I. Il avait été promu en
par un valet de cliambre au profit d'un libraire de Hollande, vint mettre le comble aux ressentiments de Lcnis XIV. Dans cette iiclion où la morale chrétienne se mêle ajx agréments d'un paganisme épuré, la malveillance de ses ennemis se plut à dénoncer la satire personnelle du maître et dn ses ministres. On pouvait , il est vrai , s'y méprendre ; car la postérité même se demande encore aujourd'hui ce qu'il faut penser de cet ouvrage, s'il est le rêve d'un utopiste et d'un poète, ou le vœu d'un philosophe et d'un sage, si les inquiétudes d'un mécontent et d'un réformateur ne se trahissent point sous les jeux d'une imagination romanesque, mais inspirée toujours par la passion du bien et du beau. En celte épopée dont la prose nous ravit par son tour poétique et son élégante souplesse, se combinent des nuances si diverses qu'elles défient l'analyse. Il est du moins certain que de courageuses hardiesses s'y dissimulent parmi les lieux communs d'une morale pleine de sous-entendus politiques.
On ne put en douter lorsque, douze ans plus tard, le 14 avril 17il, la mort du grand Dauphin fit du duc de Bourgogne l'héritier présomptif de la couronne. Réduit jusqu'alors à ne correspondre que furtivement avec son élève*, Fénelon put enfin formuler en théories les vagues tendances du Télémaque. Si ses DirccUons pour la conscience d'un roi, et son Plan dressé pour le gouvernement d'un royaume ne sont pas d'un homme d'État pratique, ces conseils, dont quelques-uns eussent pu prévenir plus d'un malheur public, font du moins honneur au patriotisme d'un esprit inquiet du lendemain, et soucieux de concilier ses instincts aristocratiques avec les garanties exigées par l'intérêt des peuples.
Bien que tenu toujours à l'écart, il reprit un grand rôle, celui d'oracle consulté dans le secret, comme le ministre d'un avenir prochain. Mais ces joies furent de bien courte durée. Car, le 12 février 1712, la duchesse de Bourgogne mourut subitement, et, le 18 du même mois, à vingt-neuf
1 , Il ne le revit qu'en passant, dans la guerre de la Succession.
ans, périssait aussi ie prince qui devait faire le bonheur de Salcnte. Avec lui s'évanouirent les beaux songes inspirés par Mentor. Ce fut une cruelle ble~sare pour le cœur de Fénelon. « Tous mes liens sont rompus, s'écria-t-il,rienne m'attache plus à la terre.» D'autres épreuves l'attendaient. La mort du duc de Beauvilliers (31 avril 1714) devait être comme le coup de grâce pour celui c[ui écrivait alors : « Tous les bons amis devroienî, s', ntendre pour disparoître ensemble, comme Philémon et Baucis. » Malgré ses tristesses, sa correspondance sut pourtant sourire encore de cette gaieté sérieuse qui, chez lui, fut toujours le mouvement naturel d'une âme égale et tempérante. Il conserva même assez de sérénité pour écrire d'une main ferme et légère sa délicieuse Lettre à l'Académie (26 mai 1714). Non moins inépuisable que son esprit, sa bienfaisance seprodiguait aussi dans les œuvres pastorales où son épargne, comme son élo- (fuence. se donnait to ;te à tous, soit pour secourir les affligés, soitpour édifier Jes fidèles, avec un dévouement qui ne ménagea ni ses ressources ni ses forces. On peut dire que les trois dernières années de sa vie, les plus belles peut-être, furent consacrées à réparer les maux qu'avait prévus la sagesse de ses avertissements. Aussi fut-il adoré comme un saint, lorsque son cœur si tendre eut cessé de battre, le 7 janvier 1715, après soixante-trois ans et cinq mois passés sur cette terre qu'enchanta pour toujours la séduction de ses douces vertus et de son génie aimable.
LETTRE A 1/ ACADEMIE FRAXCAISE