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Le mouveroent poliiiqife exisie toujours en Amérique car il n'est gas un coin de ville qui qe soit chaque jour en haleine, et où le peuple ne soit appelé à exprimer sa volonté, ses besoins, sa pensée, en les traduisant sous toutes les formes que revêtent» poqr se manifester* la liberté et le droit souverain.
L'élection étant de tous ses droits celui dont le peuple se rend compte le mieux, parce qu'il est Tacte de la souveraineté le plus saisissable, le plus palpable, le plus matériellement évident en quelque sorte pour tous, c'est naturellement celui pour lequel il s'émeut le plus facilement, dont il est le plus jaloux, qui lui semble le plus important.
Aussi toute élection, quelle qu'elle soit, produit toujours à l'av^ince une certaine agitation dans les esprits, plus ou moins vive selon la nature de la charge et des fonctions dont le candidat doit être investi.
Si c'est du président qu'il s'agit, le sol entier de l'Union esten ébullition; si d'un gouverneur ou des membres de la législature d'un Etat, c'est l'Etat qui s'ébranle ; si d'un maire ou d'un des nombreux fonctionnaires de la municipalité, c'est la commune ou la ville qui s'émeut.
148 LES DEUX AHëRIQUES.
Toutefois, l'éleclion d'un gouverneur d'Etal ou du mairf d'une grande ville a toujours une sigDÎficolion importanie et touche de près â l'iniérâl de toute l'Union, en ce qu'elle donne souvent la mesure du plus ou moins de propondérauce et d'influence que possède l'un des deux partis,— whig ou démocrate, — et fait pressentir jusqu'il un e«f> tain point las chances des partis dans le succte du candidat, que chacun d'euz nourrit pour la jHëstdenoe fittura.
On attache donc une grande attention 1 des éledioni de cette nature. Dans les grandes villes dles sool oompifcs, commentées, enregistrées avec soin, et fournisBeotmadàn à bien des calculs, à bien des espérances.
L'agitation politique n'a d'ailleurs jamais effrayé les Américains du Nord, parce qu'ils n'y ont jamais vu un péril pour la société. Au contraire, l'exercice du suffrage dont nous avons pu en France regarder le retour fr^uent avec terreur, et qui dans presque loutes les républiques de l'Amérique est une occasion de rixes et de luttes sanglantes, — l'exercice du suffrage aux Etats-Unis a été considéré par les hommes d'Etat les plus éminents de l'Union comme un bienfait et un salutaire principe. Ils y ont vu une garantie essentielle de la liberté.
Voici ce que Jefferson, écrivait à ce sujet à Samuel Adams :
c( Vos principes ont été éprouvés au creuset du temps, » et ils en sont sortis purs.
» Vous avez prouvé que ce n'était pas seulement la » monarchie anglaise, mais la monarchie elle-même que » vous repoussiez. Notre but était d'obtenir un gouverne- » ment de représentants élus par le peuple, pour de courts y> intervalles; à cette époque notre maxime était : Que la » tyrannie commence là où finissent les élections anr> nuelles. L'abandon que nous avons fait de ce principe y> n'a pas été justifié par d'heureux résultats ^ »
Sans entrer dans îes détails relatifs au mode d'élection des divers fonctionnaires, sur tous les degrés de l'échelle, en passant de la Fédération à l'Etat, de l'Etat au Comté, du Comté à la Commune, je dois racontrer les préludes de ces grandes et sérieuses opérations.
Longtemps i l'avance, les coteries se sont agitées dans leur cercle étroit; peu à peu elles se fondent les unes dans les autres, au fur et à mesure que le moment approche,
1 Lettre de Jeffersca à Samuel Adams, Philadelphie, 96 février 1800.
160 I.F-S Uf.V\ AMfiRIyUBS.
Pi qunnd l'heure il((cùive n sonné, eUes se tloiineiil Iuuim la main. Les candiJats purasites disparaissent, lesnmtnliuux sans porl^e sont rpjetés dans le néntil, les haume» nouveaux (|ui poinLaienlâ l'hori«Dn et dont U (lersîaunn serait comproinollanis, sont impitoyablement sacrifié». Il n'y a plus alors i\m deux partis laco à tare, que deux candidats en présence. Prtts(|tie toujours un iroisiènre est leiui (Inns l'ombre par chni'un Aes partis; — i) est rare que re ne soit pas le même. — C'ei^t une réserve que wliig^ ou démocrates poussent en avant Guhilement pour ramener h œncorde quand la défaite menace, ou quand la )uik> semble devoir se pndoiifîer imp lonf!;lemps par l'ti^'nlili! Ju nombre et des Torces. Ce candidat est une sorte de traiid'union conciliateur, placé toujours à propos et babil<^ ment. Le parti qui se sentait secrètement le plus faible, lors même que ce n'est pas lui qui le présente, l'accepte toujours avec reconnaissance et courtoisie de la part de ses adversaires, en ce qu'il rend négative la victoire, pallie la honte de la défaite, et adoucit l'humiliation des concessions. Aussi un pareil candidat réunit-il généralement une majorité considérable.
A l'approche des élections, pendant les heures de réptl que les affaires accordent dans la journée, la soir particulièrement, les bar-rooms (ou cafés) sont encombrés ; chaque coin de rue devient un club. Là le candidat lui-même ou quelqu'un de ses aflidés, car il ne peut ee multiplief, pérore en sa faveur, réveille tous ses titres à la reconnaissance publique, vante ses talents, etc. etc. Le candidat ou son représenlant est à la piste de tous les poiais où
MUKURS POLITIOUfcS DES ÉTATS-UNIS. 151
se irouvenl des réunions. Il fait irruption soudainement dans les maisons de jeu, à la bourse, aui théâtres, sur les bateaux à vapeur; et partout où il petit réunir ou trouver assemblés cinquante auditeurs, il se livre à toute la faconde dont le ciel l'a doté. Il a recours à tous les moyens, aux banquets, aux meetings^ aux journaux.
A côté de ces escarmouches qui son4 te prélude du grand combat, se forment des réunions sérieuses et graves, sorte de tribunaux qui préparent solennellement l'élection.
Peu à peu ces boards (bureaux) composés des hommes les plus éminents et les plus influents, absorbent la confiance t)ublique qui finit par les sanctionner. C'est de leur sein que partent les éliminations dans l'intérêt du partie au détriment de la œterie^ et ils décrètent enfin l'adoption du candidat ou des candidats sur qui devront porter les suffrages.
C'est alors que commence une cérémonie assez curieuse que je vais décrire.
L6S candidats des partis» une fois adoptés, il ne reste plus pour le parti qu'à compter ses forces. On le fait au grand jour, au moyen de procesifions qui ont un étrange caractère à cause de la gravité et de la solennité avec
16! LES DEI1X AMÊRIQ(T|-:s. ^^fl
lesquelles \es Américains exécute»! ces promeuida.
L'un des deux parlis commance, et aononce répojnedt la procession. A l'Iieurc dile, tous les adhérenls, comlDils par les hommes les plus iDiluenls, s'asseniblenl sur uue place publique, puis de là se meltcnl en marche, ileui pu deuXf bannière au vent, et musique en l^te (un tambour, une grosse caisse, uti fifre, deux clarineltes el un violoQJ, et se promènent solennellement à travers les principales rues de la ville, il n'y a rien d'alarmant, rien d'inquiétant dans leur altitude, non plus que dans celle de leurs adwsaires qui regardent stoïquement passer ce Qot qu'ils remplaceronl le lendemain.
Les tivat poussés en faveur du candidat dont ie parti pTOcessionne ne soulèvent aucun cri de réprobation de li part des opposants ; c'est une concession mutuelle qw l'on se fait.
Si c'est le tour des whigs, toutes les femmes dont les maris appartiennent à ce parti sont aux fenêtres, agitant leurs mouchoirs, et s'associent même de la voix à ces espérances du triomphe.
Le lendemain c'est au tour des démocrates. Acteurs et spectateurs changent, mais la scène est la mAœe. Les enfants, les domestiques de la maison, grands et petits, se mêlent également à la fêle et sont dressés à pousser df$ vma opportuns.
Il faut avoir assisté à quelques-unes de ces manifestations auxquelles concourent toutes les classes de la population, ouvriers, négociants, fonctionnaires publics, juges, avocats, médecins, joaraalistes, etc., pour se bire une
idée exacte de leur caractère. Nul, quel qu'il soit, ne s'abstient de se montrer dans les rangs du parti dont il a adopté la bannière.
La victoire une fois décidée, le calme renaît dans les esprits et danâ la rue ; ni la haine ni l'envie ne survivent a la défaite, nul ne s'irrite ou ne s'inquiète du triomphe de son adversaire, parce qu'on sait que, quel que soit le parti qui triomphe, le sort de la démocratie n'est point engagé dans la question, el que l'Union américaine n'est en péril entre les mains de personne. Et enfin, ce qui rend les partis disposés i faire si bon marché de la défaite de leurs candidats, c'est qu'aucun intérêt particulier ne les guide, par cette raison que personne n'a de faveur à attendre ni à espérer du vainqueur au pouvoir duquel l'organisation politique du pays ne laisse, sagement, comme on verra, aucun moyen de récompenser publiquement le zèle de ses partisans. S'il en est parmi eux qui se dévouent par cupidité, et vendent leur concours, ceux-là sont des hommes dont le dévoùment est fragile, et qui, mieux que tous autres, font bon marché de l'insuccès d'un candidat.
Il semblerait que tous ces préambules aux élections n'ont rien que de commun avec ce qui s'est passé sous nos
yeux après l;i ri^vululion ila février. Noua avons eu, en effet, des rltibs abrités, des clulis an pleine me, des au- (lidals allimi rrbiipor à toutes les porles, îles émifeaires munis de pouvoirs pour ciiireprendre la propagande, des comilés d'éleciioii, etc., etc. Cela esl vrai eo apparence. Il ne pouvaii nx^me en ^Ire auiremeni, parce que louM les dâinocralies sa oonlbndenl sur dea points donnAj tH que l'exercice du pouvoir souverain m mBDiteM parles mêmes symplômea. Hais il y a, entra m qui s'est (Mksi en France et ce qui s'accomplit aux Etats-Unia, oette différence radioale qu'ici, sous prétexte d'enswgna^ aux masses ce que c'était que le siilTrege univerael. nous avons porté atteinte à ce droit sacré; que dos réunions dans la me avaient pour mol d'onjre l'émeute; qu'au lieu d« discuter les titres des candidats en plein vent ou dans Isa dube, nous y sapions l'existence d'une fornie sociale qu'une ré* volulion venait de nous donner; que tes comités d'élentioas avait usurpé des pouvoirs que ta conGanoe publique leur déniait, et précisément dans un intérêt mesquin de coteries et de proscriptions arbitraires; enfin, que nous avions fait du droit d'association politique une conspiration permanente, en élevant dans chaque centre de réunion une sorte de gouvernement illicite a côté du gouvernement de tous; en dressant sans raison, sans réflexion, intempeslivement autel contre autel. Là-bas, au contraire, ni les meetini/s, ni les réunions du dehors ne méconnaissent leur caractère, je dirai leur mission, et ne se oompromeitent à mettre en péril l'état social non plus que l'ordre public
Je reconnais bien que quelques mauvaises passions trouvent à s'y faire jour, parce qu'il faut bien qu'elles s'évaporent par toutes les issues possibles. Et si, comme dans les Etats du sud et principalement dans ceux de l'ouest, des rixes particulières, des scandales isolés viennent ensanglanter, même souiller ces manifestations , croyez bien que le principe sacré qui est la base de la démocratie américaine s'en retire sauf et respecté.
Unç chose importante à remarquer et qui rend plus solennel encore aux Etats-Unis ce pacifique exercice des droits politiques» c'est que le peuple américain est un composé de tous les peuples, de toutes les races qui, chaque année, accourent, par flots d'émigrants, grossir ce torrent formidable, et dont pas un n'a, à son arrivée sur les rivages du Nouveau-Monde, le moindre sentiment des libertés américaines. Seulement les nouveaux venus se façonnent avec une rapidité que j'appellerai providentielle aux mœurs, aux lois, aux nécessités du pays.
En posant, le pied sur le sol américain, il semble qu'ils y soient nés. Ceux qui leur succèdent» d'année en année, se confondent si vite dans les rangs de leurs devanciers, qu'avant de pouvoir s'en rendre compte, ils se sont assimilé oette expérience et celte pratique de la liberté qui.
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née au milieu d'un peLil groupe de colons, répand aujouTd'bui ses bienfaits sur vingt-cinq millrons d'inilitidu!. C'est ainsi que des conscrits jetés dans une armée de vieux soldats habitués à vaincre, s'inoculenl immôdiaioment le courage et le sang-froid des vétérans.
Je n'ai point entrepris de commenter les institutions politiques de l'Amérique du Nord, ni d'en étudier les
Ces pages sont une simple élude de moeurs; c'est le debors et la pratique des institutions; je prends les faits tels qu'ils sont, je constate des résultats, rien de plus.
En parlant des élections aux Etats-Unis, je ne puis m'empécher, loulafois, de faire remarquer qu'il est peu de rouages politiques qui soient aussi bien, aussi complélemout définis, dans la constitution des Américains, que l'élection du président. On peut ajouter qu'il n'y a pas de combinaison plus rationnelle et plus en rapport avec les instincts et le caractère démocratiques de la nation. Il suffît pour ainsi dire da suivre un a un tous les paragraphes de l'article 3 de cette constitution ', pour se rendre un compte exact,
■ Voir le texte de la Constitution àef Étals-Unis pins loin.
neiel précis de celte grande opération, comme pour se convaincre de l'excellence des dispositions qu'ils contiennent, eu égard à l'organisation du pays.
Il est évident que les sages législateurs qui ont rédigé ce beau travail , étaient non-seulement bien pénétrés do l'état des esprits d'alors , mais que, inspirés par leur foi profonde dans les destinées de la démocratie, ils en avaient pressenti les besoins futurs et avaient placé le monument qu'ils élevaient à la hauteur de l'avenir.
L'Union américaine était resserrée à cette époque dans les limites d'un petit nombre d'Etats, et la constitution ne s'adressait qu'à une population restreinte encore. Tout autre système que celui qui fut adopté pour l'élection du président pouvait suffire aux exigences du présent, mais engageait inévitablement l'avenir et s'exposait à mettre la société en péril. C'est ce qui a été prévu avec un bon sens, providentiel.
Ce que la constitution s'attacha d'abord à écarter, ce furent les retards, les luttes trop prolongées que le vote direct des citoyens eût amenés au moment décisif, dans cette opération, en exposant peut-être le gouvernement à rester sans chef légal pendant un temps indéterminé. Ce qui fût arrivé, en effet, si les scrutins négatifs se succédant, n'eussent encore amené aucun résultat au jour de l'expiration du mandat d'un président. Ce cas, prévu d'ailleurs par la constitution, semble impossible aujourd'hui avec les combinaisons qu'elle a prescrites. C'est presque un excès de précautions.
168 ' LW OBUX AMtelQmB.