‹ Études morales sur l'antiquitéChapitre 9 sur 71 · nist, natwr., I. XXXV · texte numérisé non relu

nist, natwr., I. XXXV

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portaient pas sur l'histoire proprement dite, mais seulement sur l'histoire fabuleuse, qui appartient à Timagination, et où il est permis à la vanité de se donner carrière. Dans tous les pays et dans tous les temps, l'aristocratie tient à se rattacher aux héros légendaires, et, quand la religion le permet, aux dieux mêmes. Suétone nous a conservé un fragnnent de réloge prononcé par Jules César aux funérailles de sa tante, où l'on peut voir un exemple de ces ambitieuses prétentions. César se déclare hardiment issu des rois et des dieux : « Ma tante Julie descend des rois par sa mère et des dieux immortels par son père, car c'est d'Ancus Marcius qu'est sortie la maison royale des Marcius, dont ma mère portait le nom, et c'est de Vénus que sortent les Jules, souche de notre famille. » Il ajoutait fièrement et non sans quelque grandeur dans le style : « On trouve ainsi dans notre race et la sainteté des rois qui régnent sur les hommes, et la majesté des dieux qui régnent sur les rois mêmes *. » C'est à peu près la phrase de Bossuet parlant de Dieu, qui se glorifie de faire la loi aux rois. Simple questeur à trente-deux ans, César avait déjà ces prétentions royales et divines qui, peu de temps après, furent acceptées par This-

1. « Est ergo in génère et sanctitas regum, qui plurimum inter homines pollent, et cserimonia deorum, quorum ipsi in poteslate sunt reges. » (Suétone, Vie de Césars cb. 6.)

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toire et par la poésie. C'est sur elles que repose tout rédifice de VÉnéide.

Il ne faut pas s'étonner de cette audace de César, qui brave si fort le ridicule. A Rome, ces choses ne prêtaient pas même au sourire. Pourquoi César ne serait-il pas issu de Vénus, quand d'autres, les Fabius par exemple, descendaient d'Hercule en droite ligne? Plusieurs nobles familles avaient leurs grandsparents dans l'Olympe. D'autres prenaient pour aïeule quelque nymphe honorée et devenue l'objet d'un culte rustique. D'autres, n'osant pas se proclamer, comme les Jules, petits-fils de Vénus, remontaient du moins jusqu'à Énée, ce qui revenait au même, puisque Énée était fils de la déesse, mais ce qui prouve chez eux une certaine réserve de langage. Les plus modestes se rattachaient à un des compagnons du héros troyen, trouvant sans doute que c'était encore une origine glorieuse. On profitait des plus lointaines ressemblances de noms pour prouver cette descendance. Ainsi la famille Cœcilia prétendait avoir pour auteur Caecadès. Pour croire à une pareille parenté de noms, il faut avoir bien envie de descendre de quelqu'un. La science historique à Rome, loin de railler ces généalogies, venait au contraire les confirmer doctement, et le savant Varron entre autres avait composé un livre sur les Familles troyennes. Denys d'Halicarnasse

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affirme aussi que de son temps, au temps d'Auguste, il existait encore cinquante de ces familles. La plupart de ces légendes, devenues de Thistoire, étaient l'œuvre des Grecs. Quand vint le temps où ceux-ci parurent à Rome" pour y chercher fortune, leur science de la mythologie, leur art de jouer avec les mots et les noms, et surtout leur complaisance vénale, fabriquèrent aux Romains les plus belles généalogies et leur fournirent de poétiques ancêtres à un juste prix. On serait même assez tenté de croire que ces malins étrangers, profitant de l'ignorance romaine, se faisaient un plaisir d'abuser la simplicité de leurs vainqueurs en leur faisant parfois adopter une origine compromettante : témoin Galba, qui, devenu empereur, exposa dans son palais son arbre généalogique, où sa race se rattachait à Pasiphaé. Quand on se fait soi-même ses aïeux, on pourrait les mieux choisir, et il n'y a pas de quoi se vanter d'avoir pour arrière -grand-père le Minotaure.

Quant au mérite littéraire et oratoire des éloges funèbres, Cicéron n'en a pas une haute idée et en parle avec quelque dédain. Son jugement peut surprendre les modernes : « Une cérémonie funèbre s'accommode peu des pompes de l'éloquence *. »

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