‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 348 sur 411 · rort-Royal, l. III, p · texte numérisé non relu

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de l'Écriture, signalons surtout les pages consacrées à Moïse : car jamais le grand précurseur ne fut représenté sous des traits plus majestueux, même par le ciseau de Michel Ange ^; et ceux qui ont le mieux pénétré l'esprit des poésies sacrées, les Lowtli ou les Herder, n'ont rien dit que Bossuet n'ait devancé par un jugement définitif el souverain.

Dans l'ordre des considérations morales, il garde aussi tous les avantages que pouvait compromettre près de certains lecteurs un mysticisme trop continu; car on ne saurait mieux exprimer les difficultés qu'il y eut pour le monde païen à faire le pas décisif, à sortir, non plus par exception et dans la personne de quelques penseurs d'élite, mais par classes et par nations, de ce chaos impur qui s'appelait l'idolâtrie. S'il n'est pas tout à fait juste pour la philosophie des Grecs qu'il regarde comme une émanation de l'Orient et du judaïsme, s'il la croit trop faible et trop désarmée contre l'erreur publique, il est merveilleux lorsqu'il caractérise l'avènement du christianisme dont la doctrine est, dit-il, « du lait pour les enfants et tout ensemble du pain pour les forts. » Pascal luimême n'a pas célébré plus magistralement la nouveauté qu'inaugura Celui dont Bossuet dit : « On le voit plein des secrets de Dieu; mais on voit qu'il n'en est pas étonné comme les autres mortels à qui Dieu se communique. Il en parle naturellement, comme étant né dans ce secret et dans cette gloire; et, ce qu'il a sans mesure, il le répand avec mesure, afin que notre foiblesse le puisse porter. »

On sent bien qu'il est ici comme au fort de son œuvre. Tout ce que les Pères ont écrit avant lui, il le rajeunit par l'onction d'un accent qui lui est propre; et ces beautés

1. Bossuet semble se souvenir de lui-même quand il admire dans les révélations de Moïse « un style hardi, extraordinaire, propre à représenter la nature dans ses transports, qui marche par de vives et impéluonses saillies, affranchi des liaisons ordip.aires que recherche le discours uni, renfermé d'ailleurs dans des cadences nombreuses qui en augmentent la force : il surprend l'oreille, saisit l'imairination, émeut le cœur. » Il dit encore : « 11 parle en maître ; il a dans sa simplicilé un sublime si majestueux que rien ne le peut égaler... C'est Dieu même qu'on croit entendre dans la voix el les écrits de Moïse. » (Chap. III).

coulent d'abondance, tant il est inépuisable dans les effusions que lui inspire « la folie de la croix.» C'est ce qu'atteste un témoignage peu suspect de partialité, celui de Sainte-Beuve faisant cet aveu : « Autant j'ai pu paraître en garde précédemment, autant je dirai ici en toute conviction que ces pages sont vraies, de quelque côté qu'on les envisage. Il fallait bien, en effet, tout ce sacrifice, toutes ces vertus, toutes ces croyances pour que des pauvres et des souffrants trouvassent en eux la force d'entreprendre une telle œuvre, de sauver le monde, de le tirer des duretés et des cruautés de l'esclavage, enfin de l'atïranchir et de le régénérer. » Des misères désespérées n'appelaient-elles par des remèdes extrêmes? En résumé, si dans les autres chapitres les preuves sont surabondantes pour les croyants et insuffisantes pour les incrédules, nul ne sera rebelle à tout ce qui intéresse le christianisme social; et l'on y applaudirait sans réserve si le dernier mot de l'orateur ne semblait la provocation des rigueurs intolérantes qui aboliront l'édit de Nantes*.

La suite des empires. La liberté liiiniaine rotl'oiive ses droits. Le peintre de la mort et de la vie. Oraison funèbre des peuples. — Les chapitres que conclut si malheureusement cet anathème furent ceux que Bossuet estima le plus. Il tirait gloire d'avoir ajoute à cette apologie de la religion des preuves qui lui étaient propres -. On raconte même que, dans sa vieillesse, il prenait plaisir à se faire relire ces pages de prédilection. Tel ne fut pas le sentiment de l'avenir; car des lecteurs laïques sont plus à l'aise dans cette troisième partie qui a pour titre la 8i«7e des Empires^, et où Bossuet retrouve un peu tardivement des voies qui nous sont enlin accessibles. Ce n'est pas sans un certain regret qu'il redescend ainsi sur la terre; car il a quelque peine à se dégager des visions prophétiques dont il était comme ébloui. Il lui faut donc un effort pour

i. « Monseigneur, tout ce qui rompt cette cliaine, tout ce qui sort de cette suite, tout ce qui s'élève de soi-inèmo, et ne vient pas en vertu des promesses faites ii l'Église des l'origine du monde, vous doit faire horreur. Employez toutes vos forces à rappeler dans cette unité tout ce qui s'en est dévoyé. »

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