‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 190 sur 411 · I. — Faits historiques · texte numérisé non relu

I. — Faits historiques

Froideur du public. Préjugé contre la comédie en pro!<ie. — Quoi qu'en disent Grrimarest, le biographe de Molière, et, d'après son autorité, les historiens du Tlu-âtre françois, puis Voltaire, Gailhava*, et bien d'autres, il n'est pas vrai que l'Avare subit un premier échec avant de se produire, six mois plus tard, sur la scène du Palais- Royal; car, dans le Registre de la Troupe, tenu, comme on sait, par La Grange dont l'exactitude était scrupuleuse, il n'est fait aucune mention de cette comédie avant le dimanche 9 septembre 1668. C'est alors seulement qu'elle figure, sous le titre de Pièce nouvelle; cette soirée rapporta 1069 fr. 10 centimes, ce qui atteste l'éveil d'une curiosité très vive. Cependant, après neuf représentations qui ne furent pas consécutives ^, il y eut relâche. La recette

Lfttres. L'excellente prose et la gaieté des Placets rappelle le ton des premières Provinciales, quand Molière écrit: « Voire Majesté a beau dire, et M. le Légat, et MM. les Prélats ont beau donner leur jugement, ma comédie, sans l'avoir; vue, est diabolique, et diabolique mon cerveau. » On croit entendre Pascal très embarrassé de prouver qu'il n'est pas une porte d'enfer. La Préface imprimée en tète de Tartuffe expose des arguments analogues à ceux de la Onziènie Provinciale, et les transporte dans la comédie.

1. Cailhava, auteur dramatique (1731-1813) ; avec de nombreuses pièces, dont la meilleure est le Tuteur dupé, il composa un traité sur \'Art de la comédie.

2. Il y eut une lacune, du vendredi 21 septembre au dimanche 30 septembre.

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avait sensiblement baissé. Le vendredi 15 octobre, elle n'alla pas au delà de 143 fr. 10 centimes. Si, le dimanche 16 septembre, on récolta 664 fr., ce mouvement de hausse s'explique par la présence de Monsieur, frère du Roi, de Madame, et de la Cour. Le 14 décembre, à la suite d'une interruption qui dura deux mois et plus, une reprise eut lieu, et ['Avare fut joué huit fois ju-<qu"au dimanche 30. Mais, pour attirer le public, Molière dut l'umorcer par la vogue d'une farce dont l'auteur garda l'anonyme, et qui, intitulée le Fin Lourdaud, ou le Procureur dupé^ avait probablement quelcjue analogie avec V Avocat Palhelin K

Il est donc certain que ce chef-d'œuvre ne reçut pas d'abord tous les applaudissenienls dont il était digne. Cependant, il ne faudrait point exagérer l'indifférence de cet accueil, puisque, dès le 15 septembre 1668, Robinet parle, dans sa Gazette,

D'un Avare qui divertit Non [las certes pour un petit, Mais au delà ce qu'on peut dire; Car d'un Iiout à l'aiilre il fait rire.

Si cet éloge exclut l'idée d'une chute, on ne saurait nier du moins que, par routine ou préjugé, beaucoup de prétendus connaisseurs et gens du bel air se refusèrent à goiàter une pièce qui leur semblait manquer aux lois de la haute comédie, parce qu'elle n'était pas écrite en vers. C'est ce que confirme le témoignage de Grimarest rappelant cette protestation de je ne sais quel duc et pair qu'il ne nomme pas : « Molière est-il fou, et nous prend-il pour des benêts de nous faire essuyer cin({ actes de prose?» Cependant, ce n'était pas la première fois que le poète faisait infidélité à l'alexandrin : car il l'avait déjà délaissé dans la Princesse d'JîUdc, et le drame de Do7i Juan". Mais l'un n'était qu'une improvisation, et l'autre

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