LES ARTS ET LES LETTRES AUX ÉTATS-UMIS
masses, ni Tabsenoe d'instruction, ni le goût et le respect pour les arts qui leur ont manqué. Ce fait tient à des causes trôs-sérieuses, d'un ordre trôs-élevé, et qui remontent à Torigine même des colonies anglaises dans^ette partie du Nouveau-Monde.
J*ai dit dans le chapitre précédent ce qu'étaient les premiers colons qui vinrent s'établir sur les bords de l'AtlantiquOy puritains que l'intolérance religieuse de la môrepatrie envoyait au désert, croyant les envoyer à la mort. Voici quels étaient ces hommes ; je les trouve si bien jugés par M. de Tocqueville, que je détache une page i son livre :
« Les émigrants qui vinrent s'établir sur les rivages de » la Nouvelle-Angleterre appartenaient tous aux classes » aisées de la roôre-patrie. Leur réunion sur le sol améri^ » cain présenta, dès l'origine, le singulier phénomène » d'une société où il ne sa trouvait ni grands seigneurs, » ni peuple, et, pour ainsi dire, ni pauvres ni riches. 11 y » avait, à proportion gardée, une plus grande masse de » lumières répandue parmi ces hommes que dans le sein » d'aucune nation européenne de nos jours. Tous, sans en » excepter peut-être un seul, avaient reçu une éducation » assez avancée, et plusieurs d'entre eux s'étaient fait 9> connaître en Europe par leurs talents et leur science... » Ils se rendaient au désert accompagnés de leurs femmes D et de leurs enfants. Mais ce qui les distinguait surtout » des autres, c'était le but même de leur entreprise. Ce » n'était point la nécessité qui les forçait d'abandonner » leur pays; ils y laissaient une position sociale regretta-
» ble, el les moyens de vivre assurés ; ils ne paasaiéni pa
x) non plus dans le Nouveau-Monde afin d'y améH<»6r leu
» situation ou d'y accroître leurs richesses; ik s*arra
x> chaient aux douceurs de la patrie pour obéir à un besoii
)) purement intellectuel. En s'exposant aux misères iné
» vitables de l'exil, ils voulaient faire irioinpher un
» idée K »
Cette idée était tout entière renfermée dans ces deu: principes dont ils recherchaient les bienfaits et le triom phe : la Irberté religieuse et la démocratie.
Si éclairés donc que fussent ces hommes, toute leu pensée, toute leur ardeur, toutes leurs luttes tournèren au profil de leur religion. Ils ne se servaient des lumières e de l'éducation que, par tous les moyens, ils répandaier à profusion parmi les nouveaux venus qui accouraient su leurs traces, que pour faire triompher cette idée^ toute leu gloire dans le présent, toute leur foi dans l'avenir.
Mais, victimes de l'intolérance religieuse dans la mère patrie, à leur tour ils s'en firent une arme cruelle dans c nouveau monde qui était devenu leur conquête. Ils frap pèrent sans pitié tous ceux qui voulaient adorer Dieu sou
I M. de Tocqnevillc. De la Démocratie en Amériq%ie, U I*'.