V. édition Havel: arlirics XI\' ot XVII, t. I" p. îoo
d'un symbolisme historique contre lequel surgit mainte objection. N'ayant nulle compétence pour juger le théologien , nous dirons seulement qu'en voyant de loin, à chaque pas, le Messie prédit, à travers les révolutions do la Judée, par des faits qui se transforment en prophéties, Bossuet nous semble excéder la mesure d'attention dont un lecteur profane est capable, en face du mystère.
Mais, s'il lui arrive de vouloir trop prouver ce qu'il désire, nul n'a mieux compris l'originalité d'une nation dont la croyance a été la tige sur laquelle s'est greffée la foi du genre humain : car on ne niera pas que le Judaïsme fut le Christianisme antérieur et expectant. On comprend donc que le génie sacerdotal de Bossuet contemple avec complaisance l'étrange fortune d'Israël qui vécut pour une idée, s'en fit le missionnaire, et n'eut pas d'autre patrie que son Temple, d'autre littérature que sa Bible, ce livre écrit pourtant de millions d'âmes ^ Mais, on lui voudrait parfois plus de clémence et de pitié sympathique aux souffrances d'une race qui paya si cher sa périlleuse et salutaire vocation.
Sans approuver les colères de Bossuet, ni souscrire à bien des vues contestables, admirons du moins la dialectique d'une thèse qui, du premier au dernier mot, de l'Eden à l'Evangile, part d'un même principe et vise à la même fin. Les prophéties et les miracles forment ici comme les anneaux d'une chaîne qui unit la terre au ciel. Les prémisses une fois données, c'est à prendre ou à laisser ; car Bossuet ne discute pas : il commande. On sent qu'il n'a jamais connu le doute ; sa foi inébranlable, imperturbable,
1. Cette race dont l'esprit fut étroit et intolérant, qui ne connut ni l'art, ni la science, ni les lettres, ni la philosophie, ni la vie politique, est pourtant marquée d'un signe d'élection. Pour simpliner toutes les complications mylho'ogiques et cosmogoniques où se perdait l'antiquité profane, il lui a suffi d'écrire ce mot : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. » Nulle part n'éclate mieux la conscience d'une supériorité religieuse. Le monothéisme a été l'œuvre de son apostolat. Ce peuple le savait, et voilà pourquoi^ parmi tant de malheurs, il attendait sa revanche de l'avenir. Une poignée de captifs avait l'assurance d'affirmer que le monde lui appartiendrait un jour. Sur les ruines de Jérusalem, les Juifs triomphaient presque des désastres qui réalisaient leurs prédictions.
prend possession de l'absolu, sans laisser entamer sa sécurité par aucune incertitude. Intrépide dans ses déductions, il accepte sur parole, et impose sans controverse toute une théodicée oîi la rigueur du logicien s'associe à l'enthousiasme des prophètes. «Ce programme surnaturel son génie impétueux l'entrevit, dit Sainte-Beuve, dans la lueur soudaine d'un éclair, et dut aussitôt l'embrasser, comme I'omI d'aigle du grand Condé parcourait l'étendue des batailles'. »
Le Dieu de Bossuet. L.e confident de la ProYidence. — Son Jéhovah n'a point une divinité métaphysique et lointaine. Tantôt bienfaisant, tantôt terrible, toujours efficace, il est partout vivant et vigilant; « il tient vraiment le monde dans sa main », et ne permet pas un instant à l'humanité d'oublier qu'il est son maître. Jamais les poètes les plus religieux n'ont exprimé plus fortement cette toutepuissance d'un Dieu personnel. Bossuet parle comme son premier ministre : tous ses secrets d'État, il en a reçu confidence; et, si des objections se produisent, il ne veut même pas les entendre, ou les traite par un dédain superbe qui ne s'abaisse point à démontrer l'évidence. C'est ainsi qu'il formule cet arrêt : « Si l'on ne voit pas un même ordre des conseils de Dieu qui prépare dès l'origine du monde ce qu'il achève à la fin des temps, et qui, sous divers États, mais avec une succession toujours constante, perpétue aux yeux de tout l'univers la sainte société où il veut être servi, on mérite de ne rien voir, et d'être livré à son propre endurcissement comme au plus juste et au plus rigoureux de tous les supplices. »
Le ninïse «le llo<ssiiet. l/apolo;;ie lli^>toI■ique du efrristiaiiisiiie. I,e fiiihle et le f«it de eette thèse. — La critique a beau jeu contre cette nu'tliode. Mais on ne refusera pas du moins à Bossuet l'autorité d'un verbe auguste, une imagination qui a le sens des symboles, et parfois une clairvoyance qui jxtcc l'obscurité des nuages groupés aux horizons lointains de l'Iiisloirc. Parmi cos couiiucntaires