‹ Études littéraires sur les classiques français des classes supérieurs. Nouv. éd., conforme aux programmes de 1880Chapitre 99 sur 411 · I. — FAITS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

I. — FAITS HISTORIQUES

Airènenient d un idéal dranaatîqsie approprié à nnc génération nonirelle. — Patronage de Madame. — ]\IaIgré les mérites d'une facture saine, d'un style souple, et d'une aisance harmonieuse, Racine n'avait pas encore donné sa mesure. Se fourvoyant à la suite de modèles iv-**-?*^».* trompeurs, il semblait ne point soupçonner sa vocation véritable, et n'osait se fier à son libre essor. Mais l'heure allait venir oi!i il renoncerait enfin à l'héroïsme et à ses pièges, pour ne peindre que la faiblesse des cœurs, même les plus vertueux.

Ce travail intérieur s'accomplit durant les deux années qui séparent Alexandre à'Andromaque, jouée pour la première fois, selon la Gazette, dans l'appartement de la Reine, devant Leurs Majestés, le 17 novembre 1667, ou plutôt, d'après toute vraisemblance, le 11 du même mois, à l'Hôtel de Bourgogne On peut croire que les conseils de Boileau, s'accordant avec un penchant secret, hâtèrent cet éveil d'une conscience. Ils aidèrent un ami à s'affranchir de l'imitation, à se tourner vers les sources grecques si familières à sa jeunesse, et à satisfaire aux instincts de son génie comme aux appuis d'un public impatienl d'inaugurer

un autre idéal, moins sublime, mais plus égal, plus naturel, plus humain, étranger à toute fatigue, à toute défaillance, et admirable aussi par la constance de sa perfection, par son équilibre, son harmonie et sa pureté lumineuse.

La génération qui succédait à la société lurbulcute de la Régence et de la Fronde voulait avoir son théâtre, et son poète. Elle reconnut l'un et l'autre avec entiiousiasme dans un chef-d'œuvre qui répondait à son goût et à ses prédilections secrètes. Les circonstances se prêtaient merveilleusement à cette instauration d'une royauté nouvelle : car celle de Corneille n'était plus qu'un souvenir, qu'un regret; et la fameuse épigramme de Boileau contre AgésHas et Attila^ fut l'écho des sentiments que provoquèrent les derniers soupirs d'une muse épuisée.

L'hommage de la pièce eut aussi son habile opportunité ; car elle fut dédiée à Madame, à cette gracieuse princesse qui animait la jeune Cour par la vivacité de ses agréments, et dont la bienveillance donnait le signal ou l'élan à tous les beaux esprits. Elle daigna « s'intéresser àla conduite » d'une tragédie qui ne pouvait manquer de réussir, puisqu'elle avait su plaire au goût si sûr d'un juge si délicat"-. La première lecture l'ut honorée de larmes que Racine recueillit pieusement dans sa dédicace. N'avaient-ellcs pas une vertu toute puissante pour ijnposer silence aux envieux ?

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S:iiiit-I':«reiiinii(l. — Malgré l'autorité d'une protection qui scîiiiblait rendre le poète invulnérable, il ne resta pas indii'i'érent aux picjûres de la critique, et même aux traits insaisissables que décochaient, dans l'ombre, desdétracteurs anonymes. C'est ce qu'atteste la cruauté d'une épigramme par laf[uolle Racine riposte à deux giands seigneurs, le duc de Créqui, et le comte d'Olonne, qui, paraît-il, s'étaient per-

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