‹ Études médicales sur l'ancienne RomeChapitre 19 sur 21 · l’kpilation · texte numérisé non relu

l’kpilation

Nec vival ullus in tuo pilus crure,

Purgent(jue crebræ canalabra volsellæ (I).

Athénée nous indique jusqu’à quel point était poussée cette habitude de l’épilation : « Tous les peuples qui habitent vers l’Occident épilent leur corps soit avec de la poix, soit par le frottement ; et dans l’Étrurie, en particulier, il y a beaucoup de boutiques dans lesquelles des personnes exercées s’acquittent de ces soins, comme font chez nous les barbiers. Ceux qui se confient à eux entrent là et se déshabillent, sans s’inquiéter ni se déranger quand il entre quelqu’un. Les Grecs ont adopté cet usage, ainsi que beaucoup de peuples de l’Italie, qui le tiennent des Samnites et des Messapiens (2). »

Nous avons vu précédemment (page 22) que les empereurs Héliogabale et Domitien aimaient à épiler les courtisanes avec lesquelles ils se baignaient, et qu’ils recueillaient avec grand soin, pour leur usage, les pâtes spéciales qui avaient servi pour ces femmes.

Ces renseignements, qui nous sont fournis par Lampridius et par Suétone, montrent que, déjà à cette époque, les femmes avaient l’habitude de s’épiler, coutume qui |existe encore en Orient, et même en Algérie, où les femmes publiques surtout abusent des préparations épilatoires.

(1) Martial, liv. IX, cp. 28.

(2) Athénée, trs Deipnosophislcs^Vw. XII, ch. 3.

J. EPILATION.

L’épilatiol) de certaines parties était surtout recherchée par ces hommes qui se prêtaient aux infâmes débauches, dont nous trouvons tant de témoignages dans les historiens et les poètes de l’empire; poussant plus loin la ressemblance, les pathici, les efféminés cherchaient à imiter l’apparence extérieure de la femme ; mais les citations que nous avons faites précédemment, celle de Sénèque surtout (page 131) prouvent que l’épilation de (juclques parties était faite dans un but d’hygiène et de propreté, notamment l’épilation des aisselles, ne trux caper habitct alas^ comme dit un de nos poètes ; il existait même des individus qui faisaient métier d’épiler les aisselles, et que l’on désignait sous le nom iValipilî. \\ y avait également des femmes qui exerçaient cette industrie, et que l’on nommait ustriculæ (Tertullien).

Nous avons déjà dit ([ue les principales préparations épilatoires étaient le dropax et le psilolhrum, dont il est souvent question dans Martial; voici nn disti(pie (pii résume les principaux détails de la toilette intime d’une courtisane du temps :

Psilothro viret, aut acida latet oblila crela ; Aut legitur pingui terque quaterqiie faha.

«Thaïs couvre sa peau de psilothrum; elle cache sa tigure sous un mascpic de craie, et a])pli(pie sur son

1o() l’I'I’ILATION.

corps trois ou quatre couches de tariiie de leves grasses. »

Pline indique comme dépilatoires un certain nombre de substances qui devaient entrer dans les préparations mentionnées plus haut : Farcbézostis, le suc de tithymale sont épilatoires; on les prépare avec de l’huile et on s’en frotte à plusieurs reprises (liv. XVI). Le sang et la cervelle des chauves-souris servent à l’épilation ; le fiel et la cendre de hérisson ont la même propriété (liv. XXX). On se servait également de la poix (Juvénal, sat. ix, v. I/i),

On avait aussi recours à d’autres moyens pour détruire les poils ; ainsi on frottait la peau avec de la pierre ponce, pumicala manus (Martial); peut-être aussi se servait-on de certaines laves analogues à la pierre ponce, comme semble l’indiquer cette épithète de Juvénal : attritus catinensi pumir,e[\ ),a frotté avec la pierre de Catane. »

Enfin, quelquefois on arrachait simplement les poils avec des pinces nommées vohellœ :

Purgenlque crebræ cana labra volsellæ (2).

D’autres fois, enfin, on se contentait de raser les parties couvertes de poils avec le rasoir, novacula.

( I ) Juvénal, sat. vm, v. 15.

(2) Martial, liv. IX, é|t. 28.

l’i'pilatioiv.

Martial parle dans (pielques épigranimes de remploi de cet instrument (1).

Nous avons dit précédemment (jue notre intention, dans ce travail, était de recueillir seulement les témoignages des auteurs étrangers à la médecine, et c’est surtout ici que nous aurions pu trouver de nombreux renseignements dans les écrits des anciens médecins; c’est de ces écrits que sont tirées prescpie toutes les opinions émises par Pline sur les propriétés de certains médicaments ; nous avons expliqué pourquoi nous croyons devoir ne pas rappeler ici ces formules qui tiennent une si grande place dans les premiers écrivains des sciences médicales.

Cependant, pour ceux de nos lecteurs que ce sujet pourrait intéresser, nous ajoutons ici quelques indications bibliographiques. Il est surtout question des préparations qui pouvaient être employées pour changer la couleur des cheveux, pour les empêcher de tomber, pour les rendre plus brillants ou crépus, etc. On trouve également de nombreuses formules de pâtes épilatoires, des psilotlirwn et des dropaœ ; on trouvera sur toutes ces questions de nombreux nmseignements aux sources suivantes :

Oribase : Stjnopseos lib. I, cap. 30 ; — lib. V, cap. — lib. YIII, cap. 36.

(1) Martial, liv. 11, Kp. GG; — liv. XI, Kp. 38.

l’épilation.

1(1. : De morborum curatione^ lib. IV, cap. (>, 7, 8, 65.

Aétius : Tetrab., I, serin, ni, cap. 180; — 11, serm. ii, cap. 55-65; serin, iv, cap. I, /], 5, 6, 8, 10.

Alexandre de ïralles : lib. i, cap. *2, 3 ; — lib. XI, cap. i.

Paul d’Égine : lib. III, cap. 2, 25, 52 ; — lib. Vil, cap. 19, 20, 21; — dans ces deux derniers chapitres, Paul entre dans d’assez longs détails sur la préparation des parfums.

Galien donne aussi un grand nombre de formules de préparations cosmétiques.

llistoir<^ des Femmes t|ai ont exercé la médecine.

Il semble que de toute antiquité les femmes se soient livrées à la pratique des accouchements, et même des autres branches de l’art de guérir. Les renseignements les plus anciens que nous ayons à cet égard sont tirés d’Hippocrate, d’Homère et de Galien. On trouve, en effet, dans les ouvrages du père de la médecine le mot qui paraît désigner les

sages-femmes, que l’on nommait aussi galai, mot dont se sert Homère. C’est, il est vrai, dans un des livres

attribués aux élèves d’Hippocrate ;(7:£p( aap'/.tov) (|ue se trouve l’expression à/.sGTpt^s; ; mais cela ne ferait qu’une différence d’un demi-siècle à peu près, ce qui n’a pas une grande importance. Plus tard, Galien se sert du mot larpivat pour désigner les femmes (jui s’occupent de l’art de guérir (1), expression (jui

(1) Galien, De loch affecthyWh. VI, cap. 5.

lüSTOlRK DKS FEMMKS

UO

seinhlo indicjuer (|iie leurs fonctions ne se bornaient pas seulement à assister les femmes en travail. })uis- (lu’il répond au latin medicœ^ dont l’équivalent en français serait médecines.

Ce sont là les premières notions sérieuses ({ue nous trouvons sur ce sujet. Si on remonte à une époque plus éloignée, on trouve des fables, des narrations mythologiques dans lesquelles les femmes jouent un grand rôle. Si ces récits ne sont pas l’expression de la vérité, au moins semblent-ils indiquer que dès ces temps reculés, les femmes exerçaient la médecine. Parmi les déesses mêmes, on en trouve un assez grand nombre qui président à la pratique de l’art de guérir, et en particulier aux accouchements. Nous devons tout naturellement nous occuper d’elles avant d’arriver aux simples mortelles.

J linon est sans contredit celle qui occupe la place la plus importante. Sous le nom de Lucina ou Lucinia, elle était invoquée par les femmes enceintes ou en travail ; mais elle était désignée sous d’autres noms, suivant les diverses circonstances dans lesquelles elle était censée intervenir. Elle présidait au cours régulier des menstrues sous le nom de Mena ; sous celui de Fluonia, elle empêchait les hémorrhagies utérines pendant la grossesse et après l’accouchement; plus tard encore, Juno februa recevait les

QUI ONT UXURCÉ LA MKDKCIXI-:. l/jl

vœux des accouchées |30ur que leurs jiurgalious se lissent lieureuseineut (!).

Bacchus et Gérés, sous les noiiis de Liber et Libéra, président aux semences : le premier, à celle des mâles; la seconde, à celle des femelles; ou run à ce qu’elles ont de liquide, et l’autre à ce qu’ils ont de sec. Les fêtes de Bacchus étaient célébrées en grande pompe, et en Italie, ce dieu, àu dire de Varron, était adoré pendant ces fêtes sous un emtilème approprié aux fonctions qu’on lui attribuait ('2).

Cybèle enseigna aux mortels des remèdes utiles pour les maladies des petits enfants.

Latone, suivant Homère, pansa les blessures d’Énée avec Taide de Diane, sa fille, à laquelle on attribue la découverte de l’armoise ( Arthemisia)', cependant quelques auteurs dépossèdent la déesse de cette invention en faveur d’Arthémise, reine de Carie.

Dallas était adorée sous les noms AAlygiea, Sotera, Medica. Déridés avait fait élever à Athènes une statue consacrée à Dallas Hygiea; on attribue à cette déesse la découverte de la plante nommée Parthenium ou Mairie aire.

Les enfants venaient au jour par la protection de .Tupiter Diespiter; après leur naissance, la déesse Cunina veillait sur leur berceau, et plus tard, les

(1) Saint Augustin, Cité de Dieu, liv. IV, ch. 1 I.

(2) Voy. saint Augustin, Cité de Dieu, liv. VII, ch. IG et 21.

1/|2 HISTOIUK DES FEMMES

(Àmnentes ])r(‘si(laient ù Itnirs (lostinéDS (1). Ou invo- ([uail aussi pendant la grossesse la déesse Cenita Mana, pour que renfant ne natpiît pas faible ou difforme, et on sacrifiait un chien à son intention (2).

On a attribué à Vénus une intervention qui ne peut être justifiée que par une interprétation forcée de son surnom Cypria, qui lui avait, été donné parce qu’elle était adorée d’une façon toute particulière dans l’île de Chypre, vel quia parienlibus prœsideat, quod grœcè xOsiv parère sit (Festus).

Les petits dieux Nixii présidaient aux efforts que faisaient les femmes en travail : Eos putabant prœsidéré parientium nixibus (Festus) ; ils étaient au nombre de trois, agenouillés au Capitole devant la chapelle de Minerve.

Ajoutons enfin les noms des déesses Meditrina, dont les fêtes étaient célébrées au moment de la récolte du vin nouveau, et que fou invoquait

pour les angines, à cause de son heureuse intervention dans une épidémie qui, il est vrai, ne sévit pas sur l’espèce humaine.

Les femmes enceintes et en travail avaient, comme on le voit, beaucoup de dieux et de déesses à invo- (juer; il en est encore d’autres d’une moindre importance et que nous aurons occasion de citer plus loin.

(1) Saint Augustin, Cité de Dieu, liv. IV, cli. M .

(2) Pline, Hist. nat., liv. XXIX, ch.

(^UI ÜNÏ EXERCÉ LA MÉDECINE. l/l3

Nous arrivons maintenant à Thistoire des lein|)s héroïques, où la médecine est représentée ])ar un assez ^rand nomlire de femmes.

l.e centaure Cliiron, qui vivait dans le xni* siècle avant l’ère chrétienne, eut, entre autres enfants, Hippo, qui connaissait la physique et la chimie, sciences qu’elle enseigna ensuite àËole; elle était hahile aussi dans l’art de la divination, ainsi (|ue sa' sœur Ocyroé, fdle de Chariclo, ([ui fut instruite par le centaure et devint savante en médecine ; ce fut elle qui prédit qu’Esculape deviendrait le dieu de la médecine : Apollon avait aimé Coron is, fdle de Jddégias, roi de Thessalie; on lui apprit qu’on avait vu celle-ci entre les bras d’un jeune Thessalien nommé Iphrys. Le dieu en fureur tua Coronis qui était enceinte, mais il sauva l’enfant qu’il confia aux soins du centaure Chiron ; ce fut alors qu’Ocyroé annonça la brillante destinée du jeune enfant, qui n’était autre (pi’Rsculape :

Ocyroen : non hæc artes conlenla palernas Edidicisse fuit ; fatoruin arcana canebat.

Ergo uhi vaticinos concepil mente furores,

Inealuitque Deo, quem claiisum peclore haliebal,

Adspicit infantem ; « Tolique salntifer orbi Cresce, puer dixit ; tibi se mortalia Sfepe

IIISTOlUE DES FEMMES

Cor}»ora debebunt; animas tibi reddere adeiiiptas Fas orit (1).

« Ocyroé ne se contenta pas de connaître les sciences que lui avait enseignées son père : elle révélait aussi les secrets du Destin. A ])eine eut-elle conçu dans son âme une lureur prophétii^ue ; à peine, échauffée par le dieu qu’elle portait dans son cœur, a-t-elle vu le jeune enfant : Pour le salut » du monde, grandis, jeune enfant, s’écrie-t-elle; » souvent les mortels te devront l’existence; il te '» sera donné de rallumer des âmes déjà éteintes. . . »

Ocy roé fut punie de son indiscrétion; pour avoir ainsi prédit l’avenir, elle fut changée en jument (2).

Hercule, élève de Chiron, eut une fille nommée

Épione, qui hérita des connaissances médicales de son père.

Vers la même époque vécurent plusieurs magiciennes célèbres : Æetès, roi de Colchide et fils du Soleil, épousa Hécate, qui connaissait la préparation des poisons et découvrit l’aconit : In mortiferis quoque pharmacis soleiier componendis eæercüa^ aconitum quod vacant invenü (o). Ils eurent trois filles : Circé,

(1) Ovide, Métamorphoses^Mx. H, v. 638.

(2) Pausanias raconte une autre histoire sur la naissance d’Esculape et en cite même une troisième à laquelle il n’accorde pas la moindre confiance. [Description de la Grèce, liv. II, Corinthe, cbap. 26.)

(3) Diodore de Sicile, liv. IV, 45.

QIH ONT KXKUCl'; LA M L NK .

cl xViigilia, ([ui acquirent inie grande cx|)(‘rience. La première avait découvert des l’emèdes contre les venins; elle chang(;a Picus en pivert :

Piciisequum domitor, queni capta ciipidine conjiiv Anrea percussiim virga, versnmque venenis Pecit avemCirco, sparsitqiie colorihns alas (1).

Lite changea aussi des hommes eti lions, en loups et en pourceaux.

Elle avait appris beaucoup de sa mère, et elle avait, en outre, étudié la médecine : A'o/i pauca qnidem ex inatris disciplina liauserat ; sed multo pliira suo ingenio sludioque eruit ; ita ut nihil cuiquam ad eæcellerdiam artis medicamentariæ facerel reli-

quium ["1

Hécate avait empoisonné son père pour lui succéder; Circé, (pii avait épousé le roi des Sarmates, eut recours au môme moyen pour rt'gner seule; mais elle fut forcée de quitter son royaume, et c'est alors ([u’elle vint s’thablir en Italie.

(arcé avait élabli son domicile sur le bord de la mer ; Virgile donne une description effrayante de son babitation :

Hinc exaudiri geinitiis, ira'qiie leonum Vincla rocnsantnm et sera suit nocle rndeulum,

(1) Virgile, Enéide, Wv. Vil, v,

('2) Diodore (le Sicile, liv. IV, el 40.

Kl

mSTOlRK l)l-:s J-IiM.MKS

Setigerifjue sues atqiie in præsej)iljus ursi Sævire, ac formæ niagnorurn uliilare luporuni,

(jiios lioininum exfacie dea sæva potentibus herbis Indueral Circe in vullus ac terga ferarum (1).

« Ou entend, pendant la nuit, le rugissement des lions, furieux de se trouver enchaînés; on entend gronder dans les eavernesles ours et les sangliers au poil hérissé ; des loups énormes poussent des gémissements etfrayants : c’étaient des hommes que la cruelle déesse avait ainsi changés en bêtes farouches au moyen d’herbes puissantes. »

Aujourd’hui encore la réputation de Circé existe dans ces contrées, et il est une grotte nommée grotta délia Magaon délia Sibilla, que l’on montre ou plutôt que l’on annonce aux voyageurs, car les guides du pays n’osent en approcher. « Toute la côte est percée de grottes plus ou moins profondes, où la mer, en se brisant, gémit, vagit, mugit, imite en un mot tous les cris de la nature animée ; cela explique comment Éiiée, en passant, de nuit, devant le redoutable promontoire, entendit rugir des lions, hurler des loups, gronder des sangliers et des ours. Quand la mer est orageuse, on peut encore aujourd’hui se donner le plaisir d’entendre cette effrayante ménagerie (*2). »

(1) Virgile, Enéide, liv. VII, v. lo.

(2) Charles Uidier, La campagne de Home, p. 281. Paris, 184i, 1 vol. in-8.

(jUI ONT EXERCl!: LA MÉDECINE. l/j7

Mcdée avait été instruite par sa mère et sa sœur; mais elle ne fit pas uu usage aussi criminel de ses connaissances, d’après Diodore de Sicile; elle s’empressait de secourir les étrangers et de les soustraire aux dangers qui les menaçaient ; elle pansa les bkxssures de Jason son époux, qui lui-meme était un élève du centaure Chiron ; elle secourut également Atalante et les Thespiades.

On l’accusait de faire cuire des hommes, parce (pfelle leur faisait prendre des bains chauds composés avec des plantes aromatiques, ce qui les fortifiait au contraire. EWe rajeunissait les vieillards, dit-on, mais il n’y avait là qu’une métaphore qui est encore employée de nos jours par certains artistes; l’opération consistait à teindre en noir leurs cheveux blanchis par l’àge.

Enfin, Angitia, moins connue que ses deux sœurs aînées, paraît cependant avoir ét(‘ non moins habile (pi’elles •>

Æelæ prolem, Aiigitiam, mala gramina primam Monstravisse ferunt, tactuque domare veneiia, Et lunam excussisse polo, slridoribns amnes Frenanteni acsilvis montes nudasse vocatis (1).

« Angitia, fille d’Æetcs, fit connaître, la première, les herbes malfaisantes et l’art de dompter les poi-

(1 ) Silins Italiens, Le.s Puniques, V\\. VIll, v. itUL

iiisToiiu; DIS l■•|;\lMl’;s

sons par le toucher; (‘lie attirait la lune du ci(d, airêtait les tleuves par im sittleiiieiit, et d(*pouillait h^s montagnes des fonMs (pii olnnssaient à sa voix. »

Dans la famille du di(‘u de la médecine, Esculape, nous trouvons plusieurs femmes aux(|uelles on a attribué des connaissances médicales. La femme (l’Esculape est désignée sous plusieurs noms : Épione, Hygiea, Lampetia; leurs enfants furent assez nombreux, on compte cinq filles : Ægle, Panaceia, Jaso, Piome, Aceso; il y a eu là probablement, comme pour leur mère, plusieurs noms pour désigner la même personne. L.es noms, d’ailleurs, ont une signification à peu près semblable : santé, guérison, force, et peuvent avoir été employés comme synonymes. Elles guérirent un grand nombre de maladies, et leur mémoire fut conservée par les malades, qui imploraient leur intervention et leur offraient des statues et des médailles. Esculape eut aussi une sœur nommée Eriopis, sur laquelle on ne possède aucun détail.

La descendance mâle d’Esculape est représentée par Machaon et Podalire, souvent cités par Homère, et qui paraissent avoir obtenu les faveui's de la belle Hélène. (Podalire eut un fils nommé Hippolochus, dont le quatorzième descendant, Héraclide, fut le père d’Hippocrate.) L’infidèle épouse de Ménélas eut aussi quehpies connaissances en méih'cine: elle donna

QUI ONT EXURCÙ J A MEDLCINE.

son nom à Vhelenium, « plante qui passe poin* augmenter la beauté et pour enti etenir la délicatesse de la peau chez les femmes, tant au visage que dans le i*este du coi’ps (1). » L’helenium fut ainsi nommée parce qu’elle était née des larmes de la « blanche Tyndaride, » ou parce que celle-ci l’employa avec succès pour conserver celte beauté qui lui fît commettre tant de légèretés . Hélène connaissait le né})enthes (pii chasse la tristesse, propriété ([ue p(3ssède également rhelenium.

OEnone, sa malheureuse rivale, la femme de Paris, connaissait aussi les plantes; mais elle ne put en ti’ouver aucune pour détruire son amour et calmer sa jalousie :

(Juæcunique herba puteiLs adopeiii, radi.xque inedendi Ulilis in loto nascitur orbe, mea est.

Me miseram ! quod ainor non est niedicabilis berbis Destiluor, prudens artis, ab arle mea (2).

«Toute hei'be ([ui peut soulager ou guérir m’appartient. Malheureuse! quand l’amour ne peut être guéri par aucune herbe, toute la science tpie je possède ne me sert à l’ien. »

OEnone refusa à Pài’is, blessé au siège de Troie, la

(1) Pline, liv. XXI. Ce n’esl pas la piaule désignée aujourd’hui sous le nom (VInula heleniurn ou aimée, mais une autre (p)i paraît correspondre au Thymus incanus.

(2) Ovide, Héroides, V, <Knone à Pai’is.

MISIOIKK DLS LL.MMLS

guérison (jii’elle seule j)üuvait lui donner. 11 en mourut, et elle se tua de désespoir.

Agarnède ou*Hécamède, suivant Homère, eonnaissait autant de médicaments que la terre en nourrissait; elle pansa une blessure du chirurgien Machaon au siège de Troie. C’est elle aussi (pie Properce nomme Périmède (liv. 11, élég. i).

l‘erimedea gramina secta manu.

Les récits et légendes qui précèdent sont presque tous empruntés à des poêles, et ne méritent, par conséquent, qu’une confiance très limitée ; cependant ils ont une certaine valeur, car on peut admettre facilement que ces auteurs ne prêtaient aux déesses et aux héroïnes que des idées et des fonctions analogues à celles des simples mortelles. Ainsi on peut en conclure que les femmes ont de tout temps pris part à la pratique de l’art de guérir, ce qui existait aussi de toute antiquité chez d’autres nations, auxquelles les Grecs avaient emprunté leurs principales institutions.

A Athènes, les hommes se livraient aussi à la pratique des accouchements; mais il semble que les femmes en étaient plus spécialement chargées ; les

lioinmes n’y prenait'iit part (pi’accitlentellement. Telle est l’opinion de certains historiens (|ui expli- (iuent fiinsi la faiblesse des livres d’ilippocrate sur les aeconchenients, lorsqu’on les compare à ses autres écrits.

D’un autre côté, cette opinion ne s’accorde pas avec un récit d’Hyginus, (pie nous rapporterons plus loin, et dans lequel il est dit que la prati([ue de la médecine était interdite aux femmes d’apix's une loi (iui fut abolie. On peut admettre (pie cette loi ne fut eu vigueur que pendant peu de temps; d’ailleurs on ne sait à quelle époque doit être placé le fait rapporté parliygiuus, à l’occasion delà sage-femme Agnodice, élève du médecin Héropbile ou Hieropbile. 11 y a eu plusieurs médecins de ce nom. et on ne sait lequel fut le maître d’Agnodice. Ilyginus est le seul qui parle de cette circonstance, et certains bistorieris sont disposfjs à regarder son récit comme une faille.

On ne trouve dans les auteurs grecs anciens aucun l'enseignement sur rédiication des sages-femmes et sur les moyens d’étudier (pii pouvaient être à leur disposition; on peut admettre d’après quelques indications éparses çà et là que les connaissances relatives à l’art des accouebements étaient transmises de génération en génération, de la mère à la fille ou à (piebpie parente. Quelquefois elles étudièrent sous la direction d’un médecin, comme Agnodice avec lléro-

l.Vi .

lllSTOlKt: DKS l'KMMhS

phile; Galien dunna à une sage-tenmie son Traité de la dissection de la matrice.

Nous trouvons dans Platon des renseignements assez étendus sui* les fonctions des sages-femmes (1); nous les reproduisons ici textuellement :

Socrate. Peut-être ignores’tu encore, pauvre innocent, que je suis le Ois d’une sage-femme habile et renommée, de Phenarète?

Théétète. Je l’ai ouï dire.

Socrate. Rappelle-toi bien tout ce qui concerne les sages-femmes. Tu sais bien qu’aucune d’elles ne se mêle d’accoucher les autres femmes tant qu’elle peut elle-même avoir des enfants, et qu’elles ne font ce métier que quand elles ne sont plus capables de concevoir.

Théétète. En effet. •

Socrate. On attribue cet usage à Diane, c’est du moins ce que l’on dit, parce que, sans enfanter ellemême, elle préside aux accouchements. Elle n’a pas pu confler cet emploi aux femmes stériles, la nature humaine étant trop faible pour pratiquer un art dont elle n’aurait aucune expérience; mais la déesse a conOé ce soin à celles qui, par leur âge, ne sont plus en état de concevoir, honorant en elles cette ressemblance avec elles -mêmes.

(I) Platon, (latisln ilialogue inlilulé Thectéte^ tract, do V. Cousin, t II.

QUI ONT liXURCK LA MÉDLUINL.

Théetètk. Cela me semble assez juste.

Socrate. N’est -il pas juste aussi et nécessaire que les sages-femmes sachent mieux (jue personne si une femme est enceinte ou non.

Tüéétète. Sans doute.

Socrate. Elles peuvent même, par des remèdes et des enchantements, éveiller les douleurs de l’enfantement et les adoucir, délivrer les femmes qui ont de la peine à accoucher, ou bien faciliter l’avortement de l’enfant, quand la mère est décidée à s’en défaire.

Théétète. 11 est vrai.

Socrate. N’as-tu pas aussi entendu dire qu’elles sont de très habiles négociatrices en affaires de mariages, parce qu’elles savent parfaitement distinguer quel homme et quelle femme il convient d’unir ensemble pour avoir les enfants les plus accomplis.

Théétète. Non, je ne le savais pas encore.

Socrate. Eh bien, sois persuadé qu’elles sont plus fières de ce talent, que même de leur adresse à couper le cordon ombilical Mais à cause des unions

illégitimes et mal assorties dont se chargent des entremetteurs corrompus, les sages-femmes, par respect pour elles-mêmes, ne veulent point se mêler des mariages, dans la crainte (ju’on ne les soupçonne aussi de faire un métier déshonnête. Car, du reste, il n’appartient ([u’aux sages-femmes véritables de l)ien assortir les unions (‘onjugales. »

lü/l lllSTOlUL DKS l'KM.MliS

Nous remarquons ici que les sages-femmes élaieiil appelées à assortir convenablemeui les unions, « de peur qu’une heureuse fécondité ne se trouvât paralysée par une triste stérilité», comme il est dit ailleurs. En outre, nous voyons déjà indiipier ici ([ue les sages-femmes déterminaient (juelquefois des avoi’temcnts, « (|uand la mère est décidée à se défaire de son enfant. » Il n’est nullement question ici de l'avortement provoqué dans un but thérapeutique, comme proposait de le faire une sage-femme grecque, Aspasie, dont nous parlerons plus loin. Cependant il ne semble pas que l’avortement criminel ait été pratiqué sur une grande échelle, comme nous le verrons lorsque nous parlerons de la pratique obstétricale chez les Romains — et ailleurs. C’est, en elfet, la seule indication que nous trouvions relativement à ce (|iii existait chez les Grecs, et cependant nous avons tout lieu de croire c[ue si ces pratiques criminelles eussent été plus fréquentes, il en serait question dans deux ouvi'ages ([ui prêtaient au développement de cette (piestion. Nous voulons parler des Dialogues des courtisanes de Lucien et des Lettres des courtisanes d Alciphron, études fort intéressantes qui semblent reproduire les mœurs que l’on observe de nos jours sur les hauteurs cythéréennes du quartier Bréda.

Il est également (piestion dans le Dialogue de Platon des pratiques superstitieuses, des enchantements (jui

occupaient une place importante dans la inédeciiic antique; nous en avons parlé précédemment.

La sage-femme grecque était appelée à donner ses soins aux femmes pendant la grossesse, pendant et après raccouchement ; elle était également chargée de leur fournir les médicaments nécessaires, de leur indiquer les règles hygieniipies à observei' pendant la grossesse, et elle prenait part, en outre, à certaines cérémonies qui se faisaient à la suite de raccouchement. — Les alïections utérines, toutes les pratiques illusoires pour le traitement de la stérilité, étaient également de son domaine.

Moschion, un des premiers auteurs qui aient écrit spécialement sur les maladies des femmes, nous indique les (pialités requises des sages-femmes :

« Quelle est la sage-femme la plus capable que l’on ])uisse souhaiter? — Celle qui a fait des études littéraires, qui a de l’intelligence et une mémoire assez fidèle; elle doit être studieuse, active, forte, ne présenter aucune intirmité, aucune maladie, ne pas être colère, ni tracassière. tl faut qu’elle soit, en outre, compatissante, sobre, pudique, pénétrante, tran- (piille, prudente et non avare (1). »

Moschion ajoute une particularité relative à leur costume : Viriliter cincta sit.

(1) iMoschion, De mulierum u/[eclibus, dans Gynœciorum Ubri, édition de Gaspard WoKf, lo76, Rasileæ ; cliap. i\, De obstolricc.

histoikl; dks fkmmks

Plus loin : «Combien d’airles sont nécessaires avec la sage-témme? — 11 en faut trois, dont deux sont j)lacées à droite et à gauche de la iemme en travail ; la troisième doit ôti’e placée derrière elle et l’empècher de se jeter de côté lorsipje les douleurs surviennent; elle doit, en outre, Fencourager à supporter courageusement ces douleurs. »

Nous voyons encore ici une particularité relative à l’éducation des sages-femmes. Celles qui servaient d’aides pouvaient se familiariser avec la pratique des accouchements et acquérir une expérience suffisante pour arriver elles-mêmes à être obstetrices.

Aristote, dans son ouvrage si intéressant sur l’histoire des animaux, parle aussi des qualités qui sont utiles aux sages-femmes pour remédier aux diverses complications qui peuvent s’y présenter et pour la section du cordon ombilical, opération à laquelle il attache une certaine importance (1).

Il n’y a qu’un petit nombre de sages-femmes grec-

ques dont le .nom soit parvenu jusqu’à nous, et encore les détails que nous possédons sur elles ne permettent même pas d’établir leur identité.

Nous avons déjà cité le nom de la sage-femme Agnodice, à propos d’un récit fait parHyginus. Voici cette narration :

(1) De (inimalibus historiæ lib. VIl, ca|). X, édit. Uidot, I. 111,

OUI ONT UXUUUK TA MÛDKCINK.

« Les anciens n’eurent pas à' obstelrices ; il était détendu aux femmes et aux esclaves d’apprendre la médecine. Une jeune fdle nommée A^niodice désira s’instruire dans cet art. Poiu* arriver à ce l)ut, elle fit couper sa chevelure, porta des vêtements d’iiomme et alla étudier auprès d’un certain Hérophile. Après avoir appris son art, elle se rendait chez les femmes qu’elle savait être malades, et lorsque celles-ci ne voulaient pas se confier à elle, pensant que c’était un homme, elle ouvrait sa tunique et donnait des preuves de son sexe, puis elle soignait la malade.

« Les médecins, voyant qu’ils n’étaient plus appelés auprès des femmes, commencèrent à accuser Agnodice, en disant (\uil était un d(‘hauché, un coriTjpteur, et que les femmes simulaient des maladies pour avoir occasion de le faire appeler. Lorsqu’elle comparut devant l’Aréopage, elle fut condamnée, mais relevant alors sa tunique, elle leur fit voir qu’elle était une femme. Les médecins eurent alors recours à d’autres accusations plus sérieuses ; mais les femmes les plus intluentes se rendirent au trihunal et dirent aux Aréopagites : « Vous n’êtes pas des époux, mais » des ennemis; parce qu’elle a trouvé le moyen de » nous sauver , vous la condamnez. » Alors les Athéniens corrigèrent la loi. pour qu’il fût permis

HISTOIUK DKS Fl-MMKS

aux femmes libres [ingenuœ) cbappreiidre la médecine (1). »

Celte anecdote a été souvent racontée, mais seulement d’après Hy ginus; elle a été mise en vers dans un poème où la science, Thistoire, le bon sens et le stvle sont souvent maltraités : la Luciniade du docleur Sacombe.

D’un sexe malheureux Agiiodice eut pitié;

Cette vierge, ou plutôt cette illustre héroïne,

Sous l’heureux vêtement (les princes de Lncine,

Dans Athènes longtemps, avec impunité.

Et par zèle et par goût servit l’humanité.

Ses talents, ses succès irritèrent l’Envie,

Et ce monstre versa ses poisons sur sa vie.

Elle osa l’accuser d’être un vil séducteur,

Et de son propre sexe infâme corrupteur.

On la traîne au sénat ; mais, grâce à la nature,

Agnodice, en trois mots, confondit l’imposture ;

Je suis femme, dit-elle, et dût la vérité Faire éclater sur moi votre sévérité.

Je dirai hautement que votre arrêt injuste Compromet et l’honneur de ce sénat auguste Et les jours du beau sexe à qui votre pouvoir Ne doit ni ne peut faire oublier son devoir.

Mon art devrait, sans doute, être interdit aux hommes.

Mais on est sans pudeur dans le siècle où nous sommes.

Ainsi de la nature interprète fidèle, Agnodice à son sexe a servi de modèle.

(I) C.Julii Hygini, Augusti liberti, Fabularnm liber. Lugduni Batavorum et Amslelod., 1770 (1 vol.in-12), ch. 274, p. 252.

QUI ONT EXKUCl': LA MÉDECINE. 159

Olyiiipias, de Thèbes, ne nous est connue (pic par (leux passages de Pline où son nom est ciùi ; les voici :

« Olympias, dellndM^s, pense que la mauve avec la graisse d’oie cause ravortement. »

« On provoque les mensirues avec le fiel de taureau en pessaire dans de la laine en suint. Olympias, (le Tlièbes, y ajoute de Fliysopc et du nitre (1).»

Nous remarquons déjà un ccbantillon des formules qui étaient employéi^s par les sages-femmes; cellesci sont encore les moins curieuses. Pline, en parlant des propriétés du sang menstruel, nous a fait connaître les noms de Laïs, Élépbantis, Sotira et Salpé; nous rapporterons ce passage plus loin.

On s’est demandé si Laïs la sage-femme était la

même cpie la courtisane, ou plutôt qu’une des courtisanes de ce nom dont il est parlé dans plusieurs auteurs. On pense que ce fut celle (iui accorda ses faveurs aux philosophes Aristippe et Diogène, ainsi qu’à l’orateur Démostbènes. Après avoir étudié l’art des accouchements, elle se livra aux plaisirs et l'i la débauche, et se fit ainsi une réputation dont elle sut tirer parti.

Eléphantis avait composé des livres sur les abortifs et sur les fards, mais ils ne sont pas [larvenus jus([u’à

(]} Pline, Hhl. nat.Jw. XX et XXVIII.

nous, non phisquo (I(îs ouvrages oxtrèniement liceucieux (|ui faisaient les délices de Tibère à ('aprées. Il en possédait un exemplaire auquel il altacliait uu grand prix, et (pii faisait, en son gimre, le pendant du cél(?bre tableau de Parrhasius (1). 11 en est également question dans une épigramme ancienne, on on parle de tableaux faits d’après les livres d’Éléphantis; ces livres sont perdus depuis longtemps; on sait cependant qu’ils traitaient d’un sujet qui fut repris plus tard par Pierre Arétin, auquel A. Carrache prêta, dit-on, le concours de son pinceau.

Le nom d’Antiochisest parvenu jusqu’à nous, parce que le médecin Héraclide, de Tarente, dédia à cette sage-femme quelques-uns de ses livres sur l’histoire naturelle et sur les propriétés des médicaments.

Nous avons vu précédemment (jue Socrate (Hait fils de la sage-femme Phénarète. Diogène Laerce dit

que le philosophe Pyrrhon avait une sœur nommée Philista, qui était sage-femme aussi (gaia) (2).

Nous n’avons aucun renseignement biographique sur la plus célèbre des sages-femnu^s grecques, Aspasie, dont il nous reste ctuelques fragments conservés par Aétius. On se demande encore si cette Aspasie est la même que celle qui fut la maîtresse de Périclès et le maître de Socrate, et l’on s’accorde généraleimml .

(<) Suétone, Vie de Tibère, 45 et 46.

(2) Diogène Laerce, liv. IX, ch. M (Pyrrhon).

faute d’indications, à admettre cette supposition basée seulement sur le nom. Nous pensons qu’il s’agit, au contraire, d’une autre Aspasie; plusieurs auteurs grecs et particulièrement Lucien, à plusieurs reprises, vantent les nombreuses connaissances d’Aspasie de Milet sur les arts, la philosophie, les sciences, etc., et nulle part il ji'est dit qu’elle ait été instruite en médecine et ait écrit sur les accouchements.

Voici les titres des fragments d’Aspasie conservés par Aétius dans le Tetrahiblon^ IV. serm. iv :

Ch. 18, Fœium corriimpentia.

Ch. *25, Curapost fœtus exectionem.

Ch. 51, De 7nenslruis snppressis.

Ch. 77, De reclinatione, aversione ne recursu uteri.

Ch. 92, Aduteri nomas.

Ch. 97, De hemorrhoidibus uteri .

Ch. 100, De hernia aquosa muUenm.

Ch. 102, De hernia varicosa.

Ch. 106, De coudylornatis.

Le plus important de ces chapitres est celui qui est consacré à l’avortement; nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet, nous proposant de le faire avec plus de détails dans un autre ouvrage consacré à l’histoire des affections utérines d’après les auteurs anciens, et nous aurons alors à nous occuper des écrits d’Aspasie, ainsi que de ceux de Cléopâtre.

Pour celle-ci nous trouvons presque le môme em-

IIISTOIRK i)i:s TK.MMKS

barras ({ue pour Aspasie; on s’accorde généraloinonl à admettre que cette Cléopâtre n’était autre (pie la célèbre reine d’Ëgypte; ce cpii fait admettre cidte opinion, c’est que la sage-femme parle dans la préface de son ouvrage d’une sœur qui se nommait Arsinoé: or, la reine d’Egypte avait une sœur de ce nom : (cependant Plutarque, qui parle longuement de la reine d’Égypte dans la vie de Marc-Antoine, n’indi(pie pas (pi’elle se soit livrée à la pratique de la médecine ou des accouchements; Dion Cassius et les autres historiens ne parlent pas non plus de cette circonstance.

Une partie des écrits de Cléopâtre nous a été conservée par Moschion ; voici les principaux sujets (pii sont mentionnés dans l’ouvrage de cet auteur :

La stérilité, l’avortement, les déplacements de la matrice, les inflammations de rutérus et des mamelles; les tumeurs de rutérus et de la vulve, les hémorrhagies utérines, les emménagogues. etc.

On trouve dans toute l’organisation de la société l'omaine un reflet des mœurs et coutumes de la Cxrèce; mais celles-ci avaient subi, en passant en Italie, des modifications nécessitées par le genre de vie et parles institutions politiques du peiqile romain. Cette intluence de la (b^èce sur l’Italie (>st très mar-

OUI ONT EXimci^: la

MKDKUINK.

qiiuo égaleinent dans riiistoire d(3 la littérature latine; c’est aussi de la Grèce que vinrent les premiers

médecins (pii exercèrent à Rome; mais ils furent assez mal accueillis, et l’exercice de l’art de guérir fut abandonné aux esclaves pendant toi't longtemps. Aussi on ne trouve que fort peu de détails sur la pratique de la médecine à Rome, (3t encore est-on obligé de les chercher dans quebines passages tirés d’antenrs étrangers à la science.

C’est dans Plaute que nous trouvons la j)i*emière mention de l’existence des sages-femmes à Rome :

Tum obstetrix expostulavit mecum parum missum sibi(1).

« La sage-femme se plaignit à moi de n’avoir ])as été suffisamment payée. »

Térence, qui vécut après Plaute, parle également des sages-femmes. Dans la comédie intitulée V Andrienne, il est ipiestion d’une sage-femme adonnée à la boisson, et (pii pour cette raison ne pouvait pas inspirer beaucoup de confiance :

Sane pol ilia temulenta est mulier et temeraria,

Nec satis (ligna cui coniinittas primo jtartu mulierem (2).

« C’est une femme ([ui a l’iiabitude de boire ; elle est imprudente, et l’on ne peut confier à ses soins

(1) Plaute, Miles gloriosus.

(2) Térence, Andrienne^ act. I, sc. 4.

16/l. HISTOIRE DES FEMMES

une femme qui accouche pour la première fois. »

En arrivant à une époque plus rapprochée de nous, on trouve des détails plus complets sur les sages-femmes. Il existait à Home des obstetrices^ ou accoucheuses, des adstelrices, mot qui semble désigner les aides des sages-femmes; nous trouvons enfin un autre ordre de femmes intervenant dans la pratique de la médecine : ce sont les sagœ, et c’est ici que nous trouvons l’étymologie du mot sa^e^femme indiquée d’une manière claire, et sans qu’on soit obligé de recourir aux subtilités de la philologie fantaisiste.

Les fonctions de la saga étaient assez mal définies. Festus nous apprend que les prêtresses chargées des expiations, (expiatrices), étaient aussi dési-

gnées par quelques auteurs sous le nom de sagæ; mais ce mot avait d’au 1res significations, et était employé également pour désigner les magiciennes, les sorcières, les entremelteuses, les parfumeuses et les sages-femmes; mais cette expression n’est jamais prise f[u’en mauvaise part, et pour désigner des femmes qui exerçaient à la fois les métiers que nous venons de citer.

Nous avons vu enfin qu’il existait encore d’autres fondions dont l’exercice était confié aux femmes, et qui chez les anciens étaient rattaché js à la médecine; nous voulons parler des nombreuses pratiques rela-

QUI ONT EXüRCÉ LA MÉDECINE. 105

iives h Tart d’embellir le corps et d’en corriger les imperfections.

Nous n’avons donc ptus à nous occuper que des obstetrices et de leurs fonctions; pour cela il nous semble utile d’indiquer brièvement les cérémonies et les pratiques relatives à l’accouchement chez les anciens.

Une heureuse conception était préparée, grâce aux soins de la sage femme, ab initio oriendum est! Puis on facilitait le développement du fœtus par un régime approprié : « Brassicam comedunl ad fœtus in~ crementuiii ; abstinent a sale et aqud frigidâ — Lecti- Cîs vehuntur et equabus gravibus inequitant^ etc, (l). » La femme suspendait ensuite sa ceinture dans le temple de Diane afin que la giossesse pût suivre un cours plus régulier; on adressait des invocations à Junon Postversa et Prorsa pour tpie le fœtus prît une bonne position.

A une époque plus rapprochée de raccouchemeut, on faisait des sacrifices à la nymphe Égérie pour que l’accouchementse terminât heureusement, et à .limon

(1 ) Ces détails et plusieurs de ceux qui vont suivre sont empruntés à Thomas et Gaspard bai tliolin ;

Th. Bartholini, Anliquitalum veleris puerperii synopsis. Hafiiiæ, 1646, in-8.

G. Bartholini, Exposilio veleris in puerperio rilus. Homæ, 1677, in-8.

IllSTOlKli DES FEMMES

F luonia [Hmr i[u [\ ne se pimliiisît pas li’héniui'rlia^ie,

(Festus.)

Loi’stpie le moment tle raccoucliement était arrivé, la sage-femme iiitervamait encore pour préparer l’ex- [)Lilsion (lu fœtus et disposer favorablement les voies génitales. La matière médicale dont elles disposaient pour cela était assez variée, comme on peut en juger d’après les renseignements fournis par Pline. Un grand nombre de pratiques superstitieuses étaient attachées encore à l’accomplissement de l’accouchement. La femme en travail était placée sur le lit nuptial ; on invoquait Diane trois fois à haute voix :

Quæ laboranles utero puellas Tervocata audis, adiniisque letlio (1).

« Toi qui, appelée trois fois, exauces les vœux des femmes en travail et les préserves de la mort. » — Dans les cas difficiles, oïl appelait Diane jusqu’à sept fois.

Il fallait ([ue personne dans la maison n’eût les jambes croisées et les doigts entrelacés, sans quoi le travail était suspendu.

Utque aieos audit gemitus, subsedit in ilia Ante fores ara, dextro(|ue a poplité lœvuni

(1t Horace, Odes, liv. 111, ode 22, Ad Dianam.

QUI ONl' EXKUCK LA MÉDLCINL.

Pressa ^'onu, digitis inter se pectine junctis Sustinnit nixiis ; tacita quoque carniina voce Dixit ; et inceptos tenuerunt carmina partus (1).

« Aussitôt qu’elle entendit mes plaintes, elle s’assit sur l’autel placé près de la ])orte; puis elle paralysa complètement mes etïorts, en croisant sa jambe droite sur son genou gauche, et entrelaçant les doigts de ses deux mains, elle prononça des paroles magitpies à voix basse, et ces enchantements suspendirent complètement le travail de renfantement. »

Lorsque raccouchement est terminé, la lemme délivrée est placée sous la protection d’autres divinités : « On assigne trois dieux à la garde des accouchées, afin que le dieu Sylvain ne vienne pas les tourmenter la nuit. Pour figurer ces trois dieux, trois hommes font le tour de la maison ; ils frappent le seuil de la porte avec une cognée, puis avec un pilon, et enfin le nettoient avec un balai (2).

Nous avons indi(iué ))récédemment les autres déesses qui présidaient à raccouchement. Il y a encore d’autres cérémonies relatives à l’enfant nouveauné, et aux([uelles la sage-femme était mêlée. Llle prenait l’entant nouveau-né, adlnic a maire ruben-

(1) Ovide, Mélamorphoses, liv. IX, v. 298. — Voy. aussi Pline, Ifist. nat., liv. XXVIIl, ch. 17.

(2) Saint Augustin, Cite de Dieu^ liv. VI, ch. 9.

HISTOIRE DES FEMMES

tem (Ovide), encore rou^e du sang maternel, et le déposait a terre :

Tuni pono puer, ut sævis projectus ah undis Navila, nudus liumi jacel infans, indigus omni Vilali auxiiio (I).

U Tel qu’un nautonnier rejeté |)ar la mer en fureur, l’enfant est placé nu, à terre, privé de tout soin propre à entretenir la vie. »

L’enfant réélait considéré comme légitime et élevé à la maison, que si le père, ou quelqu’un autorisé par lui, ou la sage-femme (obstetriæ) reprenait l’enfant à terre, d’où est venue la formule : tollere puerurn, relever l’enfant. On disait, au contraire : puerurn exponere, exposer l’enfant, lorsqu’on l’abandonnait sans pitié, et alors on le faisait dé])oser dans certains endroits consacrés à cet usage. On trouve dans les auteurs latins de fréquentes allusions à ces usages (2).

Chez les Romains, on ne relevait que les enfants considérés comme légitimes; on abandonnait les illégitimes et môme les enfants légitimes dont la naissance était accompagnée de mauvais présages. Les Lacédémoniens ne relevaient que les enfants males, les,Tuifs relevaient les garçons et les lîlles, les Croto-

(1) Lucrèce, De uatura rerum, liv. V, v. Ü23.

(2) Térence, L' Andrienne, acte II, sc. 3. — Piaule, Amphytrion, acte I, sc. 3. — .luvénal, ToUere dulcem Cogitât hærcdcm (sal. V, V. 38), etc.

gui ONT EXERCÉ LA MÉDECINE.

iiiens abandonnaient les enfants de rnn et l’autre sexe. Pétrone nous apprend la cause de celte singulière coutume des habitants de Crotone : « Dans cette ville personne n’élève de famille {nemo pueros lollü) ; car quicoïKiue a des héritiers naturels se voit exclu des soupers et des spectacles; tous les avantages de la société lui sont interdits; il reste perdu dans la canaille (I). »

Romulus et Rémus furent exposés par ordre d’Amulius, leur père, qui croyait n’avoir aucun droit

à ce titre ('2).

Le dieu de la médecine eut le même sort : Esculapius, incerlis parentibus nalus, eamdem subiü sorlern (6). Esculape était fils d’Apollon et de Coronis, comme l’indique la fable que nous avons rapportée d’après Ovide. Lactance fait sans doute allusion à l’intervention du jeune Thessalien dont parlent Pausanias et l’auteur des Métamorphoses.

Astyage, grand-père de Cyrus, ne voulut pas le relever, noluü suscipere, parce qu’il avait eu un mauvais songe relatif à la naissance de son petit -tils.

Lorsque le nouveau- né était exposé à terre, il était

(1) Pétrone, Saiyncon, ch. CXVl.

(2) Justin, liv. XLIII, ch. 2, et Tile-Live, liv. I. — Ovide fait également allusion à la naissance de Romulus et Rémus, dans la IV* élégie du liv. Ill des Amours.

(3) Laclance, liv. I, ch. 10.

J 70 IliSTOlKli DhS l'KMAlLS

SOUS la protection de la déesse Levana pré-

sidait au relèvement de reniant.

Chez d’autres peuples, on soumettait les nouveaunés à diverses épreuves pour s’assurer de leur légitimité ; plusieurs peuples et notamment les Germains, trempaient les enfants dans les eaux d’un tleuve :

Nascentem explorât gurgite Rhenus.

« Le Rhin éprouve dans ses eaux l’enfant nouveauné » (Claudien) (1). — C’est dans le même but que les Ethiopiens présentaient leurs enfants aux oiseaux, les Psylles aux serpents :

In terram parvus cum decidit inlans Ne qua sit externæ veneris mixtura timentes Lelifica dubios explorant aspide partus (2).

« Lors([ue l’enfant est né, s’ils craignent qu’il ne soit le fruit d’un amour adultère, ils l’exposent à la piqûre mortelle d’un serpent. »

La sage-femme était chargée de laver l’enfant et de lui donner les premiers soins; on le lavait avec divers liquides suivant les différents peuples. A Athènes, on se servait d’eau, et d’huile ensuite ; à Sparte, on les lavait avec du vin ; chez d’autres peuples delà Grèce, on recueillait de la rosée pour cet usage; les Cimbres

(I) On trouve encore des allusions à cet usage dans Virgile. Énéide^ liv. IX, v. 600, et dans Sidoine Apollinaire, XXlll, v. 204. X (2) Lucain, Pharsale, liv. IX, v. 901.

oiiiployaitMît la neige. Quelquefois ces lotions se faisaient dans des vases particuliers: à Sparte on plaçait les enfants sur un bouclier, avec une lance près d’eux pour indiquer ([u’on les dévouait à la défense de la patrie; dans la famille de Jules-César, le vase consacré à cet usage était une carapace de tortue. Lorsque le père lavait lui-même renfant c’était la preuve d’un amour sans bornes.

■ La sage-femme devait donner ses soins à l’accouchée et au nouveau-né pendant cin(| jours, et se retirait ensuite ; puis l’enfant était confié aux soins de la nourrice , chargée de lui fournir son lait et de veiller sur lui pendant fort longtenijis. — Un nouveau petit dieu, Lallus, présidait aux refrains monotones que chantait la nourrice pour endormir l’enfant.

Lorsque celui-ci était malade, la sage-femme était consultée : la médication consistait à mettre en œuvre certaines pratiques superstitieuses, à appliquer des amulettes sur le corps de l’enfant; jiour rendre l’action de ces moyens plus efficace, on offrait des sacrifices à Junon-Lucine, ainsi qu’à Castor et Pollux.

Ajoutons enfin, pour terminer ce ([ui a rapport à ces cérémonies, ([ue le troisième jour après l’accouchement chez les Romains, et le cimpiiènie jour chez les Grecs, on suspendait unecouronne au-dessus de la porte de la maison. A Athènes, on plaçait aussi une

172 IIISTOIHK DES FEMMES

(-oiironne d’olivier pour annonccir la naissance d’un garçon, une couronne de laine pour celle d’une fdle; à Rome, ces couronnes étaient laites avec du laurier, du lierre, de l’ache et des herbes odorantes. Le huitième jour pour les filles, le neuvième pour les garçons {luslrici dies, Festus) on donnait un nom à l’entant, en ayant soin de choisir un nom décent, parce ([ue l’on punissait plus tard celui qui avait un nom inconvenant [(jai turpius nomen possideret). Enfin, le troisième jour après que l’enfant était nommé, on le faisait inscrire auprès du préfet du trésor en indiquant les noms, prénoms et surnoms; on inscrivait en même temps la date de la naissance, et les consuls qui étaient en fonction pendant cette année.

Jusqu’ici nous n’avons parlé que de la pratique des accouchements, mais il y a lieu de penser que les femmes s’occupaient aussi du traitement des maladies comme semble l’indiquer l’expression de medicœ ([ui est employée par plusieurs auteurs et notamment par les jurisconsultes :

Quolies de mulieris præynatione dubitatur^ quinqiie obstetrices, id est medicœ^ ventrem jubenlur inspicere (1).

« Toutes les fois ([u’il y a doute sur la grossesse, cinq accoucheuses, c’est-à-dire cinq femmes exerçant

(1) Anianus, Ad J. Paulum. — Ulpien, liv. I,

la médecine, sont chargées de faire les constatations nécessaires. »

Nous pouvons compléter ce texte par celui de Julius Paul us :

Si millier se ex vira prœgnantem. negat^ permiltitur marito ventrem inspicere, et venin custodes dare. — Venter inspicitur per quinque obstetrices, et qund maxima pars eorum, demmtiaverit pro vero habetur (1).

L’expression medicœ est également employée par Martial dans une épigramme très connue, où il parle d’une femme hystérique, et il fait allusion à un mode de traitement assez singulier et qui, à plusieurs reprises, a attiré rattention des médecins :

Hystericam vetulo sedixerat esse marito,

Et queritur fului Leda necesse sibi.

Sed flens atque gemens lanti negat esse salutem Seque referl poliiis proposuisse mori.

Virrogal ut vivat, virides nec deserat aiinos.

Et lieri, quod jaiïi non lacit ipse, sinit ;

Protinus accedunt medici, medicæque recedunt, Tollunturque pedes. O medicina gravis (2)!

« Léda, qui est hystérique, se plaint d’étre mariée à un homme trop vieux pour satisfaire aux exigences de son tempérament; elle gémit, elle pleure en désespérant de sa guérison, et la mort lui semble préfé-

(1) Julius Paulus, liv. U, tit. 24, De pveris agnoscendis.

(2) Martial, Uv. XI, cp. 72.

Mk IliSTOlUi: DKS l-'KM.MKS;

rable à son triste sort. Son mari la })rie de vivni, de ne pas renoncer aux riantes années de sa jeunesse, et il permet que d’autn^s soient appelés à su|)pléer à son impuissance ; en conséquence, les femmes medicœ s(î retirent; les médecins les remplacent, et »

Nous trouvons sur les sages-femmes romaines en particulier encore moins de détails que pour celles de la Grèce, ce qui nous réduit à ne pouvoir citer que leurs noms : FabullaLybica ou Livia, citée par Galien; Victoria, Salviana ou Salvina, Leoparda, citées par Th.Priscianus ; Africana, qui paraît être désignée par un surnom plutôt que par son véritable nom ; Scribonius Largus avait acheté d’elle le secret d’un médicament contre là colique. Trois inscriptions trouvées à diverses époques en Italie ont fait connaître les noms de Sentia Elis, de JuliaSabinaetde Secunda. Antonia, affranchie d’Auguste, fut la sage-femme d’Agrippine.

Saint Jérôme rapporte qu’une dame romaine, du nom deFabiola, qui vivait dans le iv® siècle après J .-(b , fonda un hôpital dans lequel elle soignait elle-même .ses malades; il ne semble pas toutefois qu’elle ait pris des mesures pour que cet établi.ssement persistât a])rès sa mort.

Nous avons déjà cité (pielques formules qui ont été indiquées par des .sages-femmes; mais il en existe

QUI ONT EXKRCK LA MI^:DECINE.

un grand nombre (rauiies beaucoup plus curieuses cpii ont été conservées par Pline : on y trouve de quoi satisfaire à toutes les indications relatives à la génération. Nous nous bornerons à citer quelques-unes des plus bizarres; elles sont toutes empruntées à Pline :

On trouvera difficilement quelque chose de plus malfaisant que le sang menstruel. Pendant l’écoulement, la femme fait aigrir le vin doux, elle frappe les plantes de stérilité, fait tomber les fruits des arbres, ternit féclat de la pourpre et le poli des miroirs, attaque facier et l’ivoire, chasse les abeilles de leurs ruches; les cavales avortent, le fil du rasoir s’émousse dans la main du barbier; si une femme en cet état fait le tour d’un champ,' on voit tomber les chenilles et les insectes nuisibles : ce procédé a été appliqué en Cappadoce où les femmes parcourent les campagnes dans ce but avec leurs vêtements reir oüssés{retec lis suprà chines vestibus). Le sang menstruel incinéré n’épargne môme pas les femmes; cette cendre provoque l’avortement chez une femme enceirde (pi’on en frotte ou seulement qui passe par- dessus. Laïset Elephan-. tis ont écrit h ce sujet des choses tout à fait contradictoires, car l’une assure que la fécondité est procurée parles mêmes moyens que fautre indique pour rendre une femme stérile; le meilleur est de n’en rien croire. D’après Laïs et Salpé, la morsure dc>s

HISTOIRE DES EEMMES

chiens enragés et les fièvres tierces et ({uartes sont guéries avec de la laine de bélier noir imbibée de sang menstruel et renfermée dans un bracelet d’argent. La sage-femme Sotira dit (|u’un moyen très efficace de guérir les fièvres tierces et quartes est d’en frotter la plante des pieds du malade, ce qui est d’un effet encore bien plus sûr si l’opération est faite par la femme elle-même à l’insu du malade. (Pline, liv. vu

et xxviii. ;

Ces préjugés, ces erreurs sur le sang menstruel se ' retrouvent encore dans d’autres auteurs anciens: on les voit encore reproduits en grande partie dans les ouvrages de Paracelse, et aujourd’hui encore un des chirurgiens les plus éminents de Paris, qui a écrit sur les accouchements, ne semble pas très éloigné d’en admettre une bonne partie comme l’expression de la vérité.

Nous avons déjà recueilli ce qui est relatif à l'histoire des sages-femmes chez les Grecs et les Romains ; il nous reste , pour ce qui a rapport à l’exercice de la médecine par les femmes dans les temps anciens, à signaler seulement quelques renseignements relatifs à d’autres peuples, les Hébreux, les Égyptiens, les Arabes.

C’est dans la Bible seulement que nous trouvons quelques passages où il est question des sages-femmes, à propos de raccoucliement de Rachel et de celui de Thamar.

« Après qu’il fut parti de ce lieu-là (Béthel), il vint au printemps sur le chemin qui mène à Ephrata, où Bachel étant en travail et ayant grande peine à accoucher, elle se trouva en péril de sa vie. La sage-femme (obsletrix) lui dit : Ne craignez rien; car vous aurez encore ce fds-ci. Mais Bachel, qui sentait que la violence de son mal la faisait mourir, étant près d’expirer, nomma son fils Benoni, c’est-à-dire le fds de ma douleur.... Bachel mourut donc, et elle fut ensevelie dans le chemin qui conduit à la ville d’Ephrata, appelée Bethléhem (1). »

c( Comme elle (Thamar) fut sur le point d’accoucher, il parut qu’il y avait deux jumeaux dans son sein ; et lorsque les deux enfants étaient près de sortir, l’un d’eux passa sa main, à laquelle la sage-femme lia un ruban d’écarlate , en disant : Celui-ci sortira le premier. Mais cet enfant ayant retiré sa main, l’autre sortit. Alors la sage-femme dit : Pourquoi

(1) Bible, édition J. -F. d’Allioli, Paris, 18S5, 4 vol. in-8 : Genèse^ ch. xxxv, versets 16-19.

HISTOIRE DES EEMMES

avez-vous rompu le mur (les membranes)? C’esl pounjuoi il fui nommé Pharès (1). »

Le nom de deux sages-femmes juives a été conservé avec le récit d’un événement important :

« Le roi d’Égypte parla aussi aux sages-femmes qui accouchaient les femmes des Hébreux, dont rune se nommait Séphora, l’autre Pliua, et il leur fit ce commandement : Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux, au moment où l’enfant sortira, si c’est iih mâle, tuez-le; si c’est une fille, laissez-la vivre. Mais les sages-femmes furent touchées de la crainte de Dieu et ne firent point ce que le roi d’Égypte leur avait commandé , mais elles conservèrent les enfants mâles. Le roi, les ayant donc fait venir, leur dit : Quel

a été votre dessein, lorsque vous avez épargné ainsi

les enfants mâles? Elles lui répondirent : Les femmes des Hébreux ne sont pas comme celles d’Égypte; car elles savent elles-mêmes comment il faut accoucher, et avant que nous soyons venues les trouver, elles sont déjà accouchées. Dieu fit donc du bien à ces sages-femmes, et le peuple s’accrut et se fortifia extraordinairement ('2). »

Chez les Arabes, les femmes se livraient à la pratique des accouchements; mais elles étaient en outre

(1) Genèse, ch. xxxix, versets 27, 28 et 29.

(2) Exode, ch. I, versets 15-20.

appelées à traiter les maladies ([iii se jiresentaient chez les personnes de leur sexe. (>ela résulte manifestement du passage suivant, emprunté à la chirurgie d’Albncasis. A propos du traitement des calculs urinaires chez les femmes, il dit :

« Si 5 par nécessité , vous ôtes appelé pour cette maladie, il vous faudra choisir une femme habile qui exerce la médecine [mulierem medicam prœstantem) ; elles sont très rares; aussi , si vous ne pouvez en trouver une telle, vous chercherez un médecin pudi([ue et habile, il sera accompagné d’une sage-femme [midier obstetrix) connaissant ce qui a rajiport à la santé des femmes, ou d’une autre personne du sexe féminin que vous aurez initiée h quel([ues secrets de votre art. Vous serez assisté par elle, et vous lui recommanderez de faire tout ce que vous aurez à prescrire, à commencer par la recherche du calcul (1). » (Suivent les détails de l’opération à pratiquer.)

Ce texte est très concluant. On voit ipi’il existait deux ordres de femmes : celles qui exerçaient la médecine en général {mulier medica)^ et celles i[ui se livraient à la pratique des accouchements [muHer obstetrix) ; enfin la présence d’une femme était indispensable lorsque l’on devait opérer une personne de

(1) Albucasis, De chirurgia, édition Clianning, in-4, Oxonii, 4 778, liv. II, sect. 61, De extraclione cnlciili ex mulieribus.

HISTOIUE DES FEMMES

son sexe, puisque l’auteur aral)e recommande de prendre, faute d’autre, une femme que l’on instruira spécialement pour cette circonstance.

Dans la pîirtie de son traité qui a ra|)port aux accouchements et aux maladies des femmes, Albucasis semble s’adresser presque exclusivement aux femmes medicœ; si le médecin est appelé, ce n’est encore que concurremment avec une sage-femme, et il indique quel doit être son rôle : Tum ad dextrum laïus sedere fadas obstetricem : « Vous ferez })lacer la sage-femme du côté droit de la malade. » Il s’agit, dans ce cas, de l’extraction des tumeurs utérines (1).

Plus loin encore, le chirurgien arabe indique ce que la sage-femme aura à faire dans les cas de fracture du pubis (2) ; de même pour les maladies des enfants, il donne des conseils à la sage-femme, particulièrement lorsque l’enfant naîtra avec une imperforation de l’anus (3).

Avicenne, au contraire, parle à peine des sagesfemmes, même à propos des accouchements et des affections utérines; il indique seulement ce qu’elle aura à faire pour l’extraction d’un fœtus mort (/i).

(1) Albucasis, lib. II, sect. 74.

(2) Albucasis, lib. III, sect. 18, De fractura pudejidi muîiehri .

(3) Albucasis, lib. II, sect. 79, De ano non perforalo.

(4) Avicenne, Canon, lib. III, fen. xxi, Iract. II, ch. 28.

Nous lie trouvons aucun détail pour ce qui est relatif à rintervention des femmes dans l’exercice de la médecine chez les Égyptiens. 11 est probable cependant qu'il devait en être de meme chez eux que chez les Hébreux et les Arabes, puisque ces deux derniers peuples, les Arabes surtout, avaient emprunté à l’Égypte un grand nombre de leurs institutions, ainsi que le témoignent les historiens qui ont écrit sur les mœurs et coutumes des Égyptiens, notamment Hérodote, Strabon, Diodore de Sicile. Le premier de ces auteurs indique seulement qu’en Egypte, les diverses maladies étaient traitées par des médecins spéciaux , les uns pour les maladies des yeux , d’autres pour celles des dents, d’autres encore pour les maladies de l’abdomen et les parties voisines, etc. (1); malheureusement l’auteur s’arrête sans indiquer si pour les accouchements il existait des hommes et des femmes chargées d’exercer cette branche de l’art médical.

Chez les Égyptiens, nous trouvons, comme chez les Grecs et chez les Romains, des déesses qui président à la santé : c’est la déesse Isis qui préside à tout, sous des noms très multipliés, qui lui ont valu le surnom de Dea myrionyma, la déesse aux dix mille noms. Ce fut elle qui enseigna l’art de cultiver les

(1) Hérodote, liv. II, ch. 84.

HISTOIRE DES FEMMES

céréales, de labourer, de labr'Kjiier des instriiiiienls avec les métaux, etc. Diodorc de Sicile raconte quelle intlueuce on lui accordait pour ce qui est relatif à la médecine. Voici à peu près le texte de cet historien :

Les Égyptiens racontent qu’Isis découvrit beaucoup de médicaments utiles pour la guérison des maladies, et qu’elle fut très instruite en médecine. Aussi elle fut immortalisée, et alors elle présidait encore à la santé; elle manifestait sa présence pendant le sommeil à ceux qui l’avaient invoquée, et elle leur donnait des conseils. Elle indiquait également, pendant le sommeil , des remèdes utiles pour la guérison des maladies. Beaucoup de malades dont les médecins avaient désespéré , à cause de la gravité de leur mal , furent guéris par elle; elle rétablit complètement dans leur premier état de santé des individus qui étaient aveugles, ou qui avaient été mutilés. Elle avait trouvé un médicament qui donnait l’immortalité, avec lequel elle rappela à la vie Bonis, son fils, qui avait été noyé, et non-seulement elle lui rendit l’existence, mais elle le fit participer à son immortalité(l).

Chez les Romains, Isis était regardée comme présidant au libertinage, prœ^ecta lenonum et me-

(1) Diodore de Sicile, liv. I, cli. 25.

QUI ONT EXERCÉ LA MÉDECINE. d83

retricum dicebatur. Jiivénal lui donne le nom de leiia (1).

Il est probable que chez les Égyptiens, comme chez les peuples dont nous venons de parler, les femmes, à l’exemple de la déesse Isis, intervenaient dans l’exercice de la médecine; elles étaient au moins admises à faire les accouchements, et elles devaient être fort occupées rien que par cette spécialité, car les Égyptiennes passaient pour être très fécondes, ce que Trogus Pompéius attribue à l’usage des eaux du Nil, et il ajoute que des femmes pouvaient mettre au monde jusqu’à sept enfants en une seule fois.

LES SAGES-FEMMES DANS LES TEMPS MODERNES. — TROTULA. — PERRETTE , VENTRIÈRE JURÉE , ACCUSÉE DE SORCELLERIE. — LOUISE BOURGEOIS, SA VIE, SES OUVRAGES.

Nous allons arriver, à peu près sans transition, des temps les plus anciens à une époque relativement assez rapprochée de nous. On ne trouve que de loin quelques renseignements fort vagues sur les sagesfemmes; il en est question accidentellement à propos de l’accouchement de quelques reines ou princesses :

(1) Juvénal, sat. vi, v. 489. — Voy. Ovide, Les Amours, liv. II, élég. Il, V. 25. — Juvénal, sat. ix, v. 22.

m HISTOIUE DES FEMMES

c’est ainsi, par exemple, qu’Ammien Marcellin raconte qu’Eiisébie, femme de Constance, jalouse de la fécondité d’Hélène, sa belle-sœur, femme de Julien l’Apostat, gagna la sage-femme pour qu’elle fît mourir un enfant à sa naissance en coupant le cordon ombilical trop court.

Pendant un long espace de temps, pendant tout le moyen âge, les sciences furent négligées, et l’on n’a que des indications rares, souvent contestables, sur ceux qui les ont cultivées. La médecine se trouve aussi dans ce cas ; les chirurgiens de cette époque sont à peine connus de nom ; quant aux sagesfemmes, il n’y a rien qui en fasse soupçonner l’existence. Néanmoins il est fort probable que, sous ce rapport, les choses restèrent dans le même état qu’autrefois, .et que les sages-femmes furent toujours en possession d’une grande partie de la pratique des accouchements.

Nous devons cependant mentionner une sagefemme du XIII® siècle, connue sous le nom de Trotula. Elle a laissé un livre intitulé « De mulienmi passionibus ante^ in et post partum » ; mais on a élevé quelques contestations au sujet de cet ouvrage : ainsi plusieurs bibliographes ont voulu l’attribuer à Éros, médecin et affranchi de Julie, fille d’Auguste ; d’autres en ont fait honneur à un médecin de même nom qui aurait vécu à Salerne, comme Trotula, mais au

coinmencenient du xi'" siècle. Ces opinions paraissent devoir être rejetées par les considérations suivantes^ dans l’ouvrage en question, Galien est cité, ainsi qu’un médecin nommé Coplion, qui vivait au commencement du xf siècle. 11 est encore une autre raison que l’on peut opposer en meme temps aux deux opinions émises plus haut : c’est que le style de cet ouvrage, loin d’être celui de l’époque d’Auguste, n’est même pas celui du xf siècle; une transformation très grande avait eu lieu dans la langue latine du xi“ au xuf siècle.

M. Delacoux, qui a écrit une Biographie des sagesfemmes célèbres, à laquelle nous aurons occasion de faire plusieurs emprunts, n’hésite pas à admettre que le traité De mulierum passionihus est dû à la sagefemme de Salerne, et il ajoute quelques mots sur le caractère de cet ouvrage : « L’examen grammatical et médical de ce livre, même la facture de l’ouvrage entier, tout y est empreint d’un esprit féminin. La négligence du style, les formules bizarres qu’il contient, la manière dont les choses y sont présentées, prouvent suffisamment que l’auteur était initié à une foule de petits secrets ([ue les femmes se communiquent à elles seules (1). » Il semble donc, d’après

(1) A. Delacoux, Biographie des sages-femmes célèbres. Paris, 1834, in-4. Trinquart, cditcui-.

HISTOIRE DES FEMMES

ce ([ui précède, (jue l’on doive attribuer à une sagefenirnè, à Trotula, l’ouvrage sur les maladies des femmes. Dans la Biographie médicale de Bayle , nous trouvons la mention d’un autre opuscule de Trotula : « M. Bandini, qui a publié à Florence, en 1776, le troisième tome du catalogue des manuscrits latins de la bibliothèque Médicis, cite un ouvrage de Trotula sous le titre : In utilitatem mulierum et pro décor atione earum^ scilicet de fade et vulva earum. »

La plus ancienne sage-femme de France sur laquelle nous trouvions quelques renseignements est Perrette, sage-femme ou ventrière jurée; elle vivait à la fin du xiv® siècle et au commencement du XV®. On ne sait à quelle époque furent créées les sages-femmes jurées; les lois ou règlements relatifs à ce sujet ont été perdus ou n’ont pu encore être retrouvés.

Perrette, femme de Thomas (de Bouen) , est née vers 1360 ; elle mourut à Paris en l!i \ 1. Ce que l’on sait sur cette sage-femme est tiré d’une lettre de grâce de Charles VI, accordée à l’occasion d’une accusation de sortilège qui avait été portée contre Perrette, dans les circonstances suivantes :

Perrette reçut la visite d’une femme nommée la Boudière, qu’elle avait assistée dans trois accouchements : cette femme, qui ne l’avait pas payée,

venait alors lui proposer de lui donner ce qu’elle lui devait, à condition qu’on lui livrerait le corps d’un enfant mort -né. Perrette relusa d’abord; alors la Boudière lui déclara que cet enfant mort-né devait servir à la guérison d’un seigneur atteint de la lèpre, « qui la feroit si riche femme, que jamaiz elle n’au- » roit mestier de recevoir des enfans. » Perrette finit par consentir, et en parla à une autre ventrière nommée Katerine la Petionne (petite). Celle-ci finit par apporter à Perrette un cadavre d’enfant mort-né (}ui devait être remis à la Boudière ; mais elles se ravisèrent, et allèrent enterrer l’enfant dans les champs.

Mais la Boudière revint obséder Perrette de ses demandes, et la décida à se rendre auprès du sei- » gneur. Celui-ci « pria et requist la dicte Perrette qu’elle voulust bailler le dict enfant, et lui jura et aüirma que ce n’estoit pour aucun mal faire, mais seulement lui mectroit-on un peu d’oignement (d’onguent) en la main, et lui en feroit-on oindre le visage du seigneur qui estoit inesel (lépreux), et par ce sa ratfie lui charroit (sa croûte tomberait) de son visage, et tantost après ilz rendroient et restituroient à la dicte Perrette le dict enfant pouricellui enterrer.» Les choses furent ainsi faites; mais cela vint à être connu par la justice, et Perrette, après avoir été emprisonnée pendant sept semaines environ, fut

HISTOIRE DES FEMMES

condamnée, ainsi (jiie Katherine, a être tournée au pilori et privée de son titre de ventrière. La première partie de la sentence fut exécutée, mais une grâce spéciale de Charles VI autorisa Perrette à continuer l’exercice de sa profession.

Il est dit, dans la pièce que nous avons citée, que cette grâce fut accordée à Perrette, parce qu’elle avait, par sa loyauté, diligence et industrie, acquis l’amour et la faveur de plusieurs nobles femmes, bourgeoises et autres; parce que son service, office ou industrie est bien nécessaire à la chose publique, et que plusieurs femmes qui ont beaucoup de confiance en sa science et diligence, la font réclamer et requérir chaque jour.

Cette lettre de grâce, qui est citée par M. Delacoux, porte la date du 17 mai l/iOS. Perrette, qui à cette époque exerçait depuis vingt ans et plus, mourut en lâli, rue Aubribouché; elle fut inhumée aux Charniers, suivant la chronique de la paroisse Saint Jacques la Boucherie.^

En arrivant au xvP siècle, nous commençons à trouver plus de détails sur les sages-femmes. On apprend qu’alors elles faisaient presque tous les accouchements, surtout ceux qui étaient faciles, et elles n’appelaient les médecins ou chirurgiens que lorsqu’elles éprouvaient des difficultés. Il ne semble pas

qu’à cette époque des mesures aient été établies pour instruire les sages-femmes, leur donner régulié rement le droit d’exercer, etc.

Nous retrouverons quelques indications sur ce sujet en nous occupant de l.ouise Bourgeois, une des sages 'femmes les plus célèbres. Elle a laissé plusieurs ouvrages sur l’art des accouchements; le pins important est intitulé « Observations diuerses sur la stérilité^ perte de [miel ^ fécondité^ accouchemens et maladies des femmes et enfans nouveaux nais » , forniaut un volume in-8“. Ce livre a été publié en 1009; on trouve en tête un portrait de la reine Marie de Médicis, à qui il est dédié, et un portrait de Louise Bourgeois, au-dessous duquel sont inscrits ces vers, signés S. Hacquin :

En ce parfait tableau le défaut de peinture Se congnoist aujourd’hui clairement à nos yeux,

Pour ce qu’on n’y peut veoir que du corps la figure, Non l’esprit admiré pour chef-d’œuvre des cieux.

Au bas du portrait de raccoucheuse on trouve cette indication : âgée de quarante-cinq ans. Dans cet ouvrage, il y a un chapitre intitulé « Comment fay apprins l’art de sage -femme)) qui nous fournit plusieurs indications sur la vie de l’auteur.

Louise Bourgeois, née à Paris en 1563, se maria de bonne heure avec un chirurgien de Tours nommé

lIISTOmiî DES FEMMES

Boursier; peu de temps après leur mariage, ils furent

époque, et Louise Bourgeois dut travailler de ses mains pour venir en aide à sa famille : « le me mis (pour en me diuertissant gaigner (juelque chose) à trauailler en plusieurs sortes d’ouurages, comme petit poinct, petit mestier, broderie en iarretières, avec filles voisines du lieu ou nous estions. »

Plus loin, Louise Bourgeois nous apprend comment elle fut amenée à se faire sage-femme : « Une honneste femme (pii m’auoit accouchée de mes enfans , qui m’aymoit , me persuada d’apprendre à estre sage-femme, et que si elle eust sçeu lire et escrire comme moy, qu’elle eust faict des merueilles; que le ^;œur luy disoit que si ie renlreprenois ie se rois en peu de temps la première de mon estât ; que mon mary, qui auoit demeuré vingt ans en la maison de feu maistre Ambroise Paré, premier chirurgien du roy, me pourroit beaucoup apprendre. ïe ne m’y pouvois résoudre quand ie pensois à porter des enfans au baptesme : en fin, la crainte que j’eus de voir de la nécessité à mes enfans me le fit faire. ïe me mis à estudier dans Paré, et m’offris à accoucher la femme de nostre crocheteur, et faccouchis d’un filz qui estoit rouy par tout le corps, d’autant qu’il y auoit auec luy un demy seau d’eau, fauois leu et retenu qu’il ne faut pas laisser dormir une femme qui vient

d’accoucher, de peur qu’une foiblesse ne l’emporte à cause de l’évacualion. le demeure seule, comme ie remuois l’enfaiit, ie parlois quelquefois à elle, une fois elle ne me respondit point, ie mis l’enfant sur un oreiller à terre et courus à elle que je trouuois esuanoüye; ie cliercliay du vin aigre et de l’eau, et la fis reuenir à bonne heure.

» De petites gens à autres, ie fus employée grandement; il y auoit force de peuple retiré dans des collèges, entre autres au collège de Bourgogne, près les Cordeliers, où il y auoit grand nombre de mesnages. Le premier enfant que ie portay baptizer à Saint-Cosme, il me sembloit que les murailles .des Cordeliers me regardoient. le practiquay enuiron cinq ans auec panures et médiocres, au bout desquels ie me fis receuoir iurée à Paris. 11 doit y avoir à la réception d’une sage-femme un médecin, deux chirurgiens et deux sages-femmes : ainsi que l’on m’enuoya noir les deux sages-femmes qui estoyent la dame Dupuis et la dame Péronne, elles me donnèrent iour pour les aller trouuer ensemble; elles m’interrogèrent de quelle vacation étoit mon mary, ce que scacbant elles ne vouloient pas me recevoir, au moins madame Dupuis qui disait à l’autre : Pardieu, ma compagne,' le cœur ne me dit rien de bon pour nous, puisqu’elle est femme d’un surgean, elle s’entendra avec ces médecins comme coupeurs de bources en

HISTOIRE DES FEMME.'

luire ; il ne nous faut recevoir que des fenirnes d’artisans qui n’entendent rien à nos affaires; elle me disoit que mon mary me deuoit nourrir sans rien faire, et que si ie faisois autrement, il me faudroit brusler pour faire de la cendre aux autres. Elles me tinrent en telles longueurs et auec tant de sots propos qu’un bel enfant que ie nourrissais en mourut de rennuy que sur tout la Dupuis me donna. le dis cela pour faire voir comment Dieu sçait venger ceux à qui l’on fait du mal lorsqu’ils y pensent le moins : cela se dira en son lieu, ayant été receuë de tout le reste; elle fut contraint de me receuoir à grand regret. »

La prédiction de la vieille sage-femme devait se réaliser. Louise Bourgeois arriva à être la première sage-femme de son temps ; ses succès lui valurent la confiance des femmes influentes : aussi, lorsque la reine Marie de Médicis devint enceinte et dut faire choix d’une sage-femme, ce fut Louise Bourgeois qui l’emporta de préférence à la Dupuis.

Louise Bourgeois a laissé un livre où elle raconte comment elle arriva à être nommée sage-femme de la reine ; elle rend com})te également «f/e la naissance de messeigneurs et dames les en fans de France^ avec les particularitez qui y ont esté et pouvaient estre remarquées. » Ce récit, dont la lecture est fort attrayante, a été reproduit en grande partie dans un article fort

intéressant que M. Malgaigne a consacré à Thistoire (le Louise Bourgeois (1). «Le récit qu’elle nous a laissé des premières couches de Marie de Médicis est un des plus curieux tableaux d’histoire; on peut le placer, pour l’intérêt, à côté de la narration du siège de Metz, par A. Paré. Henri IV n’a peut-être jamais été si bien peint dans son intérieur et comme en déshabillé. »

La position de Louise auprès de Marie de Médicis n’était pas une sinécure ; elle accoucha la reine de six enfants en neuf ans. Elle recevait par chaque accouchement cinq cents écus quand c’était un fds, trois cents pour une tille ; elle restait pendant deux mois auprès de la reine pour chaque accouchement. Au sixième, la reine demanda pour sa sage-femme une pension de six cents écus, mais Henri IV ne voulut en accorder que trois cents.

Louise Bourgeois eut plusieurs enfants, entre autres une tille qui endjrassa la même profession qu’elle, et dont elle dirigea l’éducation ; elle l’envoya à l’Hôtel-Dieu, dont la sage-femme en chef était une de ses amies. Celle-ci aida la jeune fille de ses conseils, lui signala tous les cas particuliers qui se présentaient, et lui fit faire des accouchements ; « Elle en a veu accoucher un grand nombre et en a accou-

(1) Revue médîco ‘Chirurgicale, 1848, t. 111, p. 313 et 375.

HISTOIRE DES FEMMES

ché plus de cinquante avant d’avoir quinze ans accomplis. » Plus tard, Louise Bourgeois écrivit sous le titre à' Instruction à ma fille, un livre qui contient des préceptes très sages et très dignes relatifs à l’exercice de la profession :

«Apprenez iusques au dernier iour de vostre vie...; il vous sera aisé en vous peinant un petit, tout ce que je scay vous est acquis sans peine : ne le négligez pas ; faites profiter le talent que ie vous laisse, et faites que l’on die de vous que vous êtes plus capable que n’a iamais esté vostre mère... Il ne faut que vqus adhériez à une seule méchanceté, comme font les damnées qui donnent les remèdes pour faire avorter. Ce n’est pas assez de refuser d’enseigner ny de donner remède, mais vous êtes tenue de vous deffier et prendre garde de vous laisser tromper par des cauteleuses personnes qui finement vous proposeront des maladies de filles ou de femmes qu’ils diront fort honn estes.

» Lorsque vous serez appelée pour aller à une maison, informez-vous soigneusement quels gens ce sont et s’ils sont de bonne renommée; fussent-ils les plus pauvres du monde, servez-les de même affection que si vous deviez recevoir grande récompense, et vous gardez bien, si vous y reconnoissez de la pauvreté, d’en prendre un denier, car à une panure personne peu est beaucoup; donnez-leur plutost

QUI ONT ENERCK IA MÉDECINK.

(iuc (le prendre, Dieu vous le rendra avec grand intéresl, et rendez grâces <à Dieu de quoy en ce jour-là il vous a fait cette grâce, il vous a eslüe pour le servir en ses membres. »

Il paraît que du temps de Louise Bourgeois il existait déjà de ces maisons d’accouchement dont nous avons parlé précédemment, véritables repaires pour ravortement et la prostitution : la célèbre sagefemme signale le fait en nommant les choses par leur véritable nom : « Ne recevez en vostre vie fille ny femme pour accoucher en vostre maison, le vous le recommande : c’est un maquerellage revestu de quel- ([ue couleur que l’on approprie à charité, et même que l’on veut faire croire que vostre art vous y oblige, ce qui n’est point. »

Un autre passage de cette instruction nous apprend que plusieurs membres de la famille exerçaient la médecine : « Vous estes enfant de famille : un docteur en médecine est mary de vostre sœur, vostre mary fait son cours pour l’estre; un de vos frères est pharmacien, vostre père est chirurgien, et inoy sagefemme.» Malgré ces antécédents, malgré l’éducation (jui lui fut donnée par sa mère, il ne semble pas que la fille de Louise Bourgeois ait acquis quelque célébrité; son nom n’est même pas parvenu jusqu’à nous.

Le principal ouvrage de Louise Bourgeois, celui que

IliSTOIRl- DES FEMMES

nous avons déjà cité plus haut, contient des préceptes relatifs aux accouchements difïiciles, aux maladies des femmes et des enfants; on remarque particulièrement le chapitre sur les hémorrhagies utérines qui

tiennent à l’insertion vicieuse du placenta : chapitre Y : « Qu il y a un accident ou il faut promptement accoucher une femme à quelque terme que ce soit pour conserver sa tie. » A la fin de ce recueil, on trouve plusieurs observations intéressantes , entre autres celles d’un calcul vésical dont elle fit l’extraction avec succès. Elle cite également l’observation d’une petite fille qui n'avait point de siège; c’était un de ces cas assez rares dans lesquels la partie inférieure du rectum manque, et ce conduit va s’ouvrir dans le vagin à une certaine profondeur. Aucune opération ne fut faite. Louise Bourgeois ajoute comme conclusion philosophique : « Si toutes celles qui se plaisent à débaucher les hommes mariés estoient ainsi faites, les hommes se distrairoient promptement de tel amour pour aymer parfaictement leurs femmes. »

Il nous reste encore à mentionner le dernier ouvrage de Louise Bourgeois : c’est le Recueil des secrets de Louyse Bourgeois^ publié en 16o5. A cette épo([ue, la célèbre sage-femme avait soixante-douze ans; elle semblait disposée à ne [dus rieu publier, mais un libraire la pressa de publier ses formules et

ses secrets : après quelque hésitation, Louise consentit et livra le manuscrit. M. Malgaigne porte le jugement suivant sur cet ouvrage : « C’est bien la plus pitoyable rapsodie qu’il soit possible d’imaginer; le fameux emplâtre pour retenir l’enfant y est, et la postérité eût pu s’en passer sans grande perte. 11 y a du reste des secrets pour toutes choses, pour le mal caduc et pour les cors aux pieds, pour ôter les punaises et dissoudre le corail. 11 n’y a pas de bonne femme qui, à soixante-douze ans, ne pût produire un manuscrit de pareille force. » Ce jugement est aussi juste que sévère, et l’on ne retrouve plus là aucune qualité des autres ouvages; c’est un ramassis de formules baroques comme celles qui abondent dans Pline, dont le nom est du reste cité par cette accoucheuse.

On ne connaît pas l’époque de la mort de Louise Bourgeois.

l’HOTEL-DIEU de paris. — AUTRES ÉCOLES D’ACCOUCHEMENTS. — MADAME DUCOUDRAY ET MADAME COUTENCEAU, — MADAME DUGÈS ET MADAME LACHAPELLE. — l’HOSPICE DE LA MATERNITÉ.

Au temps de Louise Bourgeois, les moyens d’instruction pour les sages-femmes étaient assez restreints; comme dans les temps anciens, beaucoup

HISTOIHK DES FEMMES

(l’entre elles étudiaient auprès de matrones jurées auxquelles elles succ(k]aient ensuite; il y avait, en outre, une école d’acconcliements à rHôtel-Dieu de Paris, et cette école clinique était dirigée y)ar une sage-femme en chef; on connaît même les accoucheuses qui furent chargées de cet important service. Voici leurs noms avec la date de leur nomination :

Jacqueline Fleury.

1001, Ftiennette Imbault.

1608, Claude.

161/i, Laflrade, veuve Frian-Ledoux.

1617, Goupil Genevièvre.

1629, Tiennette Janet.

16o0, Jeanne Douilly.

1651, Marie De Laroche, veuve Moreau.

1660, Gayan, veuve Defrance.

1662, Debilly.

1663, Marguerite Dutertre, femme de Lamarche.

1686, Morlet.

1691, Descoux.

1693, Legouey.

1697, Henault-Langlois.

171k, mademoiselle Élisabeth Langlois, fille de la précédente.

1737, mademoiselle Fdniée Gouet.

1725, mademoiselle Fourre.

\llii, mademoiselle Violeau.

llQli, madame Delaplace.

1775, madame Dugès.

L’Hôlel-Dieu a donc été la première école clini([ue d’accouchements qui ait été établie en France. Malheureusement, les conditions matérielles de cet établissement n’étaient pas très satisfaisantes; il y avait une foule d’obstacles qui empêchaient de remplir convenablement le but qu’on se proposait : un très petit nombre de sages-femmes était appelé à s’y instruire, et il ne semble pas que celles qui étaient appelées à le diriger fussent réellement capables. Les médecins et les chirurgiens, qui étaient chargés d’intervenir dans les cas difficiles, n’avaient même pas le droit d’assister aux accouchements ordinaires.

Plus tard on établit en outre des cours théoriques sur les accouchements spécialement pour les sagesfemmes : ainsi La Peyronie, premier chirurgien de Louis XV, créa deux chaires d’accouchements, dont l’une était destinée à l’instruction des sages-femmes.

En 1757, on avait établi également à l’hôpital de Strasbourg une école d’accouchements pour former des élèves des deux sexes; à cette époque encore d’autres movens d’instruction avaient été mis à la

disposition des sages-femmes, mais encore dans dés conditions telles qu’un petit nombre de personnes était appelé à en profiter. Nous allons voir quels

HISTOIRE DES FEMMES

étaient ces moyens, tout en nous occupant de madame le Boursier Ducoudray, qui se trouve fort intéressée dans cette question.

Angélique -Marguerite le Boursier Ducoudray, née à Clermont-Ferrand, en 1712, étudia d’abord à Paris, comme apprentie, chez la dame Bairsin, sagefemme renommée, praticienne habile et instruite, qui a laissé quelques mémoires sur les accouchements exceptionnels. Madame Ducoudray, * après plusieurs années d’études, obtint ses grades à Saint- Côme, le 26 septembre 1739, et, par jugement de police du 21 février suivant, elle reçut le titre de sage-femme jurée.

Elle ne tarda pas à se faire remarquer par son instruction, et ses succès attirèrent sur elle l’attention de plusieurs personnages importants ; elle acquit encore une plus grande célébrité, en faisant dans les provinces des cours pour l’instruction des sagesfemmes.

M. de Tiers, haut et puissant seigneur d’une contrée de l’Auvergne, qui s’occupait singulièrement de la propagation de ses vassaux, témoin de la perte des enfants et de leurs mères qui périssaient en couches, conçut le dessein de faire instruire des sages-femmes pour remédier à ces dangers. Il choisit madame Ducoudray, la fit venir dans ses terres, et réunit chez

lui des femmes qui paraissaient le plus intelligentes pour suivre les leçons. La sage-femme fit fabriquer des pièces artificielles et des mannequins pour la démonstration, et elle arriva à former des élèves assez habiles.

La renommée fit parvenir la connaissance de ces faits à la cour, laquelle se hâta d’encourager ladite dame par un brevet qui lui donnait la mission d’enseigner l’art des accouchements et de former des élèves par tout le royaume, sous les auspices de MM. les intendants qui en faisaient les frais.

Ces cours étaient suivis par quatre-vingts à cent élèves, et duraient environ trois mois. Madame Ducoudray fît ainsi des cours à Moulins, Besançon, Limoges, Poitiers, la Rochelle, Audi, Montauban, Grenoble, Châlons, Verdun, Lille, Neufchâteau en Lorraine, Amiens, Lille, Caen : elle forma plus de quatre mille élèves.

Pendant ces voyages dans les provinces, madame Ducoudray observa quelques cas montrant combien l’ignorance était grande relativement aux accouchements : ainsi, du côté de Besançon, elle fut appelée chez une pauvre paysanne, épuisée par un long travail; on l’avait assise sur une chaise avec un billot sous les cuisses pour y couper avec des hachoirs tout ce qui paraissait au dehors d’un enfant vivant; on marchait sur la tête et sur des morceaux de meni-

^02 HISTOIRE DES FEMMES

bres de cet enfant en entrant dans la cbainbre, et, pour tirer le reste du corps de l’enfant, on l’arrachait avec des crochets de cuiller à pot et celui d’une romaine tour à tour. Au moment où madame Ducoudray entra, la patiente succombait sous ces manœuvres brutales.

Elle a connu d’autres contrées dans lesquelles, pour toutes ressources, aussitôt que la tête de l’enfant était sortie, on lui attachait une corde au cou pour aider le passage des épaules, et souvent la tête suivait la corde sans que le reste pût franchir le passage.

Elle a de même vu une contrée dans le Poitou où toute la science des accoucheuses se réduisait à faire marcher la mère aussitôt que la tête de l’enfant était sortie, afin que le poids du corps fît sortir le reste.

Ces détails sont extraits d’une brochure intitulée : Lettre d’un citoyen amateur du bien public à M***, pour servir de défense à la mission de la dame Ducoudray^ qui forme des sages - femmes par tout le royaume de la part du roi, attaquée dans un écrit public, etc. (1).

L’écrit public dont il est ici question est d’Alphonse Leroy : « 11 insinue que madame Ducoudray

(1) Cette lettre se trouve à la bibliothèque de la Faculté de Paris, dans les Mélanges in-8°, t. GCXXIX, n” 1 0. Elle a été publiée en 1777.

se tlatte d’oliteiiir des ordres pour contraindre les chirurgiens d’assister à des cours. » On lit en réponse:

K La daine Ducoudray n’a jamais pensé de commettre de pareilles violences; elle se trouve, au contraire, très tlattée lorsque MM. les médecins ou chirurgiens l’honorentde leur présence, comme partout ailleurs. »

Madame Ducoudray mourut en 1789. Elle avait demandé et obtenu pour plusieurs villes de province la fondation d’hospices de maternité : elle lit la meme demande en 1786 pour la ville de Bordeaux; mais cet établissement ne fut organisé qu’en 179/i, sur une nouvelle demande de madame Coutenceau, nièce et élève de madame Ducoudray.

Marguerite Guillomance, née à Clermont-Ferrand en 1753, avait épousé un chirurgien nommé Coutenceau; elle fut autorisée à faire des cours dans les provinces avec sa tante madame Ducoudray. C’est pendant cette mission qu’elle se maria à Bordeaux ; elle demanda alors, conjointement avec son mari, la fondation de la Maternité de cette ville, et tous deux furent chargés de la direction de cet établissemenf. Elle mourut à Paris, en 1825. Madame Coutenceau a publié un ouvrage élémentaire intitulé : Instructions sommaires, théoriques et pratiques sur les accouchements, a l’usage des sages-femmes.

llISTOIKli DKS FKMMES

^20li

Madame Ducoudray avait également publié un petit ouvrage destiné aux sages-témmes : Abrégé de r art des accouchements^ dans lequel on donne les préceptes nécessaires pour lemetti'e en pratique^ etc. Paris, 1759, in-8.

Madame Dugès fut la dernière sage-femme en chef de rilôtel-Dieu de Paris; elle était fille de la dame Jooet, sage-femme jurée au Châtelet ; elle fut la mère de madame Lachapelle et la grand’mère du professeur Dugès.

Elle était née en 1750; elle fut nommée, en 1775, sage-femme en chef de fHôtèl-Dieu. Elle remplit ces fonctions avec beaucoup de zèle et d’activité; elle se fit remarcpier par son courage au milieu des nombreuses épidémies qui ravageaient cet établissement. Les conditions matérielles de fHôtel-Dieu étaient alors très défectueuses : les femmes enceintes ou en couches étaient reçues dans une salle fort insalubre, très petite, où on les entassait; plusieurs femmes couchaient dans le même lit, et un pareil encombrement amenait fréquemment des épidémies très meurtrières.

Cet état déplorable persista jusqu’en 179/i; on chercha alors à améliorer les conditions hygiéniques des salles d’accouchements, et l’on prit le parti de transférer le service dans un établissement plus sa-

lubre et mieux disposé. On jeta les yeux d’abord sur le Yal-de-Grâce, et l’on choisit définitivement la maison de Port-Royal, qui devint l’hospice de la Maternité. Madame Lachapelle, qui avait étudié sous les yeux de sa mère et l’avait secondée dans l’exercice de ses fonctions de l’Hotel-Dieu, fut désignée pour l’organisation du nouvel établissement; madame Dugès fut nommée sage-femme en chef de cet hôpital; elle y mourut en 1797 : sa fille fut naturellement appelée à lui succéder.

Madame Lachapelle (Otarie-Louise Dugès) naquit à Paris le 1** janvier 1769; elle était fille de Marie Monet, femme de Louis Dugès, officier de santé. Elle se maria en 1792 avec M. Lachapelle, chirurgien

chargé du service à fhôpital Saint-Louis. Celui-ci

mourut en 1795.

Nous avons vu que madame Lachapelle fut appelée à succéder à sa mère comme sage-femme en chef de la Maternité ; elle ne tarda pas à acquérir une renommée européenne. Nous empruntons à l’ouvrage de M. Delacoux l’appréciation des qualités qui distinguaient madame Lachapelle : « Comme institutrice, personne ne réunit plus heureusement le savoir, la méthode et la précision, qualité qui rendirent ses leçons si fructueuses. Madame Lachapelle s’énoncait d’une manière simple et facile, parcourait successi-

IIISTOIKI: DKS l’EMMKS

vemeiit tous les points du sujet (lu’elle avait annona'*, insistait plus ou moins suivant le degré d’ini[)ortance de la question proposée... Aucun rnoyen d’instruction n’était négligé pour graver profondément les préceptes de l’art dans l’esprit de ses jeunes disciples... Si nous suivons madame Lachapelle dans sa pratique, nous aurons encore à louer ses attentions dans tous les cas, sa dextérité dans ceux qui nécessitent des manœuvres particulières. Tous ceux, juges dans cette matière, qui l’ont vue procéder, ont admiré sa dextérité, son adresse, et surtout la haute portée de son intelligence dans les circonstances graves et embarrassantes... Aussi considérée dans le* monde que respectée et aimée dans son hospice, madame Lachapelle avait su gagner tous les cœurs par sa douceur et sa bonté ; aussi ne la nommait-on partout que la bonne madame Lachapelle. Ses élèves étaient toujours sûres de trouver en elle aussi bien une amie qu’une institutrice patiente dans l’instruction jusqu’à la complaisance. Ces qualités, à la disposition de qui les réclamait , ne lui faisaient cependant rien perdre de son autorité, ni de sa grande influence. »

Madame Lachapelle mourut à l’âge de cinquantetrois ans, le h octobre lcS21; elle souffrait depuis longtemps d’une maladie cruelle, un cancer de l’es-

toiiiac, dont elle cachait les progrès à ceux qui l’entouraient afin de pouvoir continuer ses travaux et ses fonctions.

Cette habile sage-femme a laissé un ouvrage fort important et très recherché encore de nos jours, la Pratique des accouchements (3 vol. in-8, 1821-1825), dont la publication a été terminée par les soins du professeur Ant. Dugès, son neveu.

Madame Lachapelle a eu pour élève une homonyme, mademoiselle Jeanne-Louise Lachapelle, qui s’est distinguée dans fart des accouchements. Elle était née en 1789; elle fut enlevée par le choléra en 1832. Elle ne chercha pas à profiter de son nom pour établir une erreur qui eut surtout été avantageuse pour elle après la mort de la célèbre sagefemme de la Maternité. Mais depuis, d’autres sagesfemmes, moins scrupuleuses , et qui n’ont rien de commun avec l’habile et honorable sage-femme, — pas même le nom ! — ont su s’en emparer et en tirer grand parti.

Madame Lachapelle fut remplacée, comme sagefemme en chef de la Maternité, par madame Legrand, une de ses élèves. Celle-ci entra en fonctions le 27 mai 1822 ; l’intérim depuis la mort de madame Lachapelle avait été fait par madame Charrier, (]ui succéda, le 1" janvier 1839, à madame Legrand, obligée de se retirer pour raison de santé.

niSTOlUE DES FEMMES

Madame Charrier conserva la direction de la Maternité pendant dix-neuf ans; elle mourut le 19 lévrier 1858, à la suite d’une attaque d’hémorrhagie cérébrale. Elle fut remplacée par une des élèves les plus distinguées de cet établissement, madame Alliot, que de nombreuses qualités désignaient d’avance pour occuper cette position difficile.

LES ÉCOLES d’accouchements; leur organisation. — LA MATERNITÉ.

— LA CLINIQUE d’ ACCOUCHEMENTS. — LÉGISLATION.

Nous avons cherché à indiquer, dans le cours de cette histoire, quels étaient les moyens d’instruction dont pouvaient disposer les sages-femmes à diverses époques ; il nous reste à faire connaître l’organisation actuelle , elle est nettement établie d’après des lois et arrêtés.

Dans les trois Facultés, il est ouvert chaque année des cours d’accouchements où sont admises gratuitement toutes les femmes qui témoignent le dessein d’apprendre à exercer la profession d’accoucheuses. {Ordonnance du 2 février 1823.)

Outre l’instruction donnée dans les écoles de médecine, il est établi dans l’hospice le plus fréquenté de chaque département un cours annuel et gratuit

cruccoucliements, théorique et pratique, destiné particulièrement à rinstructioii des sages-femmes. {Loi du 10 mars 1803.)

Il est ouvert à Paris, à riiospice de la Maternité, une école d’accouchements destinée à former des sages-femmes pour tous les départements du royaume. {Arrêté du ministre de l’intérieur ^ 8 novembre 1810.)

Nous avons vu comment la Maternité succéda à rHôlel-Dieu comme hospice d’accouchements; mais ce ne fut que plus tard (1803) que l’on y établit une école d’accouchements, sur la demande de madame Boivin. Cette école reçut d’abord dix élèves envoyés par le département de l’Indre. Le cours d’études devait d’abord durer six mois, mais bientôt (1807) on dut en porter la durée à un an.

Aujourd’hui les élèves peuvent séjourner pendant deux ans à la Maternité ; cependant celles qui, au bout de la première année, sont on état de subir les examens sont autorisées à se présenter pour ces épreuves. Pendant leur séjour, elles ont à suivre un cours complet d’accouchements fait par le chirurgien de l’hospice, un cours supplémentaire fait par l’interne en médecine attaché au service des femmes en couches. En outre, elles sont appelées à faire les accouchements ordinaires; elles assistent aux accouchements plus compliqués qui peuvent se présenter.

HISTOIRE DES FEMMES

Dans cette étude cliiiiiiue, elles sont dirigées et instruites par la sage-femme en chef.

Les élèves sages-femmes peuvent subir deux ordres d’examens :

1“ Devant les jurys médicaux, où elles ont à répondre aux questions qui leur sont faites, en exécutant sur le mannequin les opérations les plus simples des accouchements, et en expliquant les accidents qui peuvent les précéder, les accompagner et les suivre, ainsi que les moyens d’y remédier.

Lorsqu’elles ont répondu d’une manière satisfaisante, il leur est délivré gratuitement un diplôme d’après lequel elles peuvent exercer, mais seulement dans le département où elles ont été examinées et reçues. [Loi du 10 mars 1803, et arrêté du 9 juin 1803.)

2" Devant trois professeurs d’une des Facultés de médecine, où elles sont soumises à deux examens, l’un sur la théorie, l’autre sur la pratique des accouchements, après avoir prouvé qu’elles ont suivi au moins deux des cours de l’école ou de l’hospice de la Maternité. .

Les frais pour leur réception sont de 120 francs.

Les sages-femmes ainsi reçues peuvent s’établir dans tous les départements. [Arrêté du 9 juin 1803.)

Les élèves de la Maternité sont internées dans cet établissement; elles y sont logées, nourries et ctiauf-

lees en commun ; elles ne peuvent sortir que six lois par an. Elles entrent à leurs frais ou aux frais du département qui les envoie.

Mais il y a en outre à Paris une deuxième école d’accouchements pour les sages-femmes, à riiôpital des Cliniques; mais l’organisation est fort différente de celle que nous avons indiquée pour l’hospice de la Maternité.

La durée des études est illimitée; les élèves sont tenues de passer un jour par semaine, de dix heures du matin à huit heures du soir, dans le service des femmes en couches, et une nuit, de dix heures du soir à sept heures du matin, à la salle d’accouchements; elles sont tenues de produire un certificat constatant qu’elles ont suivi le service pendant dix mois. Elles doivent suivre, en outre, un cours d’accouchements qui est fait pour elles pendant l’été, à l’hôpital des Cliniques, par un professeur agrégé de la Faculté.

Cette école d’accouchements pour les sages-femmes est établie dans la clinique d’accouchements de la Faculté de médecine; elle a été organisée régulièrement il y a quelques années seulement ; elle est dirigée depuis sa fondation par madame Callé, ancienne élève de la Maternité.

Nous n’examinerons pas ici si les conditions d’instruction sont satisfaisantes dans ces deux établisse-

HISTOIUK l)l-:s FKMMliS

iiients ; disons cependant cpi’elles sont inanifeslenieiit très défectueuses dans le second : mais nous préférons nous borner au rôle de narrateur, une discussion sur ce sujet nous entraînerait trop loin et serait sans aucune utilité.

Nous rappellerons, en terminant, (pielques lois relatives aux sages-femmes spécialement.

Les sages-femmes ne pourront employer les instruments dans les cas d’accouchements laborieux, sans appeler un docteur, ou un médecin, ou un chirurgien anciennement reçu. [Loi du 10 ?nars 1803.)

Tout individu qui continuerait d’exercer l’art des accouchements sans avoir de diplôme sera poursuivi et condamné à une amende pécuniaire envers les hospices. [Idem.)

L’amende pourra être portée à 100 francs pour les femmes qui pratiquent illicitement l’art des accouchements. [Idem.)

Quant aux autres lois, elles sont applicables à la fois aux médecins, chirurgiens, officiers de santé et sages-femmes.

Nous consacrons ce dernier chapitre à (jiielques documents et biographies qui n’ont pu trouver place dans l’exposé qui précède.

Nous devons signaler un opuscule relatif à l’exercice de la médecine par les femmes; c’est un livre intitulé : De Vindécence aux hommes d’accoucher les femmes, par Hecquet (i vol. in-8, Paris, illxh). Cet auteur s’attache surtout à démontrer que dans les temps anciens la pratique des accouchements a été réservée exclusivement aux femmes (ce qui est faux); puis il fait valoir bien haut cette raison que la pudeur des femmes a besoin d’être ménagée, etc. Tous ces raisonnements sont développés d’une façon pitoyable, susceptible de nuire à la thèse discutée plutôt c(ue de lui venir en aide. Nous pouvons répondre à cet ouvrage d’Hecquet par une phrase empruntée à Louise Bourgeois, qui était à môme de bien juger la ques^tion : « le voudrois que telles femmes fussent plus sages d’effect que de nom; partant, ie conclus ([u'il vaut mieux viure entre les mains d’un chirurgien

IIISTOlRIi DES FEMMES

entendu et liardy ([ne de inonrir en celles d’une sagetemnie ignorante et téméraire. »

Nous citerons ici, d’après Sue, l’anecdote suivante, relative à Hecquet, à cause de la bizarrerie du tait, et aussi parce qu’elle n’est pas inutile pour donner une idée de l’homme :

Lorsqu’il visitait des malades opulents, il allait souvent dans la cuisine embrasser les cuisiniers et les chefs d’ottice, en les exhortant de bien continuer à faire leur métier : «Mes amis, leur disait-il, je vous dois, ainsi que mes confrères, de la reconnaissance pour tous les bons services que vous nous rendez, à nous autres médecins ; sans vous, sans votre art empoisonneur, la Faculté irait bientôt à l’hôpital. »

Nous pouvons aussi mentionner un autre ouvrage de Rœderer (1), qui est une sorte de réfutation du livre précédent ; il traite fort durement les sagesfemmes :« Herornœ ignorantiœ, servæ super stitionum ineptissimarum^ ex sordidissima plebe natœ^a famé et sili prostratœ^ vitiorum compendia »11 indique en-

suite les difficultés qui peuvent se présenter et aux- ([uelles les sages-femmes ne sont pas en état de faire face ; il rappelle ensuite que déjà depuis longtemps

(1 ) G. Rœderer, De artis obstetricæ præstantia^ in-4°. Gotlingue,

des médecins habiles n’ont pas craint d’étudier cette partie de la chirurgie ; il cite Ruysch, Nicolas Massa, Columhus, Deventer, Van Iloorne, Heister, etc.

En remontant à une épocpie encore plus ancienne, nous trouvons des témoignages non douteux ; nous nous bornerons à citer ici le suivant, qui est relatif à Paul d’Égine, « de quo Arabs scriptor Abulpharagivs testalur eum peritum fuisse in mulierum morbis, illisque curam impendisse. Convenire ipsum obstelrices solitas fuisse et de rebus quœ post partum acciderant consulere; eum vero dignatum esse iis respondere, et ideo alkawabeli , seu obstetricium fuisse appellatum (1). »

Nous signalerons encore, pour terminer, quelques écrits relatifs à la pratique de l’accouchement par les femmes, entre autres celui d’Élisabeth Nihell, sagefemme anglaise qui soutint une polémique assez vive avec Smellie. Peu de temps après, elle publia un ouvrage intitulé : Treatise on tlieart of midivifery setting forth varions abuses lherein especially as to tlie practice vith instruments (London, 1760, in-8). Ce livre a été traduit en français et publié sous ce titre : La cause de lliumanité déférée au tribunal de la raison ^ ou Traité sur les accouchements par les femmes (Paris, 1771, in-8j. Ce sont des déclamations à peu

(1) Zacli. Platner, De arte obstetricia velerum.

HISTOIRE DES FEMMES

près sans valeur par le fond, quoique assez vives par la forme.

D’autres auteurs ont également accordé la préférence aux femmes pour la pratique des accouchements ; mais ici ce ne sont plus des déclamations, des discussions acerbes : nous entrons dans le genre sentimental ou soi-disant philosophique. Les arguments n’y gagnent absolument rien, la forme seule est plus soignée : nous citerons seulement un chapitre de ï{ousse\,i( Système moral et 'physique de la femme » (édit. Cerise, Paris, 18/i5, in-8, p. 269).

M. Michelet a également traité cette question dans un ouvrage publié récemment, et qui a obtenu un grand succès, V Amour : «Nos médecins, dit-il, sont une classe d’hommes extrêmement éclairée, et, selon moi, la première de la France, sans comparaison. Aucune autre ne sait autant, ni autant de choses certaines. Aucune n’est si bien trempée ni d’esprit ni de caractère. Mais enfin leur rude éducation masculine d’écoles et d’hôpital, leur dure initiation chirurgicale, une des gloires de ce pays, toutes ces qualités, ici, entraînent un grave défaut. Elles aboutissent en eux à l’extinction de la fine sensibilité qui seule pourrait percevoir, qui prévoit, devine les choses du féminin mvstère. Le sein de la femme, ce doux miracle où la Nature a épuisé sa tendresse, qui donc pourra, sinon la femme, y toucher sans impiété? »

Quant à l’homme, « son intervention directe est beaucoup moins propre à aider qu’à paralyser la nature. »

On pourra encore discuter longtemps et souvent cette question; quant à moi, je pense, avec Louise Bourgeois, qu’il vaut mieux vivre entre les mains d’un chirurgien entendu que mourir en celles d’une sage-femme ignorante. Il n’est pas nécessaire, il est vrai, de recourir à des sages-femmes ignorantes, mais il faut reconnaître qu’on a beaucoup plus de chances de tomber sur celles-ci. Il y a eu et il y aura d’heureuses exceptions, — mais l’exception ne doit pas prévaloir sur la règle.

Des matrones furent appelées à examiner Jeanne d’Arc, pour constater si elle méritait le surnom qui lui avait été donné ; elle était accusée d’avoir des intelligences avec le démon, et comme il était admis, à cette époque, que le diable n’avait aucune prise sur les vierges, cette constatation avait une certaine importance. Cet examen fut fait par les dames de Gaucourt et de Vienne, assistées par lolande d’Aragon, reine de Sicile, belle-mère de Charles VII. On

HISTOIRE DES FEMMES

ns

ne sait si les deux premières exerçaient habituellement la profession de sage-femme, ou si, [loui* cette fois seulement,- elles furent appelées à en remplir les fonctions. Leurs investigations furent, comme on le sait, tout à fait favorables à Jeanne d’Arc.

Ces matrones furent donc appelées , dans ce cas, comme autrefois les obstetrices dont parlent les jurisconsultes latins. Plus tard encore, elles étaient chargées d’intervenir lors de ces honteuses épreuves qu’on désignait sous le nom de congrès, dont j’ai trouvé la description suivante dans un recueil d’anecdotes médicales :

« Puella resupmajacet, cruribus hinc inde distentis; prœstant pudendæ corporis parles quas natura ad delicias generis humani velavit, H as et matronœ et rnedici inspiciunt, pertractant, diducunt; magistratus vultu composito, risum dissimulât; matronœ præsentes venerem dudum oblitam refricant; medicus, pro œtatis discrimine hic vires pristinas reminiscitur ; ille animo œstuante inanis ludicri spectaculo pascitur -, chirurgus aut ferramento fabrefacto, aut cereo et fictitio Priapo, aditus venereos tentât, aperit, reserat; puella jacens titillatione vesana prurit; ut etiamsi virgo visitari cceperit, inde tamen non incorrupta recedat. »

Nous renverrons ceux de nos lecteurs qui désireraient avoir plus de détails sur ce sujet à un écrit de

Guillenieaii, intitulé : Traicté des abus qui se commettent sur les procédures de l’impuissance des hommes et des femmes, Paris, 1620, in-8.

M. Delacoux signale, dans sa Biographie des sagesfemmes célèbres, la dame Charonne, qui, dit-il, était fille d’Ambroise Paré : « La fille d’un tel père ne pouvait qu’honorer sa profession et posséder toutes les connaissances qui constituaient, à cette époque, l’art des accouchements. » La dame Charonne n’en eut que plus de mérite, car elle n’était pas fille d’Amhroise Paré. M. Delacoux, qui parle d’elle surtout d’après Guillemeau, a lu trop vite le texte de ce dernier chirurgien : « L’an 1599, mademoiselle Simon, à présent vivante, fille de monsieur Paré, conseiller et premier chirurgien du Roy, estant prête d’accoucher, fut surprise d’un grand flux de sang, ayant près d’elle madame la Charonne, estant pareillement assistée de messieurs Hautin (1) »

C’est donc l’accouchée, et non l’accoucheuse, (pii était fille d’A. Paré ; du reste, il n’est dit nulle part

(1) Guillemeau, De la grossesse et accouchement des femmes, etc. In-8, Paris, 1620, p. 222. Et plus loin, page 224 : « De récente mémoire, mademoiselle Coulon, assistée en son travail de madame la Charonne, sage-femme fort experte »

HISTOIRE DES FEMMES

que la^ clame Charonne était fille de ce chirurgien, ni qu’il ait eu une fille (jui ait été sage-femme. M. Malgaigne, dans son histoire du grand chirurgien, donne fort peu de dcHails sur ce sujet : u II ne paraît pas que Paré ait eu d’enfants de son premier mariage ; du second il eut deux filles, déjà nées en 1575...; l’une d’elles épousa un certain Simon, il n’est pas question de l’autre fille. »

Puisque nous parlons des descendants d’A. Paré, nous croyons utile de mentionner un détail publié récemment sur ce sujet. M. Villaume rapporte qu’en 180à, «Napoléon, juste appréciateur de tous les genres de mérite, donna mission à M. de Lasuse (1) de rechercher à Laval les descendants d’A. Paré, qu’il eût voulu honorer de ses bienfaits, mais il n’en trouva point. » Lassus ne fut pas heureux dans ses recherches, ou peut-être s’acquitta-t-il de sa mission comme tant d’autres. Il existait encore des descendants d’A. Paré; en voici d’abord un signalé par M. Malgaigne : « Le hasard m’avait fait tomber sur une traduction de la Jérusalem délivrée, publiée à Paris en 1839, par M. Bourlier. L’auteur signait ainsi sa préface : Louis Bourlier, de Laval, département de la Mayenne, un des descendants d’Ambroise Paré »

(I) 11 y a là une faute : c’est Lassus dont il est question.

Je me rappelle avoir lu, il y a trois ou quatre ans, dans un journal politique, un fait énoncé à peu près en ces termes : «Il vient de mourir à Laval une vieille dame âgée de soixante-quinze à (piatre-vingts ans : c’était la dernière descendante de l’illustre cliirurgien Ambroise Paré. Elle se nommait Désirée- Julien ne Ambroise Paré. »

Le nom de plusieurs sages-femmes a été conservé, parce qu’elles eurent la bonne fortune de recevoir à leur apparition au jour quelques-uns de ces monstres dont le type le plus connu est Rüla Chrislina.

Mademoiselle Pourre, qui fut sage-femme en chef de l’Hôtel-Dieu, délivra une femme d’un enfant à deux tôles, qui naquit sans vie ; on le conserva longtemps à Saint-Côme.

Vers 1821, madame Boudet (mademoiselle Dian) accoucha une femme primipare de trois enfants, dont deux étaient organiquement réunis. Cet accouchement triple s’est terminé heureusement.

Deux femmes ont acquis une certaine célébrité dans l’art de confectionner en cire des pièces anatomiques destinées à l’étude.

IIISTOIIIK l)i:s FEMMKS

Mademoiselle l^ilieron, née à Paris vers 17)^0, nianifesla dès ses premières aimées les plus grandes dispositions pour l’étude de l’anatomie humaine. La [)osition peu aisée de ses parents ne lui permettait pas de suivre ces goûts; cependant elle parvenait à acheter des livres; elle payait des gens pour aller voler des portions de cadavres qu’elle disséquait ensuite dans sa chambre.

Lorsqu’elle eut ainsi acquis des connaissances assez étendues, mademoiselle Biberon s’occupa de préparer des pièces anatomiques en cire; elle travailla ainsi pendant trente années; elle se rendit à Londres, où elle fut accueillie par Hunter et un de ses élèves, Guillaume Hewson.

Mademoiselle Biberon arriva ainsi à composer un certain nombre de pièces anatomiques dont elle forma un cabinet qui, après être resté ouvert pendant plusieurs années au public, fut définitivement acheté par l’ambassadeur de Bussie pour le compte de sa souveraine, Catherine IL

Anne Morandi, de Bologne, née en 171G, épousa en 17/i0 un anatomiste alors célèbre, Jean Manzolini, qui la dirigea dans l’étude du dessin et de l’anatomie. Après avoir étudié spécialement les organes génitaux de la femme, Anne Morandi modela des préparations en cire représentant la matrice en

état (le gestation, avec les ditrérentes positions (|iie le fœtus peut y occuper.

Après la mort de son mari (1755), Anne Morandi fut agrégée à l’Académie des sciences de Bologne et à plusieurs sociétés littéraires de différentes villes. En 1758, elle obtint une chaire d’anatomie, et fit des cours qui eurent un certain retentissement. Elle mourut en illli.

Récemment les journaux de médecine ont parlé des doctoresses (c’est le mot consacré) américaines, à propos d’une dame Élisabeth Blackwell, qui est venue de New-York à Londres. Nous empruntons à un excellent recueil médical, la Clinique européenne, des détails plus éljCndus sur ce sujet :

Londres, 2(3 avril 1859. — « Une doctoresse d’importation américaine, miss Élisabeth Blackwell, est venue depuis quelque temps briller parmi nous. A l’heure qu’il est, le docteur femelle a de grands succès à Londres ; nous avons en elle la personnification la plus caractérisée du bloomérisme médical, de la thérapeutique eh crinoline. Miss Blackwell commença par faire ses études à Paris et à Londres, puis alla se faire recevoir docteur dans un collège américain. New-York devint le théâtre de ses débuts

HISTOIRE DES FEMMES

tlans la pratique ; elle y a ionclé un collège ayant pour élèves des dames. L’impulsion donnée par la novatrice fut si entraînante, qu’aujourd’lmi plus de deux cents belles Yankees, promues dans ce collège, se sont mises résolûment à l’œuvre, et font concurrence aux hommes, qui jusqu’ici s’étaient exclusivement réservé le droit de pratiquer la médecine.

» Non contente de ses premiers succès, miss Blackwell n’a pas hésité à quitter le nouveau monde, afin de faire profiter l’ancien continent des bienfaits de l’étrange institution dont elle a gratifié l’Amérique. Vers la fin de ce mois, la célèbre doctoresse a commencé son cours. Dans la première leçon, elle a déclaré, en termes pleins d’enthousiasme, que la véritable vocation de la femme est de guérir les maladies, ou tout au moins ceux qui en sont atteints; que jusqu’à ce moment, par une injustice criante, les hommes s’étaient fait un monopole de cette vocation ; qu’il ne fallait plus souffrir que l’on dépossédât outrageusement la femme de ses attributions naturelles. Elle a, d’une voix ferme, engagé les femmes à reprendre ce qu’on leur avait si injustement enlevé, et à prouver au monde, par des milliers de faits, qu’il avait eu tort de contester au beau sexe l’aptitude à exercer l’art d’Hippocrate. Ce discours fut accueilli avec enthousiasme.

» A la suite de la séance, une dame riche se hâta

de convoquer un meeting clans sa maison de campagne, à Saint-Jolm’s Wood. Là on discuta la proposition de fonder un hôpital-école. Les plus modérées demandaient la création d’une école d’infirmières, et lady Byron, la veuve du célèbre poète, fit l’offre d’une maison à cet effet; mais des grognements bruyants accueillirent celle proposition , on s’écria qu’elle était une offense au point d’honneur: « Nous » sommes Anglaises et libres, disait-on; nous ne » sommes ni des diaconesses allemandes, ni des » sœurs grises françaises. Au lieu de nous assujettir » à l’office d’aides et de servantes, comme missNigh- » tingale, nous prétendons agir et régner! » Ainsi on arrêta la résolution de fonder pour les médecins femelles une école avec hospital and dispensary. Une dame offrit immédiatement de verser une somme de 5000 livres sterling, plus une rente annuelle de 500 livres. »

Je me rappelle avoir vu, en 185à, à la clinique d’accouchements de M. le professeur Paul Dubois, une jeune Américaine, mademoiselle E. G..., doctoresse de l’université de Cleveland ; elle semblait avoir fait des études assez étendues, et elle était beaucoup plus intelligente et plus instruite qu’un grand nombre de ses compatriotes et collègues du sexe masculin.

HISTOIRE DES FEMMES

Puisque nous avons eu occasion de citer le nom de mistriss Élisabeth Blackwell, nous pouvons ajouter qu’il a déjà été porté par une autre sage-femme célèbre de l’Angleterre.

Élisabeth Blackwell était née en 1712, aux environs de Lincoln. Fille d’un pauvre fermier, elle fut placée d’abord comme demoiselle de compagnie auprès d’une dame de Londres. Douée d’une imagination vive et ardente, elle se livra avec assiduité à la lecture, et choisissait de préférence les ouvrages de médecine. Elle épousa alors un médecin des environs de Londres, Alexandre Blackwell, qui avait épuisé sa fortune et contracté des dettes à faire imprimer un ouvrage sur l’agriculture (1731). Elle étudia alors les accouchements et suivit les cours de Smellie, puis elle se livra à la pratique, mais elle ne tarda pas à s’en dégoûter. Son mari ayant été incarcéré pour dettes, Élisabeth dessina et composa un recueil de plantes médicinales qui fut terminé en deux ans ; elle en retira de quoi libérer son mari, et lui fournir les moyens de passer en Suède, où il mourut.

Plus tard, Élisabeth Blackwell publia 500 planches qui, sous le titre de Curions Herbal, furent publiées

à Londres en 3 volumes in-folio (1736), et plus tard en 2 volumes (1739). Cet ouvrage a été traduit et publié en latin à Nuremberg (1750 et 1760). Élisabeth Blackwell mourut en 1770.

En 1728, un chirurgien de Londres, nommé Saint- André, avait publié un ouvrage sur la génération, dans lequel il prétendait que certains animaux pouvaient en engendrer d’autres tout différents ; qu’ainsi une sole pouvait produire une grenouille, une carpe, un poulet, une huître, etc. Pour appuyer ce nouveau système, il prétendit qu’une de ses voisines, nommée Godalmin, avait mis au monde un lapin, et il montrait ce singulier produit. Ce phénomène se reproduisit quelque temps après, en présence de plusieurs chirurgiens. On cria au miracle, et l’on donna de l’argent pour voir la mère et son rejeton. Quelques sages-femmes de Londres, entre autres Sarah Stone, dénoncèrent d’abord cette supercherie. La justice s’en mêla, et l’on surprit en flagrant délit la léporigène et ses complices. Un seul chirurgien, Guillaume GifFard, se joignit aux sages-femmes pour démasquer cette jonglerie.

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Marhy Dunally , sage-femme irlandaise, née à Dungannan, à la fin du xvm“ siècle, est connue par le fait suivant. Elle pratiqua une opération césarienne avec un rasoir, seul instrument tranchant qu’elle eût à sa disposition. Après que l’enfant fut extrait, elle ne put procéder seule au pansement, et elle envoya chercher un chirurgien, qui ne vint qu’au bout de deux heures; pendant ce temps, la téméraire chirurgienne tint les lèvres de l’incision rapprochées pour arrêter l’écoulement du sang. La femme a survécu à cette opération et a guéri.

Récemment les journaux politiques (la Patrie du lû juillet) publiaient la note suivante, qui a été reproduite avec force fautes typographiques par presque tous les journaux de médecine :

« 11 vient de mourir à Darmstadt un docteur en médecine qui jouissait d’une réputation européenne; ce docteur était une femme, madame Charlotte Heidenreich, née de Sieboldt. Elle vouait particulièrement ses soins aux jeunes mères. En 1819, elle avait été appelée en Angleterre, lors de la naissance de

la reine Yicloria. Un grand nombre de cours ducales et princières d’Allemagne ont eu recours à son art. »

La famille de cette sage-femme a fourni plusieurs illustrations à la médecine. Sa mère, Joséphine de Sieboldt, était docteur dans l’art de l’obstétrique [doctor artis obstetricæ) de la Faculté de Giessen ; elle exerça à Darmstadt, où elle acquit une grande réputation. Elle avait épousé de Sieboldt, médecin en chef et directeur des hôpitaux de Darmstadt. Ils eurent deux enfants, Charlotte de Sieboldt, également docteur en obstétrique de la Faculté de Giessen, et Charles de Sieboldt, médecin célèbre de l’Allemagne.

Parmi les sages-femmes allemandes, nous signalerons encore Justine Siegmundin , Anne-Élisabeth Horenburgein, qui vivaient à la fin du xvii® siècle, et Barbe Weidmannin, au commencement du xvui«; ce sont les premières sages-femmes de ce pays qui aient écrit des traités d’accouchements à l’usage des sages-femmes.

Nous avons dit précédemment que les avortements et les infanticides étaient très fréquents chez les Ro-

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mains; on trouve, en outre, dans plusieurs auteur-s, des traces nombreuses d’auti-es crimes, tels que les suppressions et les suppositions d’enfants. On abandonnait aussi très fréquemment ces pauvres créatures dans des endroits consacrés à cet usage ; on les dé[)osait au pied de la colonne du Lmi{columna Laclaria)^ qui était placée dans le marché aux légumes. Presque tous les jours on trouvait des enfants nouveaunés sur les boi'ds de la mare de Vélabre, au pied du mont Aventin. C’étaient, en général, les sagesfemmes qui se chargeaient de l’abandon des enfants dans ce lieu l’etiié et malsain. Quelquefois, par contre, d’autres sages-femmes venaient recueillir un de ces malheui^eux et le portaient à des femmes qui, pour une cause ou une autre, simulaient une grossesse et un accouchement. "Juvénal fait allusion à ces usages dans les vers suivants :

Transeo suppositos et gaudia votaque sæpe Ad spurcos decepta lacus, atque inde pelitos Pontifices Salios, Scaurorum noaiina falso Corpore laturos (1 ).

Rappellerai-je ici les enfants supposés,

Les transports et W.s vœux des pères abusés.

Et l’égout du Vélabre, où dorment dans la fange Ceux qui des Salieiis grossiront la phalange;

Ces fruits de la débauche, audacieux intrus.

Usurpateurs futurs du grand nom des Scaurus.

(1) Juvénal, sat. VI, v. 602. Traduction de M. A. Constant Dubos.

Ce crime de supposition de part est plusieurs fois signalé dans les comédies, notamment dans Plaute : iiSiippostriûG puerum! Ego edepol jam tua prohra aperibo omnia (1). »

Des peines très sévères, la peine capitale même, menaçaient celles qui se rendaient coupables de ces actes : « Obsletricem quœ partum alienum supposait^ ultimo supplicio affici placuit (2). »

Aujourd’hui les peines sont moins sévères, il est vrai, mais on les applique ; aussi tous ces actes sont devenus beaucoup moins communs. Ce sont encore les sages-femmes qui s’en rendent coupables, presque toujours quelqu’une de celles qui tiennent ces maisons dites d’accouchement dont nous avons parlé précédemment. Ces établissements sont peu surveillés, en raison même de leur destination apparente ; aussi se trouvent-ils tout naturellement ouverts à tous les abus et à tous les actes criminels ; récemment encore la Gazette des tribunaux (15 juillet 1859) signalait un fait de ce genre en mentionnant des détails assez curieux.

Madame Renard, qui tient une maison d’accouchement qu’elle annonce dans tous les journaux, avait déjà été poursuivie pour suppression d’éàat, à l’occasion de son intervention directe pour le dépôt

(1) Plaute, Truculentus, act. IV, sc. Il, v. 50.

(2) Julius Paulus, liecerptar, sentent., lib. II.

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au tour d’enfants nés clans son étalilissenient; plusieurs fois elle avait été l’objet de sévères observations; enfin, le l/i juillet, elle avait à rendre compte d’une escroquerie accomplie dans les circonstances suivantes :

«J'accouchai, le 11 juillet, d’une fille. Madame Renard me proposa alors de me placer mon enfant à l’hospice des enfants assistés. Je préférais mettre ma petite fille chez une nourrice de confiance, mais madame Renard me dit que l’hospice m’offrirait bien plus de garanties de mystère, que je pourrais voir ma petite quand je voudrais, et la retirer quand bon me semblerait. Je me rendis à ces raisons.

» Le père de mon enfant s’entendit avec madame pour le prix du dépôt; elle demanda d’abord 500 fr., puis le lendemain elle en demanda 1000, disant qu’il y en avait moitié pour l’hospice, que la personne qui se chargeait de faire recevoir les enfants à l’hospice était devenue plus exigeante, etc., etc.

» Comme une nourrice m’aurait coûté moins cher, je me décidai à en prendre une; alors madame Renard consentit à se charger de tout au prix de 600 francs. La chose bien convenue, elle emporta mon enfant; elle devait le faire inscrire sous les noms de Clotilde-Élisabeth (ceux sous lesquels elle avait été baptisée).

QUI ONT EXlillCK LA MÉDECINE.

» Le 7 du mois dernier, je me présente à l’iios-

pice et je demande mon entant, en disant ses noms et la date de son dépôt ; on clierclie sur les registres, et l’on me répond qu’aucun eidant n’a été déposé sous ces noms. Surprise au dernier point, je cours chez madame Renard, et je lui demande une explication ; elle m’apprend alors qu’elle a déposé mon en-

fant sous les noms de Julia-Juliette. Je retournai à l’hospice, et, sur mes nouvelles indications, on m’apprit qu’en effet ma petite tille avait été déposée et envoyée par l’administration en nourrice à Rouen, où elle était morte. »

Madame Renard a été condamnée à un an de prison et 50 francs d’amende.

Il nous semble qu’en présence de pareils faits, l’administration devrait prendre des mesures sévères pour l’installation et la surveillance de ces maisons d’accouchement. Nous avons déjà signalé les graves inconvénients, les dangers de certains de ces établissements, où le nombre des avortements provoqués dépasse de beaucoup celui des accouchements à terme ; d’autres abus de toutes sortes se commettent journellement dans ces maisons, qui ne reculent devant aucun acte honteux, pourvu qu’il puisse en résulter quelque profit. Nous rappellerons ici que plusieurs de ces maisons sont également des refuges

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ouverts à la prostitution, et surtout au lenocinium ou proxénétisme, ce que Louise Bourgeois exprime en termes plus techniques (page 195).

Laissons de côté ces honteux détails, et revenons aux sages-femmes qui ont honoré leur profession : nous ne pouvons mieux terminer cette étude historique qu’en consacrant quelques lignes à une des plus habiles sages-femmes.

Madame Boivin avait acquis de bonne heure des connaissances très étendues dans l’art des accouchements, et elle ne tarda pas à se distinguer par la publication de travaux importants, parmi lesquels nous signalerons le Mémorial des accouchements , un Mémoire sur les môles hydatiques, un autre sur les causes de l’avortement, sur un pelvimètre, sur l’absorption du placenta, etc. Enfin, elle composa avec le professeur Dugès le Traité des maladies de l'utérus et de ses annexes (2 vol. in-8° et atlas in-folio, 1S33). Versée dans la connaissance des langues étrangères, elle traduisit plusieurs ouvrages anglais et italiens, entre autres le Traité des hémorrhagies utérines de Rigby, un Mémoire sur l’accouchement artificiel, un autre sur l’opération césarienne, par Ferrario.

Madame Boivin ne tarda pas à acquérir une renommée européenne, et elle fut honorée d’un grand

nombre de titres; elle bit nommée docteur en médecine de Tuniversité de Marbonrg, membre'de la Société d’émulation, membre de la Société de médecine pratique, etc.

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