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INTRODUCTION

Avant de commencer notre Histoire de la controverse et de la réforme liturgiques en France au XfX^ siècle, nous croyons devoir donner à nos lecteurs certaines notions préliminaires, dont Tutilité compensera la sécheresse.

Outre qu'elles serviront de lien entre noire Troisième et notre Quatrième Etude, elles feront connaître au public une des causes qui ont déterminé les Evoques de France à rentrer dans l'unité de liturgie avec l'Eglise Mère et Maîtresse. Ils ne pouvaient voir, sans y remédier, les variétés de rites qui se rencontraient souvent, dans le même diocèse, d'une Eglise à l'autre, par suite

de ramalgame qui avait confondu dans la même circonscription diocésaine des paroisses démembrées de plusieurs Eglises différentes. D'un autre côté, nous avions besoin d'entrer dans ces détails pour expliquer un tableau synoptique qui couronnera notre Quatrième Etude, dont il est comme le résumé succinct.

On sait que la monarchie des Francs, après avoir subi, sous les deux premières races de ses rois, des phases diverses d'agglomération ou de morcellement de territoires, se trouvait, au moment où Hugues Gapet monta sur le trône , singulièrement dispersée et amoindrie par l'effet du régime féodal qui s'était introduit dans son gouvernement, et qui la divisait en une foule de petits Etats à peu près indépendants l'un de l'autre. Mais, à partir de celte époque, commença pour la France un mouvement prononcé et incessant de retour vers l'unité et l'indivisibilité nationale, par l'absorption successive des provinces devenues autonomes. C'est ainsi, pour ne pas parler des annexions antérieures à l'avènement de la branche des Bourbons qui sont sans intérêt pour cette histoire , que l'on vit se fusionner dans la monarchie et se rattacher à la couronne de France, en 1989 le Béam et la Navarre, patrimoine de Henri IV, en i601 le Bugey, la Bresse et le pays de Gex, en 4607 le comté de Foix, en i624 celui de la Basse-Navarre, en i659 le Roussillon, en 166S le Nivernais, en 1668 la Flandre, en 1678 l'Artois et la Franche-Comté, en 1681 l'Alsace, en 1707 le comté de Dunois, en 1712 le Yendômois, en 1762 la principauté de Dombes, enfin la Lorraine et le Barrois en 1766. A cela il faut ajouter la Corse, définitivement occupée en 1769; jusqu'alors cette ile nous était restée absolument étrangère. Tel était l'état de la France en 1789.

A cette époque , plusieurs de ses sièges épiscopaux dépendaient de métropoles étrangères, savoir : Metz, Toul, Nancy, Saint-Dié et Verdun, de Trêves; Strasbourg, de Mayence, et les cinq évêchés corses, de Pise ou de Gènes. D'un autre côté, quelques-unes de nos métropoles avaient des églises sufTragantes hors de France; ainsi Besançon, celles de Bâle et de Lausanne, Cambrai, celles de Namur et de Tournai, et Vienne, celle de Genève. La raison de cette anomalie est facile à saisir t c'est que l'incorporation à la couronne de France, n'ayant pu produire quedesefiets temporels, n'avait pas changé les relations de juridiction ecclésiastique.

En 1791, la France s'empara encore du Comtat- Venaissin , où se trouvait la métropole d'Avignon avec ses trois suflragants de Gavaillon, Garpentras et Vaison. Jusque-là, le Gomtat avait été paisiblement possédé par les Papes qui l'avaient acquis au XIIP siècle. La France s'incorpora de même, pendant les dernières années du XVIII** siècle, la Savoie, le comté de Nice, les Pays- Bas autrichiens ou la Belgique , et flnalement toutes les autres contrées limitrophes de la Belgique en deçà du Rhin , notamment les villes électorales de Gologne , de Trêves et de Mayence. Elle se trouvait ainsi replacée dans les anciennes limites de la Gaule proprement dite ou Transalpine, bornée par le Rhin et les Alpes à l'est, la Méditerranée et les Pyrénées au midi , et la mer de tous les autres côtés. 11 ne manquait alors à la France , pour remplir tout le cadre occupé par les anciens Gaulois, que la Suisse, laissée neutre en dehors de ses frontières.

Les Romains, sous Gésar, avaient divisé la Gaule dont nous parions en quatre parties principales : la Province, déjà romaine avant César, l'Aquitaine, la Celtique et la Belgique conquises par ce grand capitaine.

Dès le IV^ ou V® siècle , sous Constantin ou Honorius , on distingua, dans cet ensemble de pays, dix-sept provinces particulières ou gouvernements secondaires , savoir : 1*" dans la Gaule Belgique , quatre provinces , première et deuxième belgiques ayant Trêves et Reims pour métropoles, et deux germanies, métropoles Cologne et Mayence; 2"^ dans la Gaule Celtique, cinq provinces, quatre dites lyonnaises, première, deuxième, troisième et quatrième, celle-ci appelée aussi Sénonaise, métropoles Lyon , Rouen , Tours et Sens, et la Grande Séquanaise , métropole Besançon (César avait mis cette province dans la Gaule Belgique, mais plus tard on la rangea dans la Celtique); 5"" dans TÂquitaine, trois provinces, les deux aquitaines, entre la Loire et la Garonne, métropoles Bourges et Bordeaux (César les avait attribuées à la Celtique , qu'il faisait descendre jusqu'à la Garonne), et la Novempopulanie, métropole Eause, remplacée plus lard par Âuch; enfin 4"" dans la Province romaine, dont la Provence, qui en faisait partie, a conservé le nom, cinq provinces, deux narbonnaises, métropoles Narbonhe etAix, deux alpines, celle des Alpes maritimes , métropole Embrun , et celle des Alpes pennines et graïes, métropole Tarentaise, puis la Viennoise, ainsi appelée de Vienne, sa métropole.

Certaines lettres adressées par les Papes du IV® siècle aux Evoques des cinq provinces regardaient les cinq dernières provinces dont il vient d'être parlé; il y eut plus tard d'autres décrétâtes envoyées aux Evêques des sept provinces; on entendait par là les mêmes provinces, sauf celle des Alpes pennines qui avait probablement disparu, plus les trois provinces de l'Aquitaine.

Les dix-sept métropoles civiles énumérées plus haut devinrent, sous le christianisme, par suite de l'usage assez généralement adopté alors par l'Eglise, autant de

métropoles ecclésiastiques, ayant juridiction sur les simples évéchés des cités ou castrum renfermés dans leur circonscription provinciale ; on vit même les métropolitains de la première lyonnaise, de la première aquitaine et de la première narbonnaise, c'est-â-diredeLyon, de Bourges et de Narbonne, prendre le titre de Patriarches ou de Primats, ce qui se rapportait à la première division des Gaules en Gaule Celtique, Aquitaine, etc. D'un autre côté, presque toutes les cités romaines des Gaules devinrent des sièges épiscopaux; on accorda même ce privilège à certaines villes secondaires ou castrum, tels que Chalon-sur-Saône et Mâcon dans la première lyonnaise. L'Eglise a conservé de là l'usage d'élever à la dignité de cités les lieux où elle érige un siège épiscopal. C'est ainsi, par exemple, que Benoit XIV, dans sa Bulle pour l'érection de Saint-Claude en i74.2, commença par élever cet oppidum à la dignité de cité , et décora ses habitants du nom, du titre et de l'honneur de citoyens, avant de changer l'église abbatiale en cathédrale sous l'invocation de saint Pierre. Nous nous contentons de citer cet exemple entre cent autres.

Mais l'Eglise n'a pas seulement augmenté, dans la suite des temps, le nombre des cités ou des villes épiscopales; elle s'est encore permis de créer, en dehors des anciennes divisions provinciales, de nouvelles métropoles ecclésiastiques. Ainsi, par exemple, dès les premiers siècles, elle a élevé à cette dignité le siège d'Arles, qui servit longtemps de résidence au Préfet des Gaules; elle honora même plusieurs des évêques de cette ville du titre de Vicaires ou de Légats du Saint-Siège apostolique, par une sorte d'assimilation avec ce qui se faisait dans l'ordre civil. Avignon fut aussi tiré de la province de Vienne ou d'Arles pour devenir métropole dans le Comtat, en souvenir sans doute du séjour des Papes à

~ 6 — Avignon dans le cours duXFV^ siècle, 11 en fut de même pour Toulouse, démembré de Narbonne en 4517; pour Cambrai et Malines, séparés de Reims (et de Cologne?) en 45S9; pour Paris, enlevé à Sens en 4622; pour Albi, tiré de Bourges en 4676; enfin, la même chose vient d'avoir lieu dans la province de Tours, en faveur de Rennes pour la Bretagne, où les Evêques de Dol avaient essayé en vain d'être métropolitains vers les IX^ et XP siècles (voir la Note ^1 à la fin du volume).

Quittons ces généralités pour aborder de plus près le sujet que nous avons à traiter. En 4804, lors du Concordat, on comptait dans les pays alors possédés parla France, et autrefois par les Gaulois, environ cent soixante sièges tant archiépiscopaux qu'épîscopaux , dont cent trente-cinq ou cent trente-six, si l'on y comprend Bethléem, appartenaient à la France de 4789. On pourra voir, dans notre Troisième Etude (qui paraîtra bientôt), un tableau représœtant tous ces sièges et indiquant l'époque plus ou moins certaine de leur établissement, leur répartition d'autrefois en provinces ecclésiastiques , les conciles qui eurent lieu dans la plupart de ces provinces sur la fin du XVP siècle ou au commencement du XVIP, et enfin les réformes de diverse nature que l'on y fit subir aux livres liturgiques, dans un sens romain ou anti-romain, depuis 4570 à 4789.

Ici nous offrons à nos lecteurs un autre tableau faisant comme suite au précédent. On y voit d'abord, dans une première colonne, les soixante sièges institués par le Concordat de 4804, entre autres ceux de Versailles et d'Aix-la-Chapelle érigés pour la première fois. Dix de ces sièges représentent les pays annexés à la France d^uis 4789, savoir : Nice, le comté de ce nom^ Chambéry, la Savoie, Malines et ses sept su£fragants, la Belgique et les bords du Rhin.

Noos avons placé dans une seconde colonne verticale les évêchés qui ont été créés à une époque postérieure, savoir : pour la France, trente par le Concordat de 1817- 22, et cinq autres plus tard à une date déterminée,, ceux de Laval, d'Alger et de nos trois colonies de la Guadeloupe, de la Martinique et de Tile de la Réunion.

Une troisième colonne renferme les anciens sièges qui sont restés supprimés. On y remarquera, à un signe particulier'', les douze sièges qui avaient été rétablis par le Concordat de 1817 et qui n'ont plus trouvé place dans l'accommodement de 1822; ce sont les archevêchés d'Arles, de Vienne et de Narbonne, et les évêchés d'Auxerre, Béziers, Boulogne, Castres, Chalon-sur- Saône, Laon, Noyon, Orange et Saint-Malo.

Nous devons faire remarquer que ces sièges supprimés sont placés sur la même ligne horizontale que les sièges actuels dans la circonscription territoriale desquels ils se trouvent renfermés. Ainsi la ville d'Arles appartient maintenant au diocèse d'Aix ; Toulon, Grasse et Vence à celui de Fréjus. Ce qui ne veut pas dire toutefois qu'Aix renferme dans sa circonscription actuelle tout l'ancien diocèse d'Arles ; on sait en effet que la division de la France en départements, laquelle a servi de base à la délimitation de nos diocèses modernes, n'a nullement respecté les anciennes circonscriptions des provinces civiles et ecclésiastiques ; on a pris à lâche, au contraire, de les faire disparaître en fusionnant ensemble des éléments restés jusqu'alors pour ainsi dire hétérogènes. Le diocèse d'Arles, par exemple, a fourni des matériaux au département du Gard, et par suite à Févêché actuel de Nîmes. Presque tous les sièges d'autrefois, qui ont été rétablis depuis, ont subi de ces sortes de transformations plus ou moins considérables, en sorte que leur nom d'aujourd'hui n'est pas du tout l'équivalent

de leur nom d'autrefois. (Voir la conséquence de cette observation, Noie JB à la fin du volume,) Quelle différence , par exemple, n'y a-t-il pas entre le diocèse actuel de Saint-Claude avec ses 574 paroisses, et l'ancien diocèse de ce nom qui en renfermait tout au plus 87? Nous signalons ce dernier chiffre pour l'avoir puisé dans une source que nous indiquerons plus tard et sans vouloir le garantir le moins du monde, attendu d'autres témoignages qui n'attribuaient à l'ancien évéché de Saint-Claude qu'une trentaine de paroisses , provenant des domaines de la vieille abbaye (1). Quoi qu'il en soit, presque tous nos diocèses actuels se sont formés en perdant d'un côté et gagnant de l'autre. Le Mans a conquis près de cent paroisses de l'ancien diocèse d'Angers. Versailles a mieux fait encore, puisqu'il a été créé en entier aux dépens de Paris, de Sens et de quatre ou . cinq autres diocèses qui l'entourent et dont il a conjoint des fragments plus ou moins considérables.

(1) Nous avons consulté la Bulle d'érection de Saint-Claude en évéché, en date du 29 janvier 1743. Elle porte que le territoire de TAbbaye, qui avait cent mille pas de circuit , renfermait vingt-six paroisses trésconsidérables , outre un certain nombre de succursales et de chapelles , et une population de cinquante à soixante mille âmes. Ce territoire était situé, partie dans l'ancien diocèse de Lyon, et partie dans celui de Besançon. Mais on ne se contenta pas, à ce qu'il parait, de donner au nouvel évéché le territoire ci-dessus. Comme TAbbaye avait, en dehors de ses domaines à elle, le patronage d'une quinzaine de cures dans le diocèse de Besançon , ce patronage fut cédé à nos Archevêques, et le nouvel évéché étendit, par compensation, sa juridiction spirituelle sur sept grandes paroisses de notre ancien doyenné de Montana ou des Montagnes, savoir : la Rixouse, Saint-Lupicin, Morbier, Grandvaux> Moirans, Lect et Charchilla avec leurs dépendances. Il en fut probablement de même vis-à-vis de Lyon, ce qui expliquerait le nombre de 87 paroisses assigné plus haut. On divisa d'ailleurs d'anciennes paroisses pour en faire plusieurs. Quoi qu'il en soit, l'ancien évéché de Saint-Claude répondait, pour l'étendue, à l'arrondissement actuel de ce nom (si l'on excepte quelques paroisses du canton de Saint- Laurent), et aux trois cantons d'Arinthod sauf Arinlhod lui-même, etc., de Sainl-Julien et de Saint- Amour, qui sont actuellement dans l'arrondissement de Lons-le-Saunier. Le reste du Jura appartenait à Besançon.

Nous donnerons tout à Theure de nouveaux détails du même genre, aûn de montrer la confusion qui a dû régner dans la plupart des diocèses de France après leur rétablissement par nos divers concordats, surtout en matière de liturgie ; auparavant nous devons à nos lecteurs d'autres éclaircissements sur notre tableau.

Nous avons pris soin d'y placer, autant que possible, les évêchés rétablis postérieurement au Concordat de 1801, au-dessous de ceux du premier Empire qui les renfermaient alors dans leur territoire. Ainsi Marseille et Fréjus viennent de suite après Aix qui les possédait dans sa circonscription sous le régime du premier concordat. Gap relevait aussi de Digne sous l'Empire. Comme Albi, au contraire, était inclus dans le diocèse de Montpellier, et Perpignan dans celui de Carcassonne, on a indiqué cette particularité, en écrivant dans la première colonne, avant les noms d'Albi et de Perpignan, ceux de Montpellier et de Carcassonne, avec la précaution de les enfermer dans une parenthèse, pour montrer qu'ils ont ailleurs leur place, et qu'ils ne sont ici que comme indication.

, Mais pourquoi dévier de la règle établie plus haut, et ne pas écrire Montpellier avant Albi, et Carcassonne au-dessus de Perpignan ? on en a été empêché par une bonne raison. On voulait en effet grouoer les diocèses actuels par provinces, telles qu'elles sont maintenant constituées; et il le fallait, tant pour /aire connaître ces provinces elles-mêmes, qu'à cause des conciles qui y ont été tenus et qui sont signalés plus loin dans le tableau. Montpellier devait donc attendre le tour de la province d'Avignon dont il fait partie, et Carcassonne celui de Toulouse. De cette sorte, tous les suflraganls d'une même métropole se trouvent inscrits dans notre tableau après le nom de cette métropole elle-même. Ainsi, Aix a pour

sufifrqgafite tous les sièges qui le suivent jusqu'à Albi , c*esl-à-dire Marseille, Fréjus, Digne, Gap, Ajaccio et Alger; Albi est également le siège métropolitain duquel ressortent les évéchés de Mende, de Cahors, de Rodez et de Perpignan. Quant au placement respectif des diverses provinces, on a cru devoir suivre, afin de fed- )iter les recherches du lecteur, Tordre alphabétique de leurs métropoles, au préjudice d'un ordre plus rationel peut-être, celui du voisinage. Il n'y a que deux métropoles qui fassent exception à cette règle : la nouvelle métropole de Rennes et celle de Malines. On a jugé à propos de laisser la première à la suite de Tours, dont elle avait toujours dépendu et dont elle faisait encore partie à Tépoque de son concile de 184'9, Quant à la seconde, comme elle n'est plus française, il convenait de la placer à part. D'un autre côté, cette province ne ressemble plus à ce qu'elle élait en 1801 ; elle ne renferme plus en effet maintenant que les sièges de Belgique, y compris Bruges qui a été rétabli plus tard. Les trois autres sièges non belges, qu'elle possédait sous TËmpire, ayant passé h des Etals étrangers , ont été mis par des concordats particuliers dans des conditions toutes nour velles. Ainsi, d'abord, Aix-la-Chapelle et Trêves sont devenus propriétés de la Prusse ; mais un concordat conclu en 1821 entre ce royaume et le Saint-Siège a supprimé Aix-la-Chapelle et lui a substitué Cologne, redevenu métropole et comptant Trêves parmi ses suffragants. Mayence, au contraire, appartient au grand-duché de Hesse et a été rangé sous une métropole allemande. L'ancien évèché de Spire a même été rétabli, mais il fait partie du royaume de Bavière qui a fait aussi son con* cordât en 1817. Quant aux èvêchés impériaux de Chambéry et de Nice, dont le premier était de la province de Lyon, et le second de celle d'Aix, la France les avait

— n ~ perdus à Tépoque de la Restauration. Chambéry est devenu , sous le régime du roi de Piémont , métropole de la Savoie ; mais il ne possédait plus dès lors la ville de Genève, dont le titre qui lui avait été uni sous TEmpire était passé à Lausanne. On sait qu'à présent la France a repris possession de la Savoie et de Nice. Que deviendront les évêchés de ces deux pays? Nice sera-t-il rendu à la province d'Aix? Pour ce qui regarde Chambéry, nous espérons qu'il conservera sa dignité de métropole. Quoi qu'il en soit, nous avons aussi placé hors ligne les sièges de Nice et de la Savoie.

Dans notre tableau, les métropoles actuelles sont distinguées des simples évêchés par des majuscules, et les sièges éteints de ceux qui restent par des italiques. Quelques-unes de ces métropoles sont précédées d'un signe particulier ^. Ce sont les dix métropoles du Concordat de 1801. Et comme, à ce propos, quelqu'un pouvait désirer connaître de quels sièges se composait alors chacune de ces provinces, nous avons placé devant les noms des cinquante évêchés de ce temps-là une abréviation indiquant leurs métropoles d'alors par leurs initiales. A, par exemple, mis devant Avignon et Nice, signiGe que ces deux sièges dépendaient de la métropole d'Aix; B indique Besançon, Bo, Bordeaux, Bu , Bourges, L, Lyon, P, Paris, R, Rouen, T, Toulouse, To, Tours, et M. Malines.

Conune alors Reims et Sens se trouvaient dans la province de Paris , le Cardinal-légat avait uni les titres de ces anciennes métropoles supprimées à celui de Paris; l'Archevêque de Toulouse cumulait de même les titres d'Albi , d' Auch et de Narbonne ; celui d'Aix se qualifiait d'Aix , Arles et Embrun ; enfin le titre de Vienne sr¥ait été annexé à Lyon. Cette union de titres est restée, excepté pour Paris depuis le rétablissement de

Reims et de Sens , et en partie pour Toulouse , depuis qu'ÀIbi et Auch ont été relevés de nouveau. Le Cardinal Gaprara avait également attribué à Amiens les titres de Beauvais et Noyon , à Troyes ceux d'Auxerre et de Chàlons-sur-Marne , à Soissons celui de Laon , à Dijon celui de Langres , et enfin celui de Genève à Chambéry. Ces associations ont été modifiées depuis, et nous avons déjà dit comment le titre de Genève avait passé à Lausanne ; mais , d'un autre côté , on a fait de nouvelles unions de titres à différentes époques; nous nous contenterons d'en signaler ici deux des plus récentes , celle de Tréguier à Saint-Brieuc , et celle de Fort-de-France à Saint-Pierre. On sait que le siège épis- ^ copal de la Martinique avait été placé à Fort-de-France en 1850; depuis il a été transféré à Saint-Pierre par une Bulle du 12 septembre 1855, et cette Bulle a autorisé l'Evêque à unir les deux titres.

Mais c'est trop nous amuser à des considérations purement historiques qui n'ont pas un rapport direct avec notre sujet. Revenons à notre tableau.

Immédiatement après les noms des diocèses de France tant anciens que nouveaux , se trouve une initiale R, P ou D. Cette lettre indique le rit liturgique suivi dans chacun de ces diocèses en 1789, R le romain, P le parisien, et D un rit purement diocésain. Seulement, comme il y avait quelques Eglises qui n'avaient ni le romain, ni le parisien , ni un rit diocésain qui leur appartint en propre, mais un rit particulier emprunté d'ailleurs, nous avons imprimé le D en italique, D, pour indiquer cette circonstance exceptionnelle. Ainsi , par exemple. Die, Grenoble, Valence et Viviers avaient adopté le rit de Vienne, leur métropole, en 1783; Lombez , Montauban , Saint-Papoul avaient fait la même chose vis-à-vis de Toulouse; Pamiers et Rieux les

avaient probablement imilés ; au contraire , Mirepoix et Lavaur, quoique de la même province , ayant fait défection au romain avant leur métropole , avaient pris , Mirepoix le rit de Qermont en 17S5, et Lavaur le parisien en i758, Couserans s'était conformé au rit d'Auch, sa métropole, en 1735; mais Noyon avait adopté le rit d'Amiens, son voisin , et Nancy repris celui de Toul, son Eglise-mère.

Nous dirons ici, en passant, que la plupart des rits particuliers à certains diocèses ou provinces de France avaient été calqués en grande partie sur celui de Paris. Ainsi le toulousain était assez peu différent du parisien pour que Mgr. de Gualy , évéque de Carcassonne, ait dit, *en 1842, que le toulousain était déjà suivi à Aleth, quoiqu'Aleth, qui n'était pas autrefois de la province de Toulouse, n'eut pas pris le toulousain, mais une nuance quelconque du parisien. Il résulte de là que nous avons peut-être donné le P à certains diocèses qui auraient qmlque motif de réclamer le D, et vice versa. Cela tient aux appréciations diverses des auteurs que nous avons consultés. La chose, au reste, est si peu importante que nous ne croyons pas devoir être inquiété à cet égard. On remarquera néanmoins la réserve avec laquelle nous avons procédé en cette matière par le fait suivant.

Quelques-unes de nos indications offrent cette particularité d'être, renfermées entre parenthèses; ce sont celles que nous n'osons pas absolument garantir, les ayant empruntées à des sources étrangères, sans pouvoir les vérifier par nous-méme. Nous n'avons eu en effet entre les mains, malgré notre zèle à rechercher les litres originaux, qu'une cinquantaine de bréviaires différents, édités en France au dernier siècle pour l'usage des Eglises qui se mirent alors à l'unisson avec Paris, ou qui réformèrent leurs livres à l'instar de Paris. Au reste,

nous sommes tout prêt à insérer les rectifications que Ton nous demandera avec preuves à Taf^ui , car nous tenons avant tout à la vérité.

En additionnant ces renseignements plus ou moins affirmatifs de notre tableau, on trouve que, sur les cent trente-neuf sièges existant en France en 1789, y compris les quatre du Gomtat, 55 avaient le parisien^ 49 un rit particulier approchant du parisien, et S5 étaient restés romains. Nous rangeons parmi ceux-ci Dijon, BeUey et Arras, qui n'ont probablement quitté le romain qu'après le concordat de 1801, Ângoulême et Langres, qui n'avaient changé que le bréviaire, Rennes, où l'adoption du rit tourangeau n'avait eu lieu qu'à la cathédrale et encore sans prescription formelle, et quelques autres diocèses qu'aucun monument public à nous connu ne montre avoir pris part à la révolution liturgique dans le cours du XVIIP siècle.

Si l'on veut maintenant se faire quelque idée du nombre des paroisses attachées à l'un ou à l'autre des rits ci*<lessus, il suffira de considérer les chiffres dont nous avons fait suivre dans notre tableau les indications précédentes, car ces chiffres marquent la quantité de paroisses dont se composaient nos anciens diocèses. Nous avons puisé ces documents dans l'Almanach royal de 1789, sauf les deux rectifications suivantes. Cet Almanach n'attribuait que 48 paroisses à Lisieux et 157 au Mans, au lieu de 586 et 770 que nous avons mis en place, conformément aux Almanachs précédents de 1767 et de 1777. Il nous paraissait évident que l'Almanach de 1789 avait fait erreur à ce sujet, d'autant mieux que le Fouillé général de D. Beaunier, imprimé à Paris en 1726, 2 vol. in-4^ portait 580 et 696. On voit, par cet exemple, que, pour être plus exact dans nos allégations, nous les avons contrôlées de différentes manières. Tout

bien pesé, et sauf correctioû d'erreurs palpables comme les précédentes, nous n'avons rien changé aux chiffres donnés par le dernier Âlmanach royal qui a paru avant la révolution^ persuadé que les changements faits par la dernière édition de cet ouvrage à cdles qui Favaient précédée venaient de renseignements plus récents et plus sûrs, ce qui n'^npéche pas toutefois que Timprimeur n'ait pu encore prendre en certains endroits un chiffre pour un Autre. Quoi qu'il en soit, l'ÂlmaAach de 17â9 avait rayé avec raison le chiffre fabuleux de 1700 paroisses attribuées à l'ancien diocèse de Toul par l' Almanach de 1777, d'après Beaunier sans doute, qui balançait entre 1400 et 1700. Comment Toul, en effet, aurait^il possédé à lui seul , même avant le démembre^ ment de Nancy et de SainirDié, un tel nombre de paroisses, lorsqu'encwe à présent la Lorraine tout entière n'en a pas 1900, et que Met2 et Verdun occupaient environ la moitié de cette province? On parlait peut-être de 1700 paroisses pour les Trois-Evéchés pris ensemble; aussi l'Âlmanach de 1789 n'en donne à Toul après la division que 76i, plus 290 cédées à Nancy et à Saint- Dié lors de leur érection en 1777. C'est avec la même satisfoetion que nous avons vu Chartres réduit par les Almanachs royaux à 810 paroisses retenues par cet ancien diocèse, plus 300 cédées à Blois, total 1010 au lieu de 1700 que D. Beaunier lui attribuait. Nous dirons encore que, malgré la persistance de l'Almanach royale dans toutes ses éditions de 1767 à 1789, à doter Rouen de 1588 paroisses, comme l'avait fait D. Beaunier, nous avons peine à admettre la vérité de ce chiffre. Le contingent des autres diocèses normands ne faisait-il pas quelque difficulté à une telle richesse pour Rouen?

11 est inutile d'insister davantage sur cette question peu importante du nombre réel des paroisses, mais ce

qui sautera aux yeux de quiconque passera en revue les chiffres de cette ancienne statistique , c'est la disproportion énorme d'étendue qui existait alors entre les divers diocèses de France; car tandis qu'Agde, par exemple, Orange, Cavaillon, Toulon, Grasse et Vence ne possédaient qu'une vingtaine de paroisses , et Marseille, Digne, Senez, Apt et Carpentras une trentaine, on les comptait par mille à Toul , Chartres et Rouen ; Limoges en çivait près de 900 ; Besançon , Amiens et Glermont plus de 800 ; enfin Bourges, Sens, le Mans<» Poitiers et Lyon au-delà de 700. Tels étaient les anciens diocèses les plus grands et aussi les plus petits. Ceux d'aujourd'hui sont beaucoup moins disproportionnés, comme on peut s'en assurer par une autre statistique que nous avons rapportée dans notre tableau à la suite de la précédente. On y voit d'abord le nombre des paroisses de chacun de nos diocèses actuels, ensuite le nombre des vicariats rétribués. par le trésor, enfin le chiffre de la population prise par mille. Cette statistique a été empruntée à la France ecclésiastique de 1857; elle est sans doute assez récente pour ne s'éloigner que très-peu du véritable état des choses. Ainsi, Aix compte à présent environ 122 paroisses, 56 vicariats reconnus et une population de 197 mille âmes. Besançon marche en première ligne pour le nombre des paroisses; il en a près de 800, mais on sait qu'il renferme deux départements. Cinq autres diocèses sont encore dans le même cas, savoir : Bourges, Lyon, Limoges, Poitiers et Strasbourg. Il n'est pas étonnant dès lors que ces diocèses soient plus riches en paroisses que la plupart des autres. On en voit cependant qui leur tiennent tète et même les surpassent sous ce rapport, quoiqu'ils ne contiennent qu'un seul département. Ainsi Cambrai, Arras, Amiens, Bayeux, Coutances et Rodez ont tous plus de 600 pa-

roisstô. Cela se conçoit aisément pour Cambrai, qui compte plus de douze cent mille âmes. Quant aux autres diocèses , la chose tient sans doute à la configuration du sol et à la manière dont les populations s'y trouvent groupées à la surface. On ne peut pas foire de rapprochement, en effet, entre le nombre des paroisses et le chiffre de la population. Ainsi, Paris ne compte que 125 paroisses pour plus de treize cent mille âmes , et Marseille n'en a que 77 pour trois cent cinquante mille, parce que ces deux villes absorbent à elles seules une très-grande population, tandis que Digne a 546 paroisses pour 455 mille habitants. Une autre chose que Ton remarquera, c'est que certains diocèses renferment une quantité prodigieuse de vicariats, relativement au nombre de leurs paroisses; nous ne parlons pas ici des vicariats des grandes villes qui, précisément, ne sont pas à la charge du trésor ; il n'est question que des vicariats de campagne; sous ce rapport, la Bretagne fait, pour ainsi dire, classe à part dans notre France, les vicariats y étant presque aussi nombreux que les paroisses, et celles-ci y ayant d'ailleurs une très-forte population , de quinze cents âmes à deux mille et plus.

Mais nous n'avons pas seulement rapporté la statistique des paroisses actuelles de France, en vue d'en tirer les inductions précédentes moins utiles que curieuses; notre but a été de faciliter, par un rapprochement tout fait, la comparaison entre les circonscriptions des diocèses anciens et nouveaux , afin d'en mettre sous les yeux de nos lecteurs les différences frappantes, et surtout de leur faire comprendre , moins encore le peu de cas qui a été fait des bornes fixées par nos pères , que le pêle-mêle effrayant d'usages et de rits divers qui a du résulter d'un pareil amalgame.

Ainsi, par exemple, on trouve dans la circonscrip-

Uon actuelle de Fréjus les anciennes villes épiseopales de Toulon , de Grasse et de Vence ; ces trois dernières Eglises avaient conservé le romain , mais Fréjus avait pris le parisien ou un rit approchant ; comment les fusionner ensemble après la réunion? Il y a plus , les quatre diocèses que nous venons d'énumérer ne renfermaient tous ensemble que 136 paroisses, tandis que Fréjus seul en compte aujourd'hui 234 ; où a-t-il donc pris ce surcroit de richesses , sinon en s'avançant au couchant et au nord sur Âix et sur Glandèves, pour y faire des annexions afin de s'arrondir? Digne, en effet , quoiqu'il renferme Glandéves, n'a hérité que d'une partie de son ancien territoire; or, en y joignant Riez, Senez et Sisteron, cela ne lui ferait pas 220 paroisses; cependant il en possède maintenant 346 ; il s'est donc aussi étendu de divers côtés sur les anciens diocèses d'Aix, d'Apt, de Gap et d'Embrun; ce fait, nous pouvons l'attester; or, il suffit seul pour montrer quelle confusion a dû régner à l'origine, dans les diocèses rétablis par le Concordat, en matière d'usages liturgiques et autres. Il est bon d'observer en outre que Digne , lors de sa résurrection en 1801, ne possédait pas seulement le département des Basses-Alpes qui constitue son territoire actuel, et par conséquent des fragments des neuf anciens diocèses qui viennent d'être énumérés, mais qu'il renfermait de plus le département des Hautes-Alpes ou le diocèse actuel de Gap. Or, Gap avait adopté le rit parisien avant la révolution ; il avait à lui seul plus de 200 paroisses où il avait introduit cette liturgie ; d'un autre côté, Senez et une partie de l'ancien diocèse d'Apt apportaient aussi à Digne une petite cargaison de livres non romains; est-il étonnant dès lors que, vu l'esprit du temps , le parisien se soit implanté à Digne, au préjudice du romain, dans le cours du XIX"" siècle? Cette

adoi^ion du paris^n par le nouveau diocèse de Digue nous est attestée par M. Jouve dans sa brochure intitulée du Mouvement liturgique, dont nous parierons ailleurs. Remarquons seulement ici, en passant, que nous avons s^alé ces conversicuis liturgiques modernes dans une colonne à part, où se trouve représenté Tétat de la liturgie dans les diocèses actuels de France en 1859, ^)oqitô où a commencé, par l'initiative de Mgr. Parisis, Evéque de Langres , le retour providcdo^tiel à la liturgie romaine. On voit^ dans cette colonne^ que Digne était alors parisien selon M. Jouve, P (Jouve); Tarbes était devenu en partie auscitain ; Nimes s'était donné une liturgie propre en 1827; Belley avait pris le lyonnais , Saint-Gaude le bisontin , Saint-Dié le toullois , Rennes , Arras et Autun le parisien, ainsi que Quimper, du moii» en partie , en 1855.

Mais afin de baser sur des données plus précises encore nos assertions concernant la perturbation liturgique qui a acccMnpagné en France Texécution du concordat , cmsidérons ce qui s'est passé plus près de nous, et posons la question précédente sur un terrain qui doit nous être plus particulièrement connu.

Le diocèse de Besançon , lors de son rétablissement en 1801 , renfermait les trois départements du Doubs, de la Haute-Saône et du Jura. Or, que voyaiiron dans le Jura? Des paroisses qui avaient toujours appartenu au diocèse de Besançon, sauf celles en petit nombre qui provenaient de Tancien diocèse de Saint-Claude. Cette petite portim de territoire pouvait^Ile conserver longtemps ses usages romains , malgré son absorption dans un vaste diocèse qui en avait de tout différents? Hélas t non. Il devait en être de même à plus forte raison dans le Doubs, à propos de Jougne et de trois autres localités que ce département avait enlevées à Tanelen

— io — diocèse de Lausanne. D'ailleurs Lausanne s'était laissé emporter par la contagion liturgique anti-romaine du XVIIP siècle. Pour ce qui regarde la Haute-Saône, on voit, en contournant ce département au-delà de la Saône , qu'il s'est avancé sur Jes terres des anciens diocèses de Langres et Dijon pour y prendre quelques paroisses renfermées dans ses cantons de Vitrey, de Dampierre-sur-Salon , de Ghamplitte et d'Autrey. Besançon les a donc dépossédées de leurs livres liturgiques pour y substituer les siens. Nous connaissons un vénérable curé qui a vu ainsi disparaître le Missel romain de l'Eglise où il exerçait alors.

Mais si le diocèse de Besançon a fait quelques petits empiétements sur ses voisins , ceux-ci à leur tour ne l'ont pas épargné. Et d'abord Strasbourg lui a enlevé, par son département du Haut-Rhin , non-seulement les 29 paroisses que Besançon avait obtenues en 1781 du Prince-Evêque de Bâle, en échange contre ses anciennes possessions du Porrentruy, mais encore Belfort, Délie et une vingtaine d'autres localités qui lui avaient toujours appartenu dans le voisinage de ces deux villes; en d'autres termes, Strasbourg nous a pris environ la moitié de l'arrondissement actuel de Belfort, du côté du sudouest, notamment les quatre cantons de Belfort, de Délie, de la Chapelle-sous-Rougemont et de Giromagny, avec quelques petites portions de Massevaux et de Dannemarie. Ajoutons ici que Strasbourg s'est aussi enrichi de plus de 200 paroisses de l'ancien diocèse de Bâle, et qu'il en possède en outre plus de 100 venues de Spire.

Saint-Dié, de son côté, nous a chassés de Darnay, patrie du célèbre apologiste Bergier (pourquoi n'ajouterais-je pas : cousin-germain de mon aïeul paternel?) et d'une douzaine d'autres paroisses réparties dans ses

arrondissements de Remiremont, d'Epinal, de Mirecourt et de Neufchàleau. #

Langres s'est emparé aussi d'une douzaine de localités qui nous appartenaient, entre lesquelles nous ne signalerons que Bourbonne et Voisey,

Dijon ne s'est pas contenté de si peu.; il a englobé dans Tarrondissement qui porte son nom la ville d'Auxonne et le bourg de Pontaillier, sans parler du reste, puis, dans son arrondissement de Beaune , la ville de Seurre et autres lieux des cantons de Seurre et de Saint-Jeande*Losne.

Autun nous a dépouillés également, en s'annexant la ville de Louhans, chef-lieu d'arrondissement, et les anciens bourgs de Pierre, de Bellevèvre, de Sagy et de Savigny avec une vingtaine d'autres localités que Ton rencontre, soit dans Tarrondissement de Ghàlon-sur- Saône au canton de Verdun-sur-le-Doubs, soit dans celui de Louhans, où nous possédions les cantons de Louhans, de Pierre et de Beaurepaire ou de Sagy presque entiers, plus une petite partie de ceux de Guiseaux et de Saint- Germain-des-Bois.

Nous ne parlerons pas de l'évêché de Saint-Claude, rétabli en 1822, pour les deux tiers avec nos dépouilles bisontines.

Nous ajouterons seulement que la plupart des localités, ainsi enlevées à Fancien diocèse de Besançon, en dehors du Jura, tout en faisant partie de notre circonscription diocésaine, se trouvaient cependant étrangères à la Franche-Comté, et appartenaient à d'autres provinces pour le civil, qui à l'Alsace, qui à la Lorraine , qui à la Cham|)agne et au Barrois, qui enfin à la Bourgogne et à la Bresse. Aussi l'Archevêque de Besançon n'y exerçait-il sa juridiction contentieuse que par l'intermédiaire d'ofiiciaux forains, résidant sur les lieux. Un

arrêt du parlement de Dijon Favait obligé à établir ainsi ^usieurs offîeiaux dans le ressort des différents parlements de son diocèse. Cet exemple prouve que si TEglise avait d'abord adopté les divisions civiles pour les circonscriptions de ses diocèses et de ses provinces ecclésiastiques, elle avait maintenu celles-ci malgré le changement arrivé dans les autres. Que Ton pardonne tous ces menus détails à un ami dé son pays, quand même.

L'exposé ci-dessus montre que le diocèse de Besançon étant un de ceux qui ont plus perdu que gagné aux remaniements de nos concordats , est aussi un de ceux qui a eu le moins à faire, depuis, pour arriver à son unité liturgique; on peut même dire que si, jusqu'à présent, il n'a pas senti le besoin urgent d'embrasser la liturgie romaine, quoiqu'il n'ait point édité de Missels depuis quatre-vingts ans, il a dû ce triste privilège au refoulement qui a eu lieu sur lui de ses propres livres, de la part des paroisses qui les possédaient avant la révolution, et qui ont été forcées de les abandonner successivement, dans lès diocèses d'Âutun et de Dijon peut-être dès Forigine, et dans ceux de Langres en 1859, de Strasbourg en 1845, de Saint-Dié enfin et surtout de Saint- Claude en 1854. 11 nous est arrivé de ces divers côtés un certain nombre de Missels, que l'on aurait peut-être bien fait de ne pas nous renvoyer et de sacrifier à l'unité. Strasbourg a eu au moins cet avantage sur nous , nonseulement de ne pas priver de la liturgie canonique les paroisses de l'ancien diocèse de Bâle qu'il a acquises en 1801, mais encore de la rendre aux 29 paroisses de ce diocèse que nous en avions dépouillées en 1782 (voir Note C à la fin du volume), et de la communiquer enfin, au plus tard en 1845, à nos antiques possessions de Béîort et de Délie.

Pour ce qui regarde Langres, ce diocèse s'est trouvé,

à l'époque de sod rétablissement, dans une position liturgique bien plus anormale que celui de Besançon ; car, indépendanunent de ses conquêtes sur nous, il s'est beaucoup étendu dan$ sa partie nord sur les terres de Toul, de Chàlons-sur-Marne et de Troyes. Nous croyons pouvoir afGrmer que ses empiétements de ce côté-là lui ont valu tout sou arrondissement de Yassy, et à peu près un tiers de celui de Chaumont, chef-lieu de la Haute- Marne. Un auteur que nous avons lu lui attribue 7i paroisses de Fancien diocèse de Toul , 70 de celui de Chàlons-sur-Marne, et 15 de celui de Troyes.

Mais d'où vient que Langres, qui possédait autrefois, menue après le démembrement de Dijon en 1731, près de 500 ou même 600 paroisses , n'en ait plus maintenant que 400, malgré le développement que nous venons de lui voir prendre vers le nord? C'est parce que, d'une pari, le nouveau diocèse de Troyes s'est vei^é en le rognant du côté de Bar-sur-Aube et de Barsur -Seine, jusqu'au-dessous des Riceis et d'Essoyes; de l'autre , Sens est descendu jusqu'en deçà d'Auxerre pour kii ravir TonuCTre avec Chablis et Noyers; et enfin le nouveau diocèse de Dijon ne s'est plus contenté, conuoe l'ancien, de le dépouiller avec une sorte de ménagement; cette fois, il Ta taillé en plein , lui prenant presque tout l'arrondissement de Châtillon-sur-Seine, le canton de Montbard dans celui de Semur, et quelques autres cantons dans l'arrondissement même qui porte son nom.

Ce même diocèse de Dijon dont nous venons de parler ne s'est pas seulement enrichi aux dépens de Langres , il a encore anticipé sur Bœançon, ainsi que nous l'avons déjà dit, puis sur Chalon-sur-Saône dont le diocèse s'avançait jusque vers Genlis, et enfin sur Autun qui a du lui céder tout l'arrondissement de Semur, à l'exception

du canton de Montbard, et celui de Beaune, sauf les deux cantons de Seurre et de Saint-Jean*de-Losne qui lui sont venus d'ailleurs.

Gela fait que le diocèse de Dijon , qui possédait sous l'Empire les deux départements de la Côte*d'Or et de la Haute-Marne , se trouvait renfermer des paroisses qui avaient appartenu, d'une part pour la Côle-d'Or, aux anciens diocèses d'Autun, de Chalon-sur-Saône, de Besançon et de Langres , d'autre part pour la Haute- Marne , à ce\ix de Toul , de Châlons-sur-Marne et de Troyes ; il avait ainsi sept ou huit rits différents bien caractérisés, qu'il était difficile de fusionner ensemble. Est-il étonnant dès lors que Dijon ail perdu le romain? et que Langres , redevenu autonome , ait coupé court avec tous ces rits particuliers pour reprendre le romain, dont le Missel n'avait pas encore disparu de son territoire?

Donnons encore quelques autres exemples d'amalgame liturgique. Le nouveau diocèse de Sens, expulsé de ses anciens domaines septentrionaux , puisqu'il a été obligé de céder au Loiret ou à Orléans la ville de Montargis , à Seine-et-Oise ou à Versailles celle d'Etampes , et enfin à Seine-et-Marne ou Meaux les trois villes de Fontainebleau , de Melun et de Provins , cinq villes qui sont aujourd'hui des chefs-lieux d'arrondissement et qui ont emporté avec elles dans leurs nouveaux diocèses de grands lambeaux de leurs anciens , Sens , disons-nous, s'est replié vers le midi, et après avoir englobé Âuxerre, il s'est jeté d'une part sur Langres, pour lui prendre, comme nous l'avons dit , Chablis , Tonnerre et Noyers, et de l'autre sur Âutun pour lui ravir Avallon, etc. (1).

(i) Que Ton nous permette ici une observation qui peut avoir de Tin- (érét pour une certaine controverse scientifique. H résulte, des détails que nous venons de donner, que Tancien diocèse de Langres ou le pays

De là quatre liturgies particulières dans sa circonscription nouvelle. Qu'on ajoute à tout cela le rit de Troyes, lorsque Sens faisait partie de ce diocèse du temps de

des Unions remontait jusqu'à Tonnerre et Chablis, et l'ancien diocèse d'Autun ou le pays des Eduens jusqu'à Avallon. Pins haut, se trouvait le pays des Sénonais. Plus bas, les- pays des Eduens et des Lingons étaient limitrophes. Le premier descendait par Alise-Sainte-Reine, Semur, etc., Pautre par Montbard, Dijon, etc., à Pontaillier, ou, selon Dunod, à Saint- Jean-de-Losne où ils rencontraient la Saône qui les séparait de la Sequanie. Cela étant, Alise-Sainle-Reino est -elle bien dans la position assignée par César à VÀlesia gauloise?

Ecoutons les Commentaires. A les en croire. César était chez les Sénonais, au midi û^Agendicum ou de Sens, lorsqu'il apprit que les Gaulois venaient de se coaliser contre lui et de gagner même les Eduens, ses anciens amis, à leur cause commune. De là pour lui la nécessité de faire retraite, et de regagner la province romaine. Mais il ne pouvait pas s'y rendre par le pays des Eduens qui lui avaient fait défection et accueilli Vercingétorix. Il faudra donc qu'il passe par les (erres des Lingons, et traverse ensuite la Scquanie pour atteindre Genève et le pays des Allobroges. C'est aussi le parti qu'il prend , et c'est au moment où il va franchir l'extrême frontière des Lingons pour déboucher en Séquanie, qu'il voit sa retraite coupée par Vercingétorix. Nous traduisons ainsi la phrase des Commentaires : CAm Cœsar in Seqaanos per extremos LingoHum fines iter faceret, et nous ne croyons pas qu'on puisse lui donner une autre signification. D'abord, c^st celle que lui ont attribuée Plutarque et Dion Cassius; ils disent que la bataille, qui eut lieu entre Vercingétorix et César, fut livrée en Séquanie; et il ne pouvait en être autrement, puisque César se trouvait à Vextréme limite du pays des Lingons, du côté de la Séquanie, in Seqaanos per extremos Lingonum fines, et le camp de Vcrcingétorix à dix milles, c'est-à-dire à plus do trois lieues, en avant, par conséquent en Séquanie. Toute autre interprétation du texte de César nous semble inadmissible pour plusieurs raisons.

Et d'abord , s'il fallait placer Alesia à Alise en Auxois, où donc aurait pu être livrée la bataille dont nous venons de parler? Comme Alise touche presque à l'extrême frontière des anciens Sénonais , ce serait chez les Sénonais eux-mêmes que la bataille aurait eu lieu , car il est évitleoi que cette bataille s'est livrée au nord d* Alesia. En effet, Vercingétorix, après l'avoir perdue, n'a pas pu marclier sur le corps de Cé-sar pour fuir vers le nord (d'ailleurs où serait-il allé? du côté de ses ennemis !), mais il a dû nécessairement se replier sur lui-même vers le midi ; donc il faut placer le champ de bataille au nord à* Alesia, vers Avallon ou Tonnerre, si Alise est la vraie Alesia.

Mais conçoit-on d'abord que César, voulant faire retraite , ait si mal caché son projet, qu'on ait pu le connaître et le contrecarrer au moment même où il commençait à le réaliser, et quand il avait fait à peine qoelqcies Ueucs dans ce sens ? Ajoutons que Vercingétorix était encore

TEmpire , et Ton verra s'il était fecite d'avoir l'anité liturgique dans l'Aube et dans l'Yoane.

En remontant plus haut , nous trouverons non-seule-

aux environs d'Aatun, lorsque César songea à la retraite; le général gaulois ponvait^îl donc se transporter en un clin d'œii d'Autun à Tonnerre ? D'un autre côté, il fallait que le plan de retraite de César fût bien marqué par ses marches précédentes, pour que Vercingétorix pût dire, comme il le fit, dans' sa harangue à ses soldats avant le combat : Vous voyez que César bat en retraite et va gagner la province romaine; nous pourrions le laisser passer, mais il revk^idrait Tannée prochaine; aujourd'hui il faut en finir. Est-ce que Vercingétorix aurait pu dire cela aux environs de Tonnerre? N'est-il pas plus naturel de penser que ce général, ayant appris du côté d'Autun que César se préparait ou plutôt commen- ^it à faire retraite, se soit dit à lui-même : Allons la lui couper, et où ? César ne peut pas descendre par le pays des Ëduens qui fait partie de notre coalition, il va donc longer la lAngonie, puis traverser la Séquaiiie» pour arriver chez les Allobroges; hàtons-nous d'occuper les frontières de la Séquanie du côté du pays des Lingons, et nous l'arrêterons au passage. Vercingétorix serait donc venu se poster sur les terres des Séquanais, entre la Saône et le Douhs ; et après avoir perdu la bataille, il aurait fui précipitamment vers l'intérieur de la Séquanie, pour se renfermer dans Alesia, qui alors pourrait bien être Alaise. C'est là, ce nous semble, le sens du texte des Commentaires : Cùm Ccesmr in Sequanos^ etc.

Et il n'y a pas que Plutarque et Dion Cassius qui l'aient entendu ainsi; Dunod lui-même, notre historien, en rend compte comme il suit : « César... fut enveloppé chez les Séquanais par les troupes de Vercin- » gétorix... Celui-ci fut battu et obligé de chercher son salut dans la fuite • avec les débris de son armée. C^ar le poursuivit sans relâche et le » réduisit à se renfermer dans ^/ise. » Dunod aurait dû écrire ^/«ata, et non Alise, afin de ne rien préjuger. Au reste, dans la carte géographique qu'il a publiée avec son Histoire des Séqiianais, il place son Alise bien plus près de la Saône qu'il ne convient à Alise-Sainte-Reine; seulement, puisqu'il mettait sans balancer le champ de bataille en Séquanie, n'aurait-il pas dû comprendre qu'^/e$ta y était aussi, et non au-delà de la Saône , attendu que , comme nous l'avons déjà remarqué, Vercingétorix battu ne pouvait pas fuir du côté de César, et par conséquent traverser la Saône pour se réfugier au mn'd ?

Quoi qu'il en soit de VJlesia franc-comtoise, qu'on l'a place à Alabe ou ailleurs, l'Auxois, à notre avis, ne peut pas la revendiquer» rien qu'à consulter ce texte de César : Cum Ca^ar in Sequanos per exiremos Z4'ngonum fines iter ageret. Pour qu'Alise en Auxois put prétendre à celte gloire, il faudraitqu'il y eût, ce semble, dans les Commentaires, in Senones ^u lieu de in Sequanos, ce qui voudrait dire que César serait allé d'abord se ravitailler du côté de Reims ou de Troyes, et serait venu ensuite traverser l'exirème limite des Lingons du côté de Tonnerre pour déboucher cliex les dénouais «o-dessns 4'A vallon. Hais qui ne voit qu'une ^reille

— «7 — ment Meaux , composé en grande partie des dépouiUes de Sens , mais encore Versailles où régnaient sept liturgies différentes; Beauvais qui en comptait jusqu'à neuf, celle de Beauvais dans 587 de ses églises , et dans les 290 autres cdies de Noyon, de Senlis, de Rouen, d'Evreux, de Meaux, de Soissons et d'Âmieas; et enfin Verdun , qui a réuni des parties de Reims , de Giàlonssur-Mame , de Metz, de Toul et de Trêves, sans compter que sous TEmpire il dépendait , aim bien que Saint- Dié, de Nancy, qui possédait alors trois grands départements.

Mais redescendons vers le midi, et poursuivons notre course autour de Besançon et de Saint-Claude- Nous avons vu qu'Âutun avait perdu presque tout son ancien territoire du côté du nord par les empiétements de Sens H surtout de Dijon; mais outre que, d'une part, il avait enjambé sur Besançon du côté de Louhans , de Tautre, il avait absorbé les anciens diocèses de Chalonsur-Saône et de Mâcon , ce qui ne laissait pas que de hii foire un état assez sor(able , quoique peu homogène sous le rapport liturgique.

Quant à Lyon , c'est peut-être un des diocèses qui a le plus perdu de ses anciennes possessions aux remaniements opérés par le concordat de 1817-22, bien tpi'il ait conservé jusqu'ici deux départ^ients entiers.

marche ne cadrerait en aucune façon avec les autres nécessités du texte, tel ^e le plan de retraite de César, expliqué par Vercingétorix Hii-mérae dans sa harangue à ses soldats, sans parler des autres impossibilités que nous avons indiquées toiït à riteure ? Nous pourrions faire encore bien d'autres consid^ations du même genre, mais nous laissons k d^tres te soiB de discuter cette question qui n'entre pas dans le plan de nos Etudes. On remarquera, au resle, que nous n'avons envisagé TafTaire qu'au point de rue de rUistoîrc ou de la pliîlologie; il ne nous appartient pas de faire de la stratégie ou de l'arehéologie pour montrer par des preuves de fkit qu'Alaise est bien Alesia; d'autres sont plus à même que nous d'étudier ik qtNfatidR 90U5 ce d<Hible rapport qui n'est pas de notre compétence.

— Î8 — En effiBt, s'il a quelque peu hérité de Vienne , il a été dépouillé par Grenoble el surtout par Belley, car il renfermait autrefois les deux arrondissements actuels de Trévoux et de Boui^-en-Bresse, qui font environ la moitié du département de TÂin; de plus il possédait toute la partie occidentale du Bugey, représentée par les cantons d'Âmbérieux, de Lagneux et de Saint- Rambert de Tarrondissement de Belley, et par ceux de Poncin , de Nantua , de Mornay et d'Oyonuaz dans celui de Nantua , c'est-à-dire qu'il a fourni au diocèse de Belley au moins les deux tiers de sa circonscription actuelle. Il n'est pas surprenant dès lors que le rit lyonnais soit devenu le rit de Belley, surtout quand on considère que l'Ain a fait partie du diocèse de Lyon de 1801 à 1823. Mgr. Dévie a d'ailleurs poussé directement à ce résultat en disant dans son Rituel , T. 1 , que s'il y avait encore dans son diocèse quelques paroisses où la liturgie de Lyon ne fût pas suivie , il leur ordonnait de s'y conformer au plus tôt.

D'un autre côté, l'on conçoit que l'ancienne abbaye de Saint-Claude, qui confinait aux paroisses du Bugey lyonnais dont il vient d'être parlé , ait fait partie autrefois du territoire de Lyon, et que, par conséquent, devenue siège épiscopal , elle ait été rangée dans la province ecclésiastique de Lyon , d'abord lors de sa première érection en évêché en 1742, puis à l'époque de son rétablissement en 1822^ par une sorte de réminiscence. Mais on ne s'explique pas aussi facilement la dépendance de Belley de la métropole de Besançon , puisque cet ancien évédié ne touchait en rien au territoire de celte province ecclésiastique, dont il était séparé par le diocèse de Genève , sufTragant de Vienne. Genève, en effet, avant le Concordat de 1801, possédait le pays de Gex, qui fait maintenant un arrondisse-

— Î9 — ment de TÂiD. D'un autre côté, c'est aussi à Genève, et non à Beliey, qu'appartenait à la même époque la partie nord du Bugey non lyonnais et le Vairomcy, représentés par les cantons de Brenod , de Champagne , de Chàtillon-de-Michaille , de Hauteville et de Seyssel. Comment se fait-il donc que Belley ait toujours été de la province de Besançon? C'est peut-être parce que Belley a été substitué comme siège épiscopal , au commencement du VI"* siècle, à la ville de Nyon en Suisse, laquelle faisait partie de la Grande Séquanaise (1).

(1) Dunod explique autrement ee feit historique. Il prétend que la Séquanie, du temps de César, s'étendait en deçà de la Saône jusqu'au confluent de cette rivière avec le Rhône , et avait pour limites le Rhône au midi et le mont Jura à Test. Belley, se trouvant compris dans cette circonscription, dut tout naturellement dépendre de la métropole de Besançon. Plus tard on unit l'Helvétie à la Séquanie pour former la trèsgrande province dite des Séquanais, comprise de cette façon entre la Saône, le Rhône et le Rhin, en sorte que Besançon eut pour suffraganls, non-seulement Nyon ou Belley, mais Avenche dont le siège fut transféré à Lausanne à la fin du VI® siècle , Augst remplacé par Bàle dès le W, et Windisch dont l'Evèque cessa d'être son suffragant quand il eut transféré son siège à Constance, sur la fin du VI" siècle. De cette sorte, la Bresse, le Bugey et le pays de Gcx étaient de la Séquanie proprement dite. Hais alors comment le pays de Gex, la partie nord du Bugey qui Tavoisine et le Valromey ont-ils passé au diocèse de Genève et à la province de Vienne? Comment se fait-il également qu'une grande partie du Bogey, de la Bresse et les terres de l'ancienne abbaye de Saint-Claude, soient devenues dépendantes du diocèse de Lyon ? Voici à ce sujet les explications de Dunod. 11 suppose d'abord que les Evoques voisins ont pu faire entre eux des échanges à différentes époques ; mais, sans recourir 4 ce mode de transactions, ils ont été poussés par leur zèle à convertir de proclie en proche, même hors de leur province ou de leur diocèse ; amsi, par exemple, les évèques de Lyon, de Màcon et de Ghàlon ont pu s'étendre dans la Bresse qui les touchait, et qui était si peu liabitée autrefois que l'on n'y trouve aucune antiquité. Besançon s'est bien avancé au-delà de la Saône, sa limite ancienne, du côté de Bourbonne ; Belley avait également conquis des pays au-delà du Rhône, chez les Allobroges. Genève avait pu de la même façon entrer dans le pays de Gex et le Valromey dont il n'est séparé que par le Rhône. D'un autre côté, après que les Barbares eurent ravagé la Séquanie , on vit des solitaires s'établir dans les déserts ; ils purent les regarder pour cela même comme des pays neutres, nuUius, et se rattacher à n'importe quel Evèque, à celui surtout qui les avait envoyés. C'est ainsi, par exemple, que saint Romain et sain^

Il résulte des explksrtioQs cî-dessos que le (Kocèse de Belley eu 1789 ne possédait de son territoire actuel que la valeur de (kux ou trois cantons; en tout, d'aprèa Beaunier, 54 paroisses. Nous en avons mis 85^ avec rAlmanach royal de 1789, mais il est probable que cet Almanadà a compris dans ce nombre les paroisses que Belley avait dans le Dauphiné. 11 en possédait aussi hors France , en Savoie. Ces paroisses-ci ont passé à Gham* béry lors du concordat, comme celles du Dauphiné à Grenoble qui les a conservées.

Grenoble a donc hérité d'une partie de Belley; il y a ajouté des fragments des anciens diocèses de Die, de Gap et de Lyon , plus la moitié environ de Tancien diocèse de Vienne , dont le reste a été divisé entre Lyon , Valence et Viviers. Cela lui a valu à l'origine quatre liturgies bien caractérisées; mais le rit viennois y a sans doute tout absorbé à la longue, comme étant le plus fort, et Grenoble a dû dévorer Lyon, comme Lyon Belley, etc.

En voilà assez maintenant sur notre thèse relative au chaos liturgique introduit dans nos Eglises après le Concordat de 1801. Malheureusement ce n'est pas l'esprit de Dieu qui parait avoir soufflé d'abord sur ce chaos pour en organiser les éléments confus; on pourrait dire au contraire que, dans l'origine, tout a été laissé presc|ue

Lupicin, quoique Séquanais, prirent FEvéque de Lyon pour leur Ordinaire, parce qu'ils en étaient connus, et quMIs avaient puisé dans sa ville épiscopale les principes de la vie monastique. Cela n'a pas empêché Saint-Claude d'appartenir toujours pour le civil à la Séquanie et même au comté de Bourgogne. Le règne des Bourguignons dut aussi influer pour beaucoup sur l'agrandissement de Lyon du càié de la Séquanie , quand ils eurent fait de cette ville une de leurs capitales. 11 est donc bien yrai en général que les provinces ecclésiastiques ont été formées dans l'origine sur les provinces civiles de l'empire romain ; mais cette règl« n'a conservé son exactitude primitive que par rapport aux villes épiscopales elles-mêmes, et non quant à l'étendue des diocèses, dont mille causes ont pu changer et modifier les limites.

— 3i — à rabmidon; ensuite^ quand od a voulu rameuer les variétés à Tunité , ou s'est assez généralement inspiré d'un principe malheureux qui, au lieu de produire Tordre , n'a fait qu'acCTOître les divergences.

Veut-on savoir comment les choses se sont passées dans le principe? Mgr. l'Evéque de Rennes nous l'apprendra dans son Mandement de 1848 relatif au rétablissement du romain , car il nous semble que les détails qu'il y a donnés sur la conduite des prêtres de son diocèse s'appliquent à beaucoup d'autres Eglises qui se Ut>uvaient dans des conditions semblables. Â Rennes donc, avant' la révolution, c'esl-à-dire en 1785-86, Mgr. de Girac avait permis à sa cathédrale de se servir des livres de Tours, presque parisiens, qu'il venait d'éditer lui-même à l'usage de son diocèse. Que fait M. de Maillé, premier Evêque de Rennes, après le concordat? il adopte ces nouveaux livres et engage son clergé à se les procurer, sans l'y obliger toutefois. Or, il résulte de cette liberté, d'une part, que presque tous les anciens prêtres et les paroisses de la campagne gardent leur ancienne liturgie^ la romaine, tandis que le nouveau clergé, de l'autre, prend le rit recommandé. De celte sorte, le romain disparait petit à petit avec les anciens du sacerdoce, à tel point qu'en 1848 il n'existait plus guère que dans le quart à peu près des paroisses rurales, et dans les villes entières de Vitré et de Saint -Servan; seulement, au dire de Mgr. Brossais-Saint-Marc, il était resté vivant dans l'âme de presque tous les fidèles.

€'esl de la même manière à peu près que la chose marcha dans le diocèse de Tarbes, selon le témoignage de Mgr. Laurence qui y a rétabli le romain en 1849. On lit dans le Mandement, publié par ce Prélat à cette ^x)que, que Tarbes avait conservé le romain, même pendant la révolution et sous le régime de l'intrus. Mais

après le CQncordat, et pendanl que Tarbes faisait partie du diocèse de Bayonne, les anciens prêtres seuls continuèrent à se servir des livres romains, les jeunes en prenaient d'autres. Le siège de Tarbes ayant été rétabli en 1825, son premier Evêque Mgr. de Neyrac approuva le rit auscitain pour la cathédrale et le grand séminaire, tout en conservant Y Or do romain jusqu'à sa mort en 4 835. Son successeur, Mgr. Double, laissa les choses sur le même pied, et sur son lit de mort, en 4844, il se félicita de n'avoir rien prescrit au préjudice de la liturgie romaine. Néanmoins, il se trouvait en 4849 que le romain avait perdu un tiers environ de ses anciens domaines au profit du rit auscitain. De plus, ce dernier rit, introduit en 4755, continuait de régner dans trois cantons des Hautes-Pyrénées, qui avaient autrefois appartenu à Auch, tandis que six autres cantons, tirés de Gonuninges, avaient conservé le rit commingeois de 4775.

Il n'y a pas lieu de douter que le sort fait au romain à Tarbes n'ait été partagé par Aire, qui avait été placé dans les mêmes conditions absolument du temps de l'Empire; de plus, après son rétablissement en 4825, Aire se trouvait mêlé avec l'ancien diocèse de Dax qui avait goûté du parisien dès avant la révolution ; néanmoins, il restait encore beaucoup de Missels et de livres de chant romains dans la partie d'Aire en 4855, lorsque Mgr. Lanneluc reprit cette liturgie pour tout son diocèse.

On voit, par ces détails, comment le romain marchait peu à peu à sa ruine dans des Eglises qui l'avaient conservé jusqu'à la révolution. Dans le diocèse de Bordeaux lui-même, il y avait un mélange de rits différents. Deux des arrondissements de la Gironde , qui avaient appartenu à l'ancien diocèse de Bazas, étaient restés en dehors de l'unité liturgique. En outre, au dire du cardinal Donnet, des prêtres étrangers, qui s'étaient fait agréger

au clergé de Bordeaux, y avaient apporté des bréviaires de plus d'une espèce.

Mais les pertes faites par le romain, dans certains diocèses où ce rit n'était pas celui de la cathédrale , tenaient surtout à l'éducation des jeunes prêtres, qui trouvaient d'autres livres en usage dans leurs séminaires d'où ils les emportaient dans leurs paroisses. Ces pertes furent plus nombreuses et plus rapides dans les diocèses où l'on prit soin de publier soit des liturgies nouvelles , soit de nouvelles éditions des anciennes; à Nimes, par exemple, à Àutun, à Digne, à Saint-Brieuc, pour ne pas parler de Belley, de Saint-Claude et de Saint-Dié qui les recevaient d'ailleurs, toutes faites.

En somme, on peut dire qu'après l'exécution du Concordat de 4817-22, sur les quatre-vingts diocèses alors existant en France, et dont une vingtaine (qui en représentaient plus de cinquante anciens), avaient conservé le romain jusqu'à la révolution , une douzaine seulement le suivaient dans leur église cathédrale sous la restauration, savoir : Âix, Avignon, Bordeaux, Cambrai, Âjaccio, Marseille, Montpellier, Perpignan, Quimper. Rodez, Saint-FJour et Strasbourg. Les autres cathédrales avaient inauguré, comme nous venons de le voir, un rit différent, au préjudice du romain qui avait disparu ou se trouvait réduit à un rôle secondaire, n'ayant plus qu'une existence précaire, incomplète ou locale. C'est ce dernier état liturgique qui a été représenté dans une des colonnes de notre tableau. On y voit, entre autres choses, que Quimper avait fait défection partielle au romain en 1855, ce qui réduisait à onze les cathédrales restées fidèles, et à dix-huit les diocèses où la liturgie romaine existait encore en tout ou en partie.

Hais à partir de 1859 les choses changèrent de face. Ce fut alors que la liturgie romaine fut rétablie solennelle-

— sèment et en son entier dans le diocèse de Langres. Bientôt après, la grande controverse liturgique commença, et Langres ne tarda pas à avoir des imitateurs. La cause fut ensuite jugée dans les conciles provindaux tenus en France en 1849-51. Sur treize conciles célébrés alors ^ quatre seulement gardèrent le silence sur cette question ; parmi les neuf autres, deux se contentèrent d'émettre un vœu favorable, mais sept prescrivirent formellement la réforme liturgique. Ces feits sont signalés dans notre tableau.

On y voit ensuite Tépoque où les divers diocèses ont succ^sivement annoncé , promulgué et effectué la réforme liturgique. La dernière date marquée indique ce dernier acte. Partout où il n'a pas encore été réalisé, on aperçoit un X; il n'y a plus que treize diocèses dans ce cas; encore ont-ils pour la plupart annoncé officiellement et depuis long-temps leur résolution de prendre le romain ; plusieurs même ont déjà reçu de Rome leur Propre approuvé.

Enfin, nous avons cru devoir indiquer dans une dernière colonne le chant qui a été adopté dans la plupart des diocèses. La lettre G indique le chant de Reims et Cambrai, L, celui du P. Lambillotte, M, celui de Matines, R, celui de Rennes, enfin, Dg et Dj ceux de Digne et de Dijon.

Il nous reste à dire, pour termina notre Introduction, que ceux qui voudront connaître le nom des Prélats qui ont fait partie des coïK^iles français de 1849-51 , ou qui ont pris part d'une manière active à la réforme liturgique de leur diocèse , n'auront qu'à consulter un autre tableau, où nous avons représenté tout le personnel de l'épiscopat français depuis 1801 jusqu'à nos jours. Avec la date prise au premier tableau, ils trouveront facilement dans le second le nom qu'ils cherchent.

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