De orat^i 1. II, ch
l'ÉLOGK FUnÉBHEl CHEZ LES flOM.UNS 23'
Cicéron ne prévoyait pas que ce genre d'éloquence deviendrait de tous le plus pompeux, et que le» discours les plus majestueux et les plus magnifiques qu'il y ail au inonde seraient précisément des oraisons funèbres. Mais, s'il n'a pas pu soupçonner le développement que ce genre prendrait, il a peutêtre bien jugé de ce qu'il fut en général à Rome, LJi, comme en célébrant le défunt on faisait en même temps l'éloge de ses ancêtres, qu'on racontait sommairement leur vie, le discours devait le plus souvent ressembler à un sec précis d'histoire. De plus, l'éloge funèbre à home resta presque toujours un discours de famille, consacré à la gloire domestique, et par conséquent enfermé en d'assez étroites limites. D'ailleurs le parent, flis ou frère, à qui l'usage imposait cette fonction funéraire, pouvait n'avoir pas de talent. Chez nous, l'oraison funèbre est devenue si imposante, parce q'i'à l'éloge du défont elle a mêlé de hautes pensées sur les mystères de la vie et de la mort, sur la politique, la morale, la religion, et surtout parce que dans le choix do l'orateur on propoi'tionnait pour ainsi dire le panélyriste au héros, en conflant par exemple la glciro un Condé t,.i génie d'un Bossuet.
Cependant il faut n'accepter qu'avec une certaine réserve le témoignage dédaigneux de Cicéron, puisque lui-même, on l'a vu, en plus d'un endroit
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se montre sensible à la beauté de ces discours et qu'il admire celui du vieux Fabius et va môme jusqu'à imiter celui de Lélius. Nous avons peine à croire que ces éloges solennels aient été toujours maigres et secs. Ils devaient au contraire, autant du moins que le permettaient en chaque siècle l'état de l'éloquence et le progrès de la culture littéraire, ne pas manquer d'une certaine emphase. Les fragments que nous venons de citer sont sur un ton qui n'est pas trop modeste. On peut d'ailleurs s'en rapporter à l'orgueil des familles, qui ont dû se faire les honneurs à elles-mêmes de leur mieux. La preuve qu'on attachait une grande importance à ces morceaux d'éloquence, c'est qu'on tint à les publier avant même qu'on songeât à publier les discours politiques, car les plus anciens monuments écrits de l'éloquence romaine, selon Cicéron, sont les éloges funèbres * . On voit d'ailleurs par plus d'un exemple que, si l'orateur de la famille, désigné par l'usage, paraissait devoir rester au-dessous de sa tâche, on chargeait de composer le discours un orateur en renom. I3ien plus, môme quand l'orateur de la famille avait du talent, on préférait recourir à un talent supérieur. C'est ainsi que Lélius, le plus élégant et le plus habile orateur de son temps, écrivit