Notamment dans l'opulence de ses rimes
3. « Je ne le croyais pas, rei)liqua Louis XIV ; mais vaus vous y connaissez mieux que moi. >
bles : car. dans cet « art dangereux, » il n'est point de degrés du médiocre au pire.
C'est pour corriger ces incorrigibles, c'est aussi pour rappeler les écrivains au respect d'eux-mêmes que Boileau termine par des conseils pratiques qui intéressent le caractère, la conduite et les mœurs du poète.
Pour apprécier l'a propos de cette conclusion, il ne faut pas oublier qu'au commencement du dix-septième siècle, beaucoup d'auteurs, et des plus huppés, n'avaient ni tenue, ni sentiment de leur dignité. M. Nisard en cite plus d'un trait curieux. Voiture, par exemple, «assez homme d'esprit pour se faire respecter 5> ne souffrait-il pas qu'on le bernât? Que dis-je? Il s'en vantait « d'un ton à mériter qu'on recommençât*. » Tallemant des Réaux nous apprend ailleurs « qu'il étoit forcé de changer de chemise, toutes les fois qu'il sortoit du jeu, tant il y mettoit d'ardeur.» La Galprenède, qui traitait avec son libraire pour un ouvrage de deux ou trois volumes, menaçait « de l'allonger jusqu'à trente^ pour gagner plus d'argent. » Scarron demandait à ses convives d'apporter chez lui de quoi faire bonne chère. Ménage, que nourrissait le cardinal de Retz, installait indiscrètement ses valets à la table de l'office. Sorti de chez Son Éminence, « il y envoyoit quérir tous les soirs sa chandelle, et se faisoit saigner par le chirurgien de ses domestiques. » Faret, chez Boileau, rime avec cabaret, et le mérite. Que serait-ce donc si nous passions en revue tous les rimeurs auxquels les satires de Boileau valurent une notoriété de mauvais aloi? L'un, Théophile*, n'est qu'un esprit-fort de bas étage, un Arétin de carrefour. Il semble balbutier à travers l'ivresse.
1. L'usage en était venu des Romains, chez qui c'était un passe-temps fort goûté sous les Césars, de berner les ivrognes. Voiture écrivait :
Tenez bon, roidissez les coings; Y estes-vous ? serrez les poings, Et faisons sauter jusqu'aux nues Par des secousses continues Sans crier jamais : c'est assez.
2. Il a pourtant i^a lueurs; son ode à la Solitude a de ia grâce et de la couleur.
L'autre, Saint-Amand, est toujours chancelant comme Silène. Comparées à ses tableaux, les peini.'ares de Téniers sont des pastels. Anacréon de mauvaise compagnie, il n'a racheté les méfaits de son lyrisme aviné que par la plus ennuyeuse des idylles, le Moïse sauvé. A la suite viendraient les faméliques dont le type est ce « poète crotté, » ce maigre hère, passant Celé sans lingc^ et Vhiver sans manteau^ battant, du matin au soir, le pavé de Paris, pour colporter des dédicaces, toucher les quartiers de quelque chétive pension dont il donne quittance en sonnets, ou attraper ailleurs un dîner, à l'office. Dans cette foule de quémandeurs se disputant la faveur des ducs et des traitants, faisant trafic de la louange et tenant boutique d'encens, on n'aurait que l'embarras du choix, depuis ce fou de Neuf-Germain qui se qualilie de poêle hétéroclite de Monsieur, jusqu'à l'illustre Chapelain, qui était aux gages du duc de Longueville.
Entre ces mercenaires, point d'amitié sérieuse : ils n'avaient d'autre lien qu'un commerce de louanges réciproques, prodiguées à charge de revanche par une complaisance égale à leur vanité. Ce n'était qu'échange de certificats signés des noms à la mode, et imprimés à profusion en tête des œuvres nouvelles. « Cette adulation, disait la Logique de Port Royal, détruit toute la force du langage, les mots n'étant plus les signes de nos jugements, mais d'une civilité toute extérieure qu'on rend à ceux qu'on veut louer, comme pourroit être une révérence. » C'est ainsi qu'on fermait la bouche à la critique par les compliments et les
s caresses
Mais ne poussons pas plus avant ce croquis d'histoire littéraire : nous en avons dit assez pour faire valoir l'importance de ce dernier chant, où Boileau nous démontre que le beau n'est pas distinct du bien, et que le poète doit être avant tout honnête homme. — Et d'abord, point
I. Personne ne trouva ridicule le neveu de Voiture, Pinchène, recommandant les œuvres de son oncle à la bienveillance du lecteur, « par la raison qu'on n'avoit rien lu de lui qui ne fut k l'avantage de ceux dont il avoit parlé. » Voir M. Nisard. Ihsl. de lalill. franc.
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de sot orgueil, point d'envieuses cabales, point de coterips
intéressées :
Faites choix d'un censeur solide et salutaire, Que la raison conduise, et le savoir éclaire,
qui, sans chicane pointilleuse, vous apprenne au besoin « à franchir les limites de Fart ^■> et vous corrige, sans vous décourager par d'injustes dégoûts.
Fuyez surtout, fuyez ces basses jalousies, Des vulgaires esprits malignes frénésies.
Laissez l'intrigue aux impuisssants, mais ne négligez pas les offices de la société civile.
Que les vers ne soient pas votre éternel emploi ; Cultivez vos amis, soyez homme de foi.
Chassez de votre cœur les soucis vulgaires. S'il est juste de tirer de son travail un profit légitime, travaillez surtout pour la gloire, et non pour le gain. D'un « art divin, « ne faites jamais « un métier mercenaire. »
Enfin, que vos œuvres attestent la pureté de votre vie.
Que votre âme et vos mœurs peintes dans vos ouvrages, N'offrent jamais de vous que de nobles images!
Ce n'est pas qu'il faille interdire à la scène l'analyse des passions, ou, comme firent des docteurs trop austères, traiter cf empoisonneurs et Rodrigue etChimène^. Ce fanatisme janséniste, Boileau le condamne; mais il s'indigne contre les « infâmes » dont les écrits aux yeux de Inirs lecteurs rendent le vice aimable. Or, ces accents ont ici l'autorité des exemples^; et, après avoir débuté dans son poëme par ces mots : Aimez donc la raison, il avait le droit de conclure par ceux-ci :
Aimez donc la vertu, nourrissez-en votre âme: