L'humanité en est le héros
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des ouvrages également célèbres et contemporains de celte époque, par exfimple dans la prose de Fénelon, de Boileau, de Racine et de La Bruyère ^ Au contraire, ces formessontfréquenles chez les écrivains qui les ont précédés, entre autres Corneille, Molière, La Fontaine, Saint-Evrein ond,Mézeray, qui débutèrent ou il l'urirent sous Louis XlII. C'est que, tout en appartenant au siècle de Louis XIV, Bossuet a toujours gardé sa marque originelle. Or, âgé de trente-trois ans lorsque les Provinciales virent le jour, il a grandi dans la liberté féconde des temps qui avoisincnt Biclielieu et Mazarin. Tout en s'accommodant plus tard à la régularité de l'âge suivant, il n'abdiqua jamais son indépendance, et n'obéit que librement aux servitudes de l'usage. D'ailleurs, ces archaïsmes étaient en harmonie avec un sujet où mille réminiscences soit dos prophètes et des pères, soit des écrivains profanes, répondent naturellement comme des échos à la voix d'une historien tout imbu de la double antiquité.
Conclusion. Le*;» parties caduques. I^a libertc* humaine, la raison et le pro^r^s. — C'est surtout ])ar l'éloquence que vit encore aujourd'hui un ouvrage où notre siècle ne se reconnaît pas : car, pour l'avenir, la Cité de Dieu ne s'immobilisera jamais dans un peuple, et dans une croyance. Loin d'être immuable, elle doit s'agrandir et s'embellir d'âge en âge, par le concours de tous les arts, de toutes les sciences, de toutes les formes sociales, philosophiques ou religieuses qui poursuivent l'idéal, sans l'atteindre, mais se rapprochent du moins chaque jour de la justice et de la vérité. C'est ainsi que tous les ])cuplcs et tous les siècles collaborent, par leur civilisation qui est l'œuvre de
1. Les excmplfs sont très nnmlirciix ; en voiri (|iiol(|iips uns pris an hasard dans les prcmicrps p.igps : « La nialico de l'rsprit tentateur, dénoncer (pour .■iniioiiccri, le génie (sens ù'ingeniuin), oppresKéx (pour opprimés), environ le temps, rien ne rtniuail (sens neutre;, les bniuilleries, nourris dans (pour éliivés', par où (locution conjonctive), sujet à l'empire (pour soumis ù), daiis le Irone, te coimn.un (pour la plupart des honinics), conseils (di'sseiiis), étonné (interdit, frappo de la fou Ire), tempérament (mesure), converser avec (vivre avec), les Espagnols lui quittent IRspapne (pour abandonnent). » — Gliacun peut continuer celte étude. iSlMnlcs(|uicu lui-uièni ■, datis sn (ii-iindear al dvctdoiwc, paiiu la langue do '''sbucl, lunt clic s'applicjtio à sa Dialicre.
ia raison et de la liberté, à des progrès indéfinis qui ne sauraient s'arrêter qu'avec la vie môme. Un système est donc nécessairement troj3 étroit pour contenir les destinées de l'humanité, surtout s'il les ramène à une race, à une époque, et à un dogme K Sourd à ces théories que démentent nos révolutions, le monde moral ne cesse de continuer sa course vers des cieux inconnus.
Par conséquent, il y a des parties caduques dans le Discours sur VHisloire universelle ^ Mais, si Ja critique et l'érudition en ont infirmé les doctrines, ceux mêmes qui s'inspirent d'un autre esprit, et, sans sortir du domaine des faits, réduisent leur champ visuel aux causes secondes, ne refuseront point leur admiration à l'ordonnance du monument, à l'audace de l'architecte, à la force de sa conception, aux fières beautés d'un style qui ne saurait s'imiter et ferait vivre jusqu'à l'erreur.
1. Je lis dans un ouvrage de M. Castelar : « Ne séparons point les diverses révélations de ia vérité. L'idée ne connaît ni nation, ni secte. Elle passe de la |)agode à la pyramide, de la pyramide à la synagogue, de la synagogue à la basilique, de la basilique à la cathédrale, de la catliédrale à Funiversité, de l'université au parlement, avec la célérité de la foudre qui retentit, illumine, brûle et purifie. • — Le peuple grec croyait sa vie originale et indépendante de toute vie barbare, et ses Dieux nationaux, indigènes. Or, sa chaste Diane avait eu des temples dans l'Asie- Mineure ; et *on Bacchus venait des forêts de l'Inde. Quand le peuple juif s'isolait au pied de ses autels, il croyait conserver là son Dieu éloigné de toute tentation païenne. Or, Alexandre le Grand alla troubler ce monologue, et, après son char de guerre, il apporta les divinités grecques au son de la cymbale et de la flûte phrygienne. — Le messianisme n'était pas une espérance Hébraïque, mais universelle. La Sibylle de Cumes le devinait dans sa grotte, en même temps que Daniel comptait les semaines d'années qui manquaient à l'accomplissement des prophéties. iSur le Pausilippe, Virgile annonçait un rédempteur universel presque en même temps que St-Jean-Bapliste le demandait dans le sein désolé du désert. » (L'art, la religion et la nature en Italie).
2. Le Dieu de Bossuet me semble trop aristocratique. Il a des favorisés, des élus : il ne daigne pas étendre sa providence sur les païens. Il se repose pendant des siècles, et de temps en temps sort de son silence par des coups de foudre. Vico admettait aussi le gouvernement div n, mais croyait à sa permanence. Il le cherche jusque chez les peup'es étr.ingers à une révélation particulière. Il le retrouve dans la mythologie comme ddus la Bible, chez les Romains comme chez les .luifs. Plus l'histoire est V. aiment universi'lle, plus elle conseille la tolérance, plus elle renverse de barrières, plus elle apaise et détruit les haines.
FENELON
PORTllAIT BIOGRAPF IQUE.
L'humaniste. — Né le 6 août 1651, au château de Fénelon, en Périgord*, François de Salignac de Lamothe-Fénelon fut entouré, dès le berceau, de tendre dévotion, et préparé aux délices du pur amour par la piété d'une mère qui consacra son fils à la sainte Vierge. Un docte préccpleur conduisit de bonne heure sa précoce intelligence à la double école de Rome et d'Athènes; mais les préférences de l'enfant allaient d'instinct vers les grâces de l'esprit grec. Homère surtout enchanta ses premières années, et VOdijsséc, plus encore que V Iliade^ ravit une imagination qui semblait se reconnaître dans la simplicité de ces naïves peintures. A douze ans, il lisait aussi Sopliocle et Démosthène. Quant aux Latins, et à leur génie plus viril ou plus prati- ([ue, ils eurent pour lui moins d'attrait. Il les fré(|ucnta pourtant avec complaisance; mais ses prédilections furent, parmi les prosateurs, pour Gicéron et Titc-Live, jilutût que Sénèque ou Tacite; et, parmi les poêles, pour les Muses harmonieuses et sensibles, Térence, Virgile ei Catulle lui-même, qui parlaient à son cœur ou flattaient son
I. De Pons Salignac, comte de Lamothe-Fénelon, et de Louise de la Crople de Saiiil-Al>re.
goût, bien plus que Lucrèce et son abrupte grandeur, que Lucain et son éloquence tourmentée.
Après avoir terminé ses humanités dans un milieu tout patriarcal, et fait sa philosophie cà l'université de Cahors, il compléta ses études au collège du Plessis, à Paris, sous les auspices de son oncle, le marquis de Fénelon, un de ces grands seigneurs qui conservaient les plus pures traditions d'une politesse où se confondaient la dignité patricienne et les généreux sentiments d'un cœur haut placé. A l'élégance des manières, et aux agréments de l'honnête homme s'alliait chez lui l'austérité des principes ; aussi son influence dut-elle agir sur le caractère d'un neveu qu'il aimait comme son fils, et dont il produisit dans le monde les qualités brillantes. On raconte en eftet qu'à l'âge de quinze ans à peine, l'abbé de Fénelon renouvela lépreuve oratoire par laquelle Bossuet étonna l'hôtel de Rambouillet. Mais, alarmé par des applaudissements dont la douceur lui parut périlleuse, le marquis crut devoir dérober à des succès trop profanes un talent qui, du reste, fut heureux de fuir ces tentations de l'amour-propre. Sans se laisser éblouir par une faveur pleine de promesses, il se livra donc courageusement à la science théologique, durant plusieurs années recueillies et ferventes, qui s'écoulèrent au séminaire de Saint- Sulpice, sous la forte discipline de MM. Olier et Tronson, dont les vertus et la doctrine le guidèrent vers le sacerdoce.
Le prôtre, le directeur des nouvelles catholiques. L.e missionnaire (1675-1685). — Ordonné prêtre à vingt-quatre ans (1675), il voulait, dans le premier élan d'un zèle qui ne comptait point avec ses forces, partir pour les missions du Canada. Mais la faiblesse d'une constitution trop frêle lui conseillant de renoncer à ce projet, il se tourna vers la Grèce, où l'appelaient ses souvenirs classiques et ses ambitions évangéliques. C'est ce qu'atteste l'enthousiasme ingénu d'une lettre où l'on pourrait voir la préface lointaine du Télémaque. Toutefois les instances de sa l'amille finirent par le retenir en FrMice, où lui fut bientô confiée la direction des jeunes protestantes qui, récem mont converties, achevaient leur éducation religieuse dans
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la Maison des Nouvelles catholiques^ . A ces fonctions délicates où se déploya, durant dix années, sa charité prudente et persuasive, nous devons le plus charmant des livres, le Traité sur l'éducation des filles (16R7), admirahle fruit d'une expérience discrète et hardie, venant d'un esprit fin, d'un cœur pur et d'une raison supérieure. Écrit pour la duchesse de Beauvilliers, il apprend tout ce qu'une mère de famille doit savoir sur un si cher sujet.
A cette époque aussi remontent ses Dialogues sur l'éloquence^ qui furent sans doute composés entre les années 1681 et 1686. Pendant le carême de 1684, Fénelon et l'abbé Fleury, réunis à Meaux près de Bossuet , prêchaient tour à tour avec lui, sans autre préparation que la prière, avec une onction familière dont la liberté rappelait les beaux jours delà primitive Église. Ce fut probablement pour fixer ces souvenirs, et pour l'instruction des prédicateurs novices, que fut tenté cet essai judicieux où la pensée littéraire est dominée par l'intention d'ouvrir à l'éloquence de la chaire des voies plus religieuses, de la délivrer des servitudes scolastiques, et de substituer à la froideur, à la recherche, au vain souci de plaire, l'idéal du vrai, du simple, du naturel et de l'aimable, c'est-à-dire l'exemple des anciens, mais tempéré par les qualités propres dans lesquelles Fénelon excellait entre tous, comme le prouve le beau sermon qu'il prononça sur la Vocation des gentils, en janvier 1685.
Mis en vue par les succès de sa parole, qui sut paraître originale dans le voisinage de Bossuet et de Bourdaloue, il ne tarda pas à être chargé d'une mission en Saintonge et en Aunis, vers le temps où une intolérance impolitique préludait à la révocation de l'édit de Nantes. Les lettres datées de ces provinces nous le montrent doux, humain, insinuant, très-habile à manier les consciences, à ménager des volontés rebelles et à faire aimer la vérité, au lieu de l'imposer par contrainte. Mais si quelques esprits sages approuvèrent cette mansuétude, elle se vit contrariée ou blâmée par d'autres, et leurs rancunes réussirent même à pri-