ALVAR FANEZ ET OLIVIER
A la fin de la chronique d'Alphonse V Empereur se trouve une suite en vers latins (2), un poème sur la prise d'Alméria, composé du vivant d'Alphonse VII, dont l'auteur espère et sollicite les dons :
Et Bellatoris donum petit Omnibus horis.
Dans ces vers, il est question d'un petit fils d'Alvar Fanez; ce qui naturellement amène l'éloge de son aïeul, le lieutenant du Cid :
Tempore Roldani si tertius Aivarus esset Post Oiiverum (fateor sine crimine verum)
(1) Chronique d'Alphonse Vil. (Chronica Adefonsi imperatoris vulgo Toletana dicta).
(2) V. Don José Amador de los Rios, t. 1, p. 220 et t. II, p. 129. i3.
Sub juga Francorum fuerat gens Agarenorum
Nec socii cari jacuissent morte perempti ;
Nulla sub cœlo melior uit hasta sereno.
Ipse Rodericus, mio Cid semper vocatus,
De quo cantatur quod ab hostibus non superatur,
Qui domuit Mauros, domuit comités quoque nostros,
Hune extoUebat, se laude minore ferebat.
Sed faieor verum quod tollet nulla dierum :
Mec Cidi primus fuit Alvarus atque secundus (i).
Ces vers montrent d'abord que, du temps d'Alphonse l'Empereur, la chanson de Roland e'tait populaire en Espagne ; on comprend dès lors que l'auteur du Cid s'en soit largement inspiré.
Le poème du Cid, au moment où le chroniqueur écrit, existe déjà ; le Rodrigue légendaire, toujours invincible, de quo cantatur quod ab hostibus non superatur^ qui domuit mauros^ domuit comités quoque (les comtes de Carrion) c'est bien le héros du poème, le mio Cid semper vocatus. Alvar Fanez, la lance hardie, /ardida lan:^a, non fuit melior hasta, occupe la se conde place d'honneur. Il est pour le Cid tout ce qu'Olivier fut pour son ami Roland, et plus
(i) Don Andres Bello voit dans ce vers un jeu de mots. Alvar Fanez fut à la fois cousin (primo) et lieutenant du Cid. C'est possible : il n'en résulterait pas moins qu' Alvar était au second rang, ce qui explique le : « Sed fateor verum. j) Bello op. cit. p. 204.
LA DATE DU POEME DU CID. 3o3
encore : si tertius Alvarus esset post Oliverunty «outre 01ivier,si Roland avait eu pour troisième compagnon d'armes un autre Alvar Fanez, les francs eussent été vainqueurs à Roncevaux. »