‹ Études liturgiques (volume 2)Chapitre 1 sur 19 · PRÉFACE DE CIRCONSTANCE · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE CIRCONSTANCE

Les trois premiers chapitres de F ouvrage que je donne au public devaient , selon mon premier plan , lui servir de préface , et ils me semblaient plus que suffisants ; mais des événements graves, survenus pendant l'impression , m'obligent d'entrer dans d'autres explicatioas utiles.

Les fonctions de mon ministère me retenaient à Poligny, les quatre dernières semaines de Carême. Ne pouvant par conséquent m'occuper moi-même de surveiller l'impression de mon livre, j'avais chargé quelques-uns de mes amis de revoir les épreuves.

Mais voilà que tout-à-coup la première épreuve échappe "à la vigilance de mon bienveillant correcteur ; égarée par hasard , ou frauduleusement soustraite , elle court le monde à mon insu ; et , au moment où mon livre était sur le point de paraître , et qu'un journal allait annoncer sa mise en vente chez les principaux libraires de la ville , j'apprends que , sans autre forme de procès , l'Autorité diocésaine , fondant apparemment son jugement sur cette épreuve non corrigée , m'a déclaré exclu de la Société des Missionnaires dont je fais partie, pour avoir composé et publié, contre mon Archevêque, un odieux pamphlet.

Frappé de stupeur à une nouvelle si imprévue , je suspens aussitôt la publication de mon livre ; je m'arrête , pour examiner de plus près mon œuvre et ma conscience ; j'invoque la solitude et la retraite ; je pèse devant Dieu mes moindres intentions ; je consulte la prudence de l'esprit ; et il me reste démontré, que je n'ai Toulu faire qu'une œuvre utile à FEglise dans le temps où noys rivons , sans dessein aucun de blesser personne , ni de manquer au respect que je dois à mes Supérieurs hiérarchiques , aussi bien qu'à la vérité. •

J'ai donc pris la résolution de publier sans délai mon ouvrage, ce que je regarde comme un préliminaire indispensable à ma défense personnelle.

Je crois devoir le publier, parce que , dans la position qui vient de m'être faite par la divulgation hâtive de Tarrêt prononcé contre moi, je ne vois pas d'autre moyen de me laver suffisamment de la tache que Ton a voulu infliger à mon nom, en me rangeant dans la classe des pamphlétaires.

Lorsque j*ai consenti à suspendre la publication de mon livre, j'espérais que cet acte de déférence envers mon premier Supérieur pourrait adoucir la rigueur de l'arrêt qui m'a frappé ; cet espoir s'étant évanoui , il ne me reste , pour ma justification, que la publicité elle-même d'une oeuvre que je suppose sérieuse et opportune. Du reste, elle sera jugée par qui de droit.

Pour ce qui regarde ma personne , comme son sort dépend, avant tout , de celui qui sera fait à mon livre , lequel constitue à lui seul tout le corps du délit qui m'est reproché, j'attendrai tout naturellement , pour m'en occuper, que l'Autorité compétente ait prononcé sur le fond et la forme de cet ouvrage.

Si Elle lui reconnaît le caractère de pamphlet et d'insulte envers notre Eminent Cardinal , l'arrêt qu'il a prononcé contre moi se trouvant entièrement justifié, et moi pleinement convaincu d'avoir commis une de ces fautes considérables ou scandaleuses que les règles de notre communauté déclarent suffire pour motiver une exclusion, je m'inclinerai devant cette décision, et je subirai, sans me plaindre, toutes les peines que l'on jugera à propos de m'infliger pour l'expiation de ma faute. Si , au contraire , le Juge suprême de l'Eglise s'abstient de censurer mon livre , ma défense sera facile, puisqu'elle sera toute faite , et je verrai avec bonheur cesser l'épreuve pénible, qu'il a plu à l'adorable Providence de me ménager en ces jours de deuil et de tristesse.

Il ne me restera plus alors qu'2i examiner, devant Dieu, le parti k prendre en dé semblables circonstances ; ou plutôt , le Sidnt- Père lui-même , consulté sur tout ce qui . regarde mon présent et mon avenir, voudra bien me tracer la ligne de conduite que je devrai suivre pour procurer la plus grande gloire de Dieu.

L'Autorité diocésaine ayant procédé contre moi extra-judiciairement , et par manière de conscience informée , le Droit ne m'of-

frait d'autre recours qu*au Père commun et universel, au Juge souTerain de tous, les chrétiens. -

0*eât donc lui qui prononcera sur mon livre, et c'est de lui que j'attends la sentence suprême qui décidera de mon avenir.

Ce n'est pas un procès cependant que je prétends entreprendre ; je n'en ai ni le droi^ , ni les moyens ; condamné extra-judiciairement, j'use de la même liberté d'action pour porter mes doléances jusqu'au pied du trône du Souverain Pontife , l'Evêque des Evoques et notre premier Pasteur à tous.

Je lui expose, comme un fils à son Père, tout ce qui s'est passé ; je lui soumets tout à la fois mon écrit et ma personne , bien décidé à m'en tenir au jugement, quel qu'il soit, qu'il aura cru devoir prononcer dans sa haute sagesse.

Quelques-uns diront peut-être, qu'en refusant d'accepter le jugement de mon Evêque sur mon ouvrage , je me laisse conduire et aveugler par un fol et détestable orgueil. Mais notre Eminent Car* dinal n'ayant eu sous les yeux que quelques pages de mon livre, a-t-il pu s'en former une assez juste idée, pour être en droit de le condamner ?

D'un autre côté, ne sait-on pas qu'il y a trois ans. Son Eminence a prononcé une exclusion semblable à la mienne , pour punir un Discours , qui n'en a pas moins été plus tard revêtu de l'approbation romaine , et publié par les presses de la Propagande? Pourquoi donc n'attendrais-je pas avec confiance un jugement pareil, au sujet du livre que j'ai composé en faveur des droits du Souverain Pontife ? C'est dans cette espérance que je vis ; et c'est elle seule qui m'inspire ce qu'on pourrait, sans cela, regarder comme de l'arrogance.

Quoi qu'il en soit , déjà même avant l'événement que je viens de raconter dans cette préface , je m'étais proposé de soumettre mon écrit au jugement du Saint-Siège , et voici la lettre que je voulais adresser au Souverain Pontife, l'admirable Pie IX :

Bkatissime Pater,

Profundè inclinatus et piè provolutus ad pedes Sanctitatis Yes- TR£, en jus plenam, supremam et infallibilem auctoritatem agnosco, profiteor, veneror, et in omnibus paratus sum sequi , ego presby-

ter subsignatus suppliciter oro et obsecro, ut hoc opusculum, nieâ maH« nuper exaratum , cui titotos : Etudes liturgiques , première partit^ in quo satis graves quœstiones exposui aut delibavi, Bea- TfTVDO Vestra dignetur, et pro suâ benignitate suscipere ac gratom habere, et pro suâ auctoritate expendere, judicare, nec non, prout opus fuerit , supprimere, aut saltem corrigere atque expurgare.

Dignetur etiam Patehmitas Vestra largam et plenissimam benedictionem impertiri

Suo humillimo et obsequentissimo servo «t filio J.-F. Bbrgier, presbytero mksionario diœcesis Bisnntinœ in Galliis.

A cette lettre , je viens de joindre le compte-rendu dont j'ai parlé tout-à-rheure, et, confiant en la justice de TEglise, j'attends, en toute humilité , la sentence qui sera prononcée dans ma cause par le vicaire de J.-C.

Ecole, le 19 mai IBGO.

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