Il se peintdans cette profession de foi
Les liommes, la plupart, sont étrangement faits: Dans la juste mesure on ne les voit jamais. La raison a pour euï des bornes trop petites ; De chaque caractère ils passent les limites; Et la plus noble chose ils la gâtent souvent Pour la vouloir outrer, et pousser trop avant.
ÉTUDES LlTTliKAlKES. I. — *3
T comédie, qui, plus que toute autre, avait besoin de ce palliatif.
Cependant, l'effet produit n'est pas tel que le désirait le poète. Outre que le parterre ne se laisse pas volontiers faire la leçon, le voisinage de Tartuffe domine trop la scène pour que son ombre ne se projette pas sur tout ce qui l'entoure. Les excellentes maximes de Gléante en souffrent donc un peu. Ajoutons que son tort est de s'en tenir aux paroles. N'entrant pas dans l'action, ses vertus philosophiques opposent une trop faible antithèse aux manœuvres qu'elles sont impuissantes à prévenir, ou à châtier. Un Alceste eût seul été de taille à lutter contre un Tartuffe, et à le vaincre de vive force.
Les arrière-pensées de Molière. — Mais Ces réserves ne sont pas une adhésion au sentiment de ceux qui, ne voyant dans Gléante qu'une précaution oratoire, attribuent à Molière des arrière-pensées d'incrédulité systématique^ ou de dénigrement voltairicn. Outre qu'il est toujours téméraire de sonder les consciences, nous estimons que le théâtre fut pour lui un but, et non un moyen, qu'en choisissant l'hypocrisie comme sujet de satire, il fut seulement désireux de léguer à la postérité un nouveau chef-d'œuvre, en un mot que son génie se décida par des raisons draraati([ucs et désintéressées de tout autre souci. Qu'un comédien excommunié par l'Église, et dénoncé du haut des chaires comme un corrupteur de la morale publique, n'ait pas été un chrétien très fervent, nul ne s'en étonnera. Mais, si des griefs personnels ont pu animer ses censures, il n'en faut pas conclure qu'il ait voulu frayer la voie aux exterminateurs du siècle suivant. En séparant la fausse monnaie de la bonne, et flétrissant le mensonge au profit de la vérité, il contribua seulement, avec Pascal, à séculariser les principes de la morale menacés par une casuistique éhontée '. Il continua l'œuvre des Provinciales, et
1. Le public n'hésita pas à voir dans le Tartuffe Escobar traduit sur le théâtre. «C'était, dit M. Sainip-lîfuve, la graine des I'i'(ii'infi(ilp.i qui fruclilinit. A leur insu, ces deux esprits se prétèrenl niniii-forte. Mulii-i'o eut les mêmes eimciiiis que Pascal, ceux qui, quatre ans aupar.ivant, avaient nliteiiu qu'i)n brulàt les l'rtiws
favorisa l'avènement de ce qu'on pourrait appeler la loi des honnêtes gens, celle que professait déjà Montaigne mais avec trop d'indifférence secrète, celle qui se retrouve chez La Bruyère mais avec plus de doctrine chrétienne, celle qui inspire Montesquieu mais avec moins de chaleur généreuse qu'il n'y en eut dans le grand cœur de Molière et d'Alceste.