‹ Études morales sur le temps présent (volume 3)Chapitre 33 sur 56 · LES ARTS ET LES LETTRES AUX ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

LES ARTS ET LES LETTRES AUX ÉTATS-UNIS

une autre forme que celle qu'ils avaient adoptée. De là des luîtes religieuses, de là des dissidences, de là des théories nouvelles.

Il en résulta que toute Tintelligenoe de ce petit peuple s'écoula par cette voie ; et que, dès rorigine, les livres de religion et de philosophie batailleuse furent les seuls que produisit l'Ainérique.

Des luttes analogues ont fait éclore, dans nos plus beaux siècles littéraires, de magnifiques titres à l'admiration et de très-grands écrivains.

Il en fut de même en Amérique, mais dans une sphère rétrécie et avec cette différence qui existe entre une bataille rangée et un combat de tirailleurs.

La bataille fait grand bruit dans le monde, et les noms des braves qui y ont assisté fatiguent les trompettes de la renommée, tandis que des héros qui se sont couverts de gloire dans de petits combats, il n'est presque pas question.

Le christianisme a été la grande bataille, les luttes entre les sectes religieuses sont les escarmouches.

Le mouvement intellectuel de l'Amérique s'est donc concentré dans ces controverses ; elles ont produit alors des écrivains très-remarquables, pleins de science et d'érudition, et qui ont mérité une gloire vite oubliée.

Encore aujourd'hui, on peut dire que ce terrain est le rendez-vous où des hommes doués d'éminentes facultés viennent consommer, dans de stériles luttes, une vigueur et un enthousiasme qui, dirigés dans un autre sens, eussent, à coup sûr, contribué à jeter le plus grand éclat sur

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le pays. Mills on yétrû cbiUméhl il èbill IflipiMMtt 4^'H etl {fit autrement.

Parmi ces brillants écrivains dont quelques-uili (MMiit pb\ït des esprits de pfëttiiël* àMté, bh petit Ht» loilàtham Ëdwëhd^, Ne^mann, Eliot, CottéH MUlhUt*; IdtMtHAiii MéybëW, SaniUël loliHSbU, le D^ bbpliiHëi dbàk te ildtn s'est identifié avec la théologie du dëfttidf ëitelé^ GUyiës, Bélldhiy, Dwight, le D' Chàittiëré, l}ùi$ ft'il MAï ëU, dit Un de ses Critiques, rarnbltibU d'fitrë uU éëHtain putB^ ment littéraire, aurait atteint aux plUs bàUies dëslitttih.

I^rnii les philosophes et leë cdtttrdVëfëiëlM inUdenies où cbUtbiUpot*ains, oh place ëU pfeMièt^ligiie AlOxàtidëHi, Albert Barnes, Georges Bush, SëtUUël Fbl^dier Jai'vis, AtidtiBws Nbrton, Henri Tappari^ JaUles Marsh, été.

Deux aulnes bëUses imporiëhles ontbrhpébhé, dès l'origihe, en Artiérique le (iévcldppbmèhl du goût el des instihcis littéraires qui tdiijoUr^ haïssent d'Uh sëniiment de fanatisme et d'admiration, soit pout* les choses présentes, soit pour les choses passées.

Outre que pour le présent, ce fanâtisnlë aVait été dé- j lourn^au profit d^une idée religieuse, tion plù§ théorique (ce qui aurait pu créer la poésie) , mais essenlielleitteitt pratique et militante, les hommes qui luttaient alors

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n'avaient rien à i-égl-etier dé léUr passé dodt il» se vengeaient |)ar lé tHDmpho du tîioment et par tes espérances dans i'avetiii' ; et ces espéi^ances n'étaient paé de nature à inspirer la poésie ou les arts, car elles avaient, avaht tout, un btii matériel.

Quatiiâ beux (]iii auraient eu lé loisir d'étudiëri d'dppi^endre lé^ lettres, d*y tfdliver ded consolations^ ils n'avaiéHt t]a*à tout 061* les yeiit ël 8 tendre les mains nh la tnèrë-palHë. Ils (taHàient la nlêmé lahguë qu'elle^ ils avaient at)pHs ft aVdlf le thémb enthbUsiadme pouf les grands génies t)ill Pavaient illiislréé; ils en étaient tiaturellehleril IHbUlalires podl* les produits de Tesprit.

Le siinilltude des langues à doné ëté^ él est ëhéol« atljourd'hui, l'obstacle le plus grave contl« l'établisatofflënt d'uhe littéi^turë oHginale aul États^Uniâ.

Les premiers écrivains qui y sont nés odt eu pour modèle^ dè^ éërivàitis anglais, et ils n'avaient pas la reasource, comrtie eh l^rance on l^a ftiit pour Tantiquilé, d'innover dans leurs imitatiohs, au moyen de la foriite, de la langue et même des mœurs.

Les États-Unis ont eu et pourront encore avoir des poètes de génie, des écrivains de premier ordre; mais ces hommes qui appartiendront au sol de l'Amérique par la naissance, par le nom, par l'enthousiasme même, seront toujours Anglais par le côté littéraire. Et plus ils s'élèveront par l'élégént^, pal* lé style, par le ëhoix des sujets, par toutes les qualités enfin de l'éerivain, moins ils parviendront a rondet une llttératurB originale, et plus ils se rapprochet^ont de lé JUtératura anglaise.

Trois grands peuples ont particalièremenl oeoopé le m du Nouveau-Monde, les Espagnols» les Anglais, ks Fran çais. Dans divers États de l'Union, on a. parlé les idiome de ces trois peuples. Deux de ces idiomes ont i peu pré disparu, et ne subsistent plus qu'à l'état de souvenir; l troisième s'est un peu corrompu, mais domine toujours.

On comprend donc que le poète, et Thomme de plomi tendant à la perfection du langage, aspirent i se rappro cher de l'idiome mère. En se séparant par conséquent d i la langue vulgairement parlée, vulgairement écrite, il

(condamnent eux-mêmes l'œuvre qu'ils voudraient créer. L meilleure preuve en est dans cette préoccupation qui le domine tous, du jugement que porteront sur eux les criti' ques de l'Angleterre.

lis écrivent plus pour leur ancienne métropole que pou leur propre pays.

T^ môme remarque, d'ailleurs, est à faire pour toute les nations du Nouveau-Monde. Elles parlent toutes un( langue dont la source est de ce côté-ci de l'Atlantique.

Par le choix des sujets, ce qui est bien plus grave encore, la littérature d'imagination est impossible aux États-Unis. La constitution de la société américaine, société froide, austère, uniforme, où les élans dramatiques manquent,

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OÙ tout est simple, où rien n'est extérieur, arrête l'écrivain et ne peut pas inspirer le poète. L'amour, — cet étemel élément de tous les drames, — l'amour même fait défaut ; l'égalité des castes permettant à l'homme, dans quelque condition qu'il se trouve, d'épouser toute femme de son choix. Ces luttes si fécondes en péripéties échappent donc au romancier, au dramaturge.

Un seul homme a absorbé dans son génie tous les éléments qui pouvaient servir cette cause sans espoir ; cet homme, c'est Cooper, qui a été l'Homère et le Thucydide de l'Amérique. Rien, ou presque rien, ne restait plus à glaner, après lui, des sujets nationaux. Il n'a créé que des imitateurs.

Washington Irving, esprit 6n et délicat, écrivain élégant, plein de brillant et de fantaisie, a été sobre d'inspirations locales, et presque toutes lui viennent du dehors, sauf quelques chroniques mêlées de fantastiqui», entre autres son histoire de New- York.

Ces deux écrivains qui tiennent à coup sur la tête de la littérature américaine, se rapprochent, en tout cas, par la forme, par le style, de la littérature purement anglaise. Ils ne sont qu'un écho, tout en étant un son, si je puis m'exprimer ainsi.

Cela posé, je dois dire que depuis vingt-cinq ans la littérature a cependant produit des écrivains distingués en Amérique. L'espace me manquant pour analyser les œuvres, je ne pourrais guère citer que des noms, par exemple Brockden Brown, le premier qui ait ouvert le champ des fictions, esprit morose et chagrin qui vivait dans un monde

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idéal et tout à fait à luj. A cimia de (sd^ p0iitBélrp, s^m acônes respirent un oerlain m d'origipillîté, La plus féi cQBd des romaneiers apràa Cooper est M. Sinufiis, écrivain vraîin0nt distingué. Kennedy, dont le talent » une grande i analogie avec celui de Washington Irvjng» est ^ussi char-

I niant conteur que lui ; Pana a écrit plus psrtieuUàren)enl

des voyages ; Paulding est un éprivAÎn buaiqrista et original. Parmi les femmes auteurs deu3^ ou \to\% ont acquis une célébrité assest bi^n méritée : Mjsç Sedgwîck entre autres, dont l^s prjncipaui ouvrages. Vis delà nouiceUi Angleterre^ fiediix)c4t Clarmce^ flope IMie^ sont tr^lus et très-goûtés; madame Chili, qui a composé quelques ouvrages où la grâce s'allie à imagination; et enfin madame Beecher Stove dont le nom vient d'acquérir une popularité européenne.

Trois historiens occupent un rang élevé dans l'estime publique, eljeurs noms sont d'ailleurs répandus parmi nous. Prescott, l'ingénieux auteur de la Conquête ^ Mexù^ue, et de l'histoire de Ferdinand et Isabelle a dans sa manière quelque chose de l'élégance et de la correcte abondance de M. Mignet. Bancroft est un historien d'un caractère plus élevé peut-élre, mais moins séduisant. C'est avani tout un esprit éminemment politique, et plus philosophu encore qu'historien. Un peu trop accessible à la passion, l'histoire contemporaine qu'il aiïectionne tourne souvent au pamphlet. Sparks est l'auteur de la vie de Washington et de Franklin, grandes et belles œuvres dans lesquelles on peut puiser d'utiles renseignements.

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