‹ Études morales sur l'antiquitéChapitre 71 sur 71 · Dioriy · texte numérisé non relu

Dioriy

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tion que l'auteur aurait pu éprouver en découvrant après quelques mois que ce fils attendu, prédestiné et si bien préparé à l'éloquence, était une fille. Qu'on se rassure : la fortune complaisante permit que ce fût un fils.

U ne faut pas trop s*êtonner qu'un noble esprit, ayant l'instinct de la grandeur, capable de sérieuses pensées, attache à des bagatelles de rhéteur une importance comique. Il ne pouvait en être autrement dans ce monde païen si usé, qui n'avait plus ni la passion politique, ni le sentiment religieux, ni le juste discernement des doctrines philosophiques, et qui, de toute cette sévère et forte antiquité dont il avait reçu l'héritage, ne savait plus estimer que la rhétorique. Les grandes passions qui inspiraient jadis les œuvres immortelles de la Grèce avaient été peu à peu éteintes par le despotisme macédonien ou romain, par l'incrédulité^ par la corruption des mœurs, la paresse et la frivolité. L'esprit qui agite et féconde les âmes soufiQait ailleurs, et dans la désoccupation de la société païenne, qui n'avait plus de raisons de vivre, l'étude même était devenue futile. De l'ancienne philosophie il ne restait plus guère que des maximes, banales à force d'être répétées; de l'éloquence, des formes oratoires; de la religion, des images. Toutes ces richesses léguées par le génie à ces enfants dégénérés ne servaient

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plus que de jouets h leur oisiveté puérile. Dana les temps de stérile activité littéraire, il arrive toujours que des modes remplacent Pinspiration absente. Les sujets, le ton d'un ouvrage, certaines affectations qui passent pour charmantes, tout cela est imposa aux meilleurs esprits qui n'en voient pas la ridicule uniformité. 11 n'y a que la liberté généreusOf an grand intérêt, une forte passion qui puissent renouveler la littérature et lui donner une vai-iété féconde. Dès que ces inspirations nécessaires font défaut, l'éloquence adopte des fornnes convenues, toujours

»les mêmes. Elle ressemble alors h. ces industries de l'Orient, immobiles depuis des siècles, qui reproduisent dans des ouvrages subtilement ingénieux le dessin, Ie3 couleurs, les bizarreries d'une époque déjà bien éloignée. Tel était le style plus ou moins asiatique des sophistes, cet étemel décor oriental qui consistait à jeter sur toute espèce de matière les mêmes enluminures; et Synésius, comme les autres, pouvait 86 croire un grand écrivain, parce qu'il réussissait dans ces inutiles compositions. Il avait pris pour modèle Dion Chrysoslome, qui s'éttit fait,

I trois siècles auparavant, une brillante renommée, un sophiste élégant et grave, qui avait aussi des prétentions à la philosophie ; il l'admire, il l'étudié, il le vante et voudrait en tout lui ressembler. C'est encore une infirmité des littératures déchues de se

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condamner à une imitation servile et de ne pas savoir choisir les meilleurs modèles. Dion avait attaqué les sophistes, Synésius les attaque à son tour; Dion faisait des discours sur la royauté devant Trajan, Synésius en fera devant Arcadius ; Dion prenait des airs d'inspiré, Synésius parlera en hiérophante; Dion s'était fait une grande réputation par ses lettres, Synésius tâchera de se signaler dans le genre épistolaire. Les succès les moins respectables du maître excitent l'émulation de ce trop fidèle disciple. Ainsi, comme l'usage voulait que le sophiste eût fait un de ces tours de force oratoires qui consistaient à déployer toutes les ressources de Fart dans la plus vile matière, à £sdre quelque chose de rien, à célébrer, par exemple, la mouche, le cousin, la puce, à chanter la goutte ou la fièvre, à tenter enfin des panégyriques impossibles, Dion, dans sa jeunesse, avait eu le malheur de composer Féloge de la chevelure ; Synésius ne manqua pas de faire l'éloge de la calvitie. C'était encore un hommage, quoique ce fût une réfutation. Combien l'auteur dépensait d'esprit et d'érudition dans ces bagatelles laborieuses, on ne peut se le figurer que lorsqu'on a parcouru ce long ouvrage où toutes les sciences, l'astronomie, la médecine, l'histoire, la philosophie, la poésie, l'agriculture sont mises à contribution pour fournir des preuves à celui q\ù \ev3X âi^m^wVx^T cçie la calvitie

est un inappréciable avantage. Tous ceux qui ont quelques raisons de s'intéresser à ce sujet devraient lire ce livre pour apprendre ce qu'il y a, non seulement de bonheur, mais aussi de mérite à être chauve» Sans doute, Synésius avoue que c'est là un jeu d'esprit; oui, mais le jeu d'esprit était alors chose sérieuse. Il espère que ce bel ouvrage le fera passer à la postérité; il a pour lui « la tendresse d'un père ». Ne disait-il pas avec un orgueil singulièrement placé et une sorte d'onction religieuse : « J'ai rendu service aux gens de bien en composant ce discours, où j'ai parlé de la divinité avec le respect qu'elle mérite et rappelé aux hommes d'utiles vérités. » Si vous regrets tez qu'un si honnête talent se soit égaré sur un si mince sujet, vous ne voyez pas les choses avec les yeux du temps. C'est précisément la matière qui par raît magnifique à l'auteur. « Le choix du sujet, dit-il, aura soutenu ma faiblesse et m'aura seul permis, tout médiocre que je suis, de combattre avec avantage un éloquent écrivain. » Quelle importance donnée à de petites gentillesses d'éloquence, quelle xionfusion dans ces esprits qui ne savent plus distin-^ guer ce qui est grand et ce qui est futile, quel manque de jugement qui paraît dans le ton, dans le style et dans ce mélange indiscret de puérilité et de gravité pieuse I Faire des phrases élégantes sur a \«\^^^<^ quel sujet paraissait une oceuçalVou «>^voX.^ , ^\. \^

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rhétorique, quelle rhétorique 1 aurait tooIu ressem* bler à un sacerdoce.

Les lettres de Synésius sont, sans contredit, la partie la plus précieuse et la plus vivante de ses œuvres. Cest en recueillant, avec un choix judicieux, dans ces écrits plus libres et plus vrais des détails piquants, jusqulci négligés, que H. Druon a pu composer une biographie nouvelle. Sans prétendre, avec les contemporains et les Grecs du Bas-Empire, que ces lettres sont des merveilles de style, on doit reconnaître qu'elles nous révèlent un esprit vraiment ingénieux et surtout un excellent caractère. On y voit, à travers les artifices littéraires et la grâce étudiée du langage, quels étaient les sentiments de l'homme, sa mansuétude, qui ne le rendait pas in-r capable de fortes résolutions dans les périls, sa bonté prévenante et officieuse, sa passion désintéressée pour les lettres, et ce quiétisme poétique qui lui faisait préférer aux richesses, aux honneurs, les tranquilles plaisirs de l'étude solitaire. Il ne faut pas beaucoup de peine ni de pénétration pour découvrir ces qualités, qui se montrent d'elles-mêmes. Synésius a soin de se peindre en faisant valoir tous ses avantages, sans craindre que le portiuit ne soit trop flatté, et avec cette complaisance discrète qui paraît ajouter à. tous les autres mérites celui de la modes* tie. Il est le ÇAiue \^ ^^vicûfe ^ ^^ ^>fe*3^^^ ^chant

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l faire les honneurs à sa personne, mais & la grecque, [ c'csl-k-dire avec une circonspection moins méticuy ieuse, une réserve moins hatile et un amour-propre plus ingénu. Il faut se rappeler qu'à cette époque la maladie littéraire de l'ostentation avait envahi même les lettres familières. On écrivait à un ami pour être lu par le public . Le moindre liillet bien soigné faisait le tour d'un cercle, d'une ville, d'une province; l'heureux correspondant le copiait et l'en- I voyait aus beaux esprits de sa connaissance, u Tu f-as reçu, écrit Synésius k son cousin, le talent de ■ dicter des leltres destinées à être montrées et applaudies. » Un autre ami, l'avocat Pylémène, vient d'écrire à Synésius, qui lui répond ; « Maintenant, de bouche en bouche, dans toutes nos cités vole \q nom de Pylémène, le créateur de celte lettre divine. » , Aussi n'était-ce pas une petite afTaire de composer I uno lettre et de risquer sa gloire sur un billet < qui I eera lu dans l'assemblée générale de la Grèce t>. Après cela, faut-il s'étonner que les plus sincères esprits aientmanqué de naturel même dans les épanchementa de l'amitié, qu'ils aient prodigué les ex^ pressions emphatiques du sentiment, les citations érudites, les curiosités de la science, et qu'ils aient étalé les ressources de leur savoir-faire oratoire? La publicité certaine et d'ailleurs espérée daa Va'ïNs'a* intimes avait contribué k mulUçVvas \ea tocavNi^s»^R»

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plus hyperboliques. N'était-ce pas pour intéresser le correspondant à répandre la lettre qu'on lui donnait tant de louanges, qu'on lui prodiguait les épithètes de a vénérable, de sacré, de divin? » N'était-ce pas pour provoquer les violentes mais flatteuses réclamations des lecteurs, qu'on disait de soi-même, avec une humilité peu compromettante par son exagération : c Je suis le plus nul de tous les hommes? » Tel était le protocole de la sophistique ; le monde littéraire ressemblait à une immense coterie, où les mots n'avaient qu'une valeur de convention, où les coquetteries pédantes avaient remplacé les civilités et devaient être commodes dans les échanges d'une mutuelle admiration.

Pendant que Synésius, partagé entre la culture des lettres et l'éducation de ses trois enfants, se livrait tranquillement, dans les intervalles de la paix, à une vie de beaux loisirs, au moment où, entouré du respect de ses concitoyens qu'il avait plus d'une fois servis par son courage à la guerre, il goûtait encore toutes les douceurs de ses succès littéraires, il fut tout à coup troublé dans son bonheur par cette gloire même : il fut fait évêque. En lisant sa biographie, le lecteur éprouve quelque chose de la surprise que dut éprouver à cette nouvelle le philosophe bel esprit et père de famille. Etait-il donc chrétien? Comment, à queWe èpoqja^.Y ^X-ôaVW ^^Newofl C^st là

un problème historique souvent agité et difQcile à résoudre. Les conjectures les plus complaisantes ne permettent pas d'affirmer qu*il avait renoncé à ses doctrines et entièrement adhéré à la foi nouvelle^ Sans doute nous savons que six années auparavant^ Synésius retournant à Alexandrie attiré par les chères leçons d'Hypatie, établit, on ignore comment, de» relations avec le patriarche Théophile. On peut supposer que cet ardent propagateur de la religion chrétienne, qui poussait quelquefois le zèle du prosélytisme jusqu'à la violence, n'a pas dû négh'ger l'occasion qui lui était offerte de gagner à l'Eglise un homme aussi considérable par sa naissance, sa fortune, son crédit et ses talents. N'était-ce pas dans l'espérance de faire cette précieuse conquête qu'il donna au philosophe païen une épouse chrétienne? Ces sortes de mariages mixtes, si on peut les appeler ainsi^ entre gentils et chrétiens, n'étaient pas rares, et, loin d'être condamnés par l'Eglise, paraissent avoir été favorisés par les évêques, qui faisaient ainsi doucement entrer le christianisme dans les familles païennes. La femme, comme le dit M. Druon, était fdors une sorte d'apôtre attaché au foyer doinei^tique. Que depuis ces entretiens avec Théophile et depuis ce mariage Synésius ait incliné au chrintianisme, nous avons d'autant moins ist v^ww^ "^ \^ croire gue par sa vie honorable , \a çuv^Wt ^i^i ^«fi»

sentiments et même par son amour pour un certain mysticisme métaphysique, il n'était pas fort éloigné sinon des dogmes, du moins de certaines habitudes chrétiennes. Mais nous ne pouvons dire qu'il était converti et qu'il avait changé de reh'gion. Non seu*» lement il n'est point baptisé, mais encore il ne connaît pas les livres sacrés; c'est lui-môme qui l'affirme *. Pourquoi ne point s'en rapporter à lui quand, repoussant Tépiscopat, il déclare que sur des points importants ses opinions philosophiques ne sont point conformes aux dogmes de TE^glise? Faut-il croire que cette déclaration n'était qu'une ruse pour échapper à d'austères devoirs et qu'il feignit d'être resté philosophe, comme fit saint Ambroise, qui, pour ne pas accepter l'archevêché de Milan, voulut se faire soupçonner de meurtre et d'adultère ? Non, pour préciser la véritable situation morale de Synésius, il faut admettre qu'il n'était pas chrétien, mais capable de le devenir. Après son élection, comme dit Photius on le baptisa encore chancelant dans la foi, mais on avait la ferme espérance que la grâce viendrait aussitôt achever l'œuvre commencée. Nous ne voulons pas établir ici que l'Eglise ait fait fléchir sa loi, qu'elle ait volontairement transigé avec un païen, qu'elle ait permis expressément à un évêque de gar-

i. « Vous qui coûTiaiaafei W m\!Lles Écritures, vous avei placé h votre tète uû \io\x\m^ ç\v>:\\^^ \^\v^\^. x» \]uftVVr^ K3S,\

os PAÏEN DEVENU CUBliTIEN àôd

der une doctrine condamnée ; mais nous prétendons [U'elle appela Synéaiusà l'épiscopat avant qu'il fût intiôremeiit changé, qu'elle espérait dans sa naïve piété que la consécration ferait de l'évêque un homme nouveau, et sans se demander, dans son aveugle reconnaissance, si le changement était accompli déjà, elle rendit aux services et aux vertus d'un philosophe l'hommage qui nous parait devoir être réservé à l'intégrité de la foi. Après sept mois entiers d'hésitations, de murmures, de luttes ûouloureuses, Synésius fit un suprême et sincère effort pour adliérer à des dogmes qui n'étaient pas les siens, et ce ne fut qu'au dernier moment, quand il ne lui fut plus possible d'éviter l'épiscopat, après avoir épuisé la résistance, qu'il déposa ses opinions et se rendit, non pas comme un néophyte illuminé soudain qui court audevant de la vérité qui l'appelle, mais comme un grand citoyen qui se soumet aux devoirs onéreux d'une charge imposée, ou plutôt encore comme un vaincu qui capitule '.

En ces temps de trouble, de misères et d'anarchie où les populations, lâchement abandonnées par le pouvoir politique, étaient forcées de veiller ellesmêmes à leur propre défense, la république chré-

i. Sjnésius, d^jà évèque, écrit lUi çvtoea -. " ie tC^ voUB résister; c'est ea vain que i'iA eo\ç\o^fe \,a>Acï farces, toutes iea ruses pour Aritei VéçiacoçaS.- "Vl.e'-'-''

tienne (l'Église avait alors ses élections populaires, ses comices) appelait souvent à l'épiscopat non le plus saint, mais le plus vaillant homme^ celui qui par ses richesses, son crédit, son courage, paraissait pouvoir devenir l'énergique protecteur de la cité. Le peuple, en accordant cette espèce de magistrature et de puissance tribunitienne, regardait moins, dans ses choix, à la pureté de la doctrine qu'à la force du caractère. Aussi combien cet honneur périlleux était redouté, et qu'il en coûtait souvent à ces hommes profanes, mal préparés à de saints devoirs, de quit* ter, du jour au lendemain, la vie du monde, leurs plaisirs et leurs opinions! Mais il fallait céder à la violence de la faveur populaire. Touchante naïveté de ces temps apostoliques, qu'il faut savoir comprendre et respecter! Ce Synésius, demi-païen, sophiste élégant, grand chasseur, devra renoncer « à ses armes, à ses chevaux, à ses chiens chéris. » Ce père de famille, cet époux sera obligé de sacrifier à la discipline ecclésiastique sa femme et « l'espoir d'avoir d'autres enfants »; ce poète philosophe, qui connaît mieux Platon que l'Évangile, qui n'a pas reçu le baptême, sera condamné par les rigoureuses exigences du dogme chrétien à faire un sacrifice plus cruel encore et moins facile, à étouffer en un seul jour dans sou espTvX. ^e.'s» NÀeill^s et chères doctrines. Quoi qu'eu aVeuX ôiX N'^'soNaxsx <^\. ^Ssas^^^asir

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briand, nous croyons, persuadé que nous sommea par l'exacte discussion de M. Druon, queSynésius évêque ne garda ni sa femme ni ses opinions philosophiques et qu'il s'immola tout entier; mais après quels combats, quelles révoltes mêlées de larmes, quelles prières pour demander à Dieu la mort plutôt que l'épiscopat! nous n'avons pas à peindre ici les occupations multiples des évêques de ce temps, leurs luttes contre l'arbitraire féroce des petits Verres exploitant une pauvre province, ces excommunications redoutées, cette vigilante surveillance de l'hérésie alors sans cesse renaissante, cette média* tion laborieuse d'un métropolitain dans les querelles de prêtres et d'évêques, et ces terribles préoccupations d'un pasteur se souvenant qu'il a été soldat et cherchant à réveiller le courage de son troupeau sans cesse harcelé par les barbares. L'épiscopat gémissait de tant d'aUfaires et aurait voulu se dérober du moins aux soucis temporels. Le pouvoir politique aux abois eût laissé volontiers aux chefs de l'Église les ennuis et les labeurs de la puissance civile, et ceux-ci se plaignaient amèrement qu'on voulût les distraire de leui'a travaux spirituels. Le gouvernement des choses terrestres allait de luimême k eux; ils le repoussaient, ces âmes ferventes qui croyaient se devoir uniquement. ^ Vwvs ■£«««&tère aacj-é. Entendons Synésius çtoXea^Kt GQtM«-"^^i^

prétentions de ceux qui veulent âiire de Tépiscopat une sorte de magistrature temporelle : « Vouloir joindre Tadministration des affaires publiques au sacerdoce c'est prétendre unir ce qui ne peut s'unir. Dans les premiers âges, les mêmes hommes étaient prêtres et juges tout à la fois. Longtemps les Egyptiens et les Hébreux obéirent à leurs pontifes; puis, quand l'œuvre divine commença à s'opérer par des moyens humains, Dieu sépara les deux existences; l'une resta religieuse, l'autre politique. Il abaissa les juges aux choses de la terre, il s'associa les prêtres : les uns furent destinés aux affaires, les autres établis pour la prière. Pourquoi donc voulez -vous revenir aux temps anciens? Pourquoi réunir ce que Dieu a séparé? Vous avez besoin d'un défenseur î allez touver le magistrat ; vous avez besoin des choses de Dieu : allez trouver le prêtre. Dès que le prêtre se dégage des occupations terrestres, il s'élève vers Dieu. » Telles étaient aussi les plaintes de saint Augustin regrettant de passer sa vie « à régler les démêlés des plaideurs », de saint Jean Chrysostome jugeant que c'était trop « d'avoir à s'occuper des affaires de T Eglise, de la cité et de son âme tout à -la fois. » Quelque opportunes que puissent paraî* tre aujourd'hui ces citations, il répugnerait cepen-* dant à notre impaYl\a\\\.é \v\?Xo\:\^e de laisser croire qu'on tranchait a\ota ^e\^ \«^^ i>^^^^ o^^'^NivîiVît ^

politique moderne et qu'on prétendait établir expressément la séparation de la puissance civile et ' de l'autorité spirituelle. N'allons pas si loin et contentons-nous de mettre en lumière la sainteté scrupuleuse de ces illustres évêques qui, malgré leur héroïque activité, ne croyaient pas pouvoir, selon le ' mot de Synésius, « servir deux maîtres à la fois ». .

L'histoire nous présente quelquefois de singuliers . retours, et ce n'est pas une médiocre surprise pour > le lecteur d'aujourd'hui de voir alors des princes, sans énergie, des peuples sans tutelle, imposer le . fardeau de la puissance tçmporelle à cet apostolat, primitif qui s'obstine à le décliner.

Quand on parcourt les nobles et simples pages écrites par Synésius depuis sa conversion et pendant son épiscopat, on voit combien, au cinquième siècle, le christianisme pouvait tout à coup élever l'esprit d'un lettré païen. La littérature profane, en effet, était devenue stérile, pour ne savoir plus à quoi se prendre. Depuis longtemps avait disparu l'activité civique sous un gouvernement à la fois absolu et impuissant. Le culte n'était plus qu'un vieux décor poétique devant lequel on s'inclinait par * habitude, mais qui ne parlait plus même à l'imagination. Les noms de Jupiter, d'Apollon, des Muses, qui reviennent si souvent dans les d\seo\xt^., xCfeXaÀeoX plus que des ornements de la çiVvra'ae'» \^ ^V^^'s»^^-

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phie abstruse de certaines écoles n'avait pas de prise sur les cœurs; la morale elle-même ne se composait que de préceptes dont la vertu s'était évaporée en perpétuelles redites. Il ne subsistait presque rien du génie grec, qui s'était évanoui à la longue, à peu près comme ces substances parfumées qui avec le temps se consument à force de se répandre. Le peu qui restait de vigueur et de talent s'était concentré dans la rhétorique, le plus grand des arts, selon l'opinion du temps, l'art unique, mais qui par malheur n'avait plus d'objet. De là pour les écrivains le l)esoin et le désir d*agrandir les plus minces sujets, de les enfler pour avoir la joie de pouvoir, s- enfler eux-mêmes. On donna de l'importance à des bagatelles vulgaires; la banalité, pour n'avoir pas l'air banal, se fit mystérieuse; la futilité prit un ton sacré; la puérilité même voulut être pathétiqpie. • Partout, dans Tensemble et dans le détail des ouvra* ges, on remarque cette agaçante disproportion entre la matière et le style. Vous pouvez encore rencontrer çà et là de la force ou de la grâce, mais rien n'est à sa place ni à son degré. A toute cette littérature manquent surtout la justesse et le bon sens. C'est que l'esprit humain, quand il est vide, se déforme. Le monde païen n'avait plus ni passion, ni doctrine, ni vie vènlBîùV^. 0^ ,^w« l^s sociétés comme pour les individus, \ei ôl^^^\in\otv^x^ ^xste^^X^

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petites manies, Tafiectation, les grimaces, les enthousiasmes ridicules et tons les £bliix jugements qm méconnaissent la Taleur rektire des choses. Mais donnez tout à coup à Tun de ces hommes une doctrine à soutenir, un intérêt à défendre, aussitôt son esprit reprendra sa rigueur native et son juste équilibre; car les grands devoirs inspirent les grands sentiments, et ceux-ci entraînent un naturel langage. Le monde littéraire, on le voit, comme le monde moral, avait besoin d'une profonde et vaste rénovation. Sans parler ici de ce qu'on ncnnme la vertu surnaturelle de la foi., le christianisme ofDrait enfin comme une pâture à ces esprits affamés, à ces cœurs oisifis, qui s'agitaient dans leur langueur; il appelait les plus vaillants à des luttes qui, pour n'être pas celles de l'antique forom, n'en étaient pas moins ardentes; il leur proposait de saintes magistratures, plus imposantes que celles des Césars, parce qu'elles embrassaient les intérêts du ciel comme ceux de la terre, et sans chasser la rhétorique séculaire, dont le monde chrétien lui-même demeura épris, il fournit du moins à cette rhétorique de grands sujets^ la science de l'âme, qui s'était perdue, et la science de Dieu, qui paraissait être la plus sublime des nouveautés.

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