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tion sans Feffrayer. Don Juan d'Autriche^ le brithnt Tain* qucur de Lépante, qui de tout l'héritage de Chartes-Quint n'a recueilli que son épée, est envoyé pour essayer ce que pourront les séductions de la gloire sur des esprits restés inaccessibles au pardon eomme au supplice. Entreprise désespérée, d'où dépend pourtant dans Tavenir la grandeur de la monarchie espagnole. Car la Flandre est le centre de sa puissance continentale : c'est par là qu^elle cerne la France, surveille les flottes de rAogleterre, domine le commerce de TEorope. Et pourtant^ à peine don Juan a-t-il reçu sa noruination, avant d'avoir touché terre et pris possession, sa tète se monte, son imagination s'exalte, il médite d'aller oon^érir, du même coup, la main de Marie Stnart, prisonnière, et le trôtfie d'Élisat)(kh. Il ne s'est pas encore mesuré avec les bourgeois de Gand et d'Anvers qu'il se croit déjà couronné dans la Cité de Londres, et peu s'en faut que Philippe H, s'il n'était retenu par sa jalousie habituelle contre un fràre illustre et chéri des peuples, n'entre dans ce projet et ne l'exploite à son profit. N'est-ce pas là la politique espagnole toui entière? Nation et souverain, princes et ministres, tons les regards tournés vers le dehors, et pas un ne penssmt que pendant que les garnisons espagnoles défendent les forteresses d'Italie et de Flandre , pendant que l'infanterie d'Espagne s'immortalise sur les champs de bataille, cette forte et alors fertile terre d'Espagne elle-même s'épuise d'hommes et d'argent, et que la vie se retire de ses champs abandonîiés, de ses manufactures* sans bras, de ses châteaux sans maître.
Que le peuple espagnol du xti« siècle se soit ainsi laissé entraîner par la manie des aventures, cpii ne le comprend et qui ne le pardonne ? Quelle tête humaine eût résisté à ce déluge incroyable de bonnes fortunes qui vint fondre sur lui en un instant? Pensez un peu ce que c'était pour un peuple que d'avoir en cinquante ans découvert et con-*
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qm un monde nouveau, mis la conionne de Ohairiemagne sur la tête de son chef ^ assiégé le pape dans Rome, fait prisonnier le Foi de France à Pavie I Quelle aventuré pour une nation à peine sorfie de ses montagne» et remise de ses guerres civiles, qui la veille encore dispofait à des infidèles la plus belle province de son territoire ! Que! ébranlement surtout devait j«ssentnr tne génération, au fond enccHre sauvage, nourrie d'une littérature ehevale^ resque, qui ne la rendrait qUe plus facile à s'enflamuner ! Quand on venait raconter quelque part dafi^ les âpres montagnes d*Asturie ou de GaKce qu'un petit capitaine, k la tète de trois cents hommes , avait scAEnnis tin empiro aussi grand que l'Europe et pris d'assa(6t nnfe ville miem^ peuplée que Madrid, et qae tout eela s'était pafssé à Tombrè de gigantesques forêts, sous un ciel éclairé par des astres ineonnos, sur une terre qtti recelait dea trésors dans ses ianoa^ ou bien quand on voyait passés^ dans les rues de Madrid un souverain captif, mais fier encore, défiant ses enoemis en champ clos^ et refusant de bâfisser ta tète même devant la porte de sa prison : quelle Impression devaient produire ces Mille et une Ntiits nouvelles, cette elievala'ie ressuscitée chex dés peuples bercés par les contes de FAlhambra on les romancée de Roncevaux ! Aussi pas mi n'y résista ; ce fut une folie générale. La désertion s'étendit depuis les montagnes de l'Afpajarra, dont les cimes mêmes étaient cultivées, jusqu'à cette véga de Grenade fécondée par le sang des Maines et des Chrétiens, jusqu'à ces fabriques illustres de Tolède et de Ségovie qui foornïs»aicut l'Europe d'armes et de soieries et l'habillaient ainsi pour les combats comme pour tes fêtes. Quel «ïoyen et quel besoin de travailler plus longtemps? On attendait les galions du Mexique : oft avait l'Eorope à conquérir : an s'enrôlait pour l'Italie, on s'embarquait pour l'Amérique. L'Es|!)agne entière fut comme un grand atelier quç ses patrons et ses ouvriers désertent pour alto
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mettre leur salaire et leur capital à la loterie. C'est au milieu de ce mouvement que M. Mignet nous jette , sans avoir besoin de nous le décrire, et nous y sommes entraînés presque sans avoir le temps de nous reconnaître.
Que Charles-Quint n'eût pas arrêté cet élan , qu'il Teût favorisé même , cela se comprend. Charles-Quint ne fut Espagnol que par hasard : il vint tard en Espagne , il y resta peu ; il y laissa une insurrection triomphante pour aller prendre possession de Tempire d'Allemagne , et secrètement il lui en voulut toujours un peu de ce souvenir. Pendant trente ans de campagnes et de victoires , il ne prit guère l'Espagne que comme une caisse pour y déposer les trésors des Indes et un champ de milice pour y exercer des recrues : un Espagnol ne fut jamais pour lui qu'un soldat destiné à garder le duché de Milan et à battre Maurice de Saxe. Et quand il se retira enfin dans un cloître d*Estramadure , ce fut pour fuir à jamais ce mouvement des affaires et ce bruit du monde qui avaient fini par l'épuiser, et pour cacher cette tête blanchie que la fortune n'aimait plus. Mais on devait mieux espérer de Philippe II. Né en Espagne et préférant sa patrie à tout autre pays, peu aventureux de sa personne, ayant, comme dit quelque part M. Mignet , entendu de trop près le son du canon à Saint-Quentin , et s'étant rapidement retiré au fond de ses montagnes pour échapper à ce bruit importun ; il semblait fait pour remettre les esprits dans leur assiette et faire rentrer l'Espagne dans son lit. Il n'en fut rien : il fut pris comme les autres par la maladie de son temps, et dans cette nature sombre et pensive elle fit plus de ravages encore que dans aucun autre. C'est ce que M. Mignet nous fait admirablement comprendre. II nous fait reconnaître dans Philippe II une de ces âmes méfiantes d'elles-mêmes, d'autrui et de la destinée, pour qui la retraite et l'isolement ne sont que des moyens de se livrer plus en paix , loin des entraves, des conseils et des
périls, an feu ardent, bien que caché, des passons qui couvent en elles. Ce n'est pas le repos que de tels hommes vont chercher au fond d'un cloitre , c'est le loisir de se repaître de leurs chimères , de s'acharner dans leurs projets , sans courir risque d'être sans cesse ou démentis par la réalité y ou arrêtés par les circonstances , ou trahis par leurs organes. Nous savons gré à M. IMignet de nous avoir ainsi retracé Philippe II , de l'avoir dépouillé de ce calme apparent dont sa figure , vue de loin , parait enveloppée ; d'avoir fait justice de ce Philippe II de fantaisie que nous décrivaient les auteurs du xvui'' siècle y Machiavel en action, maître de tous ses mouvements, se servant des hommes comme de machines et de la religion comme d'un instrument, et de nous avoir rendu le Philippe II véritable avec ses passions étouffées , avec ses orages intérieurs , avec ses angoisses et ses jalousies. En cela» il n'a fait que confirmer c^ que l'imagination des peuples et l'instinct de la poésie avaient depuis longtemps deviné. Nous nous souvenons encore du temps où l'on raillait Schiller pour avoir osé donner à Philippe II une jalousie d'amoureui. Aujourd'hui M. IMignet nous le montre, par des témoignages irrécusables , persécutant son confident et son complice, risquant tout le secret d'une politique et d'un crime , pour se venger d'un amour trompé. Nous le voyons sortir de son palais pour aller se placer devant la maison de la princesse d'Ëbôli , et la regarder enlever par ses soldats; puis, rentré dans sa chambre , il se promène jusqu'à cinq heures du matin avec une grande agitation d*âme. Nous pouvons dire comme Antonio Percz racontant ses malheurs : Enfin la grande cause fut la jalousie. Enfin , senor , fueron zelos. Un homme aussi vivement ému par un amour vulgaire qui n'occupa qu'un instant de sa vie , placé sur le trône de Charles-Quint , ne put ignorer aucune des joies ni aucune des douleurs de l'ambition. Seulement il mit la
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sienne à Tabri , dans une retraite inaccessible où aiican coup de la fortune ne put Talteindre. Retiré dans le lieu le plus solitaire de FEsplagne , derrière une triple chaîne de montagnes^ où c'est môme encore aujourd'hui une œuvre laborieuse cpie de pénétrer, éloigné ainsi presque également de toutes ses frontières, comme s'il eût cherché, le compas à la main , le point qui le mettrait le plus loin du contact du reste de l'Europe , il semblait s'être soustrait par avance à tous les avertissements pur lesquels la destinée arrête en général les hommes dans Télan de leurs passions et sur la pente de leur ruine. Aussi aucun scrupule ne le traverse ^ nulle pitié pour la misère croissante de son pays ne l'arrête ^ aucun revers, aucune iniir-^ mité ne le désarment; et, en présence d'Henri IV victorieux , d'Elisabeth paisiblement assise sur le trône , des Ëtats-Généraux de Hollande reconnus par toute l'Europe, ne pouvant plus lui-n)ême que se traîner de son lit à son prie-Dieu , il repasse incessamment dans sa tête déjà affaiblie par les approches de la mort tous les plans de sa politique déçue.
Dans cette partie désespérée , où le joueur obstiné doublait l'enjeu à chaque perte > on conçoit ce que devint TEspagne. Cinquante ans d'un tel gouvernement la cb^ tièrent cruellement^ la corrigèrent trop tard de sa folle vanité d'un moment. A la fin du règne de Philippe IF, elle demandait grâce ; mais il n'était plus temps de l'obtenir : le mal avait pénétré jusqu'aux os. Non^senlement ses provinces étaient dépeuplées; mais ses trésors, comme le tonneau de la fable , étaient toujours vides , bien que toujours remplis par les mines du Nouveau- Monde. Ce n'eût été rien pour un si grand pays qu'un épuisement momentané , car la paix à elle seule refait le sang tari des nations; mais le fond de la société se ressentait de la main puissante qui l'avait maniée pendant un demi-siècle. A cette politique extérieure, toute préoc-
cupte de pro|ets indifférents au bien véritable de l'Espagne, avait dû correspondre une politique intérieure ignorante de tous ses intérêts et dédaigneuse de toqs ses droits. Puisque la politique extérieure ne voulait que faire ou garder des CQaquétes , séparées par la mer de Tespagne , sans lien avee elle et sans profit pour elle , la po^ litique intérieure devait avoir eu pour unique J^ut de créer en Espagne une nation qui pût servir d'insirument souple, aveugle et docile, qui se laissât exporter au delà de 1 Océan, et m^œuvrer sur des champs de bataille, safis discuter, sans opposer aux volontés de ses maîtres ni cette résistance éclairée d'un peuple qui connaît ses intérêts , ni cet attachement à la paix et au sol natal qui se forme si facilement chez un peuple industrieux. Ce fut à quoi s'appliqua , avec une volonté systématique et perses vérante, l'administration de Pliilippe IL A la considérer dans son ensemble , on dirait une machine dressée pou» exploiter à la fois et comprimer la nation : l'exploiter, afm qu'elle puisse fournir toujours des hommes pour la ean^ quête , des garnisons pour les provinces du dehors , des colons pour l'Amérique , en un mot 9 pour qu'elle se tienne toujours à la disposition des besoins de l'ambition ; la comprimer, de peur que de son sein , du développcr ment naturel de ses lumières et de ses forces , il ne sorte un embarras pour ses souverains, qu'il ne lui preime fantaisie de songer à ellenfnême , à ses propres affaires , et qu'elle n'ait le loisir de s'apercevoir que , n'ayant rien gagné à l'agrandissement de la monarchie , elle perd tout à en défendre les derniers débris f et que ces royaumes acquis sans coup férir l'épuisent en se séparant d'elle. De là cette guerre déclarée à tous les débris de la prospérité intérieure de l'Espagne , à tout ce qui restait encore d'ef<forts d'iadusËFie et d'intelligence dans jùbU^ nation éga«rée, à fout ne qui pouvait jeter quelques racines sur ce sol soulevé par un feu volcanique $ de là, )ûentôt après ,
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cette sourde hostilité du gouvernement contre toute la partie éclairée du pays qui donne un aspect si triste à quelques-unes des scènes du gouvernement intérieur de Phdippe II.
M. Mignet nous en met sous les yeux , dans ce même livre d'Antonio Ferez y un saisissant exemple : il nous fait assister à la, dernière lutte de l'indépendance de F Aragon contre l'envahissement du'pouvoir absolu de Philippe H. Antonio Ferez , échappé des prisons de TinquisitioD , se réfugie sous Ja protection des fueros d'Aragon , « où l'attendait, dit M. Mignet, l'appui d'une justice impartiale au milieu d'un peuple que ses privilèges rendaient fort et indépendant , et que son indépendance avait laissé fier et brave. » M. Mignet nous montre comment , devant la politique habile de Fhilippe II, cette fierté finit par s'ébranler, et comment avec elle périt cette indépendance. Aucune partie de son ouvrage ne cause autant d'émotion que le moment où Antonio P^ez, les membres encore tout meurtris par la torture, après trente lieues de marche secrète et rapide , met enfin le pied sur la terre d'Aragon , et voit succéder à ses juges mystérieux, à cette étrange diplomatie qui se poursuivait dans le fond d'un cachot entre lui et son souverain, l'un disputant sa vie et l'autre marchandant le secret de ses crimes , les formes libres d'une justice publique et régulière; il est impossible de lire sans attendrissement sa première lettre à Philippe, qui semble comme le cri de joie d'une poitrine oppressée au souffle du grand air. Et lorsque enfin le pouvoir de Philippe II finit par s'étendre jusque sur cette terre privilégiée , lorsque le grand-justicier paie de sa tète son attachement aux prérogatives de sa charge , lorsqu^on sent que les courages sont abattus en même temps que les lois sont violées, oa. éprouve une grande im{Hressioa de tris-» tesse, comme lorsqu'on voit dans la nuit un dernier point lumineux disparaître à l'horizon.
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Et cependant ce n'est pas la seule scène de ce genre que l'histoire moderne nous présente. La lutte de la royauté contre les vieilles libertés féodales , la substitution d'un pouvoir absolu et central aux privilèges de corps, de classes et de provinces, c'est le spectacle que nous trouvons dans tous les pays de l'Europe, à l'issue du moyen âge. C'est, à coup sûr, la voie fatale et providentielle dans laquelle tous les pays devaient marcher. Depuis la chute de toutes les libertés communales jusqu'à la prise de la Rochelle par le cardinal de Richelieu, et à rentrée de Louis XIV le fouet à la main dans le parlement de Paris, notre histoire intérieure tout entière n*est que le récit d'une longue et ,' après tout, heureuse révolution de ce genre. Pourquoi donc celui-là nous pénètre-t-il involontairement d'une si profonde douleur? Pourquoi voyons-nous avec tant de regret en Espagne le^ progrès du pouvoir royal , auquel en France nous applaudissons de si grand cœur? C'est qu'un secret instinct nous avertit qu'en France le pouvoir royal est ami de la nation et travaille pour elle , tandis qu'en Espagne la royauté apparaît plutôt en conquérante qu'en souveraine ; c'est qu'on sent qu'il n'y a pas entre elle et le pays de solidarité véritable , qu'elle se sert du pays plus qu'elle ne le sert; que ses pensées sont ailleurs, et qu'en lui demandant le sacrifice de ses libertés locales ou de ses garanties individuelles elle ne lui rendra pas, comme la monarchie française , en échange une administration intelligente, des lois civiles équitables , la prospérité matérielle et la gloire de la pensée.
Vous croyez peut-être , en efifet, en voyant dans l'ouvrage de M. Mignet la fin des cortès d'Aragon , dernier vestige du vieux gouvernement représentatif, tel que les Goths l'avaient amené de la Germanie , que vous allez voir «issi disparaître par compensation quelques-uns de ces préjugés du moyen âge qui avaient retardé si longtemps les progrès des peu(riesj et qui devaient tomber
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devant les lumières des temps modernes : vous vous imaginez qu'en même temps que la noblesse perd ses privilèges et son indépendance quelques pas seront faits vers régalité des divers rangs de la société, -* qu'en retour des libertés provinciales sacrifiées vous retrouverez quelque unité dans les loin,*— que, débarrassée de ses entraves, parfois salutaires f majs parfois gênantes aussi, Tadmimstration aura les mains plus libres pouv rétablir Tordre matériel, défendre la propriété, protéger les faibles, assurer le cours de la justice. Un regard jeté sur la législation esfiagnole de cette époque suffirait pour vous détromper. Il n'est pas un des désordres, pas une des faiblesses de la société du moyen âge que le pouvoir de Philippe II ne conserva avec soin, n*entretlenne, ne favorise au besoin ; pas un des bienfaits des temps nouveaux auquel il ne ferme soigneusement la porte. Agriculture, travaux de l'industrie, du négoce ou de l'Intelligence, rien n'obtient grâce devant ce pouvoir égoïste. C'eût été bien le moins qu'en même temps qu'on ôtait à la noblesse et au clergé le droit de contrôler le pouvoir royal , de voter les impôts, de décider les questions de paix et de guerre, on les empécbàt , en revanche , d*étendre sur les trois quarts du pays Tincurie et Hgnorance habituelles aux possesseurs de mainmorte et de substitutions. Tout au contraire; c'est au temps de Philippe II que les majorats de la noblesse et les biens de TÉglise reçoivent la plus rapide extension. Chacun imita le souverain, qui avait si richement doté le couvent où II faisait sa demeure; et à toutes les plaintes qui parviorent plus d'une fois jusqu^à ses oreilles, Philippe II répondit constamment qu'il ne convenait pas d^ innover en ces matières {que no eonvenia qtie sobre eeto se hieiera novedad) *. li osait bien dissoudre les assemblées nationales et violer le ser-
' H, WeiBs, fflf I. d^Bêpagne et de la maison d'Autriche, II, p. SO.
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ment de son Baare ; mais il gardait auprès de lai avec respect YhonoriUflê Compagnie de la Mesta^ qui possédait tous les troupeaux de mérinos de l'Espagne et avait pour privilège de les faire paître chaque année^ au moment où les bergers les ramenaient des montagnes, dans tous les champs qui se rencontraient, sans qu'il fût permis aux cultivateurs d'enclore lourd domaines pour s'en défendrOé Ainsi disparut cette belle et riche agriculture que l'Es^ pagne avait héritée des Maures, qui allaU cfaerehér les eaux dans les montagnes, et féoondait le sol par dé savantes irrigations ^ qui étendait sur lés moissons naisr^ santés Tombre de la vigne et des palmiers; elle fut remplacée par une culture légère^ à fleur de sol^ qui couvrait à peine la semence d'une couche de terre et la laissait exposée sans défense au soleil, le laboureur ne se souciapt ni de creuser un sillon ni de planter un arbre pour les voir foulés aux pieds par les trou^ peaux qui descendent chaque année par millions des. hauteurs de l'Ëstramadure. L'Espagne tout entière per«dit aes forêts et ses eaux« Ce fut bien pis encore pour le commerce et l'industrie. Il faut lire, pour le croire^ dans un récent et savant ouvrage que nous venons de citer et qui s'honore du suffrage de M. Mignet , l'in-croyable série des mesures législatives qui , se succédant sans relâche, viennent tarir, comme à dessein et de parti priSt toutes les ressources publiques, décourager l'un après l'autre tous les efforts de l'industrie particulière : le renchérissement subit de la main-d'œuvre produit par la multiplication imprudente du numéraire des mines du Nouveau*Monde, et par les lois plus insensées encore qui interdisaient son exportation sous des peines sévères^ l'absurde préjugé qui frappait de mépris les arts méca-^ niques, constamment encouragé par le pouvoir ; les impôts épargnant une noblesse oisive et parasite, et allant tomber sur tous les métiers utiles^ le commerce des Indes
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concentré dans des compagnies priviiégiéeSy qui le gardèrent si mal qu'il passa tout entier aux étrangers par la contrebande. Pas une voie de communicatioii ouverte entre les grandes villes, pas un des grands fleuves qui sillonnent la Péninsule rendu navigable. Et si, après cette lecture accablante, on conserve encore la force de porter un jugement, on ne peut se défendre de penser que tout, dans cette suite de fautes, n'est pas imputable à la simple impéritie du gouvernement; qu'un système, au moins confusément entrevu, a présidé à cette dégradation continue et persévérante d'un grand pays ; qu'il entrait dans les vues secrètes, dans les intérêts de la politique de Philippe Il de rompre tous les liens qui attachent les honmies à leur patrie, et de ne laisser d'un bout à Tautre de TEspagne que des hommes qui pussent la quitter à un jour donné, sans regarder en arrière avec regret, et qui, sortant de cabanes nûsérables, trouvassent l'abri des tentes commode et le lit des camps moelleux. Gomment en douter lorsqu'on voit également Fétrange penchant de la législation espagnole pour ces gentilshommes fainéants et misérables qui usaient des privilèges de leur naissance pour ne rien savoir, ne rien faire et tout demander, et qui jouent un rôle si gai et à la fois si triste dans les pièces appelées, d'après eux et d'après les seuls biens qu'ils eussent en partage, comédies de cape et d^épiet On n'avait pas voulu d'une aristocratie politique siégeant dans les cortès, résidant sur ses terres et les cultivant; on comble, on multiplie sans mesure, on favorise par des exemptions d'impôt de tout genre une noblesse oisive , merveilleuse pour la conquête et l'émigation : « Il faut protéger de tels hommes, avait déjà dit Ferdinand le Catholique dans une de ses lois, car c'est avec leur épée que nous gagnons les batailles. » Là-dessus on les exemptait de payer leurs dettes et on leur permettait de maltraiter leurs créanciers. Toute la politique intérieure de l'Espagne est dans ce
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mot. On le pressent^ on le devine dans le livre de M. Mignet , et c'est ce qvi fait qu'on suit avec tant de regret raccroissement du pouvoir de Philippe IL
11 n'était guère probable ^que^ dans cette entreprise dirigée contre les emplois les pliis innocents de Tactivité humaine y les travaux de Tesprit fussent longtemps épargnés. La liberté de Tintelligence était un trop puissant instrument de résistance pour échapper à l'oppression commune. Elle en fut, au contraire, on le sait, le premier et le plus constant objet. Le despotisme de Philippe II s'arme contre elle de tous ses moyens de défense; il l'en* serre, il Fétouffe de toutes parts. On a déjà nommé l'inquisîtion.
Quelque chose eût manqué en effet au tableau si exact de rétat de TEspagne que nous présente le nmivel ouvrage de M. Mignet. si Tinquisition n'y avait pas eu son rôle. Philippe il vu sans l'inquisition n'eût été que la moitié de lui-n^me. L'înquisiUon d'Espagne, en effet, c'est Philippe II en personne. C'est lui qui lui a donné ce caractère odieux dont le souvenir est resté gravé dans la mémoire des peuples, et qui a rejailli, par une confusion déplorable, sur l'église catholique tout entière. Ailleurs l'inquisition n'avait été qu'un tribunal de foi, appliquant les maximes d'intolérance civile alors généralement reçues dans toutes les communions, mais souvent avec plus de douceur que les cours de justice laïques. L'inquisition de Rome , par exemple , s'est montrée en somme moins sévère dans ses jugements que le Parlement de Paris et les conseillers de Henri VIII. Mais l'inquisition d'Espagne, entre les mains de Philippe II, fut avant tout un instrument politique. Il en disposait à son gré par la nomination du grand inquisiteur, qui relevait de lui seul. Il le fit servir constamment à ses desseins, et lui laissa, après lui, sa forte empreinte. Aussi dans une oeuvre de mystère et de tyrannie comme la persécution d'Antonio Perez, il n'y
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Bfait pas à craûidre cpie l'inquisition manquât à l'appel. Nous la voyons en effet en action. Ponr la première fois peut-être noos suivons en détail on texte de procédure ; et ce qui nous platt dans la manière dont son apparition nous est racontée, c'est qne nous ia retrouvons sous ses traits popalaires et connus telle qne noua la révona dès Penfanee. L'érucUtion se donne trop souvent en effet la tâche in§rate de bannir les idées reçues, d'6ter à rimar gination des peuples ses types familiers, de réhabiliter ce que Topinion eommune flétrit, de faire aperoevcnr quel* qne tache dans des modèles respectés. Rien n'est péniMe comme ces exécutions historiques qui nous mettent en défiance contre Thisloire tout entière , et , pour mieux éclairer un des points de rhorîson , semblent le faire trembler tout entier devant les yeux. Nous aurions su mauvais gré à M. Mignet si , sur les traces de certains paradoxes modernes , il avait entrepris d'atténuer Tindignation que le seul nom de l'inquisition inspire depms des siècles, de lé justifier par les besoins on les caprices du temps; mais ce n'est pas de M. Mignel qu'on peut craindre de pareils égarements ; il sait trop bien qne la tradition des impressions nationales est pour l'histoire une source d'enseignements aussi respectables et plus vivants que les manuscrits , et qu'il y a là comme le verdict d'un jury populaire que le tribunal de la sdence ne doit casser qu'à bon escient.
Aussi l'inquisition qne nous voyons chez M. Mignet ressemble^t-elle à tel point à l'inquisition des poètes, des romanciers, peut-être même dies mélodrames, qu'un instant on se demande si c'est la vérité des faits qu*cHfi lit ou une fiction faite à plaisir. C'est quand Antonio Ferez, réfugié à Saragosse, est acquitté par le graiid-justicier et défendu par r^nragon font entier; c'est alors que Philippe il se touriie vers l'inquisition, comme au dernier recoiffs dn despotisme. Il n'a f^us^ contre 90tà eimenii,
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ni sujet d'accusatien, ni joges compétents; il demande k rinquisition de lui fournir ce qui lui manque : un crime et un tribunal. L'inquisition se met à l'œuvre, et il faut la voir improviser un crime, appliquer tout Tappareil de la scolastique pour tirer à perte de vue les conséquences des moindres paroles échappées à la légèreté ou au désespoir, et faire gravement un hérétique de Ferez pour s'être écrié, en apprenant l'emprisonnement de sa femme et de ees etifants, ces mots presque bibliques : a Dieu dort! » Puis il faut l'entendre ajouter d*un ton hypocrite et mielleifx : «( Ceci sôtHÙlê dire que Dieu n'a pas $auoi des a choses humuinesj ee fue les saintes Écritures et (Eglise fi catholique enseignent.,. Et, bien qu'on avance ces fi paroles en doutant y celui qui doute en matière de a foi est infidèle y our celui qit^ doute d'une chose ne « croit ni le oui ni le non. Or l'homme est obligé de « croire positivement l'un et l'autre: en ne les erogant « pas^ il nest pas chrétien, » Et quand on sent que les bourreaux sont là derrière pour prêter force à cette dialectique féroce; trois siècles déjà passés, la pleine liberté dont nous jouissons et tant de déclamations sinr l'intolérance qui ont fatigué nos oreilles n'empêchent pas de frissotmer à une telle lectui^e.
Pttîsy en y réfléchtesant^ comme on comprend bien qo'une telle institution ait fini par paralyser en Espagne tout ce moufTement de rintelligence qui avait été si bril* ladt m moyen âge) Aussi tont se tut , tout s'éteignit peu à peu ; les grandes universités, qui avaient été les lumières de FEurope, s'enracinèrent dans un enseignement sec et routinier; l'étude de la théologie cessa quand la recherche des originaux et la citation des textes devinrent suspectes de protestantisme; il n'y eut plus de droit public pos* sible en prestance d'une jurisprudence mystérieuse qui confondait les pouvoirs spirituel et temporel , la juridiction des clefs et celle du glaive^ la pénitence et le sup-
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plice ; plus de dtoïi canon permis sons l'empire d'une discipline ecclésiastique toute nouvelle qui anéantissait le pouvoir épiscopal et ruinait les vieilles libertés de l'église espagnole. Le résultat fut complet : l'Espagne se déshabitua de parler et bienti^t oublia de penser.
C'est tout cela'qu'on entrevoit dans le tableau rapide que nous présente M. Mignet.
Que ne verrait-on pas encore dans cette image fidèle et vivante d'une société aux prises avec un homme ! Il n'est pas une page de ce livre qui n'ouvre une de ces perspectives où l'espiit aime à se perdre. Mais il faut s'arrêter et laisser ^u lecteur quelque chose à faire. Ce qui vaut encore mieux d'ailleurs que les réflexions que le livre suggère, c'est le sentiment général qu'il laisse quand on l'a posé. Il esf*^ en eflet, des traits qui font deviner à l'imagination, en un clin d'œil, ce qu'il faudrait des années pour étudier. Je sais, pour ma part, qu'aucune histoire d'Espagne ne m'a fait si clairement comprendre l'administration de Philippe If qu'une course précipitée à travers les plaines de Castille. J'avais laissé à Burgos les campagnes encore parées d'un peu de végétation, et dans la ville de Don Diègue et de Chimène le tombeau du Cid sous les arceaux d'une admirable cathédrale. A mesure que je m'avançais vers Madrid, la verdure devenait plus rare, les villages ne se composaient*plus que de quelques cabanes formées de pierre sans ciment, avec une seule ouverture qui servait de porte et de fenêtre; les hommes paraissaient plus sauvages; ils adressaient à leurs mules des cris plus rauqnes , ils prenaient leurs fusils de défense avec une expression inquiétante. Par une étouffante journée du mois d'août, pas une vapeur ne s'élevait de ces terres desséchées pour interrompre la monotonie des contours et modérer l'éclat de la lumière : une ligne tranchée séparait un sol uniformément gris du bleu ardent du ciel. C'est ainsi que s'annonçait par la bar-
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barie des hommes et la nudité des campagnes la capitale favorite de Philippe U. Ce souvenir ne m'a pas quitté. Nous promettons aux lecteurs du récit animé de M. Mignet quelques-unes de ces impressions dont la trace ne s'efface pas.
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