‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 342 sur 411 · Du inérile personnel · texte numérisé non relu

Du inérile personnel

2. Le cardinal de Rclz le jugeait ainsi: ■ W. le prince est né capitaine ce qui n'est jamais arrivé qu'à lui, à César et à Spinola. Il a égalé le premier il a passé le second. L'intrépidité est un des moindres traits de son caractère. La nature lui avoitfait l'esprit aussi grand que le cœur. La fortune, en le donnant à un siècle de guerre, a laissé au secona toute son étendue. La naissance, ou plutôt l'éducation, dans une maison attachée et soumise à son cabinet, adonne des bornes trop étroites au premier. L'on nn lui a pas inspiré d'assez bonne heure les grandes et générales maximes qui sont d'Iles qui fon et forment l'esprit de suite. Il n'a pas eu le temps de les prendre par lui même, parce qu'il a été prévenu, dès sa jeunesse, parla chute imprévue des grandes allaires, et par l'Iiabilude au bonheur. Ce défaut a fait qu'avec l'âme du monde la moins méchante il a commis des injustices; qu'avec le cœur d'Alexandre, il n'a pas été exempt non plus que lui de foiblesse ; qu'avec un esprit merveilleux il est tombe d.ins des imprudences; qu'ayant toutes lei

hle de céder à rennemi, de plier sous le nombre ou sous les obstacles, comme une âme de premier ordre, pleine de ressources et de lumières, qui voyoit encore où personne nevoyoit plus ; comme celui qui, à la tête des légions, étoit pour elles un présage de victoire, et quivaloit seul plusieurs légions ; qui étoit grand dans la prospérité, plus grand, quand la fortune lui a été contraire. La levée d'un siège, une retraite l'ont plus ennobli que ses triomphes ; l'on ne met qu'après les batailles gagnées et les villes prises ; qui étoit rempli de gloire et de modestie : on lui a entendu dire : « Je fuyois » avec la même grâce qu'il disoit : « 7ioi(,s les battîmes » ; un homme dévoué à l'Etat, à sa famille, au chef de sa famille, sincère pour Dieu et pour les hommes, autant admirateur du mérite que s'il lui eût été moins propre et moins familier ; un homme vrai, simple, magnanime, à qui il n'a manqué que les moindres vertus. »

Le revers de la médaille. — Cette belle médaille n son revers ; et la postérité ne doit pas oublier non plus le rôle joué, durant la Fronde, par le prince français qui se révolta contre son pays et son roi, s'obstina pendant huit années dans la trahison, et ne rendit les armes qu'au jour où l'impuissance de ses alliés le réduisit à solliciter sa grâce.

Aussi incommode à ses amis qu'à ses ennemis, Gondé finit par baisser la tête devant un maître, mais non sans avoir voulu disputer à l'Espagne le prix de ses services, et à la France, le gage de sa réconciliation. C'est ce que prouve la note qu'il remit à Madrid, durant les préliminaires de la paix des Pyrénées. Il y emploie tour à tour l'audace et la dissimulation ; il entend qu'on lui rende tous ses biens, honneurs et gouvernements. Il lui faut une position de souverain indépendant, la Franche-Comté, par exemple, « qui pourra servir de retraite à tous les mécontents de France». Au besoin, il acceptera Cambrai, pourvu qu'on y joigne le Cambrésis et le Catelet ; mais à condition

qualités de François de Guise il n'a pas servi l'État en de certaines occasions aussi bien qu'il le devoit, et, qu'ayant toutes celles de Henri du même nom, il n'a pas pousse la faction où il le pouvoit. Il n'a pu remplir son mérite: c'est un défaut, mais il est rare, mais il est beau. ■'

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qu'on assure à son lils un gouvernement en France, et la cliarge de grand-maître. Il n'oublie pas même le million d'écus promis par l'Espagne * : il exige qu'il lui soit payé argent comptant !

En revanche, il fut aussi humble pour obtenir l'oubli de sa faute qu'il avait été insolent contre la faiblesse de ses adversaires. Mais insister sur ces misères serait irrévérence envers le génie de Bossuet, et ingratitude envers le vainqueur de Rocroy. Soyons donc aussi cléments que Louis XIV disant au coupable, qui s'agenouillait devant lui pour implorer son pardon : « Mon cousin, après les grands services que vous avez autrefois rendus à ma couronne, je n'ai garde de me ressouvenir d'un mal qui n'a apporté de dommage qu'à vous-même jj. Après tout, on se plaît à penser que ces nobles esprits, que ces cœurs impatients et égarés n'étaient pas à l'origine aussi livrés à leur sens personnel et pervers qu'ils le parurent depuis, quand les passions et les cupidités de chacun furent déchaînées. Un des plus grands malheurs des guerres civiles est de corrompre, ou du moins d'égarer bientôt les meilleurs et les plus généreux'^.

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