‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 83 sur 411 · Acte III, scène ni · texte numérisé non relu

Acte III, scène ni

'i. Acte m, scène ni.

Piiiehérîe , 16Î2. — Mais il ne pénètre plus dans ces limbes du Bas-Empire où Corneille descendit pour aller y chercher Pulchéric. Quel parti pouvait-il tirer du mariage de cette impératrice vestale, qui finit par épouser un vieux soldat, sans mettre à son choix d'autre condition que le respect de ses vœux, et de son autorité souveraine? Quand s'accomplit cette union bizarre, on croit entendre Corneille lui-même dire avec tristesse par la bouche de Martian :

J'aiinois quand j'élois jeune, et ne tiéplaisois guère;

Quelquefois de soi-même on cherchoit à me plaire.

Mais, hélas! j'élois jeune, et ce temps est passé.

Le souvenir en tue, et l'on ne l'envisage

Qu'avec, s'il faut le dire, une espèce de rage. v

On le repousse, on fait cent projets superflus;

Le trait qu'on porte au ctEur s'enfonce d'autant plus,

Va ce feu que de lionle on s'obsline à contraindre

Redouble par l'eflort qu'on se fait pour l'éteindre.

8iit'«-iia, ««ï-i. — On sent que la fin approche avec Si(i-(')ui, qui l'ut comme le dernier cri tragique d'un génie expirant*.

Une idée dramatique, et deux caractères bien tracés, ccuxdeSuréna et d'Eurydice, tels sont les seuls mérites de ce poème, dont l'action, trop languissante, trahit les (h'faillances de l'âge. On regrette que le péril de Suréna provienne du refus d'épouser la fiile d'Orode. Il eiàt été plus habile de grandir le héros, et avec lui .les craintes de son ennemi, jusqu'à rendre un meurtre inévitable. Ce crime gratuit, et dont l'exécution nous paraît accidentelle, n'est pas assez préparé ni redouté pour nous ('mouvoir. L'amour d'Eurydice nous semble aussi trop contenu pour expli([uer suffisamment la mort soudaine dont la crise éclate au momi-nt où la sœur de Suréna, s'élonnant de ne ])as voir couler les larmes d'une amante, l'accuse d'insensibilité. A ce soupçon Eurydice fait cette réponse éloquente:

l. D'un lilro, de digniici ilonl us.iii-iil les Partlics, du Surâna, il 111, un niim il» héros. Sur la foi de Plularqueet d'Appipn, il rcpri^sentp ici l'ingratitude d'un souverain i|ui, importuné par les servict-s i-l la grandeur d'un sujet, le sacrillc à ses terreurs, (j'est l'Iiisioirc du duc de Guise, disant : U;i n'oserait.

Non ; je ne pleure pas, Madame ; mais je meurs.

Cet accent est du pur Corneille. Elle a grand air aussi la mélancolie de Suréna disant à Eurydice qui i'invile à prendre une autre épouse, pour faire revivre la race de ses aïeux :

Que tout meure avec moi, madame : que m'importe

Qui foule après ma mort la terre qui me poite?

Sentiront-ils percer, par un éclat nouveau,

Ces illustres aïeux, la nuit de leur tombeau?

Respireront-ils l'air où lus feront revivre

Ces neveux qui peut-être auront peine à les suivre,

Peut-être ne feront que les déshonorer,

Et n'en auront le sang que pour dégénérer?-

Quand nous avons perdu le jour qui nous éclaire,

Cette sorte dévie est t)ien imaginaire;

Et le moindre moment d'un bonheur souhaité

Vaut mieux qu'une si froide et vaine éternité '.

Enfin, le peintre d'Horace ne se dément pas dans ics élans de bravoure et de fierté que voici:

Qu'on veuille mon épée, ou qu'on veuille ma tête, Dites un mot, seigneur, et l'une et l'autre est prête. Je n'ai goutte de sang qui ne soit à mon roi ; Et, si l'on m'ose perdre, il perdra plus que moi. Jai vécu pour ma gloire, autant qu'il falloit vivre.

De pareils traits justifient donc, dans une certaine mesure ce mot de Corneille :

Olhoii et Suréna Ne sont pas des cadets indignes de Cinna.

Conclusion. L'idéal de Corneille et celui de Racine* Un nouveau régime appelait un nouveau poète. — Tel

tut l'adieu d'un génie dont les faiblesses mêmes étaient celles des forts. Initiateur d'un art qu'il sauva de la triple barbarie des sujets, des idées et du langage, incomparable dans la peinture de l'héroïsme, il avait inauguré non seudement la tragédie, et la comédie, mais toutes les formes

Page 1