‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 65 sur 411 · Autant vauiJrait qu'il niouriU d'apoplexie · texte numérisé non relu

Autant vauiJrait qu'il niouriU d'apoplexie

3. La péripétie eut donc été bpancniip plus théâtrale, si, comme le propose Voltaire, Phocas, mccoiinaiBsanl son tils .M;irlian, s'était décidé à le faire périr. Alcu'S Héraclius, en défendant son ami, tuerait le tyran, cl se croirait coupable d'un jiarriridc. Mais Léonline viendrait lui dire : <i Non, vous n'èles pns souillé du sang de votre père : car vous avez puni l'assassin du votre. »

CORNEILF.E. ' 141

présentation de ce poème fatiguoit autant l'esprit cfu'une étude sérieuse. Il n'a pas laissé de plaire ; mais je crois qu'il l'a fallu voir plus d'une fois, pour en emporter une entière intelligence. »

• Ajoutons que les vertus des deux héros méritent également nos sympathies. Gomme ils nous paraissent au même titre dignes du trône, nous n'osons pas faire des vœux pour l'un contre l'autre. L'amour de Pulchérie peut seul établir entre eux quelque différence. Mais cet amour a dans l'action une importance si faible qu'il ne supplée pas à ce manque de contraste entre des caractères qui devraient être opposés^ ou du moins plus distincts.

Les situations dramntiques. — Cependant, au moment où se fait enfin la lumière, on applaudit au combat de générosité qui s'élève entre les deux amis se disputant le péril d'un nom qui est un arrêt de mort. Des larmes viennent aux yeux, quand Héraclius, en face de l'épée prête à s'abattre sur la tète de Martian, consent à revendiquer un titre funeste, et s'écrie, dans un sublime élan :

. . . . Je suis donc, s'il faut que je le die, Ce qu'il faut que je sois, pour lui sauver la vie.

Les angoisses de Phocas ne sont pas moins dramatiques, dans cette crise où l'instinct paternel est aux prises avec l'intérêt politique, et lui inspire ces plaintes' :

Hélas ! je ne puis voir qui des deux est mon fils;

El je vois que tous deux ils sont mes ennemis.

En ce piteux état, quel conseil dois-je suivre ?

J'ai craint un ennemi : mon bonheur me le livre;

Je sais que de mes mains il ne peut se sauver,

Je sais que je le vois, et ne puis le trouver. ^

La nature tremblante, incertaine, étonnée.

D'un nuage confus couvre sa destinée :

L'assassin, sous celte ombre, échappe à ma rigueur,

Et, présent à mes yeux, il se cache à mon cœur.

Martian ! à ce nom aucun ne veut répondre,

Et l'amour paternel ne sert qu'à me confondre.

Trop d'un Héraclius en mes mains est remis;

1. 11 !ui faut choisir la victime qu'il doit frapper pour épargner son fîls, ea allcitnaut Héraclius.

142 CORXEILLE.

Je tiens mon ennemi, mais je n'ai plus de fils

0 malheureux Pliocas! ô lii)[) lieiinnix Maurice! Tn recouvres deux fils, pour mourir a[irés loi ; Et je n'en puis trouver j)our régner après moi ' !

Corneille justifié du soupt^on <ie i>ln$;iat. — Ces

beautés, Voltaire voudrait on lavir le mérite a Corneille, pour l'attribuera Calderoa de la Birca, jui fit paraître un Iléraclius, sous ce titre : la Comédie fameuse^ et avec cette épigraphe : En cette vie tout est vérité, tout est men- .s'on^e*. Il prit même soin de traduire cet ouvrage; et, tout en raillant sa bassesse, son enflure, sa bizarrerie, sa démence, il s'autorisa de ces défauts pour affirmer que la pensée première de cette fiction devait appartenir en propre à l'auteur espagnol. Il en conclut que uorneille, sans avouer ses emprunts, avait « tiré son or de ce fumier. « Bien que la pièce de Calderon nous transporte dans un monde plus inviaisemblable que les contes des Mille et une Nuits, nous reconnaissons qu'elle a des analogies avec notre tragédie française. On y retrouve les mêmes acteurs^, parfois les mêmes situations et les mêmes vers. Mais l'imitateur, puisqu'il y en eut un, ne fut point Corneille; car il est aujourd'hui démontré que x'ettc fantaisie de Calderon n'a jamais été imprimée avant 1664*. A défaut de cette preuve décisive, la parole de Corneille suffirait d'ailleurs à trancher la question. Car il n'était pas de ceux qui dérobent la gloire d'autrui ; et l'insinuation malveillante de "Voltaire répugne à la bonne foi du poète sincère qui écrit, dans son Examen (Vlléraclius : « Cette tragédie a encore plus d'effort d'invention que celle de RoilogunCy et je puis dire que c'est un heureux original, dont il s'est fait beaucoup de belles copies, sitôt qu'il a paru. »

AdreNMe avec laquelle Corneille a iiiodiné I histoire.

— Au lieu d'incriminer sa franchise, Voltaire eût mieux

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