‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 87 sur 411 · Voici l'ordre chronologique de ses pièces · texte numérisé non relu

Voici l'ordre chronologique de ses pièces

Andromaque 1667, les Plaideurs 1668, Britannicus 1669, Bérénice 1670, Bajazet ISTi, Mithridate 1673, Iphigénie 1674, Phèdre 1677, Esther iSS9,Athalie

2. Le défaut de Bérénice est une matière trop mince : car la résolution de Titus se trouve prise dès le second acte. On sait qa'Henrietlc d'Angleterre désira voir traiter ce sujet par Corneille et Racine. Louis XIV avait dû renoncer à la main de la brillante princesse, comme à celle de Marie de Mancini.

3. Le mystère du sérail, et l'éloignement des lieux supplée ici à la distance du temps. Si Bajazet est un peu pâle, si Atalide s'efface, Acomat et Roxane sont d'imposantes créations.

4. Pauline seule pourrait élro mise en regard de cette charmante figure.

Itéreption à I Académie française (i(>73). Phèdre (-KC??). INniunié historiographe du roi, il renonce au théâtre. Sa conversion. — A une telle renommée nulle jalousie n'aurait pu fermer l'Académie française ; et, succédant à La Mollie Le Vayer, Racine y entrait, le 12 juillet 1673, le même jour que Fléchier. Il était donc en pleine possession de sa tjloire lorsqu'à trente-sept ans il se décida tout à coup au silence et à la retraite. Ce découragement subit, on l'attribue généralement aux dégoûts que lui causèrent les indignes cabales formées à Tliôtel de Bouillon contre la plus belle de ses tragédies. Sans doute ce scandale dut le rebuter; mais dans ses tristesses il faut faire plus de part encore aux scrupules chrétiens d'une âme qui, désenchantée par bien des amertumes, n'aspirait plus qu'à la paix intérieure. N'cût-il pas songé à se faire chartreux, si son confesseur ne lui avait sagement conseillé le mariage* ?

Sa conversion accomplie, il s'empressa de solliciter le pardon de ses anciens maîtres, qui le reçurent à bras ouverts, grâce à Boileau dont l'amitié ménagea ce rapprochement. Dès lors, sa famille, Porl-Royal et Versailles furent les seules affections entre lesquelles se partagea sa vie. Nommé historiographe du Roi, en 1677 ^, il vit même dans l'honneur de ce choix comme un coup du ciel qui le sauvait du théâtre.

Esther et Athalie (i689, l«9l). — Mais il comptait sans Mme de Maintenon, (jui, vers 1688, après une représentation d' Andromaq lie jouôe dans les classes de Saint-Gyr, s'alarma du talent déployé par ses jeunes filles, et olTrità Racine l'occasion d'essayer, sans infraction faite à ses vœux pénitents, les ressources d'un génie renouvelé par l'inspiration religieuse. On sait le resle. Estlier (1689) et Athulie (1691) prouvèrent, par une merveilleuse métamorphose,

1. I,c i^juin «677, il épousa Calherine de Rotnanet, Agée devingt-cinq ans, fille (lu maire de Montdidicr. Elle se doutait à peine de ce qu'était un vers, avait hien entendu parler des tragédies de son mari, mais n'en lut jamais une seule.

2. Mme de Lafayelte disait : • On a tiré Racine de la pcsie où il était inimitable pour en faire, à son malheur et au nôtre, un historien trés-imitabie. t

qu'après avoir le premier traité supérieurement l'amour dans la tragédie, il fut aussi le premier qui sut s'en passer sans le moindre dommage. Ces deux pièces ne devaient point avoir même fortune. L'une devint l'affaire la plus sérieuse de la cour ; mais l'autre, condamnée au huis clos, ne fut guère qu'un événement de couvent. Malgré les suffrages de Boileau , Racine ne put prendre son parti de ce qu'il regardait comme un échec ; et renonçant pour jamais aux « ouvrages de longue haleine », il ne se consacra plus qu'à ses devoirs d'historiographe * qu'il voulait remplir en conscience ^, et aux douceurs des affections domestiques dont témoignent ses lettres touchantes.

L'homme. Le cœur de Racine. — Elles justifient ce qu'écrit son fils en ses mémoires : « Mon père était tout sentiment et tout cœur. » Oui, sa correspondance nous fait aimer l'homme autant que nous admirons le poète. Quelle simplicité dans cet intérieur si hien gouverné par les sages conseils, la tendresse et la piété ! il y a dans l'accent du père des inquiétudes et des larmes qui semhlent le privilège des mères. Son foyer comptait sept enfants, deux fils, et cinq filles. L'espace nous manque pour entrer dans le détail de cette éducation qu'il surveillait de si près, avec une sollicitude tout ensemble austère et indulgente. S'il garda son autorité, les épanchements intimes n'en souffrirent pas. Il priait plus qu'il n'exigeait, et ses douces remontrances ne visaient qu'à former des esprits sérieux, des consciences chrétiennes. « Songez, écrit-il à son cher Jean-Baptiste, que notre ambition est fort bornée du côté de la fortune ; la chose que nous demandons du meilleur cœur au bon Dieu, c'est qu'il vous fasse la grâce d'être homme de bien. » Ses

1. On se moqua beaucoup des deux poètes historiographes. On lit dans Mme de Sévigné: «Us suivent la cour, plus ébaubis que vous ne le sauriez penser, à pied, à cheval, dans la boue jusqu'aux oreilles. Ils font leur cour par l'étonnement qu'ils témoignent. > Racine s'occupa loyalement de son of- ■^ce ; mais ses manuscrits périrent dans l'incendie de la maison de Valincourt, en 1726. Son histoire de Port-Royal nous fait regretter vivement cette perte.

2. l\ prenait tout k cœur. Il se mit à faire un résumé du traité de Lucien sur la manière d'écrire l'histoire, à extraire Mézerai, Siré, à dépouiller toutes sortes de mémoires, à transformer sa sinécure en un dur labeur.

leçons et ses exemples portèrent leurs fruits, et l'aîné de ses fils devint tel qu'il l'avait désiré*. Quant au dernier, Louis Racine (son petit Lionval)^ qui n'avait (iue sept ans à la mort de son père, nous savons qu'il fit modestement honneur à un nom si difficile à soutenir. De ses filles, une seule se maria, Marie-Catherine ^. Il l'aimait entre toutes ; car elle tenait de lui par l'ardeur d'une âme sensible et mobile qui avait hésité longtemps entre le monde et le cloître. Une autre, Anne-Nanette, prit le voile aux Ursulines de Melun, sacrifice douloureux pour celui qui écrivait, le soir de la cérémonie : « Je n'ai cessé de sangloter, et cela n'a pas peu contribué à déranger ma foible santé '. » Pourtant, il bénit Dieu qui l'avait voulu.

Port-Royal était aussi le centre de ses pensées, surtout depuis qu'il y avait du courage à déclarer des sympathies ouvertes pour les persécutés. Au risque de déplaire, il s'employa donc de son mieux en leur faveur. S'il ne put empêcher l'exil du grand Arnauld, seul du moins, parmi les amis du dehors, il ne craignit pas d'assister au service funèbre qui réunit le troupeau dispersé, le jour où le cœur du proscrit fut rapporté de la terre étrangère.

Racine et Louis XIV ; sa disgrAce, sa fin. — On voulut bien fermer les yeux à Versailles. Car Louis XIV éprouvait pour Racine une sincère atfection. Il y avait entre eux une sympathie naturelle qui se révèle jusque dans la ressemblance des traits. Aussi le poëte fut-il l'objet d'une faveur qui fit bien des jaloux. Le souverain le garda plus de vingt an? près de sa personne ; et, quand il était malade, il n'eut pas d'autre lecteur pour distraire* son royal ennui. Ces honneurs enviés n'allaient point à un ingrat. Car, sans

1. Gentilhomme ordinaire du roi en 1695, il travaillait aux bureaux de M. de Torcy, ministre des affaires étrangères, qui l'envoya à la Haye, près de l'ambassadeur de France.

Page 1