Deuxième partie. Il n'y a rien que de pur dans sa TÎe
— Mais la seconde moitié de l'oraison lui appartiendra tout entière. Ici commence véritablement un sermon pratique.
Inaltérable pureté, ferveur pieuse et active, humilité dans la grandeur, délicatesse d'une conscience qui ne se pardonne pas les moindres oublis, renoncement et sacrifices d'un cœur aussi tendre que courageux à supporter les dé-
plaisirs ou les mortelles angoisses « qui se cachent sous la pourpre », fermeté dans les pertes irréparables, accomplissement de tous les devoirs qui s'imposent à la fille, à l'épouse, à la souveraine; en un mot prodiges de la Grâce concourant à former l'exemplaire parfait d'une chrétienne qui, « malgré le tumulte de la cour, se fait une solitude parmi la foule», et y trouve « le Carmel d'Elie, le désert de Jean, la montagne si souvent témoin des gémissements de Jésus », tels sont les traits de la figure que Bossue propose comme un modèle à ceux qu'entraîne le courant du siècle.
Le cadre d'où elle se détache est cet oratoire où Dieu la voyait, comme Esther,
Humilier ce front de splendeur couronné,
Et, confondant l'orgueil par d'augustes exemples,
Baiser avec respect le pavé de ses temples.
C'est « de là que les peuples croyoient voir partir la foudre qui accabloit tant de villes. » Car la vertu de ses prières l'associait aux triomphes de la France, et « les mains élevées à Dieu enfoncent plus de bataillons que celles qui frappent. »
Parmi ces enseignements éloquents, il y a des vérités faites pour Louis XIV, et l'on pourrait noter ici plus d'un conseil qui s'adresse à la conscience royale, ne fût-ce que l'hommage rendu « à la prudence tempérée d'une femme sage^ calmant les passions violentes quune résistance trop emportée ne f croit qu'aigrir ». C'est ainsi que Bossuet ne perdit jamais l'occasion d'exercer son devoir sacerdotal, jusque dans les convenances qui s'imposaient à un discours de cérémonie. Il sut donc toujours concilier le respect et la reconnaissance avec la liberté du prédicateur. Les ménagements conseillés par la charité n'adoucissaient sa parole que pour lui assurer plus d'efiicace. Car sa maxime était de dire la vérité avec force, mais utilement, sans froisser l'orgueil du souverain, sans le mettre en cause devant sa cour, comme un accusé devant ses juges, et sans porter atteinte à la majesté du trône : tempéraments qui ne Tem-
exlioi(au.)ii laiLi; du cuiilcasioiia.! jjiu> t-m.)it' ijuc dall.-. la chaire. Tel est le caractère de la péroraison, où, rappelant que « la mort vient comme un voleur », il cherche à réveiller ces endormis que trompent « les plaisirs, le jeu, la santé, la jeunesse, l'heureux succès des affaires, les flatteurs, parmi lesquels il faudroit peut-être compter des directeurs infidèles que nous avons choisis pour nous séduire, et enfin nos fausses pénitences qui ne sont suivies d'aucun changement de nos mœurs». Ces austères avertissements tombaient d'aplomb sur cet auditoire frivole, où se trouvait, entre autres Mlle de Montpensier, qui, au retour de cette fêle funèbre, écrivit ces mots : « Quand on sort de ces lieux-là, on est las ; chacun s'en va chez soi ; moi, j'allai à Eu, fort fatiguée des cérémonies des morts; elles m'orvoient donné des vapeurs. »
ORAISON FUIVEIÎKE
D'aNNE de GONZAGUE de CLliVES, PHINCESSE PALATINE,