I. — Faits historiques
Relations de Bossiiet et de Condé. — La vie d'un
grand homme de guerre ne se résume point en quelques lignes ^ Aussi ne tentons pas l'impossible, et rappelons
I. Arrière-pctit-flls du célèbre Louis I", prince de Bourbon, qui fui tué à
seulement les faits dont le souvenir intéresse les relations de Bossuet et de son héros.
Elles remontaient à l'époque même où le prince vint succéder à son père dans le gouvernement de la Bourgogne. Sa faveur était acquise d'avance à la famille des Bossuet qui, depuis longtemps, y jouissait d'une haute estime. Grâce à ce patronage, un oncle du jeune Bénigne fut nommé vicomte-majeur de Dijon. Un autre, avocat au conseil, ne cessa pas d'être l'intermédiaire ofticiel du prince, toutes les fois que celui-ci quittait sa province. Ce fut au retour de l'expédition de Catalogne, en novemhre 1647, que, passant par Dijon, Gondé se vit sollicite par Claude Bossuet d'accepter la dédicace de la première thèse où son neveu allait taire l'essai public de sa science et de son talent. Or nous savons que, dans la soirée du 24 janvier 164>^, le vain([ueur de Rocroy se rendit, escorté de flambeaux, avec unesuite imposante, au collège de Navarre, pour y entendre le théologien adolescent qui devait y disputer sur (es attributs dp. Dieu. Il paraît même qu'il eut
Jarnac en 1569, 'e prince de Condé naquit à Paris, le Sseptembre 1621. Élevé ehez les jésuites de Courges, général en chef à vingt-deux ans, il bal les Espagnols à Rocroy (19 mai 1643), prend Thionviile (to août 1643), est vainqueur à Fribourg (3 ..vril 1644), à, Nordliugen (3 août 164,')), enlève Couitrai ^JCjuin 1646), Mardyck(25 août), Furnes (7 septembre) et luuikerque (Il oclobri;;.
Moins heureux en Catalogne, où il échoue devant Lérida, il bat l'archiduc Léopold à Lens (20 août 1648), el permet à Aune d'Autriche de signer avec l'Allemagne la paix de Munster (24 octolire 1648).
Pendant la Fronde, il prend d'abord parti pour la cour, qu'il ramène à Paris; mais son orgueil ne connaît plus de bornes, il outrage Mazarin, olleuse la reine; et, conduit à Vincennes en 1650, sort de prison, treize mois après, pour ne plus songer qu'à la vengeance.
Battu par Turenne dans le fauhourg Saint-Antoine (1652), il se jette entre les bras de l'Espagne, mais sans lui rendre la victoire. De I6">3à 1659, il prolonge, d'cchec en échec, une lutte que rend impuissante la victoire des Dunes remportée par Turenne (14 juin 165S), et que termine la paix des Pyrénées (7 novembre 1659).
Huit années de retraite suivirent le pardon de Louis \IV. Il reparut enfin à la lèle des armées royales, soumit eu trois semaines toute la Franche- Comté (I6G8), prituiie part glorieuse à la campagne de Hollande (1672); et, à 53 ans, défit les Espagnols et les Autrichiens réunis à la journée de Séncl (1074). Apre» la mort de Turenne, il rassura la France consternée, en forçant Montecijcuili à lever le siège de Ilagucncau et de Saverne.
Itctire dès lors à Chantilly, dont il fit un autre Versailles, il mourut, lu 11 novembre 1636, à Fontainebleau, près de sa pelite-lille, la duchesse dv Bourbon, avec le calme d'un héros et, la pi't:' d'un chnitien.
la tentation de prendre part à un combat tout nouveau pour lui. « L'imagination, dit M. Patin, aime à s'arrêter sur cette première rencontre de deux hommes extraordinaires que rapprochait, malgré des fortunes et des conditions si diverses, une certaine ressemblance de génie; qu'allait unir, pendant leur vie, le sentiment d'une admiration réciproque, et, dans la postérité, le partage d'une gloire où se confondent le héros et l'orateur. »
Ils ne cesseront pas en eflet d'être attirés l'un vers l'autre par cette espèce de curiosité ou de sympathie qui fait rechercher aux grands esprits la compagnie .de leurs pairs.
Le prince, que ses infirmités avaient éloigné du commandement des armées depuis la campagne de 1675, s'était fixé définitivement à Chantilly, vers 1680, peu de temps après la mort de sa sœur, la duchesse de Longueville. Cette noble retraite, embellie par son nom et le souvenir de ses victoires plus encore que par les merveilles de l'art, lui fut alors un autre Versailles, dont Mme de Sévigné put dire : «M. le prince est là dans son apothéose. Il y vaut mieux que tous vos héros d'Homère ! » Or Bossuet figura toujours au premier rang des privilégiés qu'il conduisait « dans ses superbes allées, au bruit de tant de jets d'eau qui ne se taisoient ni jour ni nuit ». La douceur d'une telle fréquentation était précieuse et comme indispensable à une conscience chrétienne où se faisait sentir le vide des ambitions humaines, et qui s'ouvrait enfin à ces sentiments religieux dont la sérénité consola sa vieillesse. Les liens qui unirent ces deux âmes supérieures devinrent donc de plus en plus intimes ; et chez Bossuet cet attachement fut assez profond pour survivre à celui qui en était l'objet. L'ancien précepteur du Dauphin ne s'imposa-t-il pas l'office volontaire de surveiller avec une tendre sollicitude l'éducation du petit-fils de Condé ? Un an avant sa mort, il assistait encore aux leçons de ses maîtres.
Aussi n'eut-il qu'à écouter son cœur, lorsqu'il fut choisi par Louis XIV pour satisfaire par un éloge solennel « à la reconnoissance publique et aux ordres du plus grand des rois ». Ce devoir suprême lui était réservé par une sorte de
prédestinaîion. Car en 1660, prêchant devant Ctndé qui venait de rentrer en France, Bossuet lui souhaitait « une gloire plus solide que celle que les hommes admirent, une grandeur plus assurée que celle qui dépend de la fortune, une, immortalité mieux établie que celle que promet l'hisloiro, et des espérances plus durables que celles dont tous les hommes ilattent les héros ». Or vingt-six ans plus tard, l'oraison ['u'-'-bre qu'il prononça, le 10 mars 1687, dans l'église d^ \otre-Dame, ne fut que la confirmation et l'accomplissemcnl de cette prière prophétique.
Portrait du prince j>ar I.a Brsiyére. — Avant d'entendre Bossuet, écoutons l'hommage que La Bruyère rendit à la mémoire de son protecteur ' : « Emile étoit né ce que les plus grands hommes ne deviennent qu'à force de règles, de méditation et d'exercice. Il n'a eu, dans ses première? années, qu'à remplir des talents naturels et à se livrer à son génie. 11 a fait, il a agi, avant que de. savoir; ou plutôt il a su ce qu'il n'avoit jamais appris. Dirai-je que les jeux de son enfance ont été plusieurs victoires? Une vie accompagnée d'un extrême bonheur joint à une longue expérience seroit illustre par les seules actions qu'il avoit achevées dès sa jeunesse. Toutes les occasions de vaincre qui depuis se sont offertes, il les a embrassées ; et celles qui n'étoient pas, sa vertu et son étoile les ont fait naître : admirable même, et par les choses qu'il a faites, et par celles ({u'ii auroit pu faire *. On l'a regardé comme un homme incapa -