‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 55 sur 411 · DORANTE · texte numérisé non relu

DORANTE

Dans Poiliers. . . .

OÉnONTE.

DOllANlE.

Parle dc;:c. el le lève.

Je suis donc marié, puisqu'il faut que j"ac!i(.\c.

(AlLo 11, s.cr.c vm.)

2 Quand Dorante lui a fait cnlrcToir celle palernilé prochaine, Gtroiito ccriu:

Oue de ravijscmenls je sens à celte fois I

(A de IV, .-ctne iv.)

dans cette apostrophe de Géronte : « Êtes-vous gentilhomme? C'est le même appel au sentiment de l'honneur. C'est pour réveiller une conscience endormie que, prodiguant les mots les plus cruels, il inflige à la forfaiture cette suprême offense :

Et dans la lâcheté du vice où je te voi,

Tu n'es jtlus gentilhomme, étant sorti de moi.

Pourtant, après ces légitimes transports, la nature reprend ses droits; et, d'autant plus affligé qu'il avait témoigné plus de faiblesse pour les fredaines de celui qu'il aime, il redevient père, dans ces plaintes qui ouvrent la voie au repentir:

Mais, dis-moi, te portois-je à la gorge un poignard? Voyois-tu violence, ou courroux de ma part? Si quelque aversion t'éloignoit de Clarice, Que! besoin avois-tu d'un si lâche artifice? Et pouvois-tu douter que mon consentement Ne dût tout accorder à ton contentement, Puisque mon indulgence, au dernier point venue, Approuvoit à tes yeux l'hymen d'une inconnue '?

Quel dommage qu'un si magnifique sermon soit fait en pure perte ! Car, si Corneille n'a pu résister ici à cet instinct du sublime qui ne cesse de le tourmenter, on dirait vraiment qu'il n'a pas eu l'intention de faire concourir cette crise à la moralité de sa pièce. Ces accents qui nous émeuvent ne laissent-ils pas Dorante à peu près insensible? Sa vanité seule est touchée, lorsque, cherchant à s'excuser, et réduit à invoquer le témoignage de son valet à l'appui d'une parole qu'on ne croit plus, il entend son père s'écrier :

Tu ne meurs pas de honte

Qu'il faille que de lui je fasse plus de compte, Et que ton père même, en doute de ta foi, Donne plus de croyance à ton valet qu'à toi !

1. Acte V, scène III. II faut regretter qu'en faisant Dorante si frivole, Corneille lui prête parfois une dureté de cœur et une impertinence qui nous blesse, il y a des mots trop irrévérents, ceux-ci par exemple :

Ail! qu'un père incommode un homme de mon âge!. .. Le bonhomme en tient-il? m'en suis-je bien tiré?....

118 COrxNKlLLE.

Non: il n'en mourra pas, et recommence à mcnîir do plus bcVle, jusque sous le coup de celte mercuriale, puisaue alors même il trompe encore son père sur les sentiments qu'il éprouve pour Clarice : ce qui nous vaut ce trait de Gliton t

Quoi! même en disant vrai, vous mentiez en effet M

ciitou. ï>e Mentor gosticBiard. — Voilà une des fusées que lance avec tant d'à-propos ce valet dont le rôle secondaire n'est point à dédaigner. Car il a sa physionomie distincte, avec ses échappées d'ironie, et ses saillies narquoises dont l'entrain ne languit pas. Bien que flatteur à l'occasion, il n'est point de la famille des Scapin, des Crispin, des Frontin et autres dreMes habiles à exploiter joyeusement les vices du maître. Il serait plutôt une espèce de Mentor spirituellement goguenard, qui nous amuse par la naïveté de ses réflexions involontaires. C'est lui qui, voyant ressusciter Alcippe, murmure à l'oreille de Dorante :

Les gens que vous tuez se portent assez bien.

Il frappe des proverbes, à la façon de Sancho Pança, il a des exclamations spontanées qui jaillissent comme des éclairs de bon sens. L'étonncment, les impatiences et le dépit que lui causent les mensonges dont il est, malgré lui, le compère, sont autant de boutades aussi phiisantes que les imaginations de Dorante -.

Le style «lu Menteur. Corneille et r?Ioll«^re. — Mais

rexcellcnce de cette comédie tient surtout à l'alluro dégagée du vers, à la prestesse cl au mouvement d'un style qui, sauf accident rare"', répond à tous les caprices d'une

1. Acte V, scène iv. Doranlo, dans la scène III du mémo aclp, vieiil île donner le change h son père qui voulait lui faire (•pousor Clarice. Il se dit épris de Lucrèce, ce ijui est fauï. Mais il va désormais soutenir celle gageure .• ce qui amènera le dénouement.

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