De grâce, dites-moi si vous allez menlir
Quoi I ce (jue vous disiez n'est pus vrai ?
Il faut bonne mémoire, après qu'on a menli
S. Les sc^ne» de galanterie ont irop de fadeur.
conversation franche et aisée. Trente ans à l'avance, nous admirons déjà la langue des Femmes savantes dans la tirade que voici r
iConnoissez mieux Paris, puisque vous en parlez. Paris est un grand lieu plein de marchands mêlés : L'eflèt n'y répond pas toujours à l'apparence; On s'y laisse duper autant qu'en lieu de France ; Et, parmi tant d'esprits plus polis et meilleurs. Il y croit des badauds autant et plus qu'ailleurs. Dans la confusion que ce grand monde apporte, Il y vient de tous lieux des gens de toute sorte; Et, dans toute la France, il est fort peu d'endroits Dont il n'ait le rebut aussi bien que le choix.
Partout se rencontrent d'heureux motifs. Térence n'eut pas mieux dit que Gliton, dans ces vers :
Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne; La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne. L'un perd exprès au jeu son présent déguisé; L'autre oublie un bijou qu'on auroit refusé. Un lourdaud libéral, auprès de sa maîtresse, Semble donner l'aumône, alors qu'il fait largesse'.
Il n'y a pas moins de désinvolture et de gaillardise dans ce conseil adressé à une soubrette qui refuse sa main à une bonne aubaine :
Chère amie, entre nous, toutes les révérences,
En ces occasions, ne sont qu'impertinences;
Si ce n'est assez d'une, ouvre toutes les deux.
Le métier que tu fais ne veut point de honteux,
Sans te piquer d'honneur, crois qu'il n'est que de prendre.
Cette pluie est fort douce, et, quand j'en vois pleuvoir,
J'ouvrirois jusqu'au cœur, pour la mieux recevoir.
Quelle vivacité fringante dans les airs triomphants de Dorante qui s'applaudit de s'être métamorphosé en guerlùer fameux :
Oh ! le beau compliment à charmer une dame, De lui dire d'abord : « J'apporte à vos beautés
lo Acte I, «cène f.
« Un cœur nouveau venu des universités ;
« Si vous avez besoin de lois et de rubriques,
« Je sais le code entier avec les Autlieiiti([ues,
« Le Digeste nouveau, le vieux, rùi-forliat,
« Ce qu'en a dit Jason, Balde, Accunse, Alciat. •
Qu'un si riche discours nous rond considérv'.blcs;
(Ju'on auu)llit par là de cœurs inexorai^ies !
Ou'uu liomuie à paragraphe est un joli galant !
On s'introduit bien mieux à litre de vaillant :
Tout le secret ne gît qu'en un pou de grimace ;
A niculir à propos, jurer de bonne grâce,
Étaler force mots qu'elles n'entendent pas ;
Faire sonner Lamboy, Jean de Vert et Galas;
Nommer quelques châteaux de qui les noms barbare."^
Plus ils blessent l'oreille, et jilus leur semblent rares;
Avoir toujours en bouche angles, lignes, fossés,
Vedette, contrescarpe, et travaux avancés :
Sans ordre et sans raison, n'importe; on les élonne;
On leur fait admirer les baies qu'on leur donne :
Et tel à la faveur d'un semblable débit,
Passe pour homme illustre, et se met en crédit'.
Des scènes entières sont écrites de ce ton, et comme enlevées d'assaut. 11 faudrait citer, par exemple, le récit de la sérénade et le conte du mariage simulé. Ce sont des morceaux achevés. En maint autre passage, on croirait lire du Regnard,et du meilleur. Il y circule comme un souffle de fantaisie joyeuse. C'est Corneille émancipé de ses contraintes, déridant à plaisir son Iront sévère, oubliant la majesté tragique, et tout heureux de se mettre pour ainsi dire en vacances. On goûtera mieux ces mérites, si l'on se rappelle (fuc la première pièce de Molière'-, V Étourdi, parut treize ans après le Moiteur, en 1653. Aussi nous sendjlc-t-il juste de considérer comme un initiateur de la comédie le poète dont Molière, suivant une tradition'", aurait pu dire: « Oui, je dois beaucoup au Menteur. Mes idées étaient confuscis, et cet ouvrage vint les fixer. Le dialogue me fit voir comment parloienl les honnêtes gens. La grâco et l'esprit de Dorante m'apprirent qu'il falloit toujours