Nicole, dans ses Visionnaires
2. Chez Boileau, le souci de la dignité morale ne se tourne point en rêves d'orgueil. Le poëte alors ne se croyait pas conducteur de peupies, irophéie, homme d'Etat, révélateur.
En vain l'esprit est plein d'une noble vigueur, Le vers se sent toujours des bassesses du cœur'.
C'est ainsi qu'en réveillant des vérités essentielles, Boileau, plus que tout autre, a su parler, en quelque sorte, à la conscience littéraire, et prononcer, sous une forme définitive, des arrêts souverains, ou des axiomes de goût qui méritent de servir de ralliement à tous les bons esprits. Tous ceux qui ont étudié l'art d'écrire reconnaissent en effet leur propre expérience dans ces vers où sont à jamais fixés des principes dont l'excellence est démontrée par toutes les œuvres dignes de vivre. Ces sentences ne sauraient perdre de leur prix, parce que leur popularité nous les a rendues familières comme des lieux communs. Ce serait même en méconnaître la portée que d'en réduire l'application aux ouvrages de poésie. Aussi, malgré les réserves qui précèdent, dirons-nous avec M. Nisard : « Ses prescriptions s'étendent à toutes les pensées, à toutes les manières de les exprimer, et, par analogie, à tous les arts dont l'idéal est le vrai. » Ils y trouvent non-seulement leurs règles, mais leur morale. Il y a là des décisions qui ne sont pas plus contestables que les lois de l'intelligence humaine. Elles gouvernent la prose comme les vers, et leur vertu est prouvée par ceux qui leur résistent, aussi bien que par ceux qui leur obéissent^.
1. L'éloge de la poésie, et celui de Louis XIV servent d'épilogue au poëme — Quand il célèbre l'influence de la poésie, sa foi modeste, n'est point, comme elle le fut pour d'autres, une apothéose de son propre génie.
2. D'Alembert a dit : « Boileau eut le premier en France le mérite rare de former une école de poésie. Il eut dans Racine un disciple qui aurait suKi pour lui assurer l'immortalité. »
PORTRAIT BIOGRAPHIQUE
Son enfance prédestinée. Inflnence de l'esprit biblique. — Fils d'un conseiller au parlement, né le 27 septembre 1627, à Dijon, dans une ville qui donna Saint-Bernard à la France*, .Jacques Bénigne Bossuet appartenait à, une famille oià, dès le berceau, la leçon de l'exemple devait le former sans effort à la pratique des vertus chrétiennes. « Dans cette maison respectable, dit M. Patin, c'était un usage digne de la gravité de ces temps que les principaux événements de la vie domestique fussent consignés sur un registre particulier, et sanctifiés par une citation de l'Écriture. Dieu l'a guidé. Dieu Va conduit^, voilà par quelles paroles avait été consacrée, dans ces touchantes annales, la naissance de celui qui devait si sûrement accomplir ce vœu de la tendresse paternelle. >> Confié aux soins d'un oncle ^, il fut dès l'enfance un de ces écoliers extraordinaires qui ont leur histoire. Au collège des jésuites, il se distingua par l'étonnante capacité de son entendenjent et de sa mémoire, ce trésor de l'orateur*. Il allait d'instinct vers les
1. Lacordaire devait naître aussi près de Dijon, à Recy-sur-Ource, 1802.