Acad., IIj
88 £E PHILOSOPHE GARNËADE A ROME
être reçus non sans curiosité flatteuse, car nous: savons qu'un grand personnage romain, C.Aquilius, alla jusqu'à briguer avec instance l'honneur de leur servir d'interprète. Beaucoup de sénateurs sans doute savaient le grec, mais d'autres ne le comprenant pas, une traduction n'était pas superflue. Ce que dirent les ambassadeurs, nous l'ignorons; mais nous connaissons l'effet produit par leurs discours. Cea Romains, qui jusqu'aloi'&, soit au forum, soit dans la curie, n'avaient jamais entendu que leurs rudes orateurs allant droit au fait, armés de leur logique sans prudence et de leur passion sans égard, ont dû être circonvenus et captivés par une rhétorique pour eux nouvelle, par d'insinuantes précautions oratoires, par des expositions lumineuses , par la musique des périodes et par un pathétique que ce jour^ là des Grecs n'ont pas dû épargner. Les sénateurs éprouvaient des sentiments dont ils ne se rendaient pas compte. Charmés et humiliés de l'être, entraîné* bien qu'ils eussent voulu résister, ils disaient naïvement en sortant : « Les Athéniens nous ont envoyé des députés non pour se justifier, mais pour nous obliger à faire ce qui leur plaît » *. C'était la mauvaise humeur de l'admiration impuissante. Si ces Romains dans leurs assemblées avaient déjà tressailli