Annales, I. I, ch
point autour de lui dans le monde entier, de Constantinople, d'Athènes à Lutèce, comme une immense conspiration de faveur publique, et croit-on que depuis dix ans il n'avait pas senti doucement frémir sous le vent populaire la voile qui devait le mener au' port? Il avait une ambition plus digne de son orgueil et de sa foi, et ce prince mystique, qui pouvait se croire prédestiné et chéri du ciel non moins que de la terre, mettait son point d*honneur à ne pas rechercher ce qui lui serait tôt ou tard offert par la fortune pour être un instrument pur et irréprochable entre les mains des dieux.
Ce que nous disons ici n'est pas pour défendre Julien, dont la révolte eût été bien excusable et naturelle après tant d'outrages reçus de Constance. C'est simplement pour conserver au prince l'originalité de son caractère que nous repoussons l'accusation qui du reste ne repose sur aucun témoignage historique. M. de Broglie a d'abord la bonne foi de reconnaître que tous les écrivains païens, Ammien Marcellin, Libanius, Zozime, donnent la résistance de Julien à la proclamation des soldats comme sincère; mais il préfère s'en rapporter au récit des chrétiens. On pourrait lui objecter que les chrétiens sont suspects aussi bien que les païens en sens inverse. Eh bien! s'il le faut, je tiens pour non avenus les témoignages profanes pourtant si dignes de confiance,
et je n'éooatefai que TopinicMi chrétieime, sH est vrai qu'elle accuse JulieD d'aToir pris la cooroime luimême. Que dît lliistorie& chrétiea Sozomèae? c Eu ce temps-là, Julieu, an comble de la gloire, adoré par ses soldats, fot proclamé par eux auguste. » Il n'e^ point parlé îd de dissimulation. Zonaras, après un récit confus, ajoute : < Devant les épées nues des soldats qui menaçaient de le tuer, Julien accepta Tempire, peut-être contre son inclination. » Reste le témoignage de saint Grégoire, qui n'est guère impartial, puisqu'il a donné lui-même à son discours le titre dUnvectives contre Julien. Or le fougueux orateur, qui répand ses saintes colères en cent pages in-folio, se contente de dire : c II prit le diadème, i jugement sommaire qui est prononcé non pas sur la prétendue conspiration de Julien, mais sur rirrégularité de son avènement. Puis donc que ni les païens ni les chrétiens ne l'accusent, nous n'avons pas le droit de l'accuser non plus, à moins de dire comme un historien timide qui, ne voulant point le condanmer sans preuves et n'osant l'ub* soudre hardiment, laisse échapper cette phrase naïve : c II feut avouer que, si ce prince fit mou • voir les ressorts qui rélevèrent au rang suprême, il cacha bien son jeu ^ »