‹ Études morales sur l'antiquitéChapitre 25 sur 71 · Platarqae» Du flatteur ei de tami, du · texte numérisé non relu

Platarqae» Du flatteur ei de tami, du

83 LE PIIÏLOSOPUE CARNÉADE k ROME

sur les murs des palais. Voilà en quelques traits rtiomme extraordinaire qui, muni de toutes les armes, c de la force et de la grâce, » dit Plutarque, de plus, doué de la voix la plus sonore, d'une voix célébrée par les anciens et capable de faire retentir les idées aux oreilles les moins ouvertes ^ Vint à Rome amené par le hasard, et déploya le premier avec éclat les doctrines de la Grèce devant les Romains, en un temps où la république guerrière connaissait à peine le nom de la philosophie et ne le connaissait que pour s'en étonner ou le haïr.

Sans doute la philosophie avait déjà effleuré la société romaine comme un souffle léger et errant» Il était impossible que de la Grande Grèce, où avait enseigné Pythagore,ne fussent point parties certaines idées pythagoriciennes pour se répandre vers le nord et s'insinuer dans la ville. Le théâtre latin, imité des Grecs, d'Euripide et de Ménandre, tous deux amis des philosophes, avait proclamé devant la foule bien des sentences plus ou moins comprises et qui peut-être n'étaient pas toutes oubliées du jour au lendemain. Des livres comme les traductions d'Épicharme et d'Évhémère par Ennius pou-

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vaient être en quelques mains. Les armées romaines, qui venaient de conquérir la Grèce, n'avaient pas pu ne point en rapporter des sentiments nou* veaux. Les mille otages achéens, personnages de marque et d'élite , qui furent disséminés dans les villes de l'Italie, ont aussi dû répandre autour deux les idées de leur patrie. Mais tout cela, au milieu d'une ville uniquement occupée de guerre, de poli* tique et d'affaires, était bien inconsistant et fugitif. Il arrive un moment où la philosophie excite à la fois la curiosité et la crainte. On voudrait s'en appro* cher et on n'ose. Ennius, pourtant fort libre esprit, faisait dire à un de ses pei^onnages : € Il faut la toucher du bout des lèvres, mais non s'en abreu« ver. » Des plaisants, comme Plante, s'en moquaient, croyant avec un air de bonne foi que c'était l'art do duper. € Voyez, disait-il en parlant d'un esclave qui médite une friponnerie, il est en train de philoso-» pher. > Vingt-cinq ans avant le temps dont nous nous occupons, le sénat avait fait brûler Jes prétendus livres de Numa trouvés dans un tombeau pour le motif qu'ils renfermaient de la philosophie. Cinq ans avant l'arrivée de Carnéade, les maîtres grecs essayant d'enseigner à Rome avaient été expulsés de la ville par un sénatus-consulte qui, sans donner de motifs, disait avec un laconisme impérieux : « Nous ne voulons pas qu'ils soient il

Rome, uti RomdR ne essent. » La philosophie attirait donc déjà Tattention, ses déconvenues mêmes le prouvent, mais une attention Je plus sçuvent hostile. Applaudie çà et là au théâtre dans (juelques- :unes de ses maximes les plus humaines, réprouvée dans renseignement public comme une importation étrangère et dangereuse, elle flottait entre Testimc craintive de quelques-uns et le mépris du plus grand nombre, comme un vague objet d'agrément suspect, loi'sque tout à coup, elle prit corps. en la personne de trois députés athéniens, tous trois philosophes, qui au milieu du ii« siècle avant notre ère, en 156, donnèrent aux Romains durant leur séjour à Rome quelques lecpns, cette fois écoutées sans scrupule; ambassade célèbre où Garnéade eut.le premier rôle, à laquelle les anciens ont eu raison de donner une grande importance historique^. parce qu'elle exerça une influence décisive sur. l'esprit public de Rome, sur ses destinées et, par .conséquent, sur la civilisation générale. ïl faut remarquer ici, en passant, combien les Romairis, même dans les plus beaux temps, avaient de peine à se renseigner sur les progrès de leur culture littéraire. Cicéron, si particulièrement intéressé à cojinaître rhistoire de Garnéade, puisqu'il est son ardent disciple, ignore les détails de ce grand événement philosophique et demande dans une lettre à son

ami Atticus, savant amateur d'antiquités, « quel était le sujet de leur ambassade et quelles furent leurs discussions *. » Grâce à des écrivains postérieurs, grecs surtout, nous sommes mieux informés que Cicéron lui-même, et, en rassemblant une foule de détails épars, noiis pouvons reconstruire cette histoire mieux peut-être que n'aurait pu le faire Atticus. On verra en même temps dans ce récit quelles étaient la décadence et la misère du monde grec au moment où le mondé romain montait à la lumière.

Athènes, ruinée, comme toutes les villes de la Grèce , par les guerres macédoniqués, plus ruinée que toutes les autres, ne sachant plus comment payer ses dettes, en était venue à ce point de détresse qu'elle se jeta sur la ville d'Grope en Béotie, une ville alliée, et la pilla de fond en comble. Pau- «anias dit avec une naïveté féroce que ce ne fut pas méchamment, mais par nécessité. Dans cette mal'heureuse Grèce, le pillage entre amis paraissait alors l'unique moyen de rétablir les finances d'un Etat. Les Athéniens, condamnés à cinq cent? talents d'amende par les Sicyoniens pris pour arbitres, et ne pouvant payer cette somme énorme, résolurent, pour obtenir une remise ou une réduction, d'en-

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