‹ Études morales et littéraires: épopées et romans chevaleresquesChapitre 2 sur 49 · CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

CHRÉTIENNE

Date et lieu de la scène : une maison de campagne dans la province de Namur en octobre 187...

— D* ordinaire^ entre le dîner et la partie de whist^ les hommes se réunissent dans la bibliothèque. Ils étaient quatre ce soir là. D'abord^ un Français, le COMMANDANT, blessé à Résonville. Couché dans un fauteuil^ sa jambe malade étendue sur une chaise^ il fumait en conscience^ et paraissait absorbé dans cette occupation. Puis^ le vieux- PRÉSIDENT de la Cour d* appel de***. Il était assis près de la table encombrée de livres, et tenait sur ses genoux un don Quichotte illustré par Doré, Ensuite un autre français ^ le jeune Robert de Lucan, L'ABBÉ, comme on rappelait déjà par anticipation, encore un peu gauche dans sa

soutane de séminariste prise depuis trois mois à peine; il se tenait debout en face du président et discutait avec lui comme d'habitude^ lorsque

/^Archiviste entra.

— Vous arrivez à propos, cher ami, dit le président. Décidez entre nous. Au fond, ce que nous agitons pour le moment, Robert et moi, c'est une question d'histoire.

L'Abbé, Nous ne serions pas même d'accord là-dessus. A mes yeux, ce n'est pas une simple question de fait;... mais il n'importe, je consens de grand cœur à soumettre le débat à notre historien.

L'Archiviste. Historien I je voudrais l'être : mais je ne suis qu'un fureteur de vieux livres. Je fournirai peut-être des éléments à votre discussion et je donnerai mon avis, si j'en ai un, voilà tout.

Le Président, C'est de don Quichotte que nous causions, sujet inépuisable. Et je disais à mon ami Robert, qui ne me croit pas, tout le mal que l'esprit chevaleresque a fait dans le monde chrétien.

LAbbé. Du mal, soit, mais beaucoup de bien; on abuse des meilleures choses.

Le Président. L'esprit chevaleresque n'est pas une bonne chose.

L Archiviste, Voulez-vous bien me permettre un peu de pédanterie ? Si vous commenciez, l'un et l'autre, par définir l'esprit chevaleresque ?

Le Président, L'esprit chevaleresque est une tentative pour concilier, tant bien que mal, les idées chrétiennes avec l'orgueil et la volupté...

Le Commandant^ lançant une énorme bouffée de tabac ; Pfff!

Le Président. Hein?

Le Commandant, Je ne dis rien. Je fume.

Le Président,,., Je reprends : Tesprit chevaleresque est une tentative pour concilier, au prix du bon sens, les idées chrétiennes avec l'orgueil et la volupté, mais surtout avec l'orgueil; et pour former de ce compromis une sorte de vertu mondaine composée de transactions, de contradictions et surtout d'illusions.

L'Abbé, Et je dis moi...

L'Archiviste. Mille pardons. Un instant, je vous prie. Dites-moi, mon président, cette tentative pour concilier, en apparence du moins, ce qui est absolument contradictoire, la vertu chrétienne et les racines essentielles du péché... C'est bien cela?

Le Président, Peu s'en faut.

L'Archiviste. Cette tentative est -elle consciente et volontaire ou purement instinctive ; est-ce une hypocrisie, ou tout simplement une faiblesse, une erreur !

Le Président. La question me paraît naïve.

Vous savez, aussi bien que moi, qu'il est à peu près impossible de mesurer la part de l'intelligence et celle de la volonté quand il s'agit d'une

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faute individuelle : que voudriez-vous donc faire quand il s'agit de ces grandes manies collectives de rhumanité ! Dans le travail séculaire qui tend à ériger un idéal de noblesse et de grandeur humaine en dehors de la morale chrétienne, il y a de tout : parfois un peu de comédie, de politique, si vous voulez, chez quelques habiles, qui exaltent les sentiments des autres pour les exploiter ; et dans la masse, de l'ignorance, de la faiblesse, de l'imitation, de l'entraînement. . .

VAhhé, Passons... d'autant plus que pour moi, comme je le disais tout à l'heure, la question purement historique est accessoire. Il s'agit d'un sentiment naturel et non point d'un sentiment factice. Le nom est du moyen âge ; mais on pourrait citer des âmes chevaleresques dans l'antiquité même. Le sentiment chevaleresque, ou l'honneur, car c'est la même chose, c'est le courage au service, non seulement de la justice, mais de la générosité; c'est l'amour du bien poussé jusqu'à la noble folie des amours vraiment passionnés ; ce n'est pas seulement la religion du devoir, c'en est la superstition; c'est le dernier épanouissement et comme la fleur de la vertu chrétienne.

V Archiviste, Vous n'êtes pas très près de vous entendre.

Le Président, Je vous demande bien pardon.

J'entends Robert parfaitement. C'est lui qui ne

MORALE CHEVALERESQUE ET MORALE CHRBTXEmfE. 11

m'entend pas, et de plus ne s'entend pas luimême.

VAbbé. Cette façon de discuter...

Le Président, Eh ! mon ami, vous savez que nous nous aimons de tout cœur. Je reconnais que ma façon de discuter n'est pas convenable ; mais les convenances, la civilité puérile et honnête, ce n'est qu'une contrefaçon mondaine de la charité. Nous nous aimons, n'est-ce pas?

Puisque nous avons la réalité,la vraie, qu'avonsnous besoin de la contrefaçon? Je suis vieux, on me passe bien des choses, laisse-moi discuter à ma manière. Vois, j'ai dîné avec ma vareuse et mes gros souliers — pour avoir chaud; — voudrais-tu maintenant me faire mettre une cravate blanche à mon style? Donne-moi la main, mon bon Robert, et laisse-moi te montrer que tu es absurde.

V Archiviste. S'il est absurde, il Test en assez bonne compagnie.

L'Abbé, J'écoute; mais puisqu'il est entendu que, lorsqu'on s'aime, on peut et l'on doit se dire des choses désagréables, je vous dirai que j'ai toujours cru la politesse conciliable avec la vraie charité.

Le Président C'est une question. Nous la discuterons une autre fois, si tu veux; d'autant plus qu'elle est connexe avec la question de la chevalerie : — « courtois et chevaleureux ! » — Mais je reprends mon raisonnement.

Mon cher archiviste, vous voyez bien ce jeune homme, Robert, vicomte de Lucan. Vous savez qu'il a toujours été chrétien jusqu'au tond de Tâme : pourtant si je n'avais pitié de lui, je vous dirais des traits de sa vie qui vous étonneraient, vous qui croyez le connaître... Il est toujours prêt à se sacrifier pour ses amis, pour sa famille, pour tous ; il aime d'une prédilection particulière les malheureux, les disgraciés de la nature ou de la fortune, tous ceux qui souffrent et que l'on dédaigne. Aujourd'hui, ces vertus ordinaires ne lui suffisent plus. Jeune encore, beau, riche, spirituel, brave et de grande naissance, il quitte le monde pour choisir la meilleure part. Eh bien, ce jeune homme est infecté de l'esprit chevaleresque; et c'est un exemple frappant des ravages que cette étrange maladie peut faire dans une âme d'élite.

U Archiviste. Mon cher président, vous trouvez opportun de combattre l'esprit chevaleresque au XIX« siècle?

Le Président. Très opportun, surtout chez les nations romanes. La chevalerie se transforme sans cesse; elle existe toujours, et les âges de frivolité ne manquent jamais d'en voir une recrudescence. Le romantisme est plein de brigands chevaleresques. M. Victor Hugo, dans Les Misérables, a créé mieux que cela : le voyou et le filou chevaleresques ; lisez les exploits de Gavroche, sa générosité, sa noblesse d'âme et

NN

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sa mort héroïque. Pour le forçat chevaleresque, il est partout dans les romans populaires : A madis de Gaule est remplacé par Amadis du Bagne. Le mot est de M. Paul Féval, et il est officiel : voyez le rapport préseùté à M. Duruy, ministre de l'instruction publique, sur l'état des lettres en France en 1867.

UAbbé. Croyez-vous que cette littérature-là puisse donner une idée du sentiment de l'honneur en France?

Le Président, Cette littérature exprime une mode littéraire, un idéal poétique dont se berce et s'amuse l'imagination française, comme l'Espagne, au XVI® siècle, se berçait dans le récit des exploits et des amours d' Amadis.

UAbbé. Sophisme! Paradoxe! Rapprocher la chevalerie du moyen âge des bandits romantiques, ce n'est qu'un jeu d'esprit.

Le Président. Le bandit romantique n'est qu'un développement du chevalier de la Table- Ronde.

L'Abbé, Vous voulez dire une corruption?

Le Président. Un développement, une aggravation, si vous voulez. Le rapport est d'une petite fièvre muqueuse à un tyjphus nettement caractérisé.

L'Abbé, C'est une plaisanterie.

Le Président, C'est très sérieux. Je vous le montrerai. Mais passons du monde littéraire, si vous voulez, dans celui des faits. La continua-

tion de la guerre contre l'Allemagne, en 1870, est une des plus grandes absurdités chevaleresques de l'histoire,

M. Gambetta et ses amis — dont le patriotisme, pour citer un mot contemporain, « c'était le sang des autres » — M. Gambetta et ses amis ont spéculé sur tous les préjugés chevaleresques, vieux et nouveaux, sans les partager eux-mêmes, au reste : ils ne s'en réservaient que la mise en scène, le côté théâtral et mélodramatique. Les malins faisaient comme eus, et « toujours bien mangeants mouraient par métaphore » avec emphase, panaches et fanfares. Cependant l'on envoyait à la mort, à une mort inutile, épouvantable et certaine, des malheureux sachant à peine tenir un fusil, du reste sans habits et sans pain, qui tombaient par milliers le long des routes, moins sous les balles allemandes que de fatigue, de faim et de misère. 11 y avait alors une poignée de misérables qui avaient ramassé le pouvoir tombé dans le ruisseau. Ils disaient :

« Donnez-nous votre sang. Vous nous le devez, car nous sommes la patrie. »

Ils mentaient, les faussaires ! Ils n'étaient pas la patrie : ils étaient l'égoïsme, l'orgueil, l'envie, la cupidité.., — Ces pauvres diables de héros qu'ils envoyaient mourir., , que ne ferait-on pas dans le monde avec de telles âmes, si l'on parvenait à leur infuser un peu de bon sens!.,.

MORALE CHEVALERESQUE ET MORALE CHRETIENNE. l5

ces pauvres diables de héros comprenaient vaguement qu'ils se faisaient — ou se laissaient — tuer pour un mensonge; mais ils n'auraient jamais osé le dire. C'est à peine s'ils osaient le penser. Ce qui a coûté à la France deux provinces (au lieu d'une seule ville, Strasbourg) des torrents de sang, et... dites-nous, combien de milliards, vous qui êtes statisticien, monsieur l'archiviste;... sans compter la Commune, tout ce qui s'en est suivi et tout ce qui s'en suivra encore.

LAbbé, Vous raisonnez là comme ces gens qui se disent positifs, et qui ternissent...

Le Président, Qu'est-ce que c'est, un homme positif?

UAbbé. Un homme positif... Tout le monde comprend ça... un homme sec, sans idéal, un calculateur, un utilitaire...

Le Président. Un égoïste...

L'Abbé. Je ne dis pas cela... d'ailleurs ce n'est pas de vous qu'il s'agit ; vous, vous avez fait je ne sais quelle gageure de soutenir un paradoxe... Au fond, heureusement pour vous, vous êtes fort indépendant de vos théories.

Le Président, Non pas. Je suis conséquent autant que me le permet la faiblesse humaine. Vous aussi : — c'est ma conviction. Ce sont les âmes légères et molles qui n'essaient pas de faire passer leurs convictions dans leurs actes. Donc, mon cher Robert, si vous ne diteé pas

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que je suis un homme positif, et que l'esprit positif c'est l'égoïsme, — cela ne m'empêchera pas de dire, moi, que l'esprit chevaleresque est une sottise, et que vous êtes un homme chevaleresque.

L'Archiviste. Robert! Offrez le président au bon Dieu ! •

L'Abbé. Je le lui offre tous les matins en me levant et tous les soirs en me couchant : j'espère que cela me sera compté dans le purgatoire.

Mais vous m'abandonnez tous... Commandant i

Le Commandant. Hein?

L'Abbé, Venez me défendre.

Le Commandant. Je n'entends rien à cette escrime-là, moi. Je n'ai que mon gros bon sens. Je ne suis pas un philosophe ni un théologien. Je me garderai bien de me fourrer dans votre discussion. J'enrage déjà suffisamment rien qu'à vous entendre.

L'Abbé. Et vous, savant archiviste ! venez à mon aide! Vous avez peut-être en réserve des trésors de lumière, et vous nous épargnerez des tâtonnements infinis dans un labyrinthe que le président se plaît à semer de ronces et d'épines. Voyons : admettez-vous sa définition de l'esprit chevaleresque ?

L'Archiviste. Non.

UAbbé. Et la mienne?

V Archiviste, Oh! non.

VAbbé, Alors, 'donnez la vôtre.

VA rckiPtste, Diantre , comme vous y allez !

Nous ne marchons pas si vite, nous autres.

D'abord, mon cher abbé, vous êtes plus ou moins au courant de l'histoire des littératures, des institutions et des mœurs publiques en Europe, du Xie siècle jusqu'à nos jours : dites-moi, je vous prie, de quelle chevalerie voulez-vous parler ! De la chevalerie errante ? De celle d' Amadis ou de Roland furieux? De celle du bon Bayart? De celle des héros de la Fronde :

... Pour plaire à ses beaux yeux J'ai fait la guerre aux rois, je l'aurais faite aux dieux.

Ou bien de celle des troubadours-Empire :

Partant pour la Syrie Le jeune et beau Dunois Allait prier Marie De bénir ses. exploits...

Le Président, fredonnant :

Faites, reine immortelle.

Lui dit- il en partant.

Que j'aime la plus belle Et sois le plus vaillant.

VAbbé. Vous avez un parti pris de m'exaspérer ?

Le Président, Aimez-vous mieux la chevalerie de François !«', le plus chevaleresque et le

l8 CHAPITRE PREMIER.

plus libertin des rois, qui se fit prendre à Pavie? Ou celle de Jean, autre chevalier, qui se fit prendre à Poitiers? Car les rois-chevaliers y compris Richard Cœur de Lion, excellèrent toujours à se faire prendre.

L'Archiviste, Préférez-vous un idéal poétique? Le Cid légendaire? Un chevalier de la Table-Ronde? Un des douze pairs de Charlemagne?

UAbbé. Messieurs les hommes sérieux, si vous essayiez un peu de parler sérieusement?

Le Président, Très volontiers. — Mon ami Robert, au lieu de vous promener ainsi , tâchez de vous asseoir. L'immobilité du corps favorise la réflexion.

L*Abbé, s' as seyant. Ah!... Sainte vertu de patience !

Le Président, à P Archiviste: Mon cher ami, je vous disais donc que ce jeune homme ici présent est à peu près un saint. Il ne peut songer sans horreur au moindre péché véniel.

C'est l'honneur personnifié : son père est français, sa mère espagnole. Eh bien ! l'esprit chevaleresque en a fait un meurtrier et un voleur.

UAbbé, se levant et riant. C'est là ce que vous appelez raisonner sérieusement?

Le Président, Accusé, rasseyez- vous. Quand vous étiez dans le monde, si quelqu'un vous avait appelé voleur, qu'auriez-vous fait?

LAbbé, Ah! Je... Non, je ne crois pas, je

MORALE CHEVALERESQUE ET MORALE CHRETIENNE. ig

n'admets pas que je me serais battu en duel.

Je n'avais pas, dans cette question, la faculté d'aveuglement que j'ai connue à plusieurs de mes amis. Il y a là-dessus un mot de Bossuet, dans le sermon sur l'honneur du monde, un mot effrayant. « Celui qui ne venge pas son )) honneur est un misérable et un lâche, dites- » vous. Et vous vous prétendez chrétiens? Age- » nouillez-vous donc devant votre Dieu fait » homme, accablé d'insultes, couvert de souf- » flets, de crachats et d'opprobres, et souflFrant » tout en silence ; agenouillez-vous devant lui, » et dites-lui : mon Dieu, vous êtes un misé- » rable et un lâche. » Je cite de mémoire, mais c'est bien le sens. Quant à moi, je comprenais très bien qu'il fallait choisir entre ces deux propositions : le duel est un crime; ou bien : l'Evangile est une sottise. Mon choix était fait (en ferme propos, au moins) ; mais j'avais peur de l'occasion. Bien souvent, en disanf mon Pater : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés... » il me prenait une sorte de frisson. Cette éventualité, toujours possible, d'être insulté par quelque malotru, m'a longtemps préoccupé. Je me défiais de moi. J'aurais dû faire un terrible effort pour ne point relever une provocation. Et c*est pour atténuer d'avance l'humiliation d'un refus de me battre en duel que j'ai voulu « faire mes preuves » d'une autre façon. J'espérais me don-

ner ainsi le courage de braver l'opinion et de rester chrétien. Voilà pourquoi, me trouvant par hasard en Amérique, j'ai failli me faire tuer dans la guerre de la sécession.

Le Président. Justement. C'est alors que vous avez tué et volé.

L'Abbé. Êles-vous un quakerî J'ai fait la guerre loyalement. Je reconnais, au reste, que j'ai eu tort. C'est une légèreté que ma conscience réprouve aujourd'hui On n'est pas libre de disposer de sa vie par caprice ou par vanité. On doit son sang à Dieu, à la vérité et à son pays. LePrésident. Et le sang desautresL.. Vous n'en parlez pas. Une légèreté? Il est charmant, parole d'honneur. Une légèreté! — Si vous vouliez vous battre, pourquoi celte guerre plutôt qu'une autre ?

L'Abbé. Je vous l'ai dit, j'étais en Amérique au moment où elle a éclaté.

Le Président. Par hasard î L'Abbé. Mon Dieu, oui.

Le Président. Bon. — La guerre de la sécession était elle juste?

L'Abbé. Je n'en sais rien. Ce n'est pas moi qui l'ai déclarée.

Le Président. Non ; mais vous y avez pris part librement, et si l'injustice d'une guerre n'est pas imputable au soldat qui doit combattre, parce que l'autorité légitime l'y contraint, il est évident que l'injustice d'une guerre est

imputable à celui qui combat de son plein gré, comme un chevalier errant, pour une cause de son choix, dans une querelle qui ne le regarde pas... Voyons, Caballero, dites-moi, qu'alliezvous faire là-dedans? Défendiez- vous au moins des convictions énergiques ? Etait-ce afin de faire prévaloir certaines idées fécondes pour le bonheur du genre humain, que vous preniez les armes?... Vous ne répondez pas : je réponds pour vous : non ! Vous étiez bien au-dessous de ces condottieri d'autrefois qui allaient par le monde, tuant et se faisant tuer pour vivre, « parce qu'ils n'avaient point de métier plus honnête ». De votre propre aveu, c'était par caprice, par fantaisie — pour faire prouesse — disons par vanité — que vous attentiez à la vie des autres, en donnant la vôtre pour enjeu.

Vous étiez avec les Sudistes, si j'ai bonne mémoire?

L'Abbé. Oui.

Le Président, Pourquoi ? Vouliez-vous le maintien de l'esclavage?

L'Abbé (à r Archiviste). Mais l'esclavage estil vraiment la cause principale de la guerre ?

L* Archiviste, Je vous le demande, à vous...

L'Abbé (au Président). Mais le Sud n'avait-il pas le droit de se défendre?

Le Président. Vous me le demandez, à moi ?

L'Archiviste, Enfin, quel but poursuiviezvous? Quel mal vouliez-vous empêcher? Quel bien produire ?

ner ainsi le courage de braver l'opinion et de rester chrétien. Voilà pourquoi, me trouvant par hasard en Amérique, j'ai failli me faire tuer dans la guerre de la sécession.

Le Président. Justement. C'est alors que vous avez tué et volé.

VAbbé. Etes-vous un quaker? J'ai fait la guerre loyalement. Je reconnais, au reste, que j'ai eu tort. C'est une légèreté que ma conscience réprouve aujourd'hui On n'est pas libre de disposer de sa vie par caprice ou par vanité. On doit son sang à Dieu, à la vérité et à son pays.

Le Président, Et le sang des autres?... Vous n'en parlez pas. Une légèreté? Il est charmant, parole d'honneur. Une légèreté! — Si vous vouliez vous battre, pourquoi cette guerre plutôt qu'une autre ?

L'Abbé, Je vous l'ai dit, j'étais en Amérique au moment où elle a éclaté.

Le Président, Par hasard?

L'Abbé, Mon Dieu, oui.

Le Président, Bon. — La guerre de la sécession était elle juste ?

L'Abbé, Je n'en sais rien. Ce n'est pas moi qui l'ai déclarée.

Le Président, Non ; mais vous y avez pris part librement, et si l'injustice d'une guerre n'est pas imputable au soldat qui doit combattre, parce que l'autorité légitime l'y contraint, il est évident que l'injustice d'une guerre est

imputable à celui qui combat de son plein gré, comme un chevalier errant, pour une cause de son choix, dans une querelle qui ne le regarde pas... Voyons, Caballero, dites-moi, qu'alliezvous faire là-dedans ? Défendiez-vous au moins des convictions énergiques ? Etait-ce afin de faire prévaloir certaines idées fécondes pour le bonheur du genre humain, que vous preniez les armes?... Vous ne répondez pas : je réponds pour vous : non ! Vous étiez bien au-dessous de ces condottieri d'autrefois qui allaient par le monde, tuant et se faisant tuer pour vivre, « parce qu'ils n'avaient point de métier plus honnête ». De votre propre aveu, c'était par caprice, par fantaisie — pour faire prouesse — disons par vanité — que vous attentiez à la vie des autres, en donnant la vôtre pour enjeu.

Vous étiez avec les Sudistes, si j'ai bonne mémoire?

L'Abbé, Oui.

Le Président. Pourquoi ? Vouliez-vous le maintien de l'esclavage?

L'Abbé (à r Archiviste), Mais l'esclavage estil vraiment la cause principale de la guerre ?

L'Archiviste, Je vous le demande, à vous...

VAbbé [au Président). Mais le Sud n'avait-il pas le droit de se défendre?

Le Président. Vous me le demandez, à moi ?

L'Archiviste, Enfin, quel but poursuiviezvous ? Quel mal vouliez-vous empêcher ? Quel bien produire?

ner ainsi le courage de braver l'opinion et de rester chrétien. Voilà pourquoi, me trouvant par hasard en Amérique, j*ai failli me faire tuer dans la guerre de la sécession.

Le Président. Justement. C'est alors que vous avez tué et volé.

VAhhé. Etes-vous un quaker? J'ai fait la guerre loyalement. Je reconnais, au reste, que j*ai eu tort. C'est une légèreté que ma conscience réprouve aujourd'hui On n'est pas libre de disposer de sa vie par caprice ou par vanité. On doit son sang à Dieu, à la vérité et à son pays.

Le Président, Et le sang des autres?... Vous n'en parlez pas. Une légèreté? Il est charmant, parole d'honneur. Une légèreté! — Si vous vouliez vous battre, pourquoi cette guerre plutôt qu'une autre ?

L'Abbé, Je vous l'ai dit^ j'étais en Amérique au moment où elle a éclaté.

Le Président, Par hasard?

L'Abbé. Mon Dieu, oui.

Le Président. Bon. — La guerre de la sécession était elle juste ?

L'Abbé. Je n'en sais rien. Ce n'est pas moi qui l'ai déclarée.

Le Président. Non ; mais vous y avez pris part librement, et si l'injustice d'une guerre n'est pas imputable au soldat qui doit combattre, parce que l'autorité légitime l'y contraint, il est évident que l'injustice d'une guerre est

imputable à celui qui combat de son plein gré, comme un chevalier errant, pour une cause de son choix, dans une querelle qui ne le regarde pas... Voyons, Caballero, dites-moi, qu'alliezvous faire là-dedans? Défendiez-vous au moins des convictions énergiques ? Etait-ce afin de faire prévaloir certaines idées fécondes pour le bon- ^ heur du genre humain, que vous preniez les

armes?... Vous ne répondez pas : je réponds pour vous : non ! Vous étiez bien au-dessous de ces condottieri d'autrefois qui allaient par le monde, tuant et se faisant tuer pour vivre, (( parce qu'ils n'avaient point de métier plus honnête ». De votre propre aveu, c'était par caprice, par fantaisie — pour faire prouesse — disons par vanité — que vous attentiez à la vie des autres, en donnant la vôtre pour enjeu.

Vous étiez avec les Sudistes, si j'ai bonne mémoire?

L'Abbé. Oui.

Le Président, Pourquoi ? Vouliez-vous le maintien de l'esclavage?

L'Abbé (à r Archiviste). Mais l'esclavage estil vraiment la cause principale de la guerre ?

L'Archiviste, Je vous le demande, à vous...

VAbbé [au Président), Mais le Sud n'avait-il pas le droit de se défendre?

Le Président, Vous me le demandez, à moi ?

L'Archiviste, Enfin, quel but poursuiviezvous? Quel mal vouliez-vous empêcher? Quel bien produire ?

ner ainsi le courage de braver Topinion et de rester chrétien. Voilà pourquoi, me trouvant par hasard en Amérique, j'ai failli me faire tuer dans la guerre de la sécession.

Le Président, Justement. Cest alors que vous avez tué et volé.

L Abbé. Etes -vous un quaker? J'ai fait la guerre loyalement. Je reconnais, au reste, que j'ai eu tort. C'est une légèreté que ma conscience réprouve aujourd'hui On n'est pas libre de disposer de sa vie par caprice ou par vanité. On doit son sang à Dieu, à la vérité et à son pays.

Le Président. Et le sang des autres ?. . . Vous n'en parlez pas. Une légèreté? Il est charmant, parole d'honneur. Une légèreté! — Si vous vouliez vous battre, pourquoi cette guerre plutôt qu'une autre ?

L'Abbé. Je vous l'ai dit» j'étais en Amérique au moment où elle a éclaté.

Le Président. Par hasard?

L'Abbé. Mon Dieu, oui.

Le Président. Bon. — La guerre de la sécession était elle juste ?

L'Abbé. Je n'en sais rien. Ce n'est pas moi qui l'ai déclarée.

Le Président. Non ; mais vous y avez pris part librement, et si l'injustice d'une guerre n'est pas imputable au soldat qui doit combattre, parce que l'autorité légitime l'y contraint, il est évident que l'injustice d'une guerre est

imputable à celui qui combat de son plein gré, comme un chevalier errant, pour une cause de son choix, dans une querelle qui ne le regarde pas... Voyons, Caballero, dites-moi, qu'alliezvous faire là-dedans? Défendiez-vous au moins . des convictions énergiques ? Etait-ce afin de faire

prévaloir certaines idées fécondes pour le bonheur du genre humain, que vous preniez les armes?... Vous ne répondez pas : je réponds pour vous : non ! Vous étiez bien au-dessous de ces condottieri d'autrefois qui allaient par le monde, tuant et se faisant tuer pour vivre, « parce qu'ils n'avaient point de métier plus honnête ». De votre propre aveu, c'était par caprice, par fantaisie — pour faire prouesse — disons par vanité — que vous attentiez à la vie des autres, en donnant la vôtre pour enjeu.

Vous étiez avec les Sudistes, si j'ai bonne mémoire?

VAbbé, Oui.

Le Président, Pourquoi ? Vouliez-vous le maintien de l'esclavage?

L'Abbé {à P Archiviste). Mais l'esclavage estil vraiment la cause principale de la guerre ?

L'Archiviste. Je vous le demande, à vous...

L'Abbé (au Président). Mais le Sud n'avait-il pas le droit de se défendre?

Le Président. Vous me le demandez, à moi ?

L'Archiviste. Enfin, quel but poursuiviezvous ? Quel mal vouliez-vous empêcher ? Quel bien produire?

ner ainsi le courage de braver l'opinion et de rester chrétien. Voilà pourquoi, me trouvant par hasard en Amérique, j'ai failli me faire tuer dans la guerre de la sécession.

Le Président, Justement. C'est alors que vous avez tué et volé.

VAbbé. Etes-vous un quaker? J'ai fait la guerre loyalement. Je reconnais, au reste, que j'ai eu tort. C'est une légèreté que ma conscience réprouve aujourd'hui On n'est pas libre de disposer de sa vie par caprice ou par vanité. On doit son sang à Dieu, à la vérité et à son pays.

Le Président, Et le sang des autres?... Vous n'en parlez pas. Une légèreté? Il est charmant, parole d'honneur. Une légèreté! — Si vous vouliez vous battre, pourquoi cette guerre plutôt qu'une autre ?

L'Abbé. Je vous l'ai dit, j'étais en Amérique au moment où elle a éclaté.

Le Président, Par hasard?

L'Abbé. Mon Dieu, oui.

Le Président. Bon. — La guerre de la sécession était elle juste ?

L'Abbé. Je n'en sais rien. Ce n'est pas moi qui l'ai déclarée.

Le Président. Non ; mais vous y avez pris part librement, et si l'injustice d'une guerre n'est pas imputable au soldat qui doit combattre, parce que l'autorité légitime l'y contraint, il est évident que l'injustice d'une guerre est

imputable à celui qui combat de son plein gré, comme un chevalier errant, pour une cause de son choix, dans une querelle qui ne le regarde pas... Voyons, Caballero, dites-moi, qu'alliezvous faire là-dedans? Défendiez-vous au moins des convictions énergiques ? Etait-ce afin de faire prévaloir certaines idées fécondes pour le bonheur du genre humain, que vous preniez les armes?... Vous ne répondez pas : je réponds pour vous : non I Vous étiez bien au-dessous de ces condottieri d'autrefois qui allaient par le monde, tuant et se faisant tuer pour vivre, « parce qu'ils n'avaient point de métier plus honnête ». De votre propre aveu, c'était par caprice, par fantaisie — pour faire prouesse — disons par vanité — que vous attentiez à la vie des autres, en donnant la vôtre pour enjeu.

Vous étiez avec les Sudistes, si j'ai bonne mémoire?

LAbbé. Oui.

Le Président, Pourquoi ? Vouliez-vous le maintien de l'esclavage?

LAbbé [à t Archiviste), Mais l'esclavage estil vraiment la cause principale de la guerre ?

U Archiviste, Je vous le demande, à vous...

LAbbé [au Président), Mais le Sud n'avait-il pas le droit de se défendre ?

Le Président, Vous me le demandez, à moi ?

L'Archiviste, Enfin, quel but poursuiviezvous? Quel mal vouliez-vous empêcher? Quel bien produire ?

Un silence, — Le Commandant se retourne dans son fauteuil^ visiblement agacé ^ nerveux^ et regardant tour à tour les trois interlocuteurs,

UAbbé reprend. Vous vous mettez tous contre moi?... A dire vrai, je le confesse, je n'ai guères étudié ces questions. . .

Le Président, Alors, pourquoi?

VAbbé, Je m'étais lié d'amitié avec plusieurs planteurs de la Louisiane. C'étaient des gens de relations charmantes et sûres, pleins de sentiments élevés, de vrais gentilshommes. J'étais l'hôte d'un homme vraiment distingué, que j'estimais et que j'aimais de tout mon cœur : j'ai voulu combattre à ses côtés.

Le Président. Raison éminemment chevaleresque. Reste donc établi que sans nécessité, disons plus, sans motif grave, et même sans motif aucun, vous avez... au fait, avez-vous tué votre semblable?

VAbbé, Je le crains. J'ai tiré dessus, au moins. J'ai eu tort. J'en conviens... Mais...

Le Président. Avez-vous pris part à des réquisitions?

L'Abbé, A des réquisitions de vivres et fourrages, souvent. Il fallait mourir de faim, ou manger aux dépens du pays On avait quelquefois même bien de la peine...

Le Président, Je voudrais bien savoir quel droit vous aviez de vous emparer du dernier

MORALB CHEVAUBUnOPB BT MOKALB em u fr llM I HK . tS

morceau de pain de ces pauvres diables ? Pourquoi? C'étaient des Américains. Eh bien?

Qu'est-ce que ça fait? Vous étiez un citoyen français, en paix avec l'Amérique tuant et pillant pour votre plaisir des citoyens américains. Qu'avez- vous à dire pour votre défense ? Parlez. Ici Fon entend résonner une parole énergique^ nullement parlementaire, que nous ne transcrivons pas. Le Commandant se lève^ jette son cigare^ vient en bottant se placer entre les interlocuteurs y et répétant son exclamation : — I dit-il au président, j'ai quelque chose à dire, moi ! Je perds patience, à la fin ! Si vos beaux systèmes prévalaient partout, quel monde ça nous ferait ! — ! Un tas de pleutres ! L'honneur, ça ne se dépèce pas ainsi avec des arguments d'avocat ; c'est dans le sang et dans les moelles ! S'il y en a qui ne le sentent pas, tant pis pour eux : c'est le sentiment qui doit conduire l'homme de cœur, et non le raisonnement et le calcul. Il n'y a pas de Bossuet qui tienne : celui qui attrape un soufflet et qui le met dans sa giberne, je le méprise. Ce n'est pas un homme. Le courage est pour nous ce que la pudeur est pour la femme. Le poltron vaut la fille perdue, Après ça, qu'est-ce que vous venez me chanter de Jésus-Christ recevant des soufflets sans rien dire ? Pardi ! puisqu'il était Dieu ! Si j'étais Dieu, j'en ferais bien autant. Je saurais attendre mon jour, étant sûr de l'avoir.

Patiens quia aeternus. Il ne s*est pas vengé, dites-vous? Allons donc! Et l'enfer, n'est-il là que pour le roi de Prusse? ( — ! je le voudrais I)... Mihi vindictam... Je me suis réservé la vengeance, a dit le Seigneur. Voilà du latin pour la monnaie de votre Bossuet.

V Archiviste, bas au Président, Je ne savais pas le commandant si fort sur l'Ecriture.

Le Président, bas à V Archiviste. « Matière de bréviaire ». Il a lu cela dans Rabelais.

Le Commandant, poursuivant. Vous dites qu'il faut pardonner! Est-ce que je ne pardonne pas, moi ! Je n'ai pas plus de rancune qu'un poulet. Croyez-vous que j'en veuille à un imbécile qui m'insulte? Bah! une fois qu'on a été sur le terrain, je n'y songe plus. Mais il faut aller sur le terrain. Vous le sentez comme nous, vous qui philosophez... Vous vous battez comme les autres, et vous faites bien : on a beau raisonner, au fait et au prendre, il faut avoir le sens commun, et faire comme les autres. Et vous, mon brave Robert, si vous aviez le projet de ne point répondre à une provocation, vous avez bien fait de prendre cet habit-là. Robe de prêtre, robe de femme : l'un est protégé par ses vœux comme l'autre par son sexe.

Quant à tout ce baragouin sur la guerre d'Amérique, je n'ai pas besoin de compulser le pacte fédéral et tout le fatras des lois américaines pour savoir que, dans le cœur d'un planteur de

WOÊLAUR CaETALntBSQiUE ET MORALE CHRETIENNE. 3.'>

la Louisiane, le Sud c'est la patrie; et pour toi, Robert, il s'agissait de combattre au côté d*un ami, de défendre avec lui ce qu'il aimait le plus au monde. Et ce que je sais aussi, mon ami (il prend les mains de Pabbély ce que je sais bien, c'est que, de tous les sentiments humains, le plus noble et le plus beau, c'est l'amour de la patrie; et l'amitié vient au second rang. Entre les deux, il n'y a rien. Donc, mon brave et bon Robert, tu t'es battu pour ton ami, qui se battait pour sa patrie : tu as bien fait. Con quien vengOy yengo, comme dit Calderon. {Lâchant les mains de fAbbé:) Et puis, après tout, quand il n'aurait fait que chercher aventure, je vous demande un peu si c'est la même chose de s'embusquer la nuit, sur une route, et de tuer un passant pour lui prendre sa montre, — ou d'aller s'engager n'importe où, pour faire noblement une guerre loyale? Ne voyez- vous pas que le danger élève l'âme, et que celui qui risque gaîment sa vie est incapable d'une bassesse? Va ! mon bon Robert, laisse raisonner le président. Je te dis, moi, que la balle dans l'épaule que tu es allé chercher là-bas ne te fera jamais de tort dans l'esprit des honnêtes gens. Bien au contraire... {Au Président:) Voilà un jeune homme qui par un scrupule religieux... (par parenthèse, les chevaliers d'autrefois, qui étaient chrétiens pourtant, à ce qu'on dit, n'avaient pas la conscience si délicate à cet endroit là ..), voilà donc

un jeune homme qui, par un scrupule religieux, ne veut pas se battre; et rien que dans la prévision, nullement vraisemblable, d'une provocation qui pourrait mettre en doute son courage, il va risquer vingt fois sa vie sur les champs de bataille! Oui, c'est chevaleresque! c'est compter sa vie pour rien, quand il s'agit de l'honneur... L'honneur parle, voilà tout; je n'écoute plus rien. L'homme qui raisonne et calcule ne se fera pas tuer. . Vous me révoltez avec votre argumentation sur la guerre après Sedan. On était sûr d'être battu... qu'en savez-vous? Et quand ça serait vrai? Est-ce là même chose d'être battu comme des lâches, ou de l'être comme des braves, après avoir brûlé sa dernière cartouche? Vous semble-t-il que l'Autriche après Sadowa fasse dans le monde la même figure que la France après Sedan? Dites ce que vous voudrez : tout ce qu'il y a d'homme de cœur en Europe a frémi d'admiration en voyant cette France se soulever épuisée et sanglante sous le pied du vainqueur.

Et voyez la belle chose que c'eût été dit si ces héroïques soldats, improvisés après nos désastres^, s'étaient dit : « Probablement la résistance » est impossible. Si je décampais en flanquant » mon fiisil par terre, j'épargnerais à la France » beaucoup de millions et beaucoup de sang, y » compris celui du fils à papa, auquel je tiens » particulièrement. » Voilà cependant où coti-

duisent vos doctrines , utilitaires que vous êtes ! Ce sentiment d'honneur, de dignité personnelle, de noble fierté, qui fait battre le cœur d'un honnête homme, c'est de l'orgueil, — soit — j'aime les gens fiers. Tant qu'il y a de la fierté — de l'orgueil si vous voulez — il y a de la ressource dans l'homme. Le mal y est mêlé de bien, la boue contient des parcelles d'or. L'ordure sans mélange, c'est la bassesse. J'aime mieux un scélérat qu'un pleutre, un brigand qu'un filou, un lion qu'une vipère. Qui diable aurait jamais imaginé la vipère cTAndrociès ?

Aplatissez tout le monde, mettez à la place de l'honneur votre petite morale de casuistes, et vous verrez se déchaîner partout l'égoïsme et l'intérêt, les appétits ignobles et misérables. Votre saint lui-même, votre saint ne sera plus qu'un calculateur, un spéculateur en dévotion, qui lésine avec le bon Dieu, pèse la valeur de toutes ses œuvres pies, en tient note pour présenter son mémoire au jugement dernier, et cherche à faire son salut tout juste, au meilleur marché possible, sans dépense inutile d'héroïsme, dût-il n'entrer en paradis que par la porte dérobée.

Ayant achevé ce discours, le plus long et le plus suivi qu'il eût fait depuis bien longtemps, le Commandant sortit brusquement et s'en alla rejoindre les dames dans le salon voisin. Après son départ la conversation reprit.

L'Archiviste à FAbbé. Que dites-vous de votre allié?

Le Président. N'en dites point trop de mal :

il y a du bon dans les idées du commandant. Je crois même que ce sont à peu près les meilleures qu'un homme de son genre, de sa valeur et de sa portée puisse avoir. Ce n est pas de la chevalerie, du reste; c'est de la cavalerie. Ce gros honneur militaire, c'est la chaîne avec laquelle on attache, en temps de paix, les dogues de P' combat...

VAbbé, se levant. Croyez-vous que cette chaîne, comme vous dites, ne se briserait pas à l'instant si les anneaux n'étaient mêlés de l'acier ^^ ' le plus pur? Et ne voyez- vous pas que parmi ^^ '

ces dogues de combat, comme vous les nommez, ^^ '

il y a souvent de grandes intelligences et parfois "^ '

des saints? Ne parlez point sans respect du sen- P^ ■

timent de l'honneur : c'est une grande réalité. P^

Comme les religions fausses vivaient par le mélange de vérité qui était en elles, de même toutes les variétés du faux honneur vivent d'un senti- ^^ i

ment qui est au fond de- toutes les grandes . ^' ; âmes. Ce sentiment exalté, c'est Y esprit cheva- ^^ :

leresque. Il s'accorde non seulement avec la vertu, mais avec la piété la plus ardente; il en augmente encore, je ne dirai pas le mérite, Dieu ^^

seul en est juge, mais la noblesse et la beauté. ^^

C'est la poésie du devoir, de la loyauté et de la générosité. ^

cl:

ur !

L'âme chevaleresque ne se contente pas de braver les sacrifices : elle les aime, elle les cherche; elle n'oublie pas seulement ses propres intérêts, elle les fuit. Sa passion est de se dévouer. Aucun obstacle ne Tefifraie; elle tente l'impossible, et quelquefois réussit; c*est une force incomparable que sa noble folie. Un autre caractère de ce genre d'héroïsme , c'est une loyauté passionnée. Le vrai chevalier tient une promesse donnée par erreur et par mégarde : il l'a dit, il le fera, fût-ce au prix de sa vie. Ce n'est pas seulement son âme, c'est sa bouche qui n'a point dû mentir. Il n'a pas seulement horreur du mensonge, mais de tout subterfuge, de toute habileté permise. Ne lui dites pas qu'il est adroit, vous l'insulteriez. Sa manière est d'aller droit son chemin, fût-ce au travers du feu, par pur amour de la droiture. Que vous dirai-je de plus? J'aurais peine à vous définir le sentiment chevaleresque d'une façon précise, j'en conviens : nierez -vous pour cela les émotions de votre âme et les battements de votre cœur?

Dites-moi, quand ce sentiment chevaleresque se rencontre dans un vrai chrétien, ne le reconnaissez-vous pas? Ne s'empare-t-il pas avec une puissance irrésistible de toutes les âmes ? Happelez-vous saint François Xavier et saint Jean de la Croix. . .

Tous ceux qui ont au front cette auréole — quels que soient leur famille et leur nom — sont

nobles de naissance. Cette noblesse visible des grandes âmes éclate même aux yeux les plus vulgaires ou les plus dépravés. Sans efforts, dans son humilité même cette noblesse est reconnue partout, et l'orgueil des plus fiers s'incline devant elle.

Pendant que l'Abbé parlait ainsi, les dames prévenues par le Commandant que ces u ergoteurs n étaient engagés dans une discussion du « bas empire », étaient entrées, une à une, sur la pointe des pieds. Quand tAbbé se tut, un murmure d'assentiment partit du fond de la salle oii elles étaient groupées silencieuses. L'Abbé tourna la tête et rougit un peu : fArckiviste lui frappant sur [épaule, dit : Le suffrage des dames fut toujours la plus belle récompense du vrai chevalier.

Sur quoi, le Président, non moins galant que chevaleresque, se mit à grommeler :

Receperunt mercedem suain... Vani, vanam.

... Cette question de la chevalerie dont nous causions l'autre jour, dit le Président, est vraiment intéressante ; nous paraissions d'avis très différents ; pourquoi ne la discuterions-nous pas en forme î U faut instruire la cause. Parcourons ensemble, si vous voulez, les principales épopées chevaleresques du moyen âge ; divisons-nous le travail ; nommons des rapporteurs. Qui veut les Nibelungenî Voyons... Personne!... L'abbé...

Allons, dévouez-vous, l'abbé ; se dévouer, c'est votre métier.

L'Abbé. Soit. Je ferai ce que je pourrai...

Le Président. Ils sont rares les gens qui font ce qu'ils peuvent ; mais je n'attendais pas moins de vous, mon ami. Pour vous récompenser, je vous donne le poème du Cid. Je connais votre prédilection.

L'Abbé. Merd, de tout cceur.

Le Président. L'archiviste nous parlera de

3a CHAPITRE II.

Roland et du cycle de Charlemagne. Pour le commandant...

Le Commandant, Merci! J'écouterai, moi.

Le Président. Pour le commandant, il se chargera des interruptions.

Le Commandant. Ah! comme ça...

Le Président, Et moi, je prends la Table- Ronde...

Voilà comment il se fait que^ huit jours plus tardy les hôtes du château, réunis^ écoutaient une conférence de tabbé Robert de Lucan sur les Nibelungen.

L'Abbé. Les Nibelungen ou, pour s'exprimer plus exactement, la détresse des Nibelungen (der Nibelunge Nôt), un poème du moyen âge dont l'auteur paraît être un sire de Kûrenberg...

L'Archiviste. Prenez garde, Tabbé. N'allez pas vous fourrer dans une querelle d'Allemands. Soit dit sans vous offenser , je doute que vous connaissiez à fond la Litteratur de la question. Or, en Allemagne, il ne suffit pas d'être Bellettrist, il faut de la litteratur.

Le Président. M. l'archiviste...

L'Archiviste y se levant ^ prenant un livre dans la bibliothèque et le feuilletant. Encore un mot, M. le président, je vous prie. L'abbé, vous êtes disciple de Pfeiffer. Or, écoutez comme on arrange votre maître. « Ce fut en l'an 1862, en séance solennelle de l'Académie impériale, vers

midi, dans la chaleur étoufifante d'une lourde journée d'été, que Franz Pfeififer, de sa voix de stentor, fit savoir au monde contemporain stupéfait que le poète des Nibelungen était trouvé. Le poète des Nibelungen! Pourquoi pas l'architecte des Pyramides (i)?... »

Le Président. M. l'archiviste, laissez donc parler l'orateur.

L'Archiviste^ allant s* asseoir près du président. Je me tais.

Le Président^ bas. Que faites-vous? Ce n'est pas vous qui êtes l'interrupteur en titre...

V Archiviste, bas. J'aide le commandant.

Voyez, il est ravi. Je tâche de lui donner de la patience. Il en aura besoin.

L'Abbé, M. le Président, passe encore de m'interrompre ; mais si vous vous mettez à chuchoter ainsi...

L'Archiviste, Nous serons muets comme la tombe.

U Abbé, fourrageant ses papiers. J'avais préparé quelques notes sur les sources et la formation de l'épopée germanique. Je voulais vous parler des Eddas, de Soemund et de Snorri, de Jornandès, de Prosper d'Aquitaine et de Saxo Grammaticus... A propos de la religion des Germains, j'aurais définitivement fait la part

(i) Richard von Muth, Einleitung in das Nibelungenlied.

de tous tes systèmes, depuis Evhémére jusqu'à la doctrine absurde qui lire les cultes du fétichisme. J'aurais établi que le mythe n'est pas la cause, mais le produit des croyances. Remontant jusqu'aux « antiques berceaux du genre humain », je vous aurais montré le sentiment religieux des Aryas se heurtant à cet écueil éternel de la pensée, les rapports de la cause infinie avec les causes Jinies, et se divisant, au choc de cette pierre de scandale, en deux courants, l'un dualiste, l'autre panthéiste. J'aurais deviné, vaticiné l'histoire du courant dualiste pendant son voyage des plateaux de la haute Asie, aux plages noyées de la mer du Nord, aux fiords Scandinaves et jusqu'aux rives glacées de l'Islande... Ensuite, puisant largement dans le premier livre de la littérature anglaise, de M. Taine, j'aurais fait à grands coups de pinceaux, avec des couleurs ardentes, le portrait du Germain des invasions. Ma théorie sur la persistance et l'évolution des instincts organiques et primitifs d'une race eut été pleine d'audace ; le point capital en eut été la comparaison de Luther avec Zoroastre; je l'aurais terminée par un rapprochement entre le « suicide cosmique » d'Hartmann et le crépuscule des dieux.

Reprenant pied sur le terrain de l'érudition, l'aurais expliqué les légendes qui rapprochent Gundicarius, Gundahar, le roi des Burgondes, Qon seulement d'Attila (c'est facile), mais de

Théodoric... Bref,i*ai delà Litteratur, et toute fraîche encore; je vous l'aurais bien fait voir. J'ai passé des heures à fouiller le rayon germanique de la bibliothèque de notre hôte, et vous me l'auriez payé. . . Mais l'archiviste m'a découragé dès mon début. C'est pourquoi je passe au déluge.

Le poème des Nibelungen est une épopée naturelle, spontanée, nationale, formée de chants séparés, d origine diverse, réunis et soudés ensemble, dont l'unification s'est faite ou du moins achevée vers la fin du XI I® siècle, en Autriche.

Ces mots, une épopée naturelle et spontanée, qui sont très clairs pour un critique de nos jours, eussent embarrassé Boileau :

D'un air plus grand encor la poésie épique .

Dans le vaste récit d'une longue action Se soutient par la fable...

Pour lui, l'Enéide était une épopée, au même titre que l'Iliade. Les critiques du XVIII« siècle pensaient de même ; Voltaire a cru très sincèrement avoir fait une épopée. Le roi de Prusse mettait l'auteur de la Henriade bien au-dessus d'Homère. Par contre, les Nibelungen, pour le grand Frédéric « ne valaient pas une cartouche ».

Dans la langue littéraire de nos jours, le noîil âCépopées naturelles s'applique à ces œuvres collectives qui sont le produit de l'imagination.

des sentiments et des idées de tout un peuple ; l'expression spontanée, la synthèse des croyances, des lois et des mœurs d'une race et d'un siècle.

Il faut que le temps se prête à cette synthèse. Un tel poème ne s'est produit, jusqu'à présent, que dans un état social où l'unité est profonde, où les intelligences et les cœurs sont réunis par les mêmes pensées et les mêmes passions enthousiastes.

Dès qu'un groupe social tend à se former en nation, son unité s'affirme par des chants populaires qui célèbrent les exploits des ancêtres, maudissent et raillent les ennemis, flétrissent les lâches et les traîtres.

Ce sont des récits qui passent de bouche en bouche et deviennent des traditions.

Ils s'altèrent à mesure que les faits qu'ils rappellent s'éloignent dans le passé : chose remarquable! plus ces faits ont frappé les imaginations, passionné les âmes, plus on les exagère et plus l'altération est rapide. S'étonner, admirer, voilà toute la science historique des peuples enfants : c'est avec une entière sincérité qu'ils grandissent les héros et leurs exploits, et que, pour mieux s'émerveiller, ils créent des merveilles.

Bientôt des légendes religieuses se mêlent aux légendes héroïques.

Ce qu'il y a de plus puissant et de plus essentiel dans les sentiments de l'homme, c'est la

LES NIBELUNGEN. Sj

religion et l'amour de la patrie. C'est de Tunion de ces deux sentiments que naît l'épopée.

Le travail anthropomorphique de l'imagination populaire sur les idées religieuses multiplie les dieux et les rapproche de plus en plus de la terre; en même temps, l'admiration élève de plus en plus les héros au-dessus de l'humanité. Vient le moment où, dans une région mystérieuse entre le ciel et la terre, héros et dieux se rencontrent et s'allient. Alors Thétis devient la mère d'Achille et le trempe dans le Styx.

Les éléments constitutifs du poème épique existent dès lors ; mais l'œuvre ne s'accomplira que par un travail séculaire d'agglomération et de triage à la fois. Chacun, répétant les traditions poétiques des aïeux, ajoute un trait, un détail, selon ses tendances et ses passions ; mais l'imagination populaire n'adopte et ne conserve que ce qui peint le mieux les sentiments universels. C'est ainsi que la Grèce, avant Homère, célébrait les exploits des chefs Achéens en Asie et leurs désastreux retours. Longtemps avant le Dante, les légendes chrétiennes multipliaient les visions du paradis et surtout de Tenfer, et les opprimés invoquaient la justice de Dieu contre leurs oppresseurs...

C'est un beau spectacle, pour qui sait le voir, que la formation d'une épopée. Les chants et les récits populaires se mêlent et se soudent : les traits les plus saillants, appartenant à des chants

38 CHAPITRE n.

divers, se groupent et se relient dans une aspiration vers un idéal commun : l'unité de la tradition se fait. La matière de l'épopée s'élabore. Ce mot, la matière^ est du moyen âge ; il est parfaitement juste. Cette matière, encore en fusion, fermente longtemps avant de se fixer. Elle reçoit, comme Fairain célèbre de Tincendie de Corinthe, Tafflux de cent métaux précieux ; elle rejette aussi bien des scories. Elle s'enrichit et s'épure; elle bouillonne comme le bronze dans la fournaise... Viennent maintenant l'artiste, l'homme de génie , le poète ! Il fera couler dans son âme ce bronze vivant qui est l'âme de tout un peuple... Il en mourra peut-être, ou bien il portera toute sa vie la trace d'un effort surhumain,pâle comme le Dantc,aveugle comme le vieil Homère : mais l'épopée sortira, sublime et rayonnante, du moule de sa pensée !

Ici Vorateur^ comme de raison, fut encouragé par un petit murmure poliment admiratif de tout r auditoire. Mais r Archiviste , se penchant vers le président, lui dit à Voreille : Cette théorie me semble un peu vieillotte.

Le Président, sans baisser la voix, répondit ; Et cet accès d'enthousiasme final un peu jeunet.

VAbbé se contenta de sourire en saluant le président dun signe de téte^ puis il continua : Je vais choisir quelques fragments du vieux poème des Nibelungen : j'interprète le texte très librement. J'avoue qu'à mes yeux une tra

LES NIBELUNGEN. 3g

duction fidèle est chose impossible : quand elle est scrupuleusement littérale ce n'est point une traduction fidèle, car elle détruit ou dénature l'impression morale et poétique de l'œuvre qu'on essaie de faire passer d'une langue dans une autre. Je ne puis voir dans une telle traduction, fût-elle d'un homme de génie, qu'un instrument de travail. On n'en comprend la valeur que lorsqu'on étudie en regard le texte original ; l'effort de l'esprit qui tâche d'assouplir une langue au génie d'une autre, nous intéresse vivement. Si l'on ne fait pas cette comparaison, le mot à mot, je l'avoue, me paraît illisible.

La meilleure manière de traduire un auteur, n'est-ce pas de rendre le mieux possible l'impression qu'il nous a faite ; la pensée et le sentiment, non les mots?

Je sais qu'en passant à travers l'âme du traducteur, l'œuvre originale se ternit et se déforme presque toujours, comme la lumière qui traverse un milieu plus ou moins dense et coloré ; traducteur y traître ; soit, mais le mal est sans remède; car la pire des trahisons, c'est d'infliger à un chef-d'œuvre la langue énervée et grotesque d'une traduction littérale sans mettre sous les yeux du lecteur le texte original.

J'essaie donc librement de vous faire partager l'émotion que m'a donnée le poème des Nibelungen.

Le Président. Je vois un inconvénient à cette

façon de traduire : si Ton considère un poème comme un document historique^ il faut tâcher de le rendre avec la plus grande exactitude possible (i).

L'Abbé. J'ai tenu compte de Tobjection. J'ai noté les passages que je traduisais. Je puis renvoyer au texte ceux qui auront des doutes. J'ai mis ainsi ma probité littéraire à Tabri de tout reproche et je jouis en paix de ma liberté.

Je choisis donc dans le poème des Nibelungen quelques tableaux qui m'ont frappé. Le Désastre des Nibelungen se divise en trente-neuf aventures ou récits. Comme je résume et j'abrège, permettez-moi de faire une autre division qui me paraît naturelle.

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