Acte V, scène v
semblables. Ces deux mensonges s'accordent si bien qu'ils ont un air de vérité. Contemporaine de la Fronde, cette tragi-comédie trahit le voisinage de cette date par la bizarrerie d'une invention qui s'affranchit de la discipline classique, et cherche aventure en dehors des voies frayées. Il y a là comme l'influence d'une crise révolutionnaire qui réagit sur le théâtre, un dirait aussi qu'en esquissant la figure de Carlos, Corneille rêva l'idéal d'un rôle protecteur et sauveur pour uneépée digne de trancher souverainement les nœuds de l'intrigue politique où périclitait la fortune de la France. Il est du moins certain, d'après la préface même de Don Sanchc, que la pièce échoua, «faute d'un illustre suffrage.» Quelques-uns ont supposé que ce récaciltrant fut le prince de Condé. Mais cette hypothèse est une erreur ; car il était alors en prison. Le blâme ne vint-il pas plutôt de la Reine-mère qui dut craindre que le public ne s'avisât de chercher dans le personnage de Carlos des allusions trop complaisantes pour le vainqueur de Rocroy, dont la gloire altière et bruyante excitait des alarmes ombrageuses ?
Quoiqu'il en soit, le charme et la grandeurnc manquent pas à ce héros qui nous plaît par sa grâce et sa fierté. Il est original cet ancêtre de Ruy-Rlas dont la physionomie associe l'orgueil castillan aux sentiments les plus démocratiques. Il semble devancer les temps, lorsqu'il s'écrie :
Se parc qui voudra du noui de ses aïeux ! Moi, je ne veux porter que nioi-uièuic eu tous lieux ; Je ne veux rien devoir à ceux qui m'ont fait naîlre... Seigneur, poiii- mes parents je nomme mes exploits ; Ma valeur est ma race, el mon bras est mon père '.
Isabelle ne nous agrée pas moins par le tour presque racinien d'un caractère qui concilie la naïveté d'une jeune fille et la dignité d'une reine. On en jugera par l'accent de ces vers :
IJlanclie, as-ln rien connu d'égal à ma misère? Tu vois tous mes désirs condamnés à se taire,