notre dcipit iiuclqncfois y consent.
LiMU- vue a sur notre zèle
Un ascendant trop puissant; El la moindre faveur d'un coup d\cil caressant
Nous rengage de plus belle.
Dans ht même année , paraissaient à iVersailles Georges Dandianu mois de juillet, et ï Avare cnnovoM\hre.Tartii/Je lui-même faisait une visite à Chantilly, le 29 septembre, chez le grand Gondé. C'était un signe précurseur. Il annonçaitqu'on n'avait rien à refuser à l'ouvrier des fêtes royales.
Rcsitm-ction cla Tartuffe, 5 féviùcr lOOff. — Louis XIV n'attendait plus qu'une occasion favorable : elle fut offerte par le traité d'Aix-la-Chapelle, et la Paix de l' Eglise, signés l'un en mai, l'autre en octobre 1668 ^. Aussi, le 5 février 1669, le Tarht/fe put-il être mis en ■|)lc.ine liberté, sans être cette fois obligé de dissimuler un nom qui, depuis cinq ans, volait de bouche en bouche. Il reparut, ce jour-là même, au milieu d'un enthousiasme que n'épuisèrent pas cin(fuante-cinq rcprésenlalions conséculives. Au moment où il ressuscitait, le Roi reçut un troisième Placet où Molière sollicitait pour le lils de son
1. Au plus fort de la luttR n'.ivait-il pas déjà produit, on 1665, Don .fit an pi YAmour Médecin, en 1666 le Misanthrope, lo Médecin malijrô lui, Mcliccrte cl la Panloralc comique, en 1607 le Sicilien?
2. Depuis 1666, la mort de la Ucim; mère avait «jté ù la faclinii dêy,.Mo son [iriiicipal appui j la Cour
médecin un canonicat vacant à la chapelle royale de Vincennes. C'était narsjuer plaisamment les ennemis ffu'il livrait à la risée publique. S'il faut plaindre le grand homme des douloureuses épreuves qu'il venait de traverser, peutêtre y a-t-il lieu de ne point les regretter : car, en lui imposant un surcroît d'étude prudente et profonde, elles ne furent pas étrangères à la perfection de son œuvre. Nous leur devons tout au moins le rôle de Gléante : j'inclinerais aussi à croire que les généreuses colères à'Alceste se sont souvenues de ces amertumes.
IIo<i>tilités de l'Éi;lîsp. Sermons «le Boiirdaloiie. — Ce triomphe ne mit pas fin aux hostilités. Sans parler d'une parodie en vers publiée au commencement de 1670, et qui mérite à peine une mention *, il nous reste à rappeler d'autres assauts qu'eut encore à subir la pièce immortelle; car, moins heureux que Pascal qui n'eut que d'indignes adversaires, Molière encourut des réprobations parties de voix et de plumes vénérées. La coalition des faux dévots ne suffit pas, en effet, à expliquer l'âpreté d'une si longue polémique; et il est certain que des hommes d'une piété sincère furent alarmés pour des intérêts dignes de la plus sérieuse considération.
Au premier abord, on s'en étonne ; car la religion n'a pas de pires ennemis que les hypocrites. Si la haine se mesurait au préjudice causé, l'Église devrait donc détester ce vice à l'égal de tous les autres.
^Mais, comme il prend le masque des vertus qui lui sont chères, il faut bien avouer que, pour le combattre, elle se trouve dans une situation fausse ^ Voilà pourquoi les plus' honnêtes gens furent alors émus d'une censure qui permettait aux irrévérents de confondre l'ivraie avec le bon grain ^. Ils jetèrent les hauts cris, comme les philosophes du dix-huitième siècle, quand ils se virent calomniés par