‹ Études morales sur l'antiquitéChapitre 20 sur 71 · Acad., Il · texte numérisé non relu

Acad., Il

ihant le vrai, ne se piquait jamais de l'avoir trouvé, |.quj laissait à l'espril sa liberté et le rendait juge des ■ 'Vraisemblances, qui lui donnait le plaisir de s'instruire sans l'engager dans une foi, celte doctrine e quelque sorte complaisante pour soi et pour autrui, I pouvait avoir de l'attrait pour les Romains, peu sectaires de leur nature et qui d'ailleurs se senlaieut en tout sous une discipline non discutée, esclaves de formules traditionnelles, incomprises, dont I Leens était le plus souvent perdu. Et comment n'étrâ i Ipas tenté d'entrer dans une école où l'on avait le | sir et le mérite de discuter sans obstination et sansl colère, oii l'on gardait poui' soi les avantages de larl modération, du bon goût, de la modestie? N'y avait- 1 il point là des séductions pour des esprits qui sans- 1 doute n'étaient pas encore délicats, mais gui aspii f . raient à le devenir?

I Carnéade n'est pas, comme on le répète, un ao-

I phiste, mais un véritable philosophe, qui, dans sal

constante dispute avec les stoïciens, a presque tou- 1

jours £U la raison de son côté. Était-il sophiste lor&< I

qu'au dogmatisme trop absolu de ses adversaires, |

Lqui regardaient la sensation comme infaillible, il I

■•ûpposait les hallucinations des aliénés, les erreurs J

' des songes, les illusions de la passion, et qu'il disait-J

b. sa façon ce que dira Pascal en ces termes : u Les.l

sens abusent la rai^^on par de fausses apparences, et 1

cette même piperie qu'ils apportent à la raison, ils la reçoivent d'elle à leur tour. » Les objections de Garnéade contre la théologie stoïcienne, si elles ne sont pas irréfutables, ont du moins soulevé de grands problèmes, livrés depuis à la méditation des philosophes et des théologiens. A-t-il eu tort d'attaquer le panthéisme matérialiste des stoïciens et de leur prouver que, si Dieu se confond avec le monde et si le monde n'est qu'un immense animal. Dieu n'est pas éternel? Quand les stoïciens, pour démontrer l'existence de Dieu, s'appuyaient sur le consen* tement universel, n'était-il pas de bonne guerre de leur montrer que ce consentement ne devait pas avoir de valeur pour eux, puisque, selon leur doctrine, tous les hommes sont des insensés? Quand les stoïciens, dans leur optimisme sans mesure et sans nuance, prétendaient que tout est bien dans le monde, que la sagesse divine a tout formé pour l'utilité du genre humain, n'avait-il pas le droit de leur demander en quoi servent au bonheur de l'humanité les poisons, les bêtes féroces, les maladies, pourquoi Dieu a donné à l'homme une intelligence dont il peut abuser et qu'il peut tourner au crime? C'était poser le grand problème du mal physique et du mal moral. N'a-t-il pas eu raison de défendre la liberté humaine contre le fatalisme stoïcien, et ne ^aisait-il pas œuvre de philosophe en montrant qu'il

y a là une grande difficulté, celle de concilier le libre arbitre avec Tordre éternel et invariable des choses, avec ce qu'on appelle aujourd'hui la prescience divine? Sans doute Garnéade n'a pas résolu ces problèmes, mais il en a fixé les termes, si bien que depuis, jusqu'à nos jours, ils ne peuvent plus être esquivés par aucune école philosophique ou religieuse. En portant le ravage dans la théologie stoïcienne, il se proposait, non de détruire l'idée divine, non ut deos tôlier et *, mais de faire voir seulement que les arguments de ses adversaires n'étaient pas solides. Bien plus, non sans courage, il heurta la religion populaire en raillant les stoïciens qui prenaient trop complaisamment parti pour le polythéisme, et qui sur ce point, par un esprit de conciliation chez eux peu ordinaire, admettaient, en l'expliquant, la multiplicité des dieux. « Si Jupiter est dieu, disait-il, son frère Neptune sera dieu, le soleil sera dieu; vous diviniserez l'année, le mois, le jour, le matin, le soir, et peu à peu vous en viendrez à l'adoration des chiens et des chats, comme chez les barbares *. » La marche de ce sorite peut paraître bizarre et forcée, mais c'est la marche même de la superstition que son raisonnement suivait de degrés en degrés jusqu'à la honte. Eiian ou

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