LA COSMÉTIQUE, LES PARFUMS, ETC
1 8 onces.
Oignons de narcisse pilés. ... N® 12.
Ovide exprime cette formule eu vers, en indiquant en même temps le mode de préparation.
Hordea, quæ Lybici ratibus misere coloni Exue de palea tegminibusque suis.
Par ervi mensura decem madefiat ab ovis ;
Sed cumulent] libras hordea nuda duas.
Hæc ubi ventosas fuerint siccata per auras,
Lenta jubé scabra frangat asella mola ;
Et quæ prima cadunt vivaci cornua cervo
Contere ; in hæc solidi sexta face assis eat.
Jamque ubi pulvereæ fuerint confusa farinæ,
Protinus in cribris omnia cerne cavis.
Adjice narcissi bis sex sine cortice l)ulbos,
Strenua quos puro marmore dextra terat; Sextantemque trahatgummi cum semine Tusco;
Hue novies tanto plus tibi mellis eat.
Quæcumque afticiet tali medicamine vultum Fulgebit speculo levioripsa suo.
Ovide donne encore deux autres formules aussi compliquées de préparations destinées. Tune à effacer les taches du \isage, l’autre à colorer le visage. Le fragment de ce poëme est terminé par ces deux vers :
Vidi quæ gelida madefacta papavera lympba
Contereret, teneris illiniretque genis.
« J’ai vu une femme qui mettait tremper des pavots dans de l’eau froide, les pilait ensuite et s’en frottait les joues. »
LA COSMtTIQUH, f PARFUMS, FTC.
Nous trouvons dans Martial plusieurs épigrainmes qui indiijuent que la prothèse dentaire était déjà en honneur chez les Romains :
Thaïs habet nigros, niveos Lecania dentes ;
Quæ ratio est? — Emptos liæc habet, ilia suos(l).
« Thaïs a les dents noires, Lecania les a blanches. Pourquoi? C’est que la première a ses dents naturelles, l’autre a celles c[u’elle a achetées. »
Dentib.is aUpie comis, nec te piulet, uteris emplis.
Ouid faciès ociilo, Lælia? Non emitur (2).
f< Tu portes les cheveux et les dents que tu as achetés, Lélia; mais comment faire pour ton œil? On n’en vt^nd pas. »
Martial indi((ne aussi quelles étaient les matières employées à la fabrication des dents artificielles :
Sic dentata sihi videlnr Ægle,
Emptis üssibus Indicoqiie cornu (3).
c( Eglé se figure qu’elle a des dents, parce (ju’elle porte un râtelier d’os ou d’ivoire. »
(1) Martial, liv. V, ép. 43.
(2) Martial, liv. XII, ép. 23.
(3) Martial, liv. 1, ép. 73.
iSü hX COSMÉTIOUK, lÆS PARFUMS, FTC.
Du reste, ces tétiioignages de Martial sur la pretlu '3se dentaire ne datent guère (pie du premier siècle de l’ère chrétienne, mais il en existe un beauccmj) j)lus ancien dans la dixième table de la loi des Douze Tables, cjui date de l’année /i50 avant J.-C. Il était défendu d’ensevelir les morts avec de l’or : i\eve aurum addito. Cependant on en exceptait l’or (pii pouvait se trouver dans la bouche pour lier les dents : Quoi auro dentes vincti escunt^ ast im cum illo sepelire iirereve se fraudo esto,
Catulle fait mention d’un singulier dentifrice, (pii (Mait employé particulièrement en Espagne :
Celtiberia in terra
(^uod quisque minxit, hoc solet sibi mane Dentem atque russam defricare gingivam ;
Utquoiste rester expolitior dens est,
Hoc te amplius bibisse prædicet loti ( I).
« Dans la Celtibérie, les habitants ont l’habitude de se frotter cbatpie matin les dents et les gencives avec leur urine; et plus les dents sont belles et bien polies, plus (3lles prouvent que vous avez usé de ce dentifrice. »
(1) Catulle, XXXIX. — Il en est également question dans la pièce XXXVII du même auteur ; dem Ibera defrkalus urina. — Diodore de Sicile parle aussi de celte coutume bizarre des Espagnols : a Us lavent leur corps et Icuirs dents avec leur urine, » (Mv. V.)
l’I'PILATTON.
yn.
l’épilation;
Il est fort souvent question de l’épilation dans les auteurs latins; on y avait souvent recours chez les Romains, et on peut voir que toutes les parties du corps étaient épilées pour diverses raisons. Les moyens les plus usités pour enlever les poils étaient l’emploi de préparations spéciales nommées psilothrum et dropaæ, le frottement avec la pierre ponce, etc.; nous reviendrons sur ce point, après avoir indiqué sur (pielles parties on agissait et dans quel but.
Ainsi on épilait la face et le front :
Psilothro faciein lævas et dropace calvam (1),
les aisselles, les bras, les mains, les jambes : Aller se juste plus colit ^ aller se justo plus negligil; ille et entra, hic nec alas quidem vellit (2) : « L’un se soigne plus qu’il ne faut, l’autre se néglige trop ; le premier épile jusqu’à ses jambes, l’autre n’épile même pas ses aisselles. »
(1) Martial, liv. 111, ép. 74. — Voy. liv. VI, ép. 93, et liv. X, ép. 65.
(2) Sénèque, lettre cxv. — Voy. encore, pour l’épilation des aisselles, Juvénal, sat. xiv, v. 194.
l’kpii.ation.
rU'lhis lioinoesl, nexos(|ni digerit ordine crinos ;
nalsama(jui semper, cinnama semper olet.
Cantica qui Nili, qui Gadilana susurrai;
Oui rnovetin varios brachia volsa niodos (1 ).
« On appelle un homme élégant celui ipii disj)ose habilement ses cheveux, qui exhale Todeur des meilleurs parfums, qui fredonne des airs égyptiens ou espagnols, et qui sait arrondir gracieusement ses bras épilés. »
Martial fait le portrait suivant d’un homme ehéminé : •
Crine niions, niger ungnenlo, perlucidus oslro,
Ore lener, latus peclore, crure glaber (2).
« La chevelure brillante, arrosée de parfums, habillé de pourpre, un air langoureux, la poitrine saillante, les jambes épilées. »
Ovide, dans VArt d’aimer^ donne des conseils à , l’amant sur les soins qu’il doit prendre de sa personne :
Sed tibi nec ferro placeal torquere capillos,
Nec tua mordaci pumice crura leras.
Inquecava nullus stet libi nare pilus (3).
(1) Marlial, liv. III, ép. 63; — et liv. V, ép. 41 : Etpumicola pauperes manu monstras.
(2) Martial, liv. XII, ép. 38. — Voy. encore, pour l’épilation des cuisses, Juvénal, sat. ix, v. 12.
(3) Ovide, /irt d’nnnc)’, liv, I.
l'épilation.
Nü prends pas
riiahitude de faire friser tes che-
veux avec un fer chaud et de lisser tes membres avec
la pierre pouce... que l’oii ue voie aiicim poil sortir de tes narines. »
Cicéron parle également de l’épilation des sourcils : et supercilia penitus abrasa (1).
Enfin, l’épilation était pratiquée particulièrement aux parties génitales; l’épigramme suivante de Martial nous indique que cette opération était faite aussi complètement qu’il était possible :
Ouod pectus quod crura Ubi quod bracliia vellis, Quod cincta estbrevil)us mentula tonsa pilis. Hoc præstas, Labiene, luæ (quis nescit?) amicæ. Cui præstas culum quem, Labiene, pilas (2) ?
« Si tu épiles ta poitrine, tes jambes et tes bras, et ^si ta mentule n’est entourée que de poils fort courts, c’est par attention pour ta maîtresse, Labienus, tout le monde le sait; mais à qui veux-tu donc plaire en épilant certaine partie de ton corps ? »
C’est encore aux mêmes usages que le sarcastique poète fait allusion dans cette description pittorescpie :
Cum depilalos, Cbreste, coleos portes Et vullurino mentulam parem collo Et prostitutis leviiis caput culis
(1) Cicéron, Pro lîoscio.
(2) Martial, liv. H, ép. 62