Diodore, Fragments ^ 1. X, traduction de M. Hœfer
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Oh ! les belles connaissances que devait procurer un pareil examen ! Se demander par quel lieu on a passé, qui Ton a rencontré, ce qu'on a dit à tel ou tel, ce qu'il a répondu, à quelle heure on a mangé, graver dans son esprit cette biographie journalière, la faire remonter jusqu'au quatrième jour, voilà une bien utile occupation, et c'eût été bien la peine de recommander cela en vers et en Vers d'or I Le plus plaisant, c'est que ce précepte s'adresse non pas au premier venu, mais aux adeptes; c'est de l'enseignement ésotérique qui n'est fait que pour les initiés. Les pythagoriciens, s'ils avaient voulu exercer leur mémoire, n'avaient pas besoin de recourir à ces laborieuses vétilles. Cette école savante, livrée à l'étude de la nature, de Dieu, de l'homme, particulièrement occupée de mathématiques , cherchant des mystères de toute sorte dans les nombres, avait sous la main bien assez de sujets d'études et d'exercices, et il eût été superflu assurément d'ajouter à de sérieuses et difficiles méditations ces fugitives inanités.
Il se peut que Cicéron et Diodore aient été trompés par les pythagoriciens eux-mêmes, qui à la longue ne comprirent plus la doctrine du maître. Il faut se rappeler que dans leur école on n'écrivait pas, qu'il était même interdit d'écrire, comme il était défendu de révéler la doctrine. Il fallait être
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initié, et ceux du dehors ne pouvaient guère être
instruits des préceptes que par des indiscrétions
qui n'étaient pas toujours intelligentes et complètes.
De plus, si l'enseignement oral a ses avantages, il a aussi ses inévitables défaillances. Sans doute il est plus touchant, il peut être plus vivant et plus enthou* siaste, si le maître a gardé le feu sacré de l'école; mais, si celui-ci est tiède ou faible, la doctrine languit, l'esprit se perd et risque de s'évaporer dans une perpétuelle transmission. La paresse ou l'ignorance d'un seul peut gâter à jamais l'enseignement; une interprétation fausse a les conséquences les plus lointaines. Il est surtout à craindre que les vérités les plus précieuses ne deviennent d'inertes maximes d'où s'est retirée la vie, et que la grâce morale enfermée et pressée dans une formule ne soit comme la fleur de l'herbier, qui garde encore sa fibre extérieure sans suc et sans vertu. Que de fois cela n'est-il pas arrivé dans les doctrines ou religieuses ou profanes I Cet accident devait être assez fréquent dans l'école pythagoricienne, à la fois savante et mystique, dont les prescriptions risquaient dans la suite des temps d'être religieusement répétées sans être comprises. Épictète, citant les vers dont nous nous occupons et recommandant de les mettre en pratique, fait la remarque que des
ignorants, des pythagoriciens sans doute, récitaient ce précepte à haute voix, comme on débite le Paean Apollon ^ Bien des philosophes de cette école devaient ressembler à ce pythagoricien, le maître d'Apollonius de Tyane, à un certain Euxène, qui, selon Philostrate, a savait quelques sentences de Pythagore, comme les oiseaux savent quelques mots qu'ils ont appris, car il y a des oiseaux qui disent : Bonjour! sois heureux! Dieu te garde! mais ils ne savent pas ce qu'ils disent et ils ne souhaitent aucun bien aux hommes, ne pouvant que remuer la langue d'une certaine manière *. > Ce témoignage finement satirique de Philostrate nous permet de penser que cet Euxène n'était pas seul de son espèce, et qu'il y avait par le monde bon nombre de ces légers redisçurs, plus ou moins bien appris, qui n'avaient plus de la doctrine que le caquet.
Il est difficile et il importe peu d'ailleurs de décider si ce sont les pythagoriciens qui, pour n'avoir plus compris la prescription du maître, ont répandu une erreur sur Texamen de conscience, ou si ce sont des philosophes étrangers à la doctrine qui n'ont pas démêlé la pratique pythagoricienne. Notre dessein est de montrer seulement que, pour une