‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 301 sur 411 · Nullius addictus jurare in verba magistri · texte numérisé non relu

Nullius addictus jurare in verba magistri

meilleurs, mais n'exprimant jamais leurs idées qu'en son nom, c'est-à-dire contrôlées par son expérience, et confirmées par son goût personnel ; en un mot , soucieux avant tout d'une indépendance qui, étant la source même de sa verve, devient aussi la condition du plaisir qu'on éprouve à goûter la fine fleur de son bon sens discret, exquis et libéral.

Eminemment pratiques, les lois qu'il nous dicte * en se jouant, et sans avoir l'air de nous l'aire la leçon, peuvent s'appliquera tous les emplois de l'imagination. Cependant, il a principalement en vue la tragédie et l'épopée. Or, c'est à l'antiquité grecque, à elle seule, qu'il emprunte ses modèles *, et il n'admet rien en dehors des traditions que lui doit le génie latin. Voilà pourquoi le rôle du chœur lui paraît un élément indispensable de toute œuvre dramatique. Il ne suppose même pas qu'on puisse jamais s'en passer^. Lorsqu'il parle du poëme épique, l'Iliade et FOdyssée sont aussi le seul exemplaire qu'il ait sous les yeux*. La Grrèce est donc vraiment l'unique patrie de son imagination; et si le Romain se retrouve ici, nous ne le reconnaissons guère que dans les censures du satirique, dontl'iionie dédaigneuse raille, chez ses compatriotes, la médiocrité négligente, l'indulgence d'un public ignorant et brutal, les grossières plaisanteries de Plante, qu'il traite avec trop d'injustice, enfin la sottise de ces métromanes que leurs l)arasites décoraient du titre de portes. En résumé, VÈpUrù

1. Il fait une part égale à l'art et à la nature. — Il raille les originaux qui se croyaient de grands génies, parce qu'ils se rendaient ridicules par les excentricités de leur cerveau malade. — Il se moque de rinspiralion artilicielle, et des bohèmes de son temps. — Il exige du poète la conscience de ses forces, la raison, im funds solide de pensées puisées dans la pliilosopliie morale, l'alliance de lagréable et de l'utile l'étude constante de la nature, l'unité de conception, la liaison des parties, le respect des lois qui conviennent à clia'iue genre, les lenteurs laborieuses de la lime, la docilité modeste aux }e(,:on3 de lacrili(|ue, et par-dessus tout les qualités de l'iionnùtc houinie.

2. Il oublie trop les origines littéraires de Home. — Il veut qu'elle emprunte à la Grèce ses dilferentes espèces de vers, qu'elle puise même dans son vocabulaire, pour enrichir le sien.

3. Il ne voit pas que, chez les Grecs, l'importance du chœur alla diminuant à mesure qu'on s'éloignait des premiers âges.

4. Il consaille même de lui emprunter des sujets de tragédie.

aux Pisons n'a jamais eu la prétention d'être un code promulgué par un de ces Aristarques qui tiennent école. Il fut surtout un adieu aux Muses, le testament d'un poète qui, prenant sa retraite, se fit critique", ou plutôt se délassait en des entretiens charmants par l'aisance du tour, la variété du ton, la souplesse d'une parole agile, et le bonheur d'une expression toujours forte, concise, mordante et spirituelle.

Vida. — Parmi les imitateurs d'Horace , une mention est due à Vida', ce prélat tout païen, ce latiniste élégant, qui, pénétré de l'esprit antique, prit la cour de Léon X pour celle d'Auguste, et sut accommoder au goût de la Renaissance un pastiche habile, où les rhétoriciens peuvent apprendre à dérober adroitement aux classiques les idées et les mots, le fond et la forme.

Vatiqnelin de La Fresnaîe (1574). — Chez nOUS aussi, Boileau compta plus d'un prédécesseur*. Parmi ceux qui lui frayèrent la voie, un seul mérite l'attention : c'est un compatriote de Malherbe, Vauquelin de La Fresnaie. 11 entreprit un Art poétique, vers 1574, sur l'invitation d'Henri III, qui venait de passer du trône de Pologne à celui de France. Tout en paraphrasant Horace avec complaisance, ce disciple de Ronsard caractérise, non sans originalité, les divers genres où s'était essayée jusqu'alors notre littérature natio • nale. Il anime aussi la jeunesse en célébrant les exploits de la Pléiade. Si l'art de la composition lui fait trop défaut, il ouvre des jours sur le moyen âge, et se recommande par d'heureuses rencontres de pensée, par l'abondance d'un style assez franc, surtout par le souci constant d'approprier à des temps nouveaux des préceptes antiques.

Mais les érudits seuls gardent mémoire de ces travaux auxquels manque le crédit d'une grande renommée. Hâtons-

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