‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 324 sur 411 · Il était alors patriarche do Constaiitinople · texte numérisé non relu

Il était alors patriarche do Constaiitinople

4. Si saint Grépoirc n'eut pas le goût irréprochable; s'il manque «le pathi'tique, il rappelle Isocrale par la richesse des images et la symétrie savarite d'une diclion ingénieuse. — Saint Grégoiie de Nyssf, frère de saint 13asile, lit

à l'école de la Grèce, il serait pourtant injuste de méconnaître le mérite de saint Ambroise et de saint Jérôme. L'un, qu'immortalise l'arrêt dont il osa frapper le crime de Théodose, loua son frère Satyrus avec le charme des sentiments vrais et les défauts d'un style gâté par la rouille de la barbarie. L'autre ne monta jamais dans la chaire, pour présider à d'illustres obsèques; mais quelques-unes de ses lettres sont émues d'une tristesse pathétique, entre autres, celles que lui inspira la mort de Népotien, le plus cher de ses disciples, ravi dans la Heur de l'âge à ses religieuses espérances, et la perte plus cruelle encore de Paula, cette lille des Scipions qui, préférant Bethléem à Rome, aima mieux nourrir les indigents, et veiller près du lit des malades que goûter les hommages du monde, et briller parmi ses splendeurs.

Le panégyrique au moyen âge et après la Renaissance. — Tel fut l'héritage que devait recueillir le siècle de Louis XIV. Mais avant l'avènement des noms glorieux, il nous faut traverser la période ingrate qu'affligèrent les épreuves d'une société dont les éléments féconds s'organisaient comme au sein d'un chaos. Pourtant, bien que ces crises intéressent surtout la curiosité savante, ne traitons pas avec dédain ces âges intermédiaires qui contenaient en germes les créations de l'avenir. Si toute clarté semble alors s'éclipser ou s'éteindre sous un ciel orageux, la faute en est seulement au malheur des temps; et il faudrait plaindre ceux qui étudieraient sans plaisir les premiers bégaiements d'une langue dont l'inexpérience même eut ses grâces. Laissons donc à Voltaire l'ironie d'un mépris qui n'accuse que ses préventions ignorantes. Regrettons plutôt que l'espace nous manque pour signaler ici les lueurs dans lesquelles se pressent l'aurore d'une civilisation nouvelle, et pour suivre les traces d'un progrès continu, dont l'Église peut, à bon droit, revendiquer l'initiative, jusqu'au jour où, la chute de Gonstantinople et la découverte de l'im-

aussi son éloge, et quelques mois après, ceux de Pulchérie fille de Théodose, et de l'impératrice Flaccile. On peut comparer ces deux discours, l'un àl'orai- BOQ funèbre de la ducUesse d'Orléans, l'autre à celle de Marie-Thérèse,

priinerie renouant une chaîne brisée, les intelligences s'éveillèrent tout à coup de leur sommeil apparent, et finirent par renaître à la vie littéraire.

Pour revenir à Tobjet qui nous occupe, nous aimerions à dire un mot de saint Bernard et des plaintes mystiques inspirées à ce belli.|ueux apôtre par lo regret d'un frère chérie On pourrait citer aussi le sermon naïf que Robert le Sinceriaux versifia sur l'héroïque trépas de saint Louis, le roi le plus preudomme et le plus droiturier. Nous rappellerions encore l'éloge que l'évèque d'Auxerre fit entendre, devant Charles V, dans la basilique de iSaint Denis, aux funérailles du connétable du Guesclin. — Quant au seizième siècle, on y verrait figurer des orateurs funèbres, tantôt ouvrant le paradis à l'âme de François I*', non sans paraître téméraires aux docteurs de Sorbonne '^ ; tantôt célébrant les malheurs de Marie Stuart et sa fin tragique^, ou bien fêtant l'immortalité viagère de Ronsard '^ ; ailleurs jouant un rôle factieux parmi les violences des guerres civiles *, puis rivalisant de zèle pour pleurer avec la France « le bon roi Henri», frappé par un poignard qui blessait la patrie au cœur*.

Certes des occasions grandioses s'oiTraient en foule aux panégyristes. Mais, si l'on excepte quelques bons esprits, le cardinal du Perron, le pèie Sénault, supérieur général de l'Oratoire, Nicolas (jrullié, évèquc d'Uzès, et Claude de

1. In obitu dornini Humberti, monachi Clarœvallensis ; sermo 1066.

2. L'orateur fut Pierre du Catel, évéque de Màcon. La Sorbonne voulait envoyer le roi au purgatoire. Un plaisant repondit : <i II estoit homme à ne s'arrêter guère en un lieu. S'il est allé au purgatoire, il y restera tout au plus pour gouster le vin en passant. »

3. Elle fut célébré ' par Claude d'Espence et Renauii de lîeaune.

4. Le cardinal du Perron s'en aci|iiitla dit^neiiient, en ISKfi.

!i. L'a'-sassinal des princes de Lorraine provoqua de fougueuses harangues. A Paris, Pierre Pigenat, cure de Saint-Nicolas-des-Champs, osa prêter ces vers 41a duchesse de Guise .

Exoriarc aliquis nostris ex ossibus ultor, Qui face VaLtii^is ferroque sequare tyrannosi

• Que de nos osscnienls se lève un vengeur qui poursuive par le fer et le feu les tyrans Valait 1 »

6. Parmi quinze autres, citons l'académicien CoefTeteau et l'cvêque d'Air«, Philippe de Cospean.

Lingendes qui échappèrent plus ou moins à la contagion environnante, la plupart des œuvres qui datent de cette époque font aujourd'hui sourire la critique par des défauts applaudis alors comme des beaulés. Aux parodies macaroniques des Ménot, des Maillard et des Barlet, avaient succédé l'étalage d'une érudition pédantesque, la confusion du profane et du sacré, le luxe des fausses couleurs, l'incohérence d'images disparates, bizarres ou triviales, en un mot une recherche de bel esprit qui compromettait par des jeux puérils le sérieux du ministère évangéliquc. Non-seulement on citait pêle-mêle Pythagore et Moïse, Virgile et Salomon, Plutarque et saint Jérôme, Platon et TertuUien, Aristote et les Prophètes, Homère et saint Paul ^ ; mais dans les déclamations d'une prose indigeste s'entrecroisaient des épigrammes, des odes, des sonnets, des épitaphes et autres bagatelles si frivoles que la sévérité des conciles dut, mais en vain, proscrire ces fantaisies ridicules^. Pour ne pas parler des plus obscurs, jugez-en par cet exorde d'un prédicateur en vogue, de Jean Camus, évêque de Belley, ouvrant ainsi son éloge du maréchal de Rantzau^. « Tant de vertus qui ont esclaté en luy ont esté comme cette myrrhe, cet aloès, ce benjouin, ce storax, cette cannelle et cet ambre dont le roy Prophète parle, qui s'exhale des vestements des personnes vertueuses.... Ce que fit matériellement la reine de Saba qui apporta tant de parfums en Jérusalem que les rues par où elle avoit passé en estoient toutes remplies, se peut dire moralement de ce grand homme que nous louons ; et, tandis que notre jeune Salomon a esté dans la couche de sa minorité, son nard a respandu tant d'odeurs dants tous les emplois dont il a esté honoré, que, comme la panthère laisse au repaire où elle a demeuré une nuit une suavité qui y dure tout le jour sui-

1. Arnaud Sorbin, évèque de Nevers, ligueur passionné, fit, dans ce style, l'oraison funèbre de Charles IX.

2. • Ineptas et inanes îiugas orator devitahil (Concile de Cologne, 1536). — Comicas, aniles et inlerdum obscenas fabulas, quae risum moveant sœpius quàm lacrymas, auribus non ingérant. » (Concile de Trêves, 15^9.]

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