‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 36 sur 411 · Acte n, scène i · texte numérisé non relu

Acte n, scène i

prise involontaire! Mais non; c'est le cri de sa conscience. Le «tigre*» qu'il voulait égorger n'est plus maintenant à ses yeux qu'une victime innocente. Il ne craint pas de justifier Auguste, en présence même d'Emilie qui s'élonne et s'irrite d'un tel changement. Le complot où il cherchait la gloire lui devient le plus lâche de;- attentats. Il maudit la promesse qui l'engage; et quand son amante, h force de leproches, a repris sur lui son empire, c'est avec désespoir qu'il se résout à lui obéir :

Vous le voulez ; j'y cours : ma parole est donnée; Mais nui main aussitôt contre mon sein tournée, Aux niàiu's (J'iin loi prince immolant votre amant, A mon crime foicc joindra mon chàliniont.

Est-ce Lien celui qui, tout à l'heure, s'écriait:

S'il est pour me trahir des esprits assez bas, Ma vertu pour le moins ne me trahira pas : Vous la verrez, brillant au bord du piécipice, Aie couronner do gloire en bravant le supplice!

Gomment se fait-il qu'après avoir refusé la liberté, parce qu'il fallait la tenir d'un tyran, il dise maintenant que c'est être

Esclave avec honneur que de l'être d'Octave?

Se démentir ainsi, n'est-ce pas manquer à cette loi de l'unité qui s'impose surtout à un caractère principal? Voilà ce qui scandalise La Harpe cl d'autres criti{|U('S : ils blâment dans Ginna d'abord la lenteur de ses remords, puis sa conversion même.

Cette inconsistance, on ne saurait la nier; mais, tout en admettant qu'elle n'a rien d'héroïque , nous la jugeons vraisemblable dans un cœur (|ue dominent la passion et l'imagination. Deuiaiirier pourquoi les bontés d'Auguste n'agissent point à la minute sur une âme exaltée qu'elles déconcertent, c'est oublier qu'un blessé sent à peine, dans la chaleur du combat, le coup dont il vient d'être frappé. ÎS'est-il donc pas naturel que ce Brutus novice, interdit

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