GO.AHEAD AND REVER MIND
En même temps que s'aooomplissait i New-Tork , à propos du vapeur le Washington^ le tour de force merveilleux que je vous ai raconté, la France, piquée au jeu, tentait de se réveiller de sa torpeur. On organisait une ligne française de vapeurs du Havre à New-York. Le premier vapeur français, par une singulière coïncidence, arrivait à New-York presque au même moment où le Washington en sortait.
Cette rencontre des deux navires à l'entrée de la baie permettait de faire ces tristes réflexions :
11 avait fallu à la France, pour armer et expédier un bttiment tout construit^ plus de temps que les Américains n'en avaient demandé pour former une société, récolter des millions de dollars, placer sur les chantiers, lancer et mettre en route un des plus grands et des plus beaux vapeurs qu^ l'on eût vus jusqu'alors.
La ligne que le Washington avait ouverte continue aujourd'hui ses explorations. La ligne française se contenta de tuer sous elle trois ou quatre navires, et tout fut dit.
Telle était la situation insoutenable que les lenteurs de l'entreprise avaient faite à nos nationaux en Amérique, que durant près de trois mois, en attendant toujours le
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premier navire annoncé, un Américain n'aboidail pts un Français sans lui dire d'un air narquois :
— Well! where is your steamer? (Eh bien! votre steamer, où est-il?)
Et que vouliez-vous qu'on leur répondit, quand on avait sous les yeux le spectacle de leur activité, et qu'ils appuyaient par des résultats positifs et réels cette intempét^ncë d*iH)nle?
En ee témp»-là la pèlitiquo Msàil oilbller rinduairie mi France. Et les Américains dti Nord, il faut bien le dite* ont toujours pensé que le contraire devait «mlr lleu^ Ib ont pratiqué éette doctrine avec pëssion^ et ils s'en sont Irouvës à merveille !
Et puis, les Américaitis sont genï à peMster i]uand même dans leur entreprise. Car un des Mtés saiilënta du génie industriel de ce peuple, c'est, ayant tdiit osé, d*avoir ensuite lé courage de son opinion, si je puis tn'exprimer ainsi. Il est rare, en eRet, que les Américains rëhonéent i une entreprisé avant d'avoir usé jusqu'à la dernière corde de l'expérience. Et si mauvaise que soit une exploitation, — on peut se tromper parfois à vouloir tout Aire, ^^ il se trouvie toujours chee eux un certain nombre d'individus prêts à lui donner raison pendant un asser. long temps encore.
GO AUEAb AMD ftÈVEa MIND! 13 1
Cm ainsi quo toulditt réaliMr Un Vàsie projet de jonction à Nashtille (dans TEtat de Tennessee], de toutes les voies de fer de TUnion, on avait tsonstruit Uti long embranchement de chemin sur une de ces fameuses plaines ondulantes qui, cédant sous le poids des voitures, les faisait ressembler à des vaisseaux s'enfonçant dans les vagues et remontant à leurs crêtes. Les voitures, évidemment, échappaient à l'engloutissement par la rapidité de la course ; elles n'eussent pas séjourné une demi-seconde à la môme place sans disparaître aussitôt daiil un gouffrô sans fond:
C'était bien hardie bien téméraire, n'est-ce pas? il se renbontra pourtant pebdani prés d'un an des voyageurs aseee intré))tde8, assex fous eu asseï enthousiastes pour braver ce danger de tous les iilstants et donner raison à l'entreprise.
On sait que la NOuvellO'-Orléans est située à quarante^ cinq lieues de l'embouchure du Mississipi ; quarante-cinq lieues qui jadis étaient considérées comme un voyage au long courSf obligés qu'étaient les navires de lutter^ pour remonter jusqu'à la ville^ contre un courant formidable^ et de subir tous les caprices du vent. Dire que les Américains ont établi des remorqueurs sur le Mississipi, ce n'est rien ; mais ces remorqueurs sont de véritables colosses dont nous ne pouvons guère -nous faire une idée. Si grande que fût la force de ces remorqueurs, qui traînent après eux une queue de cinq ou six navires^ on a iroulu encore exagérer leur puissance; et on a pouM si loin les choses, qu'il leur arrive souvent de faire explosion.
Ce n'est jamais asse^, en Amérique» de faire ce qu'on
1S2 LES DEUX AMÉHIQDES.
peut, il hui toujours tenter quelqae diow m Mj - •^Goahtad! On ne rëussit pu. — lU ImI l^t fk Nei}er mind! A un autre I
Hais il ne suffisait pas d'avoir dmnpié le I Une fois qu'on eut vaincu ce géant au moyen d'une armé de géants à vapeur, on rusa avec lui. — On se mil doo en lâte dé relier la nouvelle-Orléans avec le gcAfe, par ui chemin plus court que le fleuve. Vite, un beau matîi l'idée vient d'enlamer les vastes forfits de pins el de ma guolien qui abritent le derrière de la ville. On abat ce arbres dont les cimes sont invisibles a l'oàl nu , on le «tuche sur le sol en long et en travers, sans autre form de procès ; on cloue des rails dessus, sans se donner Ji peine de dessécher des marais nombreux qu'on reoeontn sur la route. Et aussitfit voilà un chemin de fer bili e livré è la circulation I On arrive ainsi au lac Boi^ne qui es large comme un petit océan. Il eût été trop long de li contourner pour continuer la route : on y plante lou bonnement une sorte de pilotis, sur lequel on construit un< voie ferrée et qui traverve ainsi le lac dans toute sa diagonale, jusqu'à l'embouchurË du golfe.
Croîl-on qu'un peuple qui va toujours ainsi devant lui, sautant pardessus les obstacles, et bravant tout, ne doit pas,