‹ Études morales et littéraires: épopées et romans chevaleresquesChapitre 42 sur 49 · LA DATE DU POEME DU CID · texte numérisé non relu

LA DATE DU POEME DU CID

prennent les premiers la parole et dont les avis décident la Cour toute entière, ce sont « les comtes don Henrique et don Raymond ; » mais le second plus encore que le premier(i). Parlant du comte Raymond, le poète nous dit : « Celuilà fut le père du bon empereur (2). »

Or les comtes Henri de Bourgogne et Raymond de Bourgogne étaient les gendres d'Alphonse VI, le roi du Cid ; Alphonse mourut sans enfants mâles ; le fils de Raymond devint roi de Castille et de Léon sous le nom d*AlphonseVII. Il reçut le titre d'empereur en 11 35.

Le fils d'Henri de Bourgogne, Alphonse Henrique![, fut, comme son père, comte de Portugal. En II 35, il se reconnaissait encore vassal de la Castille, et n'avait point désavoué la suzeraineté de son cousin : ce ne fut qu'en 11 39 qu'il prit le titre de roi.

Le couronnement, comme empereur, d'Alphonse Rqymonde:{, Alphonse VII, dût faire sur les peuples de toute TEspagne une impression profonde. Son règne était glorieux. Le titre d'empereur, qui. venait de lui être accordé par le pape Innocent II (3) était depuis longtemps dans les aspirations nationales.

(i) V. 3o36, 3109, 3 135, 3208, 3237, 3496 etc.

(2) V. 3oo3.

(3) Histor. eclesiast. por D. Vicente de la Fuente, t. IV, p. 118.

C'était le symbole de l'unité pour les peuples de l'Espagne chrétienne, sans cesse partagés et divisés par l'ambition et les rivalités égoïstes des familles royales.

Dès qu'un prince parvenait à réunir deux couronnes, il prenait le titre populaire d'empereur : Alphonse VI, roi de Gastille et de Léon, l'avait porté : suzerain d'une moitié de l'Espagne et d'un quart de la France (i), Alphonse VII pouvait bien le porter à son tour.

Il réunit donc, en juin ii35, à Léon, dans une assemblée solennelle, le haut clergé de ses états et ses grands vasseaux des deux côtés des Pyrénées ; après s'être occupée des affaires publiques, cette assemblée se rendit, en cortège à Téglise Ste-Marie, où l'on admit le peuple en foule, « grands et petits, nobles et vilains. »

ft Et le roi ayant revêtu des habits d'un tra- )) vail admirable, on lui mit sur la tête la cou- » ronne impériale, en or pur, garnie de pierres » précieuses; on déposa le sceptre dans sa main ; )) le roi don Garcie de Navarre lui tenait le bras » droit (2), révêq.ie de Léon le gauche ; et le » clergé le conduisit devant l'autel, où Ton )) chanta le Te Deiim^ qu'on termina en criant :

(1) Gastille, Léon, Asturies, Aragon, Navarre, Portugal, Catalogne, Cerdagne, Roussillon, Provence et Géraudan.

(2) Don Garcia Rarnirez, roi de Navarre. C'était le petit fils du Cid, comme nous verrons tout à l'heure.

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n Vive l'empereur Alonzo ! La messe célébrée, » chacun s'en retourna, joyeux, chez soi, bénis- » sant le Seigneur (i).

Lorsque le poète du Cid a donné, dans les cortès de Tolède, une importance capitale à don Raymond de Bourgogne, en ajoutant :

« celui-là fut le père du bon Empereur, « aqueste fue padre del buen emperador », n'est-il pas naturel de supposer que Ton était encore sous l'impression de cette cérémonie grandiose?

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