‹ Études morales sur le temps présent (volume 3)Chapitre 38 sur 56 · GO AIIF.AD AND NEVER MIND · texte numérisé non relu

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manuel, à une grande hauteur dans Tesiime publique. Le premier titre d'honneur d'un homme, c'est le travail ; — c'est là sa noblesse et son orgueil. On ne rougit et on ne fait rougir aucun homme d'une profession, quelle qu'elle soit; on ne rougit, en Amérique, que de l'oisiveté.

On comprendra aisément que cette place au travail, que chacun réclame et se crée, donne une impulsion immense à l'industrie et au commerce. De là est née cette activité prodigieuse qui caractérise les Américains du Nord et a pu faire dire d'eux:

« Qu'en industrie, ils ont dépassé lés bornes du possible ; D qu'en fait de navigation, ils en peuvent remontrer aux » plus audacieux ; que, commercialement parlant, ils n'ont j> pas de rivaux pour la hardiesse des entreprises. »

Voyona-les à l'œuvre.

Je me trouvais aux Etats-Unis lorsqu'on y conçut le projet de la première ligne de vapeurs destinés à disputer le sceptre commercial transatlantique aux Anglais, maîtres déjà des communications entre Liverpool et Boston , c'està-dire entre toute l'Europe, l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud.

Non-seulement les Américains ont l'ardeur de l'initiative pour les grandes opérations» mais ils sont doués d'une bra-

voure qui les empêche de reculer mAme devant las oaoear^ renées les mieux assises.

Or, les Anglais, dans ce momeol-lâ, tenaient le haat, — non pas du pavé-^ mais de rOoéan. Da jour donc eu deux ou trois de ces bonnes tAtes hardies el entpeprenantes, comme on n'en rencontre que dans oe pays-là, eurnnt conçu ridée de faire noise à FAngleterre, l'esprit national avait pris parti pour elles. En moins de temps qu'il n'en faut, en France, pour réunir une diiaine de mille franot entre deux cents souscripteurs, on avait ramassé assez de millions de dollars pour établir une ligne de vapeurs partant de New-York, touchant à Southaropton et à Brème, pour revenir se reposer à Southampton, où était dressé son lit de relâche.

C'était en 1847. Le 1*^ janvier de cette année-là, la compagnie, à peine et si rapidement constituée, mettait sur chantier son premier vapeur, son /pionnier, comme disent les Américains. En déposant sur le sol ce germe d'un bâtiment, qu'on nomme la fausse quille et qui est comme la première pierre de Tédifice, ces gens-là, qui ne doutent de rien, allaient criant partout que le Washington (c'était le nom du vapeur] serait lancé le V juillet suivant.

En tout, six mois pour bâtir un géant de bojs et de fer, pour allumer dans ses flancs ces fournaises colossales qui devaient le faire voler sur l'Océan. Cela passa, aux yeux et aux oreilles de bien des gens, même à New- York, pour une forfanterie et une gasconnade. Mais le génie industriel des Américains fut exact au rendez-vous ; et jour pour jour, six mois après sa mise en chantieri le Washmgkm creusait

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sa large couche dans les flots d^ la )>aje de Neif^-York, étonnés aux-mémea de la rapide orpi^^^nce de C0( enfapt qu'ils avaient vu naître, U vaillp pour ^insi dire. Quinze jours plus tard, à l'heure dit0i Ip Wf^hington \^fA\9i\\ la mer de ses roues et prenait le ohemju de rgurope,

Ce Tait [ne confirma tout ce qui m^avait été dit et tout ea que j'avais vu déjà de l'esprit d'entreprise des Américains. Et le QO abbabI (en avant!), qui est leur deviae indus? trielle et commerciale et la régie perpétuelle dB leur eon-? duila, se révélait à moi dans toute aa splendeur, dans toute l'énergie de son orgueil et de son dédain des obstacles et des dangers.

Avec ces deux mots magiques, il n'y a plus en effet pour

les Américains du Nord ni temps ui espace. J^e go ab^ab

déQe tout» hommes et choses. — Comme le hélier antique,

il bat en brèche les plus épaisses murailleai ne manquant

jamais de les renverser ou m moins de s'ouvrir un pamge au travers.

Il QrrivQ parfois que, trop poqfiant im\s le go ahbad, le géant heurte upe montagne qui le f^it trébucher. Qu'importe ! pour ce courage vaincu, pour cette hardiesse déphuc, il n'y a ni larmes ni regrets. Mais un grand ressort invisible remet sur pied logeant, qui se frotte les parties endolories

en murmurant never mindI (cela ne fait rieni). Et le voilà qui, retroussant ses manches et relevant fièrement la tête, recommence la lutte de plus belle.

Avec le go àhead, — qui personnifie en lui Taudace dans rentreprise, — et le nsver mind, — qui représente le eourage dans l'adversité et l'insouciance du péril, — rAméricain du Nord accomplit des prodiges.

Ces deux locutions , qui courent les rues aux États- Unis, résument le génie du peuple américain.

Elles lui ont aidé à conquérir son indépendance, à défricher des forêts aussi vastes que toute la France pour y bâtir des villes splendides, à vaincre la nature, à porter l'industrie aux dernières limites de l'imprévu , à tenter tout ce que d'autres eussent appelé l'impossible, et à gagner des batailles de un contre six.

En effet, le général Taylor écrivait à un de mes amis après la bataille de Buéna-Vista, où cinq mille Américains mirent en déroute près de vingt mille Mexicains :

c( J'ai vu dix fois dans la journée , disait-il, Taflbire » perdue sans que l'ennemi sût en profiter, sans que nos » troupes s'en aperçussent. Heureusement j'avais devant D moi des soldats indisciplinés, et sous mes ordres des x> insouciants qui ne se doutaient seulement pas du dan- D ger qui les menaçait. i!>

Une voix mystérieuse, à coup sûr, leur criait à l'oreille : Go (ikead I et Never mindI et ils se jetaient dans la mêlée comme des étourneauXv

Mais je reviens à mon sujet.

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