I. Bibliothèque spirituelle, par M. de Sacy
étonne; on sent qu’un pareil travail a été pour lui le ■ délassement de ses peines, le charme de son loisir. Chrétien, il y retrouvait les plus chers souvenirs de sa jeunesse ; esprit délicat, il remettait en lumière des chefsd’œuvre de vérité et de beauté morale; ami des bons livres, il publiait en beaux caractères et sous un format commode un recueil qui a sa place marquée chez les gens de goût; c’était à la fois satisfaire ses meilleurs instincts et ses plus innocentes faiblesses. Heureuse pensée qui nous a valu de charmantes préfaces, feuilles détachées d’une confession qui est un peu celle de tout le monde, mais qu’on n’écrit pas d’ordinaire, et surtout qu’on n’écrit pas comme fait M. de Sacy. «Il en sort,
« dirai-je en renvoyant à l’auteur l’éloge qu’il adresse à « Bossuet, il en sort un parfum d’édification qui remplit « l’âme et lui laisse ce sentiment de paix et de bonheur « que nous nous souvenons tous d’avoir goûté quelques «jours au moins de notre vie 1 .» Rien de plus doux que ces retours vers un passé trop tôt enfui, surtout quand on y est ramené par cette parole transparente qui voile à peine l’idée, par ces aveux, par ces regrets d’une belle âme chez qui l’expérience de l’homme n’a pas effacé la candeur de l’enfant.
Réunir autour de soi ces compagnons de jeunesse que le temps ne change ni ne vieillit, ces amis qui nous restent quand s’envolent les beaux jours, la santé, la force, les longs espoirs, c’était donc une pensée toute simple et qui depfiis longtemps devait sourire à M. de
i. Préface au \ Lettres de piéii, etc., de Bossuet, page 9.
LA DÉVOTION
Sacy. Ce qui nous semble moins naturel, c’est l’écho que cette pensée a trouvé chez le public ; ce qui nous surprend, c’est le succès de cette collection. La faveur qui s’attache au nom de l’éditeur ne suffit pas pour nous expliquer ce goût subit pour les livres de dévotion.
La dévotion, c’est un mot qui a pour nos oreilles je ne sais quoi d’antique et de suranné, une vieille mélodie •qui nous étonne et nous charme plus qu’elle ne nous émeut. Combien y a-t-il encore de familles où chaque matin on lise comme autrefois quelques pages d’un livre de piété « pour nourrir et fortifier son âme et se prépa- « rer doucement aux peines de la journée* ? » Au temps de Louis XIV, et même au dernier siècle, c’était chose ordinaire. Quelque attaché qu’on fût à la terre et aux plaisirs d’ici-bas, on gardait un coin de son cœur pour de plus hautes espérances. Mettre un intervalle entre la vie et la mort, se réconcilier avec Dieu en vieillissant, c’était la pensée et quelquefois l’illusion des plus mondains et des plus engagés. La dévotion était comme un dernier fil qui rattachait à Dieu et permettait toujours de le retrouver quand approchait le moment où tout nous échappe. Aujourd’hui c’est un sentiment qui s’éteint. Travailler sans cesse, poursuivre sans relâche la fortune, les places, la science, c’est l’œuvre unique; et quand la fin est noble, rien ne nous semble plus grand que d’y tendre jusqu’au bout, et de lui donner notre dernier soupir. La devise de la société moderne est le dernier