Livre Ml
•i • On peut en tirer a volonté une moralité familière et médiocre, ou élevce et généreuse: tout dépend du questionneur. » (.)/. Saiiit-ilarc Girardiit.)
LA FONTAINE. 20d
l'étoffe d'un Alceste. Loin de jeter feu et flammes, il serait plutôt résigné d'avance au train ordinaire des choses ^ Ce n'est pas qu'il ait le parti pris de La Rochefoucauld, et se plaise à découvrir, jusque dans nos vertus, des instincts égoïstes pullulant comme des animalcules dans une goutte d'eau vue au microscope. Ce pessimisme serait tout à fait contraire à son tempérament. Mais il n'a pas non plus l'optimisme qui s'aveugle; car sa clairvoyance égale sa sincérité. Aussi ne nous cache-t-il pas qu'il arrive souvent aux faibles d'être opprimés sans espoir de revanche, aux moutons d'être croqués par les loups, et aux battus de payer l'amende. C'est, en général, aux renards qu'il donne les rôles avantageux ; si le tour est bien joué, il semble même oublier le guet-apens, et ne plaint pas trop les victimes. Que de vérités amères ne pourrait-on pas recueillir ici, chemin faisant I
— La raison du plus fort est toujours la meilleure'....
— Voilà le train du monde et de ses sectateurs, On s'y sert du bienfait contre les bienfaiteurs^....
— Le fabricateur souverain
Nous créa besaciers tous de même manière,
Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui :
Il fit pour nos défauts la poche de derrière,
Et celle de devant pour les défauts d'aulrui*
— Chacun tourne en réalité, Autant qu'il peut, ses propres songes; L'iiomme est de glace aux vérités,
Il est de feu pour les mensonges '.
Ailleurs, après avoir mis en scène une chauve-souris qui
dit tantôt :
Je suis oiseau, voyez mes ailes!
Vive la gent qui fend les airs!
1. Voilà pourquoi Lamartine, après Jean- Jacques Rousseau, s'est montré fort dur pour La Fontaine. Il en veut à ces animaux • qui se moquent les uns des autres, sont égoïstes, railleurs, avares, sans pitié, sans amitié, plus méchants que nous. • Dans ce réquisitoire injuste et paradoxal, on sent l'antipa thie de deux natures, le conflit de deux poésies.