‹ Études morales sur l'antiquitéChapitre 54 sur 71 · De Senectîite, ch. il · texte numérisé non relu

De Senectîite, ch. il

les gronderies qu'il avait faites, sur les profits et les pertes. C'est un exercice de propriétaire attentif qui tient à tout enregistrer dans son esprit, et dont la rigide économie est d'avis que tout est bon à garder, même les souvenirs. Voilà ce que le peu rêveur Caton appelle un examen à la pythagoricienne, et Gicéron ne Tentend pas autrement.

Cicéron du moins ne se pique pas d'en savoir bien long sur ce point de la doctrine pythagoricienne; il n'en parle qu'en passant, avec légèreté sans doute, mais sa phrase échappe au ridicule par sa brièveté Il n'en est pas ainsi de Diodore de Sicile, qui se croit plus instruit et qui va nous dire avec une savante puérilité comment il faut entendre le précepte. Pour bien comprendre le passage de Diodore, il faut savoir que dans l'antiquité certaines copies des Vers d'or, comme en témoigne la leçon de quelques manuscrits, portaient qu'il fallait faire l'examen de conscience chaque jour trois fois. On sait que dans Técole de Pythagore les nombres jouaient un grand rôle, et qu'on leur accordait certaines vertus. Du reste, le précepte semble avoir été modifié et compliqué avec le temps. Le texte des Vers d'or le plus accrédité ne prescrit qu'un examen, celui du soir; mais Porphyre cite deux vers appartenant à une autre rédaction où il est recommandé de faire aussi cet examen le matin. Diodore et Jamblique vont

l'examen de conscience chez les anciens 199

plus loin et veulent que cette récapitulation des actes remonte jusqu'au quatrième jour. Il y a là bien des incertitudes dans l'interprétation d'un précepte si simple. Peut-être ne faut-il voir dans toute cette confusion qu'une suite d'erreurs greffées les unes sur les autres; peut-être aussi l'école elle-même avait-elle peu à peu surchargé la prescription. C'est l'ordinaire tendance des doctrines morales et religieuses dans la pratique. On est naturellement amené à se dire que, s'il est bon de faire une chose, il sera mieux encore de la faire souvent. Ces détails nécessaires étant fournis, on pourra maintenant mieux comprendre et savourer l'inintelligente explication de l'examen de conscience que donne Diodore de Sicile avec une si plaisante assurance.

« Les pythagoriciens exerçaient leur mémoire avec le plus grand soin, et voici comment ils s'y prenaient. Ils ne sortaient jamais du lit sans avoir repassé dans leur esprit tout ce qu'ils avaient fait la veille, du matin au soir. S'il leur arrivait d'avoir plus de loisir que d'habitude, ils poussaient cet examen commémoratif jusqu'au troisième et quatrième jour précédent, et même au delà. Ils considéraient cet exercice comme très propre à fortifier la mémoire et à pourvoir l'esprit de beaucoup de connaissances *. »

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